• 22.

    Con... con... condidat!

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Ce n'était pas sans une émotion certaine que je me préparais à retrouver La Conche et la maison aux prestiges du cher Valter mais je me devais d'abord de rendre visite à Medpeu et La Branlaye qui luttaient en quelque façon pour une certaine idée de la démocratie participative.
    Ils étaient dans la salle d'attente du consulat en train de draguer des ressortissantes bravadiennes en instance de formalités, jeunes étudiantes en économie planifiée et lutte des classes qui venaient parfaire en République Démocratique Française (RDF) leurs études supérieures prolétariennes.
    Mademoiselle de Plombelec tentait bien de rétablir l'ordre mais ils étaient salement remontés les deux réfugiés politiques, tout rutilants de bonne santé et de forte alcoolémie ils se promenaient en slip et charentaises, l'opinel à la main, saucissonnant  et vantant leurs capacités génésiques, selon eux très au dessus de la moyenne plafonnée.
    -Ils ne cessent d'importuner les dames et de raconter des cochonneries ! Le petit n'arrête pas d'exhiber son machin ! Oh mon petit Valter si tu pouvais nous en débarrasser.
    -Le droit d'asile est sacrée mademoiselle. Mais enfin je vais voir... Messieurs, messieurs je vous en prie...
    -Tiens il est là çui-là ! Oh putain et avec le mousse encore ! Alors la petite voiture elle marche bien... et si on te crevait les pneus tu serais bien emmerdé hein...
    Martial Médpeu, barbu et sale, avançait vers nous, menaçant, il avait remisé son saucisson dans son slip et marchait son opinel à la main, les yeux rougis et huileux, la lutte clandestine les avait bien changé.
    -Bon Dieu ! Vous avez trois minutes pour foutre le camp dans votre cave ou je vous déclare en grève illimitée de la faim et je balance un communiqué à la presse! Gueula le cher Valter convalescent et que notre dure nuit avait quelque peu éprouvé.
    Mepdeu frissonna puis s'ébroua, merdeux comme un chien de chasse qui s'extirpe bredouille de l'étang aux canards et précédé par son comparse en com'erie se précipita vers les caves du consulat.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Ils étaient d'ailleurs fort bien installé, les caves tenaient plutôt de l'entresol cosy à l'anglaise agréablement aménagé, un rien bohême, il y avait des journaux de fesses par terre, des cannettes de bière, des cassettes vidéo, des collants et des capotes usagées.
    Quand ces messieurs les conseillers réapparurent ils avaient retrouvé meilleure allure.
    -Excusez-nous c'est ce salaud de Tintin le taulier du 10/18 qui est venu nous voir tout à l'heure, soi-disant parce que nous sommes ses meilleurs clients mais à la vérité sans doute voulait-il obtenir des renseignements et juger de notre esprit de résistance et du moral de la troupe, il nous a fait boire du vin de noix de son parrain... c'est terrible !
    -Je sais, je connais, approuvai-je.
    -Bien maintenant La Gaspérine parlons un peu de votre avenir, alors cette fois ce sera la bonne, vous nous êtes revenu, vous allez voir ce qu'on va leur mettre.
    -Ah mais non mais ce n'est pas ce que vous pensez...
    -Comment vous n'êtes pas ici pour la chose... le passage à l'acte, vous voulez le perdre ou pas votre berlingue électoral ! Vous êtes plus en âge de rester électeur. Enfin réfléchissez la route vous est ouverte... votre prestige est intact et même renouvelé et augmenté par les tribulations de votre remplaçant, d'ailleurs chacun pense ici que c'est Letroncheur qui l'a buté,  à cause du rayon crémerie...
    -Le rayon crémerie vous êtes sûr que c'est un mobile de crime ?
    -Et comment don', le parti a toujours touché un petit quéque chose et même un bon petit quéque chose sur le rayon crêmerie-produits frais de la grande distribution, ici ils avaient signé avec Edgar Letrouble des Centres Letrouble il est de Petros-Duisec, presqu'un enfant du pays, jusqu'au jour où le Lucien Boitel est parti rejoindre le grand plombier de l'univers, la succession revenait naturellement à Letroncheur, dans un premier temps il a pris la suite aux conditions habituelles et puis il s'est rebiffé et il a dénoncé les accords crêmerie-produits frais, il voulait faire revoir son pourcentage à la hausse, panique à bord au Parti... et dans la crémerie parisienne, c'était un précédent qui pouvait tout fou't par terre alors il a bien fallu trouver quelqu'un à lui mettre dans les pattes et c'est tombé sur vous. Il s'agissait pas de le menacer mais de le déstabiliser et le ramener à la raison. Vous l'avez vu en campagne et bien dans les affaires il est tout pareil affectif et exagéré.
    -Ainsi c'est pour ça ! Pour figurer dans une carambouille de boulevard que j'ai été choisi !
    -Vous ne vous doutiez de rien ? Vraiment ?
    -Eh bien non, non, je croyais... je pensais... j'imaginais...
    -Vous croyez qu'on vous avait distingué eu égard à  vos qualités d'homme d'état et votre caractère trempé ! Allons, allons soyons sérieux votre docilité convenait, quand elle vous a fait défaut un soir d'exaltation hormonale, paraît-il, eh bien vous n'avez plus convenu. Voilà tout !
    -Mais alors et Noyeux ?
    -Le Noyeux, ou devrai-je dire le Noyé puisqu'aussi bien nous pouvons employer le participe passé maintenant hiirc ! hiircc !...
    Médpeu n'avait rien perdu de son humour agaçant et mal à propos.
    -... bref votre petit camarade avait lui deux gros défauts: il était honnête et faisait ses courses le samedi, c'est au rayon fromages qu'il a tout découvert, en discutant avec le chef de rayon, un con à œillades vous voyez le genre, c'est toujours le petit personnel qui ruine les belles combinaisons, votre Noyeux a fait un renaud pas possible au parti, une semaine après on l'a retrouvé joyé le Noyeux... euh noyé le Joyeux, bon je rigole mais le plus troublant c'est le rapport de gendarmerie et l'autopsie qui a été pratiqué contre tout bon sens, ils ne se sont presque pas occupé des boyaux...
    -Et pourtant la lecture des boyaux c'est toujours par ça que je commence le matin avant même le journal. Important pour se tenir au courant dans une enquête. Remarqua le Chef ‘von le Gueuzec.
    -Eh bien eux ils ont juste retourné la peau comme un gant, un peu à la manière dont on prépare un lapin, vous voyez...
    Je ne voyais que trop bien ce pauvre Joël écorché.
    -...d'ailleurs le Chef ‘von le Gueuzec qui a été chargé par la famille de ce pauvre Noyeux d'enquêter à titre privé en a été le témoin ?
    -En effet et j'en ai causé encore la semaine dernière avec Mau-Mau...le Professeur Maurice Maurin-Pointard que l'on aurait dû appeler en pareil cas surtout pour un parisien et une pointure encore...
    -Une pointure n'exagérons bien, il était bien gentil ce cher Joël mais de là à ...
    -... au lieu de quoi ils ont réquisitionné deux toubibs militaire du camp d'aviation de La Ponche, c'est à croire qu'ils voulaient se le faire en civet le candidat ou à la chasseur, et notez qu'il a été impossible de retrouver la peau, les gendarmes et le juge d'instruction disent qu'ils l'ont jetée, qu'ils n'en avaient plus l'usage puisqu'aussi bien l'information était close: mort accidentelle... oui tout cela est bien étrange...
    <o:p> </o:p>Nous quittâmes les deux défenseurs de la foi et arrivé sur le trottoir Walter demanda au Chef ‘von le Gueuzec :
    -Dîtes-moi il en était de la petite fête à bord du yacht bleu votre candidat ?
    -Béh ma foi... il me semble oui l'avoir aperçu su' le pont... pourquoi mon petit Valter tu penses... c'est marrant ça me trottait aussi... 
    -J'aimerais bien le voir de prés le défunt, l'inventeur de « the authentic strawberry'french mustard ». Je vais demander au Capitaine Kelbonbec de préparer la Détestation.
    -Moi je téléphone aux capitaineries de port pour savoir s'il est signalé quelque part et je t'appelle dés que j'ai des nouvelles mon petit Valter.
    -Fort bien, vous venez La Gaspérine aaaallons prendre quelque repos avant que de repartir vers de nouvelles aventures.
    Il était de belle humeur le cher Valter depuis qu'il savait que la belle madame Belcourt n'était pas indifférente à sa personne.
    -Si ce sont des aventures maritimes très peu pour moi.
    -Ne fâites pas votre bêcheur La Gaspérine.
    -Je suis faaaaatigué de tout cela.
    -Allez rentrons à la maison, venez sur mes genoux vous vous faaaaaatiguerez moins.
    Nous traversâmes la ville dans cet équipage étonnant de jeunes mariés handicapés moteur, mais arrivés à la maison  du druide une surprise nous attendait.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>En effet ce fut le cher Doubi le chef des services secrets prukhmen en personne qui nous ouvrit la porte.
    Je pensais aussitôt, quoique faaaatigué :
    « Oh merde ça y est c'est reparti pour un tour de manége infernal ! »
    -Cherrr Voualtérrre quel biencontrrreux plaisirrr de vous revoirrr !
    Le prukhmen n'était pas menaçant, au contrrrairrre il sourrriait, ah zut v'là que ça me prend moi aussi, ce doit êtrrrre contagieux le rrroulement de « r ».
    -Colonel Dubaïev quelle bonne surprise !
    Ils s'embrassèrent à la prukhmen, férocement sur la bouche, peut-être y mirent-ils la langue tant ils montraient d'empressement sentimental.
    Pour ma part je n'y comprenais plus rien, il n'y avait pas deux heures nous échangions nos bons vœux de prompt démolition et force coups de flingue et grenades def' en veux-tu en voilà  et maintenant ils faisaient assaut... d'amabilités.
    Un peu plus loin dans la grande salle à manger Dona Chupita y Gomez faisait goûter les enfants du prukhmen et échangeait avec sa dame des recettes de confiture à la rrrrhubarrrbe y bolones. Dona Chupita mettait des boulons partout, elle aurait pu écrire un livre de recettes de cuisine insurrectionnelle.
    -Vous... vous connaissez ? M'étonnais-je.
    -Le Colonel Dubaïev, Doubi est un ancien du KaGuéBé, nous nous sommes connus à Prague au temps de notre jeunesse.
    -Le bon temps rrrrévolu hélasssss !
    Ah non là s'il se mettait à rouler aussi les « s » je démissionnais.
    -La belle fraternité des services n'est pas un vain mot, c'est une grande famille. Me renseigna ému le cher Valter en serrant une fois encore le cher Doubi dans ses bras.
    Pour le reste les explications étaient simples le cher Doubi était au chômage,  Mademoiselle Br... avait dénoncé ses carences chroniques et déconvenues récentes à leur gouvernement et prit sa place à la tête des redoutables sinon redoutés services secrets prukhmens .
    -Ah la sale cafetière ! M'indignais-je. J'étais moi-même encore sous le coup de la trahison de mon adjoint à la Filière truc-chose.
    -Je licencié. La location maison saisonniérre dénoncée. Je me perrrmetrrrer venirrr à vous.
    -Vous avez bien fait mon colonel. Ma foi il me semble bien qu'on embauche chez nous, je vais me renseigner, je pourrais vous avoir un poste d'adjoint middle east center and western europa et quelques heures de... de « ménage ». Et pour ce qui est de la pizzeria je ne devrais pas avoir trop de mal à négocier un arrangement avec votre propriétaire.
    -Ah je trrrés bien, même si perrsonnel défaillant, prrroprrement perdu chef de rrrang maîtrrre d'hôtel serveurs mais deux plongeurrrs rrrestés loyales à moi.
    -Des plongeurs de combat cela ne m'étonne pas. C'est un service public que le monde entier nous envie. Ce sont des gens d'honneur ! Approuvais-je avec quelque lyrisme .
    -Non commis bengalis, pas comprrrendrre Prrrukhmen, pas frrrançais non plus, pas au courrrant de rrrrien mais fairrre vaisselle trrrés assidûment.
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  • 21.
