• La Pinouillette super star! Journal de la France de pendant par François F. soumis. Lofti Benayak 1/1

     

    La Pinouillette super star!

    Journal de la France de pendant par François F. soumis

    by Lofti Benayak

     

    Nous étions en véquende avec Pineulope à Pathétique-sur-Navrant dans les appartements du préfet en train de regarder sa tévé, il en a une super à grand écran plat et GPS embarqué, il y a plus que ces feignasses de fonctionnaires qui peuvent s’en payer des comme ça, à Matignon les soirs de match on va tous chez le concierge, enfin quand Pineulope le permet et que j’ai pas gouvernement le lendemain.

    C’était le début du journal parlé du soir de la deuxième chaîne, présenté par le nain propret, je l’aime bien pasqu’il est tout mignon assis sur ses bottins et puis il est comme moi il existe pas trop, et lui aussi il a une raie et comme moi il est jamais décoiffé, d’ailleurs c’est le seul journaliste que Pineulope elle veut bien que je fréquente, pasqu’il salit jamais par terre alors je l’invite à tous mes anniversaires, je mangeais donc mon hamburguère que Pineulope m’avait payé pasque j’avais été bien sage et j’étais en train de mettre du ketchoupe quand je suis apparu à la tévé :

    -Regarde Pineulope c’est moi ! C’est hier quand j’inaugurais les vieux à Sainte Hivégée. Ecoute ma Poupougnette je me suis adressé aux français...

    -Gardészavus, gardézavuses...

    Depuis quelque temps on me voyait tout le temps à la tévé avant mon maître indépassable il aimait pas trop ça :

     

    -Moi d’abord tu permets ! Il me répétait tout le temps.

    Maintenant il m’encourageait. Je crois bien que j’étais en train de devenir une star, il faut dire  aussi que je rassure l’électeur, les français se retrouvent beaucoup en moi, comme eux je subis les illuminations d’un chef histrion, incapable et glandulaire, comme eux je m’ennuis dans un monde qui ressemble de plus en plus à une location saisonnière en enfer et comme eux... j’en fous pas une rame.

    Soudain il y a eu un bruit de carreau cassé et un gros caillou a atterri sur mes chaussures de gouvernement que je venais de cirer, forcément j’ai été surpris et j’ai fichu du ketchoup partout sur la moquette blanche du préfet.

    -C’est pas moi... c’est pas moi... et je l’ai pas fait esprès Pineulope !

    -Arrête de chialer pétite con et lis plutôt la message qu’il y a écrit dessus !

    Elle m’a dit Pineulope en regardant par la fenêtre le motard de la gendarmerie qui avait jeté le message et qui maintenant s’éloignait.

    C’était un mot de mon maître incommensurable qui me fixait rendez-vous pour le lendemain.

    C’était bien la première fois qu’il me faisait prévenir comme ça et par motard anonyme encore mais après tout on s’en fichait c’était les vitres au préfet !

     

    Il m’avait donné rendez-vous en grande banlieue au bar-tabac le Balto de la rue Franpin à Bagnolet. Bien qu’un peu surpris j’avais obtempéré (comme d’habitude, c’est si bon d’obtempérer.) et pendant que j’enlevais mes pinces à vélos, j’étais venu en vélo-taxi mais comme j’aime à souffrir j’avais pris la place du pédaleur (bienheureuse époque que la nôtre où des jeunes gens éthiques peuvent remettre à la mode sans risquer le lynchage ce proméne-couillons  pour marchands de soupe de temps de défaite, étonnant cette nostalgie de l’occup’ allemande, il faut dire aussi que l'actuelle ne tient vraiment pas la comparaison, une mosquée même salafiste dernier cri n’a aucune des commodités d’une kommandantur sans compter que c’est bien moins bien tenu et puis le petit personnel est rarement « korrekt » !), j’aperçus mon maître astronomique, il était assis sur une banquette défraîchie, défraîchi il l’était tout autant, ah il ne semblait plus trop de saison avec sa barbe de trois jours, ses lunettes noires, et son imperméable de permissionnaire en cavale.

    Il me fit signe de le rejoindre, discrètement en fond de salle, j’obéissais, avec délice.