    Mi-temps chez les structuralistes.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>J'arrivais au Coin Maurin chez Dartemont sœurs, essoufflé mais sauf, au moment mâme où Valter Chéchignac faisait faire un dernier tour de fauteuil roulant aux mômes avant que de quitter les lieux :
    -Eh ben mon vieux vous vous êtes baigné tout habillé ?
     -‘eu  sais... Je sais... où il a déménagé le Pizzaiolo !
    -Il n'a pas déménagé c'est son jour de fermeture. Répondit Dartemont-Chambeulac.
    -‘ademoiselle Br... ‘lai vue... y r'tiennent votre sœur... ‘oulevard des belges.
    <o:p> </o:p>L'expédition punitive fut vite montée et nous nous retrouvâmes dans la camionnette de fonction du Chef ‘von le Gueuzec devant la maison de pécheur où j'avais été enfermé.
    -Vous êtes bien sûr ?
    -Je suis formel c'est là qu'ils m'ont emprisonné et torturé.
    -Torturé vous y allez fort mon cher, une simple prise de contact tout au plus... bon aaaaallons-y !
    Chéchignac s'était levé sur ses cannes bien décidé à commander l'assaut qui délivrerait son amour impossible.
    Il n'en fut que plus déçu de ne point la trouver au logis, ils avaient déménagé et emmené la femme d'intérieur à l'extérieur.
    -Vous vous seriez pas gouré de numéro? Hasarda le chef ‘von le Gueuzec.
    -Et ça ! Dis-je avec quelque emportement et en désignant le grand piano à queue bleu nuit.
    <o:p> </o:p>Nous retournâmes à l'agence annoncer la mauvaise nouvelle à Dartemont-Chambeulac qui était en rendez-vous avec un cocu en short :
    -... nous n'avons plus de vie de couple et elle s'absente toute la matinée de la caravane... et le soir elle revient à des onze heures avec du sable dans les cheveux.
    -Nous allons faire une enquête et...
    -Pas besoin d'enquête vous êtes au camping des palétuviers ? S'interposa le chef ‘von le Gueuzec.
    -Oui, oui les palé...
    -Elle est rousse ?
    -Ah ça oui.
    -Eh ben alors c'est le disque-jockère qui la tire votre dame ! Il a ses chaleurs en août si on l'arrête pas il va nous véroler toutes les rouquines de l'arrondissement. Je ne vous raccompagne pas vous savez ce qu'il vous reste à faire
    Non il ne voyait pas vraiment: son devoir de cocu sans doute ?
    -A l'ordinaire on met du gros grain ou de la balle à ailettes pour tirer le disque-jockére en plaine, ouais c'est ça prenez de la Brenneke spécial musicien. Insista le Chef ‘von le Gueuzec qui sur la question de l'honneur était intransigeant.
    Mais non vraiment sans façons, il n'était pas tellement partant pour le crime passionnel « the  shortman », pas plus que pour la chasse à cour, où pourtant coiffé comme il était il aurait fait bonne figure, alors il ramassa son poste de radio, son parasol et son tapis de plage et quitta la pièce, déjà résigné.
    C'est émouvant un cocu, les dames ne s'en rendent pas compte, mais souvent il y a chez eux moins de virilité blessé que d'enfance déchue.
    -Vous ne l'avez pas trouvée ? S'inquiéta Dartemont-Chambeulac ? Mon mari aussi a disparu et regardez ce que j'ai trouvé dans la boîte aux lettres.
    Valter lut à haute voix la missive :
    -Nous avons enlevé le grrrrand blanc subséquemment  et nous ne le rendrrrrons à sa famille que s'il arrête prrrrésentement ses connerrrries ...
    -Vous avez une idée monsieur Chéchignac ? Ce qui m'inquiète c'est le roulement des « r » semblables à ce que nous a raconté monsieur La Gaspérine des habitudes de ses ravisseurs.
    -Semblables en apparence mais différents dans le prononcé ceux-ci sont roulés-mouillés les autre roulés à sec, deux traditions différentes donc des origines qui ne le sont pas moins. Oui pour votre mari cela devrait s'arranger sans trop de mal s'il arrête ses conner... suspend certaines de ses activités euh... saisonnières, mais pour votre sœur il faut faire vite, avec les services on ne peut pas plaisanter, c'est l'administration, les délais courent il faut trouver leur maison de sûreté, quelque part dans la ville.
    -Moi je crois bien que je sais où qu'elle est Tata Maude !
    C'était le cher Pin-Pin.
    -Ah oui et... elle... elle va bien ?
    -Oui, oui ça peut-z-aller...
    -Et tu peux nous montrer ? Insista Valter.
    -Si les cousins veulent bien, sinon y n'ont dit qu'y me casseraient les vertéb avec un casse-noix juré si je causais... et aussi si je peux faire encore un tour en fauteuil ?
    <o:p> </o:p>Les cousins furent longs à convaincre, étrange conspiration dirigé par Louis-Hubert dit Zub qui n'avait pas dix ans mais montrait la subtilité déductive, le calme physique et l'entrain intellectuel d'un alchimiste-parachutiste de la vieille école. Ils avaient déduit de l'absence inhabituelle de leur maman d'ordinaire tellement assidue à leur bonheur que quelque chose ne tournait pas rond et en compagnie du chien du voisin qu'ils avaient dérobé nuitamment :
    -Pasque un chien ça a du flair et qu'une aventure sans chien c'est pas t'une aventure.Affirma le cousin Pin-Pin qui s'y connaissait n'en z'aventures.
    Ils étaient parvenus à découvrir ce qui nous était demeuré caché: les mauvaises habitudes du pizzaïolo, voisin trop sympathique pour être honnête. Ils s'étaient renseignés auprès de ses gamines, nullement tenues au secret défense, avaient monté moult expéditions nocturnes, exercé le chien, re-torturé les gamines, démantibulé leurs poupées, racheté des poupées, repéré les lieux, organisé les tours de garde, rapproché leurs surveillances, consigné les faits sur leur cahier de textes à spirales, approché et ravitaillé leur maman prisonnière, torturé le chien, comme ça pour voir, ramassé des crabes, torturé des crabes, s'étaient fait  mordre et avaient établi enfin un plan de campagne fort ingénieux basé sur les coefficients de marée et l'incontinence notoire de l'un des serveurs Prukhmen préposé à la garde de leur maman.
    -Si ces saligauds ont fait quelque mal à maman ils en répondront sur leur vie ! Affirma Louis-Charles dit le Preux.
    -Eh béh en tout cas on peut dire que vous au moins vous avez pas chômé ! Conclut admiratif le chef ‘von le Gueuzec.
    -Aaaallons-y ! Répéta une fois encore le cher Valter que les tours de cour en fauteuil électrifié avaient visiblement fatigué mais n'en témoignait pas moins une résolution intacte quoique nauséeuse.  
    <o:p> </o:p>Nous embarquâmes avec les Louis et le cher Pin-Pin dans la fourgonnette du Chef ‘von le Gueuzec conduite par Bédoncle le barman virtuose.
    -Vous aviez raison mon cher Valter... dit le Chef ‘von le Gueuzec.
    Il était debout à l'arrière, l'ex-garde républicain prés du fauteuil de son excellence et se cognait la tête en cadence au toit du fourgon.
    -... nous voilà en plein club des cinq !
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Dans le bunker Mademoiselle Br... détricotait son écharpe interminable.
    Dans un coin Dartemont-Belcourt « gisait enchaînée » comme dans un roman de gare :
    -Comme ça au moins tu risques plus de nous emmerder, pouffiasse !
    -Vous détricotez fort bien . Remarqua adroitement Dartemont-Belcourt en se redressant.
    -Oui, j'aime bien ça depuis tout môme, je tiens ça de ma tante qui était commandant de CRS, il me racontait que quand ils étaient dans le car avant les manifestations tous ses camarades tricotaient et lui il partait le dernier, passait derrière et il leur détricotait tous leurs ouvrages et quand ils revenaient de la manif c'était la grosse déception et les grincements de chailles... c'est ça qui est bon...
    -Vous êtes taquins dans votre famille. Oui mais... mais là c'est votre propre ouvrage que vous détricotez ?
    -Ah ben ouais... c'est vrai ça...
    -Cela signifie sans doute quelque chose.
    -‘croyez ?
    -Tendances suicidaires peut-être, vous devriez consulter.
    -Tiens ‘faudra que j'en cause à mon analyste... t'es pas si conne pour une mère de famille nombreuse... je suis en analyse depuis dix-sept ans, j'en suis à mon troisième analyste, les deux précédents se sont suicidés, le troisième s'accroche mais je l'aurai. Toi aussi je t'aurai radasse, je vais te dissoudre toute vive dans de la soude caustique.
    -Caustique ce sera d'un triste !
    -Marre-toi connasse t'en as plus pour longtemps ! Avoues que t'y crois encore à l'arrivée de la cavalerie ! Mais ton Chéchignac il est plus bon à rien ! C'est p'us qu'une limace ! Une limace à roulettes ! Hierk ! Hierk !
    -Ah ouais tu crois ça fausse blonde! Retentit Walter Chéchignac dans le même temps où il la menaçait du pistolet MAB prêté par le Chef ‘von le Gueuzec...
    « Fais-y attention mon petit Valter j'y tiens c'était mon arme réglementaire du temps... » Du temps de sa splendeur républicaine, lui avait recommandé l'ex gardien du temple en la lui confiant.
    -... putain La Gaspérine je m'enfonce. Ajouta le cher Valter menaçant en perdant soudain de l'azimut et donc de l'autorité.
    De fait le sol du bunker était recouvert d'une bonne couche de sable mou et ses cannes s'enfonçaient dedans le déséquilibrant d'autant et le forçant in fine à se rasseoir lourdement sur son fauteuil.
    Je tentais de le secourir, j'avais désapprouvé son plan de campagne qui tenait en une phrase :
    -Aaaaaaaallons-y !
    Et critiqué cette offensive prématurée d'autant que la plage et les entours de l'ouvrage étaient parcourus de serveurs prukhmen, la serviette au bras mais l'arme au poing.
    Mademoiselle Br... abandonna ses loisirs structuralistes et son dé-tricot pour ramasser une pelle et elle nous jeta du sable à la figure, ce qui n'était pas de jeu.
    Le cher Valter tenta bien de faire feu mais le semi-automatique bayonnais demeura aphone, il était coincé.
    -Sa-lo-pe-rie-de-mer-de !
    Quand la tempête de sable cessa nous dûmes convenir que Mademoiselle Br... avait disparu, elle avait creusé un tunnel dans le sable  et courait sur la plage en gueulant pour rameuter la troupe :
    -Mechantski obunkeroskoï !
    Nous nous retrouvions donc assiégeants, assiégés, notre seconde vague d'assaut composée du barman Bédoncle et du chef ‘von le Gueuzec ne devant monter en ligne qu'à notre signal.
     Je regardais par l'une des ouvertures et vit les vestes blanches des serveurs s'approchant de la position.
    -Je vous avais bien dit que c'était de la folie votre truc !
    -Arrêtez vos chialeries La Gaspérine, prenez la pelle et venez me désensabler bon Dieu !
    De fait il en avait maintenant jusques aux milieu des roues  l'héroïque handicapé.
    -Et puis envoyez le signal !
    -Le signal ? Mais mon cher vous êtes parti si vite et dans un tel élan désordonné que je crains bien que nous n'ayons pris le temps de n'en convenir d'aucun.
    -Eh bien agitez votre chemise à la fenêtre, je ne sais pas moi !
    Les pizzaioli prukhmen avaient commencé de nous tirer dessus et je n'avais aucune envie de passer tout de suite au dessert en m'exposant inutilement.
    -Si personne ne fait rien ils vont nous faire aux pattes aussi bien qu'en 40 ! Insista Chéchignac.  
    -Je n'ai pas souvenir d'une participation prukhmen à nos déboires de l'an 40.
    -Oh arrêtez ça mon vieux ! Dit-il en passant la marche arrière et en faisant ronfler ses moteurs asynchrones.
    Miracle il parvint à se désensabler.
    -Eh bien nous avons maintenant une division motorisée à disposition ? Continuais-je de grincer.