    -Assieds-toi là, qu’est-ce que tu prends je t’ai commandé un demi moi je continue à la fine.

    J’aurais préféré un diabolo-grenadine, la bière c’est pour les grands et ça me donne la migraine, mais bon, je comptais les soucoupes, il y en avait une douzaine devant lui, j’étais consterné, ainsi c’était vrai il s’était mis à picoler.

    -Tu... tu as arrêté ton régime ?

    -Non connard j’en ai commencé un autre... tu as apporté ce que je t’ai demandé?

    -Le faux passeport ? Impossible ton petit protégé le Brice il a rien voulu entendre, alors je t’ai apporté un vieux de mon beau-frère... en bricolant un peu...

    -C’est ça à la patate... ben tiens don’ putain quand je reviens je te le propulse aux sports ce connard ! Et pour la planque t’as pensé à quelque part ?

    -Ben, j’ai pas eu trop le temps... enfin, je m’étais dit que peut-être en haut de la colonne Vendôme, ils sont en travaux, c’est central, il y a une belle vue et le gardien est un pays, Monsieur Chouinard il vient du Chauvinois comme moi, il pourrait te loger quelque temps...

    -C’est ça et pourquoi pas dans les chiottes de l’Opéra-Bastille !

    -T’énerves pas... mais tu prends les choses trop au tragique c’est pas parce que tu as dévissé dans les sondages que tu es devenu tricard !

    -Je te dis qu’ils sont en train de comprendre et quand ils auront compris il va faire chaud !   

    -Ah non mais s’il fait chaud  c’est à cause du réchauffement qu’on cause à la tévé !

    -Qu’il est con ! Écoute tu es assez grand maintenant pour que je te fasse confiance, alors voilà j’ai besoin de me reposer un peu, sous-maître du monde adjoint tu dois bien imaginer qu’à la longue c’est fatigant, c’est toi qui va me remplacer pendant quelque temps... mettons jusqu’aux élections, tu connais le métier, c’est pas compliqué de tenir la baraque à frites républicaine, t’as rien à faire ça merde tout seul, c’est ça l’administration, c’est comme les poules, ça pond en continue tant que c’est nourri et baisé, et pour le reste la flicaille, la racaille et les radars surveillent le troupeau.

    Il me semblait amer, il faut dire qu’il était bien mal récompensé de tous ses efforts, pourtant le million de chômeurs supplémentaires, les vingt pour cent d’endettement en plus, l’armée française anéantie, le pouvoir d’achat au ras des pâquerettes et bientôt les tickets de rationnement c’était lui et en même pas trois années, on me dira que l’armée allemande avait réussi à peu près le même programme en moins d’un mois en juin 40 mais eux ils étaient motorisés.

    -Bon alors voilà je t’ai fait ton planningue de la semaine, lundi tu commences par aller voir les métallos en Lorraine et tu te prends un pain, après mardi le salon de la plouquitude, ils vont t’insulter, te parler des couenneries faites par cette grande loche de Barnier et de la chute de leurs revenus, oublie pas les stands bretons, ils sont rincés dés le matin et une andouille sur le coin de la gueule ça réveille, le mercredi tu pousses jusqu’à Sète et tu te coltines les pêcheurs de thon ça m’étonnerait que tu t’en ramasses pas un peu, rate pas la soupe de poissons dans le coin c’est considéré comme arme bactériologique par l’OTAN, jeudi, ah jeudi c’est les cheminots tu vas les voir, tu leur parles augmentation du temps de travail, baisse des effectifs tu devrais normalement là aussi prendre un petit quelque chose, vendredi alors là la grande régalade le fiston te prête son scooter et tu vas sur la dalle d’Argenteuil, tu me raconteras, enfin samedi je t’ai organisé une petite visite officiel éclair en Libye, je sais pas ce qu’il sniffe mais il est remonté le bédouin en ce moment avec un peu de chance tu finis otage officiel en Libye. Alors heureux ? Tu vois que j’ai pensé à toi, merci qui.

    J’étais ému aux larmes, je me jetais aux pieds de mon sublime maître et lui baisais ses talonnettes crottées, qu’est-ce que j’allais en chier !

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