    -Vous ne croyez pas si bien dire mon vieux, je vais te leur faire une percée moi ! Gueula-t-il en passant le seuil du bunker à vive allure.
    -Non Walter je vous en prie ! S'écria Dartemont-Belcourt toujours enchaînée.
    Ce cri avait retenti comme un aveu... si j'ose dire.
    -C'est beau, c'est grand c'est généreux, c'est français... mais il va s'ensabler comme un couillon dans les dunes ! Commentai-je depuis l'une des meurtrières d'où je contemplais le champs de bataille sous la lune.
    A mon grand étonnement sa percée réussit et mit le plus grand désordre dans les lignes ennemies, il est vrai qu'elle était puissamment soutenue par Bédoncle le barman de La Bégude qui courait sur ses talons en puisant dans sa musette et en balançant force grenades def' à destination des troupes Prukhmen qui rembarquèrent dans leurs camionnettes de livraison  plus piteusement encore que les britiches à Dunkerque.
    -Attendez-moiski bande d'enculoskoï ! Gueulait en courant à leur suite la terrible Mademoiselle Br...
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Une heure après nous abandonnions à notre tour le champs de bataille où nous venions de triompher, malheureusement la camionnette du Chef ‘von le Gueuzec ayant refusé de démarrer malgré les encouragements des mômes qui faisaient un tintouin du Diable à l'arrière, ce fut le cher Valter qui nous prit en remorque avec son fauteuil roulant préparation spéciale, sur ses genoux Dartemont-Belcourt dormait, Walter Chéchignac, la moustache dans ses cheveux, souriait, les larmes tombaient de derrière ses lunettes noires comme d'une source nocturne, je crois que c'était là le plus heureux moment de sa vie.
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  • 20.
    Return to La Conche over Ponche.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>A La Conche sur Ponche la saison allait sur sa fin. C'était le moment des premiers départs. Sur ses affiches Noyeux Joël exhibait un sourire définitif. 
    Quand nous arrivâmes  les mômes jouaient dans la cour, ils étaient dans la R4 à faire vroum ! vroum ta gueule! en compagnie de renouvelés cousins sous la surveillance des demoiselles Dartemont-Chambeulac qui, assises sur le seuil de la grande porte cochère détaillaient les possibles, les potables et les juste fumables, bref herborisaient à la recherche du spécimen de Surconmusclé, surfer blond d'Australie orientale dont on leur avait signalé la présence à quelques exemplaires sur les côtes bretonnes.
    Les mômes voulurent tous essayer la petite voiture de ce cher Valter qui leur offrit à chacun un tour de cour à fond les manettes.
    -Allez maintenant soyez sages !
    Il avait repris des couleurs et surtout recouvré son sourire je m'enfichiste qui plaisait tant aux dames d'œuvres désœuvrées.
    Dartemont-Chambeulac accueillit les renforts avec soulagement,  c'était éprouvant à voir, tant elle s'inquiétait la soeurette:
    -Ah monsieur ‘von Le Gueuzec vous l'avez retrouvée ?
    -Non mais cela ne tardera plus mon enfant.
    A la vérité s'il était monté à Paris chercher le secours de son cher Valter qu'il savait diminué et souffrant c'était bien la preuve qu'il calait l'ex-garde républicain.
    -Mon mari est sur une piste. Un vendeur de beignets et de glaces qui a disparu en même temps que Marie-Maude...
    Elle nous désignait depuis le balcon le Grand Hulme qui avait délaissé les pistes de Courch' pour celles de suspects saisonniers.
    Il s'était déguisé en africain vendeur de saloperies Children Handmade in Popular and Cupidar Republic of China et remontait les plages à la recherche d'indices en jouant du Gombo et en affichant des prix hors de saison et tout à fait imbattables.
    -Tiens le yacht bleu a disparu ! Nous fit remarquer le cher Valter.
    -La gendarmerie maritime qui a autorisé la famille à le changer de mouillage, des arriéres-petits cousins de l'américain qui ont débarqué la semaine dernière, ils étaient tellement contents de savoir que l'héritage leur revenait puisque la veuve avait-elle aussi clanché qu'ils ont fait une fiesta du diable à bord... avec le défunt toujours en soute. Enfin je crois qu'ils ont prévu de l'enterrer dans quelques jours en Normandie.
    Nous retournâmes à Dartemont-Chambeulac :
    -... et mon beau-frère qui doit arriver aujourd'hui, je n'ai rien dit aux enfants mais à lui ?
    Elle se rassit sur le canapé de velours et croisa les jambes, un truc que quelques ex-internationales particulièrement douées de Notre-Dame de Sion réussissait quelques fois à l'entraînement mais qu'elle accomplit là avec un naturel parfait, même Valter, pourtant tourneboulé chercha autour de lui la touche replay.
    Je me relevais le premier de la stupéfaction admirative de l'assistance masculine:
    -Excusez-moi je dois me rendre à une séance de signatures à l'Espace Conchitudes.
    Dartemont-Chambeulac toujours à l'affût, malgré l'angoisse où elle était s'étonna :
    -L'Esp... Oui la Librairie Martineau quoi ! Vous écrivez don' monsieur La Gaspérine ?
    -Oh Madame, j'ai commis un court roman ...
    -Mais racontez-nous ça.
    J'obtempérais, je ne détestais pas de me raconter, même si dés que je parlais de moi et de mes œuvres l'émotion souvent me faisait bégayer tant l'homme alors se livrait tout entier .
    Je racontais, oh certes je ne disais pas tout et en particulier que mon éditeur, très vite au courant de ma disgrâce m'avait condamné à une pénible et humiliante tournée de librairies de province et de maisons de la culture de chef lieu pour payer le papier et s'éviter des désagrément capitaux car à Paris j'étais maintenant tricard.
    -... oh c'est sans prétention, un début mais qui répond à une nécessité véritable. Concluai-je.
    -Sans prétention... Marmonna Chéchignac que sa digestion difficile de balles de 11,43 et la diminution physique quoique temporaire qui en était résultée rendait amer et exagérément critique, il avait lu mon livre pendant sa convalescence, j'en étais certain puisque je l'avais retrouvé dans l'une des poubelles de La Bégude, ce qui m'avait enlevé mes dernières scrupules quant à la teneur de mes rapports avec la belle Merry.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Je quittais donc les lieux d'angoisse pour me rendre à l'Espace Conchitudes anciennement Librairie Papeterie Martineau située Boulevard des Belges en face de mon ancienne permanence.
    J'y fus accueilli avec un grand empressement par la libraire, mademoiselle Martineau, documentaliste relaps.
    <o:p> </o:p>Et ma foi il y avait foule, j'étais devenu une personnalité concho-ponchaine, même si mon coïtus interruptus électoral en avait déçu plus d'un qui détestait Letroncheur et tout ce qu'il représentait.
    -C'est un populiste de la plus sale eau ! M'expliqua Mademoiselle Martineau.
    Je signais, dédicaçais à bon rythme heureux de pouvoir placer mes oeuvrettes, il faut dire que j'en avais plein le coffre de ma voiture de location.
    Le public était assez homogène, fonctionnaires éclairés, enseignants bienveillants, gens de peu, petite bourgeoisie administrative contrainte et puritaine, adepte des NPB (Nouveaux Préjugés Bourgeois) qui rêvait de vastitudes et de révolution d'arrondissement, se rassurait en recomptant ses points retraite et vivait dans la crainte du grand méchant Koléstérol. 
    Il y avait aussi quelques poètes déclarés, du type régional de l'étape.
    -A qui dois-je ?... la dédicace ? Vous avez une préférence ?
    Je n'en étais pas encore aux spécialités, je débutais en littérature mais quand même le métier rentrait à mesure que le poignet gonflait.
    -Pardon Maître ?
    Je levais la tête, c'était bien la première fois que l'on me donnait du « maître ».
    C'était un jeune homme bredouilleur, pas si jeune d'ailleurs, d'une petite quarantaine, mais très mince et assez rêveur, bref un garçon sympathique en veste de velours et avec une grande écharpe rouge, un peu cantatrice sur le retour, mais sympathique.  
    -Paul-Guy de Beuse...
    -Cela sonne comme un nom d'écrivain... vous n'écrivez pas ?
    Ma question l'intimida, il en rougit même.
    Si, bien sûr, qu'il écrivait, comme tout le monde, mais enfin il n'avait jamais pensé être publié, il était assistant de cours de socio-bromologie à l'université Patrice Lumumba de Perros-Guirec et certes il s'était un peu essayé à l'écriture mais...
    Bref je sympathisais très vite avec le jeune homme sympathique d'autant que mon livre lui avait beaucoup plu, qui abordait les grandes questions contemporaines, lui-même regrettait dans ce bout du monde qu'était La Conche de ne pas être plus souvent confronté aux grandes questions et à la modernitude de notre temps, hors la marée rien ne venait jusqu'ici :
    -... enfin quelques fois quand même, tenez cette année j'ai un élève prukhmen... il habite chez moi en ce moment, il est sans-papier, nous avons crée un collectif de soutien avec quelques professeurs... il ne parle pas du tout français, juste un peu d'anglais, il me raconte sa culture, quelle civilisation étonnante que la civilisation Prukhmen ! Savez-vous qu'ils ont inventé le sèche-linge à condensation  mille ans avant tout le monde ?
    Son anglais devait pas être terrible au Prukhmen ou alors il parlait chauvin dans le texte,  dans tout les cas il en prenait visiblement le plus grand soin de son clandestin. 
    -Si vous avez un peu de temps Maître je vous le présenterai, d'autant que je crois que vous-même êtes sensibilisé à cette problématique du questionnement des différences.
    Il ne fallait rien exagérer, cela ne me travaillait pas tant que cela, j'étais seulement comme tout le monde, un petit blanc qui avait la trouille et comme un futur pensionnaire cherchait à se mettre au mieux d'entrée avec le nouveau surgé et à se rencarder sur les conditions qu'on allait lui faire et si le jeudi c'était vraiment obligatoire la piscine et s'il fallait mettre des chaussettes propres le vendredi .
    Pour mon malheur à venir mademoiselle Martineau me bloqua l'aile droite:
    -C'est vrai vous avez écrit des choses magnifiques là-dessus et tellement originales sur la tolérance et tout ça monsieur La Gaspérine.
    -Alors vrai vous viendrez voir mon Prukhmen ?
    -Mais... mais... mais ce sera avec plaisir... le dialogue, la confrontation des idées et tout ce genre de choses...
    J'aurais dû savoir qu'en confrontation j'étais rarement le plus fort.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Il m'attendait à la sortie de la librairie, fit faire trois tours à son écharpe avec une adresse de lanceur de lasso pour mieux affronter le vent du large qui soufflait au prés, pour le reste il faisait plutôt chaud, c'était quand même la fin Août, à croire qu'il était frileux, nous remontâmes le fameux Boulevard des Belges.
    Il trottait et en même temps disait des choses très justes, vrai un garçon d'une grande sensibilité, mais enfin je me serais bien passé de la visite au Prukhmen d'élevage :
    -Voilà nous y sommes.
    Nous étions devant l'une de ces petites maisons de pêcheur à un étage comme il y en avait tant à La Conche, celle-ci quand même m'apparut fort décatie et visiblement inhabitée, j'hésitais sur le seuil quand je sentis dans mes reins ce qui pouvait aussi bien être le canon d'un parapluie que la pointe d'un revolver et que j'entendis la voix, elle très reconnaissable de Mademoiselle Br... :
    -Rentre là-dedans gros nul ou je te plombe le cul !
    Elle avait conservé toute son autorité et j'obtempérais.
    Nous montâmes à l'étage par un escalier affaissé et nous nous retrouvâmes dans une chambre qui sentait le moisi, un  type était assis sur une chaise et pêchait à la fenêtre à la manière d'ici, je reconnus en lui le vendeur de pizza prukhmen qui avait emménagé en dessous de l'agence des sœurs Dartemont.
    Dans un coin un magnifique piano à queue Graffenberg bleu-nuit semblait tapiner en attendant le soliste de passage.
    Sur le lit Dartemont-Belcourt jouait à la poupée avec une charmante petite fille blonde et dans la cuisine une femme chantonnait, en russe je crois, en distribuant des claques à ses mômes et en touillant sa sauce :
    -Je vous ai déjà dit mon colonel de ne pas emmener votre smala pendant les heures de travail ! S'emporta Mademoiselle Br... en retirant sa perruque brune.
    -Mais chière amieu quel mal célà fait don' et pouis mon épouse divoirrr à s'absenter aujiourd'hui pour raisons féminines!
    -Vous ne lui en avez pas encore mis un autre en chantier !
    -Qui sait ? Nous verrrons prronostics médicaux cé soir .
    -Cette idée aussi de prendre ses congés annuels pendant une mission à l'étranger. Ah on m'y reprendra à travailler avec les services Prukhmen.
    -Réfléchissez que je suis ainsi défrayé de mes soins de vacances. Et sans compter la pizzérrria qui marrrche du tonnerrre de vieux. 
    Le cong'pay quitta sa ligne postée pour venir m'observer.
    -Vouii c'est cela il entrrrerra tout juste je crrrains dans pétite  baignoirrre. On férra forrtioune di pote, on tassérrra.
    -Ah je vous préviens que si vous vous livrez à des brutalités sur la personne de monsieur La Gaspérine, moi je m'en vais.
    Dartemont-Belcourt avait arrêté de jouer à la poupée pour prendre ma défense.
    -Ta gueule connasse, on t'a rien demandé à toi ! S'emporta Mademoiselle Br...  
    Ce à quoi Marie-Maude Dartemont-Belcourt répondit en lui écrasant le pied du talon de son escarpin.
    -Ah la salope mon cor !
    -Grossier personnage !
    -Mais putain qu'est-ce qu'on attend pour les buter !
    Le colonel calma le jeu :
    -Les orrrdrrres nous attendons.
    Il dit quelques mots à son épouse, qui protesta en prukhmen non sous-titrée avant de s'incliner et toute la famille du colonel évacua la maison.
    -Ils vont prrromener, glaces et carrrtes postales. Je ne devoirrr pas oublier surrrveiller rrrôti. Rrrappellez-moi cherrr ami.
    -Le rôti maintenant. Y m'auront tout fait !
    Dans le même temps où elle maugréait contre ces contraintes par trop quotidiennes Mademoiselle Br... assomma lâchement, par derrière, Dartemont-Belcourt avec une matraque télescopique qu'elle avait prestement sorti de sa poche.
    -Tiens dors salope ! Bon on s'occupe de ce gros sac maintenant, il va parler ça va pas faire de pli, je le connais. N'est-ce pas qu'il va être gentil ?
    Elle me regardait dans les yeux et je n'avais jamais rencontré un tel regard, sinon peut-être enfant au zoo, le regard simple et ordinaire d'un mammifère supérieur, rien de plus, je ne réussis qu'à murmurer :
    -Euh... oui maîtresse.  
    Elle entra dans la salle de bains et ouvrit les robinets pour me faire couler un bain.
    -Mais... mais il n'y  pas d'eau chaude... ah ces putains de location de vacances...
    -Quel besoin eau chaude ? S'étonna le colonel.
    -D'habitude j'aime bien les ébouillanter un peu avant...
    -Trraces suspects brûlures sur cadavrre, enquête légal, pas trrés bon pour discrrrétion . Il n'est pas bon fairrre passer agrrrément avant trrravail.
    Ils en étaient à se refiler des vieilles recettes de tortionnaires.
    Je me retrouvais très vite ligoté et bâillonné dans « pétite baignoirrre ».
    -Alors tu vas parler connard ! Insistait Mademoiselle Br...
    -Houuumph ! Houuumphh ! Baillonais-je péniblement.
    -Pétêtrrre mieux pour qu'il parrrlle lui prrréventivement enlever baillon. Proposa le colonel humaniste et rouleur de r.
    -Ch'uis conne ! Oh ma pauvre fille qu'est-ce tu tiens en ce moment ? S'humanisa le mammifère supérieur en me débâillonnant.
    -Mais... oups... de quoi dois-je vous...oups... ‘tretenir ? hasardai-je.
    -Tu le sais très bien.
    Nous n'étions pas prés d'en finir.
    -Euh... Chéchignac... vous voulez que je vous dise ce que je sais et où le trouver ?
    -On s'en tape de cette ordure de toutes les façons je partirais pas d'ici sans lui avoir clôturé son compte ! Après ce qu'il a fait à ce pauvre No... à propos, mon colonel vous avez téléphoné pour me trouver un remplaçant comme je vous avais demandé, c'est que j'ai des engagements moi ?
    -Voui, voui, les amis de moi bulgarrres vont vous envoyer quelqu'un de trrrés bien diplômé supérrrieur de psychological  and tacticals operations.
    Elle avait l'air décidé à continuer son numéro international de transformisme farceur.
    Démaquillé et parlant de son partenaire il/elle ressemblait à ce qu'il/elle était, un artiste de music-hall, vieillissant et facilement homicide, vrai elle/il en redevenait humain.
    Je tentais de reprendre la main :
    -Alors peut-être voulez-vous que je vous raconte les préparatifs de l'opposition bravadienne pour...
    -Mais on s'en fout, on sait même pas où ça se trouve ton bled !
    -Las Islas Bravadas y Perditos trrrou du cul du monde !
    Je me gardais de leur faire remarquer que le Prukhménistan antérieur n'était pas mieux répertorié.
    -Allez plouf on le baigne et si on lui faisait un petit shampoing à l'acide... c'est bon contre les pellicules !
    -Trrés dangerreux derrnière fois utilisé, dissous crrravate, Poupinskaïa engueulé Doubi.
    -Doubi qui c'est ça ?
    -C'est moi-ski.
    -... la dé... défense na...tionale ? Proposais-je en refaisant surface.
    -Je crois qu'il le fait exprés et replouf !
    -... le... le porte-avion... furtif ?
    -Tiens don' six mois que vous n'avez plus eu de ses nouvelles ?
    -D'où la furtivité... et prouvée à la mer.
    J'étais prêt à leur fourguer toute ma dernière session d'auditeur à l'Institut des Hautes Etudes de Défonce Nationale, mais à l'évidence ils n'en étaient pas friands.
    -Et re-re-plouf !
    -... le code secret de la force de frappe ? The ignit code ?
    Vrai je le connaissais par un camarade de promotion qui était en poste à l'Elysée et avait la charge tous les samedis d'aller jouer le loto présidentiel.
    -Mais pauv'pomme tout le monde le connaît... les seuls numéros qui sortiront jamais.
    J'étais plus encore excédé qu'essoufflé et je lâchais lors d'une ultime émersion :
    -Mais merde quoi alors ! De quoi vous voulez que je vous cause ? Des habitudes sexuelles du mouflon ? De mes vacances à Chamonix  ou... ou de  la culture de la betterave à nœuds?
    -Ah ben tu vois tu y viens, enfin, je savais bien que tu étais un garçon raisonnable.
    -Co...comment ça vous intéresse la branlette du mouflon ?
    -Pauvre con comme si tu savais pas que le Prukhménistan est le premier producteur de betteraves à nœuds au monde, alors vas-y raconte le nouveau plant révolutionnaire OGNP-004 à têtes multiples ?
    La vie m'apparut soudain avec effroi dans toute son absurdité, tous ces crimes pour une histoire betteravière, mais le plus troublant pour moi était encore que ces gens-là, avec une certaine simplicité d'âme me croyait compétent.
    Ma vie ne tenait qu'à un plant de betteraves, et plus ridicule encore je venais de passer quatre années à la tête de la filière betteravière française et je n'avais pas la moindre notion de culture béterraviérement parlant, si même ça poussait sur un arbre : le betteravier ou en sous-sol dans des betteravières ? Alors les dernières nouveautés de Paris... Grignon...
    -Bien... bien... l'OGNP-004 donc... à dire le vrai c'est un peu dépassé, on en est au 007 au moins et le 008 est attendu pour l'hiver si l'été n'est pas trop chaud...
    Bien entendu je risquais de ne point faire illusion trop longtemps, surtout s'ils avaient été correctement « briefés » avant leur départ en mission, mais enfin j'en profitais pour reprendre mon souffle, la baignoire à la longue cela fatigue.
    Et puis soudain je humai cette odeur de brûlé alors mon esprit s'accéléra brusquement telle une mécanique implacable et je trouvais encore la force de me relever et gueuler :
    -Le rôti ! Le rôti qui grille !
    -Poupinskaïa engueuloski Doubiskonoï ! S'exclama terrifié le pizzaïoloski  prukhmenoskoï !
    Ce fut la panique à bord et j'en profitais pour courir à la fenêtre mal fermée, pour cause de pêche à la ligne, les traditions avaient du bon, actionner l'espagnolette avec les dents et me défenestrer élégamment.
    <o:p> </o:p>Par bonheur je tombais sur une grosse belge qui bouffait une énorme barbe à papa sous nos fenêtres et cela amortit voluptueusement ma chute.
    Je réussis à me remettre debout. Taché mais érigée.
    -Allaye donc regardez ce que vous avez fait de mon épouse, on fait un constat... allaye... allaye...
    N'ayant point ma licence de chuteur ascensionnel à jour, je parvins à me dégager de l'étreinte wallonne et collante et je me mis à courir sur le boulevard qui leur était dédié.
    J'entendis dans mon dos Mademoiselle Br... qui lancée à ma poursuite s'arrêta pour interroger le belge qui relevait à grand peine sa grosse toute engluée dans sa barbe à papa :
    -Pardonnez-moi cher monsieur vous n'avez rien vu tomber.
    -Un trou du cul une fois c'est ça ?
    -Précisément.
    -Il s'en est allé vers là-bas !
    -Merci bien. Tenez voilà deux bons de réduction sur les pizzas margaritas.
    Par bonheur la si professionnelle et athlétique Mademoiselle Br... qui me regagnait du terrain à chaque enjambée se prit les pieds dans son écharpe démesurée de poète figuratif, elle perdit l'équilibre et s'en vint percuter une sanisette sur cales. (à suivre...)
    <o:p> </o:p>
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  • 19.
    Une convalescence agitée.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>De cette époque tragique, je me souviens surtout de mon éviction du Cercons que je vécus comme une dégradation publique alors qu'elle ne fut que fort peu publiée.
    Mais c'était là le signal adressé à tous, la fusée bleue. 
    La veille, présenté dans « les médias » comme l'un des plus sûrs espoirs de l'Union pour le Rassemblement, et promis aux plus hautes spécialités fromagères nationales et même bruxelloises, l'affront que j'avais fait à Gérald Sopalin et mon postillonage jugé comme éstrémisse par la direction du parti commençait de me fermer des portes.
    Par bonheur, étant de vieille extrace parisienne et borguéso-combinarde, acheteur de biens nationaux sous tous les régîmes, je bénéficiais des protections paternelles et maternelles
    Mère, si elle ignorait avec méticulosité son fils, connaissait tous les recoins de braguette de la rive-gauche, elle publiait beaucoup, elle avait toujours beaucoup plus publié qu'écris.
    Chez elle tout était publique, elle en avait fait des volumes, sa sexualité d'abord, dont je n'étais qu'un des avatars et sans doute pas le plus intéressant, elle se souvenait avec attendrissement de son premier curetage mais point de ma première dent,   surnommée Paule Bourgéte ou Dupanlouve par la critique clandestine, elle était surtout l'auteur officiel du manuel de féminisme à l'usage des sous-officiéres et kaporales du corps de troupe et de  livres qui entre confession et slogans, tags et pensées dévotes, interdits new-looks et préjugés commodes, ressemblaient à des terrains vagues, où elle détaillait sa moralité de naufrageur, obscure, puante et asphyxiante comme un feu de pneus, et comment elle couchait avec de jeunes gens outillés en proclamant que c'était là sa liberté et que cela seule comptait et méritait oraisons et bout de l'an.
       Une liberté qui dépendait de l'arrivage de la marée du soir en jeunes auteurs arrivistes et des cours du jour du coupon du souvenir soixante-huitard, la rente Geismar, très décoté par rapport au cours d'introduction mais conservé en portefeuille par une clientèle de rentiers, de fonctionnaires de la pub institutionnelle et de pensionnés des administrations  du culte, une manière de rente Pinay intellectuelle, indexée non point sur l'or poinçonné mais sur la fumasserie militante, l'héroïne base et l'imbécillité satisfaite.
       Devant la quasi péremption de ce lectorat fidèle, la prochaine extinction de la « génération du feu », madame ma mère avait su se reconvertir et faire face en se gagnant chaque jour de nouveaux clients dans la marée montante des fières combattantes de l'ozone, foutriquets cyclistes et autres phobiques, concernés, profiteurs et... cocus puisque lecteurs de madame ma mère.
    C'est qu'elle avait un truc à elle pour faire passer sa morale dépurative et fortement chargée en huiles lourdes, scories d'usinages, déchets d'arrière-cour et arriéres-pensées militantes de l'autre siècle: délaissant sa brosse rase de lesbienne croisée elle s'était convertie au chignon avec quoi elle ressemblait maintenant à sa grand-mère, et rassurait diablement la clientèle.
    Un chignon à un coup modèle 1898, armement par la gueule, canardière à connards, connardiére brevetée.
     
    Au vrai elle n'avait jamais été qu'une couventine dévote de son seul plaisir, elle avait mené petit train, égoïste et servile et aurait pu intituler ses mémoires: souvenirs de la petite ceinture.
    <o:p> </o:p>Malgré tout, elle me fut loyale, ayant placé sur mon conseil, une partie de l'héritage de ses tantes Guichard en valeurs betteravières, il n'était pas mauvais d'avoir quelqu'un dans la place.
     
    Quant à monsieur mon Père, le fameux Président Régis Cardemeule, après un rapport fort remarqué sur les retraites, où il préconisait de limiter le nombre de retraités par des pratiques humanistes et responsables et en usant de moyens naturelles ou chimiques mais toujours éthiques (crédit d'impôts pour les héritiers qui se chargeaient eux-même d'administrer l'aïeul et cartouches anti-taupes fournis gratuitement en mairie), père donc, lui même titulaire d'une bonne quinzaine de pensions et rentes diverses et administrateur d'autant de sociétés, décida pour occuper sa retraite et payer d'exemple de commencer à soixante-dix ans passés une carrière dans les appareils de chauffe en prenant la présidence du conseil de surveillance de La Compagnie Générale de Fonte Thermique Belge sise à Knokke-le-Zout.
    Vieille et solide entreprise familiale fondée en 1726 par Asdrubal Van Der Konf et devenue  à force de labeur familial le consortium leader des chaufferies mazout familiales en Europe frileuse. Elle était la propriété de trois vieilles dames, les sœurs Van Der Konf, toutes trois célibataires, octogénantes et actionnaires à titre principale.
    Ah je crois bien qu'il les avait envoûtées mon papa, il faut dire qu'il avait toujours bien présenté, son côté lieutenant de lancier valseur.
    Sa première décision de visionnaire en chef fut de transférer les chaînes de production à Oulan-Bator, le siége social de Knokke-le-Zout à Ibiza et  de diversifier les activités de fonte thermique en se lançant dans la production discographique et plus particulièrement dans le « errandbi » et le rap agonistiques ainsi que les casinos, entertainements and resorts, Letroncheur avait même obtenu, « business as usual » la construction d'un ensemble omnipolymultithalassoculturels à vocation lucrative à La Conche à la place du vieux casino de la jetée des parisiens :
    -Cela rajeunira l'image de marque de la société tout en conservant sa philosophie sinon tous ses préceptes: la chaleur et l'esprit de solidarité transgénérationnelle qu'elle crée.
    La solidarité transgénérationnelle dans les chaudières ? Je demandais à voir. Bref il déconnait plein pot mon papa-zouli mais cela avait l'air de leur plaire aux vieilles dames quand même un peu octogénées. 
    -Ah il faudra aussi changer le nom !
    -Oooh !
    Ce fut un cousin de La Branlaye, junior media planner editor  soit sous-rédacteur de seconde classe d'une agence de com' parisienne qui proposa pour remplacer l'antique, estimable mais par trop défensif C.G.F.T.B, le beaucoup plus offensif : Taartagle !
    Ces dames furent enchantées :
    -Et cela veut dire ?
    -C'est un mélange d'anglais et de français exclamatifs un métissage heureux mais ils le sont tous et qui  sonne comme une promesse. Expliqua le cousin La Branlaye.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Hélas Père trop occupé par ses activités alchimiques et musicales, il passait ses fins de semaine à Haôlivoude dans la compagnie de chanteuses et de starlettes à peine nubiles quoique déjà conquises, ne me fut d'aucun secours lorsque le gouvernement se proposa à la suite d'un rapport opportuniste de mon secrétaire général de regrouper, un samedi, les filières betteravière et salades de saison en un organisme unique dont mon sus-nommé secrétaire général prit la présidence.
    Je ne dis pas, cela allait sans doute dans le sens de l'histoire mais quand mâme me faire ça à moi ! Ah le sale petit con !
    Le soir mâme l'investiture me fut retirée, mon détachement administratif supprimé, je réintégrais mon corps d'origine, la Cour des Comptes (de ménage) où l'on me chargea d'astiquer l'argenterie et de recompter les petites cuillers préfectorales.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Je débarquais dans les préfectures à six heures du soir et l'on m'enfermait d'office à l‘office, il y avait des consignes de l'Elysée-Matignon, j'étais un dangereux déviationniste, un fachisse, marrant de voir  tous ces bourgeois bornés, repus et profiteurs, raisonner et s'exprimer en  bas-marxiste, comme aux temps médiévaux la curaille crottée en bas-latin, la seule différence étant que le marxiste haut ou bas n'a jamais été une langue de civilisation.
    Je demeurais en tête à tête avec le maître d'hôtel cégétiste, pernophile et sympathisant, qui me prenait en pitié très vite, bien entendu il en manquait toujours de ces foutues cuillers, alors pour se redonner du courage on se relançait au Pernod ou au « vin de noix de parrain ». C'est terrible le vin de noix de parrain ! :
    -‘tin ch'uis con ! La belle sœur qui les a ! ‘les lui ai prêtées pour la communion du neveu !
    -Ah mais c'est formellement interdit, je me vois obligé de consigner le fait dans mon rapport monsieur Poupard.  
    -Appelles-moi Raymond, tiens on va changer un peu il a reçu du blanc l'aut' con à la dernière foire agricole, ‘l est même pas au courant ...
    -Ah non, non... recel... de blanc sec préfectoral c'est trop grave...
    -Mais si ça rince le blanc... et p'is il en boit jamais ça lui fout la migraine !
    -Un p'tit alors monsieur... Raymond, j'ai déjà trop bu... bien sûr si vous pouviez les récupérer... je pourrais peut-être... à tître ecque-éché-ch'pionel...
    -Les récupérer, ça va pas être facile... qu'elles soyent pas déjà vendues...
    -Co...comment ça vendues !
    -‘faut comprendre quand j'ai vu qu'elle avait un peu de mal pour boucler le réveillon, les cadeaux des mômes tout ça, j'ui ai dit à Aïcha, c'est la belle sœur, t'as qu'à les bazarder ils se rendent compte de rien ici, je leur ai repassé ma ménagère en inox et voilà !... il est bon hein, il vient de chez Bouchardier un voisin au beau-père à la Côte-Salins...
    -Fa... fameux. Elle les gâte dis donc les mômes, c'était du massif restauration de chez Odiot tu sais...ah elle est brave ta belle-sœur, mon Raymond ! Ah vrai je vous aime bien moi !
    <o:p> </o:p>Le plus souvent je terminais ma tournée comptable dans des états innommables et c'était la femme du préfet qui m'évacuait en douce avec l'aide du chauffeur de permanence:
    -‘ma'me la préféte z'êtes gironde... tout plein... si'ou permettez ‘ous mettrez bien ‘z'une ‘tite cartouche...
    -Plus tard, plus tard vous allez manquer votre train monsieur La Gaspérine.
    Elles étaient maternelles les préfètes mais elles ne pouvaient s'empêcher de me contempler à la dérobée avec quelque effroi, il fallait les comprendre elles se souvenaient de m'avoir vu à la tévé, repassé, moulé de frais, ciré de la tête au pied, la raie au milieu et les chaussettes en fil d'Ecosse breveté aux mollets, entreviouvé avec complaisance par quelqu'une ou quelqu'un de nos coquettes journalistiques vieillissantes aussi indéboulonnables que des ballerines septuo-bréjnéviennes du Bolchoï, et ces braves tévéspectateuses me retrouvaient, vautré dans mon abjection, puant le vomi et agitant à la fenêtre du train leur petite culotte que je leur avais dérobée sur le vif, un tour qui venait du grand Vate Marcel Chéchignac et à quoi son fils m'avait initié depuis son lit de douleurs, recouvert d'album de Bibi Fricotin et des Pieds Nickelés.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Ah c'est qu'il m'en apprenait des trucs depuis qu'il avait des loisirs, il passait sa convalescence à La Bégude, devenue son quartier général et sous la protection du personnel du restaurant, de drôles de type d'ailleurs tous ces garçons, célibataires et vivant à demeure dans l'immeuble, une sorte de confrérie priante et déconnante, en armes sinon toujours en guerre, contre quoi ?
     Il semblait que pour le moment la mobilisation se fut faite contre quelques tribus albanaises, descendues de leurs montagnes et montées à Paris avec en tête de prendre le contrôle des cercles de jeu parisiens et de l'approvisionnement de la place de Paris en cigares et cigarettes de contrebande, activités dans lesquelles Walter Chéchignac quoique breton partageaient de solides intérêts avec des corses :
    -Et vous ne trouvez pas cela immoral de faire de l'argent avec vos produits dégueulasses?
    -Vous rigolez mon petit vieux les tabacs bravadiens ont une renommée universelle et si le tabac en vrac est réceptionné nuitamment en Gréce où les cigarettes sont roulées, je vous le fait remarquer dans des manufactures d'état aux normes sanitaires et sociales  européennes et bien les cigares eux sont faits à la main et mouillés à la chatte à La Bravade par les meilleures cigarières du monde...
    -Ainsi ils n'emploient véritablement que des femmes dans leurs manufactures, je croyais que c'était une légende ?
    -Nullement, pour ça qu'il faut se méfier des cubains qui utilisent du personnel mixte d'où le goût souvent trop prononcé du cigare cubain, ils bouffent pimentés là-bas... oui je vous disais... et puis cela fait des devises et ils ont en bien besoin.
    -Cela fait aussi un solide bénéfice pour vous ?
    -Tout travail mérite salaire.
    -Et la fameuse Fumita ? La Fuma Chuma ?
    -Ma foi j'avais bien pensé un temps en importer en Europe, après tout  avec tout ce qu'ils se mettent ici dans le groin comme saloperies diverses et chimiques au moins ça c'est naturel, malheureusement ils fument toute leur récolte sur place, il y a même, c'est de tradition, une fête locale la Voudastocca où l'on fait un énorme fagot des feuilles de Chuma ramassées et séchées, ils y mettent le feu et tout le monde en profite même l'étranger de passage, ils enfument des vallées entières comme ça nourrissons compris, je crois que cela vient d'une mauvaise tradition orale, en oralité ils ne sont pas très calés les bravadiens comme l'a remarqué mon ami l'ethnologue : Lévis-Cooper, je vous en ai déjà parlé mais si le vendeur de télés du muséum, en ce moment il est là-bas, il fait une étude, je lui ai trouvé une subvention de l'Unesco.
    Et chaque année c'est la même chose, tout part en fumée et en nausées et il ne reste rien à exporter. Mais assez parlé de moi, parlons un peu de vous, j'ai eu des nouvelles de vos deux... collaborateurs, ils ont demandé l'asile politique au gouvernement bravadien...
    -Et alors ?
    -Alors j'en ai référé avec avis favorable et l'asile politique leur a été accordé... pour emmerder Paris, et à l'heure où je vous parle ils devraient avoir fini de vider ma cave. Et votre campagne mon cher, comment se présente votre campagne ?
    Je n'avais trop rien oser lui avouer de mes récentes humiliations administratives, et puis j'étais atrocement gêné car la belle Merry était là, prés de son homme, aux petits soins pour lui, elle était de plus en plus belle, mais je lui en voulais un peu, si elle n'avait pas été là le jour de... de mon coup de folie patriotarde, j'aurais eu encore quelque avenir dans l'administration d'occupation.
    -C'est que ... je vais... je vais retirer ma candidature.
    -Ah oui et pourquoi ça ?  
    -Voyez-vous dans la vie... mon cher Valter... il faut savoir mettre ses con... ses cons-cons...vixjou...broumu... shmurk...
    Je n'allais pas plus loin, je regardais la belle Merry et j'éclatais, je me dispersais en sanglots, je me répandais en chialades, morvages et hoquetis divers dans ses bras où elle m'accueillit sans réticences.
    -Allons... allons il a eu un gros chagrin mais papa et maman sont là mon petit...
    -Je t'en prie Walter !
    Walter se moquait mais la belle Merry, elle, cherchait à me consoler, c'était là le principal, et ce que l'on était bien dans ses bras, en son sein généreux et exbaumant, j'en bavais de contentement.
    Rien à voir avec tout ce que j'avais connu jusque là dans le genre opposé sinon ennemi: pimbêches hallebardières et factionnaires offensifs de la cause des femmes, bornées comme des gradés d'artillerie et sans mystère aucun qui se lançaient dans d'ignominieuses bordées de troufions à l'occasion mais vous rappelaient le manuel (de madame ma mère, le seul officiel) à la moindre incartade et vous débitaient le règlement et les attendus qui allaient avec:
    -De quoi sont les femmes ?
    -Les femmes sont l'objet... pardon, je veux dire le sujet de...
    Des scolaires et des récitantes voilà tout ce que j'avais rencontrés au long de mes années d'étude et d'apprentissage, alors bien entendu la belle Merry c'était autre chose.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Très vite, je l'avoue, elle fut mienne. Bien sûr j'avais un peu le sentiment de trahir le Cher Valter qui ne m'avait toujours montré que bonté et bienveillance mais la chair parlait... et je n'étais pas mécontent de le faire cocu, sans compter qu'il n'était pas en état et qu'en quelque façon je le suppléais et lui épargnais des efforts coûteux pour sa santé déficiente.
    Tout de suite entre nous ce fut passionnel, le duo de nos peaux en un crescendo molto impetuoso comme aurait dit Mère dans ses livres impubliables et surdiffusés, mais à la vérité le truc pas racontable surtout par une bonne femme, le moment de jungle.
    Il n'y avait que cette manie qu'elle avait de faire ses comptes de tête pendant nos étreintes pourtant passionnées et interminables.
    Un côté bougnat, elle était d'Issoire la belle Merry, qui me gênait mais quoi dire sinon qu'elle m'émouvait.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Au milieu de tout cela le Chef ‘von le Gueuzec débarqua :
    -Ah mon petit Valter, mon petit Valter si tu savais !
    Je n'étais pas retourné à La Conche depuis un mois, mais je savais par La Branlaye et Martial Médpeu qui m'étaient demeurés étonnamment fidèles et me faisaient rapport depuis la cave du consulat de Chéchignac où ils saucissonnaient en qualité de réfugiés politiques que la campagne de mon ex-condisciple à Jensors-de Saillie s'avérait calamiteuse.
    -Il ne mord pas !
    Il n'aurait plus manqué que ça !
    Et puis il y avait son affichage qui ne collait pas et même déroutait l'électeur : 
    « Noyeux Joël » en grand, en plein été personne ne comprenait.
    Bref j'avais conservé une certaine légitimité, même Letroncheur le reconnaissait quand il s'était interrogé en plein réunion du Politburo du Parti :
    -Et le mousse qu'est-ce qu'il devient, au moins avec lui on rigolait bien !
    Mais il n'avait obtenu aucune réponse, la consigne étant que je n'existais pas et même que je n'avais jamais existé, on retouchait toutes les photos officielles où j'apparaissais et même l'on reécrivait l'histoire de la betterave républicaine pour en évincer l'apostat.
    -Le remplaçant... Noyeux Joël il est mort noyé en allant aux moules. Version officiel. Nous lâcha enfin le Chef ‘von le Gueuzec après avoir vidé son verre de fine.
    J'étais présent aux côtés de Walter Chéchignac qui se rétablissait sans empressement, il paressait dans ses douleurs, il avait quitté son lit et se baladait maintenant en fauteuil roulant autonome, gonflé et préparé par un sien ami garagiste, ses blessures se refermaient, comme à regrets. Il était entouré, par le cher Bédoncle, que tout le monde ici appelait Collégiateur, ce que je supposais être un grade chez les barmen, de fait il ne manquait pas d'autorité shaker en main, garçon étonnant, un peu bellâtre certes mais barman virtuose qui surveillait son établissement depuis son rade et m'enseignait le Martinibuki l'art du cocktail qui est tenu au Japon pour un art martial authentique tant il demande de soins, de maîtrise de soi et de réflexion au moins dans la phase d'élaboration puis de dosage, la consommation restant à l'appréciation de chacun.
    Il y avait aussi la belle Merry dont je cherchais la main sans cesse et les seins et les fesses mais qui montrait devant Valter une pudeur estimable.
    Et puis il y avait moi, loyal, quoique calculateur, mettons raisonnable, rationnel, peut être le cher Valter sortirait-il de l'épreuve quelque peu diminué et pourquoi pas impuissant ? Alors elle serait à moi, définitivement, exclusivement, quotidiennement, assidûment.
    -Comment ? M'exclamais-je en lâchant la main de Bédoncle, souriant, Merry s'étant dérobé une fois de plus, à mon empressement.
    -Oh c'est pas le pire ! S'il n'y avait que ça !
    Quand même je revoyais la tête de ce pauvre Noël... je veux dire Joël, mais au fait à quoi ressemblait-il maintenant?
    Je ne me souvenais plus de ce qu'« ils » en avaient fait je le revoyais gamin, à Jensors de Saillie nous faisions de la gymnastique corrective ensemble, entre cinq et six, décrétés tous deux mal foutus, honte de la race et de l'idéal laïcard, il était toujours perdu, naïf, appliqué le scolio mais jamais convaincu, allant d'affectation en affectation, du cours de sciences-naturelles à celui d‘anglais sans y prendre jamais aucun plaisir, courant après le programme, ne le rattrapant pas et alors, toujours, il se rassurait en prenant mon pas, que ne l'avait-il quitté.
    J'étais ému. Il était mort enfant, j'en pouvais témoigner.
    Valter vit ma peine et fit signe au Chef ‘von le Gueuzec de baisser le volume de sa trompe à couenneries.
    Mais le messager s'en fichait bien, il était dans l'inspiration et il annonça que non seulement ça coinçait dans les cols mais aussi:
    -L'une des sœurs Dartemont a disparu !
    Je vis le visage de Chéchignac se cristalliser, devenir presque translucide et ses mains serrer les accoudoirs de son fauteuil et articuler comme en faisant craquer ses mâchoires :
    -Laquelle ? Laquelle a disparu?
    -Belcourt... Dartemont-Belcourt... on ne l'a pas revue depuis trois jours !
    Alors comme un miraculé du jour, Walter Chéchignac se dressa, se mit debout, je ne sais pas, il avait comme une vision, ç't'homme-là, une inspiration, il marchait sans peine sinon sans douleurs, il ne marchait pas avec ses jambes ou ses pieds, dans ces instants il marchait avec sa tête, au vrai on aurait cru que comme le fantôme de son père il s'était soudain dématérialisé et pas à pas se déshabituait de soi et de ses souffrances.
    -Bon aaaaallons-y !
    Et le plus étonnant: nous y aaaallâmes. (à suivre...)
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  • 18.
    Réveil parisien.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Nous avions quitté La Conche très tôt, à l'heure où les pêcheurs impatients réveillent leurs femmes en cassant le vase de belle-maman  avec leur gaule.
    Je me taisais, à côté de moi, Walter Chéchignac conduisait, en silence, lui aussi, très vite, très bien sans doute, mais trop vite, trop bien et... trop seul. Son individualisme, son indépendance m'exaspéraient tout autant que la sollicitude intéressée qu'il me témoignait.
    Il avait ressorti de ses collections, l'un des ces bolides Scalextrix des années soixante et dix avec quoi il moquait la gendarmerie locale, une Chapparal avec un aileron de deux mètres de haut et à son bord il se faisait fort de rallier Paris en moins de deux heures et douze minutes, son record personnel, nous étions dans les temps et sans doute avec les dizaines de photos-flashs des radars que nous avions déclenchées sur notre passage aurions-nous eu de quoi garnir un bel album de vacances.
    Mais aujourd'hui Son Excellence s'en fichait bien des souvenirs.
    Il avait des soucis et ce n'était pas tant les événements récents survenus à La Conche et dont le total de bilan atteignait une dizaine d'assassinés qui l'occupaient que ses affaires parisiennes.   
    Pour ma part, il me fallait changer d'air, je ne supportais plus La Conche sur Ponche et son climat grand-guignolesque, où les égorgements succédaient aux décapitations et devant quoi je craignais malgré tout de perdre sinon la vie au moins une bonne part de ma raison .
    Et puis j'avais à faire à Paris, d'abord me montrer à la filière champignons-pomme de terre... non c'était pas ça ! La filière... betteravière voilà merci, c'était bien l'avenir de la betterave à nœuds qui occupait toutes mes pensées, ensuite il me faudrait passer prendre quelque fonds au Parti pour mon début de campagne, il tardait à me les débloquer et les extravagances vénériennes et comptables de Médpeu et La Branlaye avaient aggravé l'ulcère de mon contrôleur financier, aussi je comptais bien y trouver les éclaircissements et les apaisements nécessaires.
    Enfin et c'était là mon dessert, j‘avais rendez-vous chez mon éditeur afin d'y signer les exemplaires d'envoi de mon dernier ouvrage. J'avais écrit en effet un roman, pendant mes rares heures de loisirs, que j'avais confié à l'un de mes camarades de promotion qui l'avait présenté à l'un des camarades de promotion de son oncle qui pantouflait depuis le golf de Saint-Claoud à la présidence de la filiale française de Toxicals corp. (Toxics and Chemicals wolrlwide Medellin's Cartel corporation) et dirigeait pendant ses heures de loisirs, le travail de son swing lui laissant encore quelques heures de détente, une collection chez un éditeur parisien, camarade de promotion et de klubeu-ahousse.
    Ce n'était certes pas la première fois que j'étais publié, les bulletins du Cercons et divers essais en faisaient foi dont un très remarqué:
    « En side-car vers l'Europe nouvelle »  un abrégé bilingue de collaboration active et passive et un Manuel pratique de réglementation simplifiée en douze volumes rédigé avec un camarade de promotion, obscur administrateur civil :  Guillaumerde (son père à lui s'était toujours montré exactement sobre mais il aurait résolument préféré une fille) Dondla, entièrement sur papier réglé et en trois exemplaires, ouvrage qui m'avait valu un réel succès critique et universitaire, d'ailleurs en ces matières l'on disait maintenant le « La Gaspérine » comme dans le temps le Mallet-Isaac ou le Larousse-Encouleurs.
    Mais comme le pauvre Encouleurs le cher Dondla était passé à la trappe. C'était d'autant plus injuste que sur les douze volumes, je n'avais rédigé que l'introduction du premier tome et la conclusion du dernier, mais enfin il faut croire que mon nom et ma personne attiraient assez bien la lumière, d'ailleurs le cher Dondla s'en fichait et il préparait une suite à notre œuvre commune, une manière de vingt ans après :
    -Avec les mêmes personnages ? Lui avais-je demandé avec  quelque ironie.
    -Oui, oui sans doute. Il entendait mal l'ironie, ce n'était pas sa langue natale, peu de gens la parlent il est vrai de nos jours.   
    Quand même avec tout ce qu'il s'était pris sur la gueule grâce à nos bons conseils, le héros de l'ouvrage : l'usager passait assujetti, contrevenant puis ci-devant au mérite devait être passablement fatigué.
    <o:p> </o:p>Mais cette fois, pour ma part, on le comprendra il s'agissait de toute autre chose, une œuvre plus intime et personnelle, certes c'était un roman, une histoire simple et très actuelle, un jeune homme moderne et parisien, fin et sensible, pesamment diplômé et travaillant dans un combinat d'état se faisait voler sa bicyclette, un cadeau de mère d'ailleurs, su' le Pont de l'Alma, devant se rendre à un rendez-vous de la plus haute importance et où son avenir personnel et administratif risquait de se décider, il avait dû se résoudre dans l'instant à en emprunter une autre, bien entendu, cela n'était pas allé sans lui causer un grave problème éthique d'autant plus effrayant que le vélo dérobé appartenait à un immigré africain d'ethnie toumgou, qui l'avait rattrapé après cinquante mètres et lui avait infligé « dérrréchef » une correction sévère.
    Je ne vais pas raconter toute l'histoire bien entendu, je laisse à mes possibles lecteurs le soin de la découvrir, mais je peux dire qu'elle n'était pas sans intérêt et très contemporaine, abordant les grands problèmes de notre époque: le manque de garages à vélos à Paris en particulier, d'autant que très vite une relation quasi-amoureuse, au moins très fusionnelle, s'ébauchait entre le jeune toumgou immigré et le jeune parisien amoché et qu'ensemble ils se lançaient sur les traces d'un réseau d'extrême droite, de la pire blondeur, qui dérobait nuitamment et avec force violences les vélos de jeunes immigrés méritants et sans défense.
    Certes il y avait là-dedans quelques éléments autobiographiques, je peux bien dire que dans la réalité le cher Aboubacar frappait beaucoup plus fort que dans le livre mais pour l'essentiel, et je la revendiquais pour telle, il s'agissait d'une œuvre d'imagination qui se déroulait dans une grande métropole de nos jours, l'un ces lieux magiques, de mélange des cultures et de métissage bienvenue où tout peut arriver, loin, très loin de la province ethno-centrée et franchouillarde, concho-ponchaine, poncho-conchaine ou autre où il ne se passe jamais rien.
    J'avais pensé pour le titre au « Voleur de bicyclette », cela enchanta mon éditeur classé et swingueur mais la petite secrétaire intérimaire quoique renseignée sinon cultivée nous dit que c'était déjà pris, alors je m'étais rabattu sur « Le vélo » je prisais ce genre de littérature minimaliste où tout est dit en peu de mots.
    Ce crétin de Walter Chéchignac appelait ça :
    -... la littérature anorexique d'une époque sans faim où des petits cons prétentiards avec des petits riens réussissent à faire  pas grand chose.
    Il en était resté l'imbécile à « the english bravour » , antique géographie sentimentale: l'île au trésor prés du phare Dickens. 
    Il me lâcha prés de la chambre des députaillons, place Otto Abetz* où étaient les bureaux du Parti.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>-Bon, on se retrouve à midi à La Bégude, c'est un restaurant tenue par des amis qui se trouve rue Lucien Van Impe prés du Boulevard Zootelmelk... allez à tout à l'heure mon petit vieux.
    Il démarra sous les injures haineuses des cyclistes que son dix cylindres rageur venait d'enfumer.
    Quant à moi, en le regardant s'éloigner très vite, trop vite et encore plus seul, je regrettais un peu de l'avoir insulté (mentalement) tout le temps de notre voyage, c'était la première fois qu'il me donnait du « mon petit vieux » et je devinais qu'il se rendait lui aussi à un rendez-vous important et autrement dangereux que ceux qui m'attendaient.  
    <o:p> </o:p>*Homme de gauche et syndicaliste. Propagateur du vélo à Paris
    Gérald Sopalin le délégué national aux délégations me fit un peu attendre, mais il recevait un militant me renseigna sa secrétaire, et dans ces moments il régnait à l'étage et dans les bureaux un silence religieux. Le militant c'était la denrée rare au Rassemblement pour l'Union. Sur les fichiers hors nos 156298 élus locaux, départementaux, régionaux, européaux et galacticaux abonnés d'offices, pensionnés mais non cotisants, nous en comptions 321589 de militants de base et encore le chiffre comptabilisait-il un bon nombre de trépassés ressuscités par le seul verbe républicain de notre maréchal-président-tricard à vie mais dans la réalité il n'y en avait de réels, de terrestres et matérialisés sur la place de Paris que onze, c'est dire que l'événement était d'importance: la visite d'un militant de base, qui plus est électeur et votant, la merveille ! ( l'un des derniers avec le fameux Père Jaunet des Batignolles qui depuis 36 n'avait pas raté une élection, le con!).
    -Il était prévenu ? Demandai-je à la secrétaire dans le recueillement.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             
    -Justement non, il a débarqué comme ça, en  revenant de faire son marché. C'est Marcel Grougnard de la section Capucines.
    -Ah ça a dû lui faire un choc au cher Gégé.
    La porte s'ouvrit, le Gégé, il était blanc et raccompagnait le pépère porteur de cabas d'où dépassait un poireau avec les égards qu'il aurait servis à un premier-ministre en visite d'état.
    -... je suis content... vous êtes bien installés... je repasserai...
    -Je vous recevrai toujours avec plaisir mais la prochaine fois prévenez-moi, on aurait pu se rater monsieur Grougnard... vous imaginez      
    Il ne se le serait pas pardonné le cher Gégé de rater l'occasion historique, le passage de la comète électorale, il lui aurait fallu attendre 643 années avant d'en recroiser un.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>-Ah mon cher La Gaspèrine, alors vous voilà redevenu parisien, cela me fait plaisir, j'espère que vous n'allez plus vouloir nous quitter de sitôt ? Vous n'êtes pas fait pour la province, je vous l'avais bien dit.
    J'hésitais, titubais, défaillais presque, j'étais pourtant certain de ne pas avoir manqué le début, l'ouverture et même d'y avoir poussé quelques arias.
    -Je... je ne comprends pas. Je... je dois retourner à La Conche... c'est chez moi... mais si... pour être élu...
    Je me laissais tomber dans le fauteuil visiteur.
    Il actionna son interphone :
    -Madame Moineau cognac vite !
    J'essayais de reprendre mes esprits sans assistance alcoolisée.
    -Mais... mais La Branlaye et Médpeu m'ont dit... ils sont revenus...ils...
    -Ah ils sont chez vous ces deux-là, on les cherche partout... enfin pas moi... le juge d'instruction Larance-Lerouge surtout... ils ne vous ont pas dit, ils ont été inculpés dans l'affaire des sous-marins fictifs Boliviens...
    Une vieille affaire, des sous-marins que l'on avait vendus à la Bolivie, que l'amirauté bolivienne avaient réglés franco de port (ports dont ils étaient d'ailleurs dépourvus mais c'était en prévision de la revanche contre les chiens chiliens (difficile à dire !) qu'ils les avaient commandés) mais qui n'avaient jamais été livrés, le préposé ayant prétexté d'une sonnette défaillante.
    -Alors ils se sont réfugiés chez vous ces deux saligauds...
    -Mais comment... mais pourquoi eux ?
    Je reprenais un peu de vigueur et la colère devant une telle injustice me raviva les sangs :
    -Vous savez bien que tout le monde a touché là-dessus même la dame pipi de chez Lipp.
    -Taisez-vous, pas de nom je vous prie ! C'est tombé sur eux voilà tout, pour l'ensemble de leur œuvre, souvent nommé jamais récompensé, une inculpation d'honneur en quelque sorte, et je peux vous dire qu'ils ont intérêt à bien se calfeutrer parce que les boliviens sont très ... très colorados en ce moment. Mais parlons plutôt de vous, je vous ai enlevé un belle épine du pied.
    -Alors je ne suis plus candidat ?
    -Mais non et c'est l'un de vos camarades de promotion : Joël Noyeux  qui va vous remplacer dans ce pays de sauvages, vous devez être soulagé ? Contre Letroncheur il n'a aucune chance pour la mairie. La négociation a été rude, enfin il n'a pas été chien et il a consenti à lui laisser une place au conseil général et un pourcentage sur les cantines scolaires. D'ailleurs votre remplaçant doit rejoindre son affectation cette nuit... enfin si le plafond n'est pas trop bas. Mais comment vous n'étiez pas au courant ?
    -J'ai dû manquer la première.
    Je vidais les deux verres de cognac que nous apportait la môme Moineau au grand désappointement de Gégé-ex machina ex-alcoolique anonyme, et je me levais, j'étais plus grand que lui et salement remonté, il battit en retraite prudemment derrière son bureau long, rangé et incontournable comme une barricade d'imprimeurs. 
    -Noyeux ! ‘l'est même pas breton me surpris-je à lui rétorquer racisse et déçu. Et puis merde, j'y suis j'y reste. ‘fallait pas m'y envoyer !
    -Allons mon petit vieux reprenez-vous et puis vous ne perdrez rien au change, vous pouvez m'en croire, monsieur le secrétaire général pense à vous soit :  pour le poste de commissaire général aux chantiers de jeunes ?
    -Je n'ai aucune envie de faire carrière en short long dans le bâtiment. 
    Ma réponse abrupte l'obligea à relancer très fort :
    -Soit pour occuper les fonctions de Résident Général en Seine Saint-Denis.
    Bougre ils y allaient fort, me proposer un tel poste à mon âge.   
    Il sentit qu'il avait mis en plein... en plein dans l'orgueil Gaspérinien :
    Il ajouta :
    -Malgré votre jeune âge et en toute honnêteté vous en sentiriez vous capable ?
    -Je me connais assez pour savoir que je ne serai pas z' inférieur à la tâche qui me serait confiée, bien sûr je n'ignore rien des... des « événements » en cours, les attentats du Front de Libération Neuftroâsien (F.L.N) ainsi que les rodomontades de l'A.L.N  (Armée de Libération Niquetaracienne) sur la frontière Seine et Marnaise mais je saurais, je pense, engager une politique de dialogue constructif z'entre les communautés pouvant déboucher, je ne privilégie z'aucune voie bien entendu mais je n'en exclue non plus z'aucune, à moyen... ou court terme sur l'indépendance pleine et entière.
    -Ce sont aussi les sentiments de notre premier ministre : une politique de fermeté soit mais sans hochements de menton ou obstination obtuse. 
    -Je saurais me mettre, ou me faire mettre par des conseillers choisis, dans le sens de l'histoire en préservant bien entendu tous les intérêts... mettons la plus grande part... au moins une petite partie... enfin il faudrait et je ne transigerai point là-dessus que la si longue présence française ne fut point oubliée du jour au lendemain en ces départements qui nous furent si chers non plus que mes droits à retraite (je levais les bras au ciel, que j'avais très grands, les bras pas le ciel, vrai je devenais gaullien dans l'exercice du tombé de pantalons), je les veux  préservés et confortés par une indemnité compensatrice et un éventuel reclassement à valeur indiciaire équivalente en... en métropole.
    -Vous les aurez, connaissez-vous Plombières ?
    -Mère y va prendre les eaux quinze jours à la saison.
    -Fort bien et mieux encore si vous y avez des souvenirs heureux ?
    -De mère fort peu, en fait je crois presque aucun, depuis l'enfance nous nous sommes croisés quelques fois mais rien de plus, la création : sa peinture, ses livres, ses amoures mâmes, l'occupe tellement.
    -Oui, je... je comprends. Non je vous demandais cela parce que nous avions pensé à cette agréable station thermale pour y mener les premières négociations avec le Cheikh Choupinot et les délégués du Gouvernement Provisoire.
    -Plombières fort bien.
    Je ne pouvais m'empêcher de penser: quelle drôle de manie nous avons, nous autres français, de déshonorer ainsi avec obstination toutes nos villes d'eaux.  
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>J'arrivais à La Bégude de fort bonne et décidée humeur, Diable ce n'était pas tous les jours que l'on vous annonçait de telles nouvelles, c'était de ces dates qui comptent dans une carrière, Père, pour les intimes le Président Régis Cardemeule qui, au temps de Giscard et alors qu'il était chef de cabinet de quelqu'un de ses sous-ministres, avait décolonisé les Nouvelles-Hébrides à lui seul, au bénéfice exclusif des anglais et en empochant une honnête commission au passage ainsi qu'une prîme de rendement exceptionnelle, oui Pére lui saurait me renseigner sur les conditions, tarifs et remises consenties au décolonisateur modèle.
    Car à dire le vrai, j'apercevais même quelques possibles profits pécuniaires si comme on le murmurait l'ex-sultanat de Brunei  finançait le gouvernement provisoire.
    Que l'on ne voit surtout pas de pareilles spéculations sous un mauvais jour, l'indépendance apparaissait à tous les observateurs sérieux comme inéluctable et nous permettrait peut-être de garder la Seine et Marne, si l'O.N.U bien entendu ne s'en mêlait pas de trop prés... et ne nous bombardait pas de trop haut. 
    <o:p> </o:p>J'arrivais donc gai et enjoué dans la maison du malheur.
    La Bégude était de ces restaurants parisiens années 50, confortables et non sans agrément mais  anonyme et où les serveurs tous quinquagénaires dataient autant que la carte et où le menu du jour semblait de l'avant-veille. En salle quelques fumeurs de cigares faisaient le siége patient de leur digestion à petites lapées de Grande Chartreuse 1904 mais je cherchais en vain parmi la clientèle le cher Valter, j'étais dans de telles dispositions d'esprit que j'étais prêt à lui pardonner mes énervements de ce matin devant son individualisme régnant sinon souverain.
    Les serveurs me paraissaient assez éteints, même s'ils accomplissaient un service parfait mais tout de même je fus un peu étonné quand à l'entrée un peu vive d'un client impatient ou affamé le demi-chef de rang à côté de moi sortit un pistolet-mitrailleur de sous la cloche en argent de la table roulante.
    Oh certes il se hâta, devant l'innocuité offensive de l'arrivant, de reposer l'arme dans le canard au jus mais quand même, dans une maison bourgeoise telle que celle-ci, c'était là un geste d'artilleur... qui détonnait.
    Je me renseignais auprès d'un maître d'hôtel morne et hautain, sans doute un peu trop cinéphile .
    -Hum ! Hum ! Je crois que monsieur Chéchignac a réservé une table pour deux.
    -Son Excellence a sa table réservée à l'année, je vais vous conduire si vous voulez bien.
    <o:p> </o:p>Je lui pris le train mais très vite après avoir remonté les salles, sans nous arrêter, nous nous retrouvâmes dans le Privé et plus loin, plus haut plutôt, puisqu'il nous fallut suivre un escalier en colimaçon nous traversâmes deux bureaux meublés de téléphones en bakélite, de canapés ronflants et de meubles dans le style IV° flamboyant, reconstruction lourde qu'affectionnait si fort le cher Valter.
    Enfin le maître d'hôtel frappa à une porte, il était midi mais la pièce était dans l'ombre, il y avait des perfusions et tout un appareillage électronique autour du lit sur lequel reposait son Excellence Walter Chéchignac, le torse et un bras bandé endormi ou anesthésié ?
    Quelque chose en moi me hâta le cœur et les sens, et d'imaginer cet homme dont au vrai je ne savais rien, en péril de mort me causait une peine importante et désordonnée.
    -Il... il est mort ? Demandai-je à l'un des deux types qui le veillaient.
    -Non, non ne vous inquiétez pas il en a vu d'autres.
    Mon trouble était visible, je levais la tête vers mon interlocuteur qui se présenta :
    -Je suis Bédoncle, je suis le taulier, vous êtes le fameux La Gaspérine c'est ça ? Venez passons à côté, il va dormir un peu, se reposer. Il en a besoin, je lui avais bien dit que la vie de province c'est usant.
    Il me montra un sourire rescapé d'une grande inquiétude.
    Ce n'était assurément pas la vie de province qui l'avait à moitié tué, le cher Valter mais bien ces quelques heures parisiennes qu'il venait de passer sans grande prudence dans l'intimité de quels crimes !
          
    Dans la pièce d'à côté deux femmes parlaient à voix basse, l'une était une bonne sœur, en noir, l'autre une grande brune moins sœur mais en rouge, plus très jeune, dans les trente-cinq ans, mais d'une beauté surprenante, tout de suite agissante, à l'ancienne, très allurée, un charme de cocotte mais avec une autorité de sociétaire.
    J'avais la même sensation devant ce genre de beauté très femme que quand je me promenais en forêt enfant et que soudain une source m'apparaissait, une joie physique et brutale, l'instinct renseigné et comblé et dans le même temps la découverte de l'éternité sensible.
    Bref dans l'instant j'en tombais amoureux. Pourtant elle avait pleuré, elle s'était inquiétée, triturait son mouchoir comme un chapelet de veuve à venir, mais rien ne pouvait la gâter.
    -Ma chère Merry je vous présente Monsieur La Gaspérine.
    Elle se tourna vers moi, elle avait les yeux verts et d'une infinie patience, rien ne me trouble plus que cette patience chez les femmes, ce pas plus long, plus accompli, ce temps qu'elles ont en plus, je n'arrivais même pas à parler et je me montrais presqu'aussi ridicule que le cher Valter devant Dartemont-Belcourt.
    Les esprits déductifs et autres psychologues de terrain me diront que je sublimais comme un puceau redoublant devant la nouvelle maîtresse des septièmes.    
    Mais à ceux-là je dis merde tout hautement !
    Car ce que j'avais devant moi, je le savais, c'était bien la grande Merry tenancière des escarpées et douteuses affaires parisiennes de Chéchignac, peut-être avait-elle été pute en quelque antique pratique, mais  sa vocation était bien maintenant là: dans l'éternité et en cet instant elle m'apparut comme la France incarnée, non pas l'intérimaire, l'ignoble pouffiasse, Marianne de mes fesses, jument éructante, dépoitraillée et vérolée  que l'on se plait à exhiber à la relève montante et sacrifiée mais la belle Merry, Jeanne ou Geneviève, inquiète, survivante et patiente.
    Et c'était elle que cette petite ordure de Sopalin et tous ses pareils à l'âme servile voulait que j'enchaînasse et menasse aux marchés aux esclaves la solder aux barbaresques.
    A ce moment de haute exaltation mon téléphone portable sonna, c'était Gérald Sopalin qui m'invitait à un dîner informel sinon clandestin à Matignon avec quelques intellectuels concernés, forcément concernés:     
    -Ah vous voilà vous ! Eh ben il peut bien venir votre Cheikh Choupinot, je vais te lui refaire le coup de la prise de la smala mouais à ce con-là! Et quant à vos putains de Nouvelles-Hébrides vous pouvez compter sur moi je te les reprendrai  aux britiches !
    C'était d'autant plus ridicule que j'aurais été bien incapable de les situer ces îles modiques que mon père coupable avait cédées à vil prix à notre concurrent historique en matière de plantation de drapeaux et de confiscation d'îles introuvables.
    Comme un cosaque ivre, je balançais mon portable dans la cheminée, heureusement éteinte et je marchais à elle, la belle Merry pas la cheminée bien sûr, je pris son visage dans mes mains et la baisais sur la bouche, longtemps, elle se laissa faire, longtemps.
    L'éternité vous dis-je... et avec tous les suppléments encore. (à suivre...)
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  • 17.
    Un Dimanche en famille.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Le père Belcourt continuait ses éternels mots-croisés dans son redondantesque tricot de laine, m'agaçait çui-là, il ne les avait sûrement pas fait à tempérament ses mômes.
    A la cuisine son épouse s'affairait à sa sauce au beurre blanc au milieu des garçons qui s'étaient donnés pour objectif la remise à l'eau du plateau de crustacés et la confection d'une bombe glacée à retardement pendant qu'au salon les Dartemont-Chambeulac me draguaient technico-tactique.
    Mère et filles en des croisements de jambes sud-américains me montraient leurs ischio-jambiers et leurs cuisses, magnifiques d'ailleurs, j'étais un beau parti, après tout.
    Il me manquait juste d'être nommé élu pour continuer ma carrière. L'espoir m'était revenu en même temps que La Branlaye et Médpeu, ils ne m'avaient donné d'autres explications qu'une course urgente à faire en grande banlieue et repris leur place avec un grand naturel sur ma note de frais, j'ai peut-être oublié de dire que j'occupais à l'époque les fonctions de Délégué Général à la Filière Betterave à nœuds, ce qui m'accordait des loisirs et laissait accroire à quelques compétences valorisantes dans les sucres, la vérité était que la betterave me laissait indifférent et que c'était mon secrétaire général un jeune con...seiller référendaire de trois promotions après moi qui s'appuyait les dossiers et les discussions avec ces cochons de betteraviers. J'avais eu le malheur d'en recevoir un une fois, qui pour faire authentique avait dégoutancé mes tapis avec ses bottes boueuses alors que tout le monde savait qu'il demeurait ordinairement  rue de la Pompe et ne mettait les pieds dans ses productivistes installations betteravicoles qu'au moment de la chasse... à la subvention .
    Dans tout les cas je me promettais de monter bientôt à Paris et d'abord afin de réclamer une grande explication aux instances du Parti. 
    <o:p> </o:p>Hulme de Chambeulac était attendu pour le café, je redoutais sa venue car il m'avait laissé entendre lors de notre dernière rencontre qu'il avait une demande en cours d'exonération de taxation fiscale de sucres betteraviers importés pour laquelle il souhaitait mon avis et sans doute plus si affinités. En bon parisien je savais passer le champoingue quand on m'avait tendu la gel douche mais je ne voulais point trop me compromettre surtout en ce moment :
    -Mon mari est tellement occupé répétait son épouse for désœuvrée.
    <o:p> </o:p>Le Chef ‘von le Gueuzec, lui, faisait le tour de son ex-appartement, il alla même se recueillir devant le grand lit de la chambre qu'il avait tant de fois conjugalisé, où il avait labouré et pâturé, pèlerinage sentimental qu'il effectuait en pantoufles sur le parquet ciré, mais après tout après avoir été le titulaire et l'occupant des lieux, il n'avait pas eu beaucoup de chemin à faire pour en devenir le voisin de dessus.  
    On frappa à la porte, je me resserrais sur mon canapé, attitude mal interprétée par ces dames qui, croyant que je celais à leurs yeux un début d'érection,  rapprochèrent leur dispositif de siége.
    -Eh bien mon cher La Gaspèrine, un peu de décence, vous êtes dans le monde. Me murmura Walter Chèchignac, le nouvel arrivant, en distribuant cornets et ballons à la populace enfantine  accourue, braillante et plébiscitaire, il avait une drôle de côte chez les mômes le tueur d'hermaphrodites. 
    J'effectuais un repli stratégique vers le balcon sous les sourires pesants de ces dames car je venais de découvrir en me levant que je bandais effectivement, sans doute l'évocation de la regrettée Mademoiselle Br...
    Au dehors il faisait beau et chaud l'été poussait les feux et les  conge'payes et ertétistes entraient à flots en dessous dans la pizzerias qui venait de s'installer à l'instigation de Dartemont-Belcourt, pour amortir les frais d'entretien de l'immeuble  Dartemont-sœurs, dans le local du rez de chaussée, jusque là fermé.
    Elle ne manquait pas d'esprit d'entreprise la mère de famille.
    Le gérant de l'établissement était un sympathique prukhmen (ils le sont tous, note pour la 17° chambre correctionnelle.) qui proposait à la carte  27 sortes de pizzas et une douzaine de variétés de staphylocoques, il avait un personnel nombreux.
    La répression des fraudes avait même découvert 14 types d'urines différentes dans les cacahuètes du comptoir, c'est dire le choix qui s'ouvrait au gastronome en pénétrant ici, mais le record n'avait pu être homologué, à cause du sus-mentionné personnel nombreux .
    <o:p> </o:p>  Il avait été dressé une table pour les mômes, ils n'étaient plus cinq mais au moins sept car ils avaient reçu le renfort de cousins  réservistes, les demoiselles Dartemont-Chambeulac qui y avaient été affectées, se jugeant trop grandes maintenant pour aller avec les mômes, refusèrent de rejoindre leurs affectations et la table des grands se trouva trop petite pour accueillir tout le monde, alors Walter Chéchignac se proposa pour présider la table des mômes.
    Présidence qu'il assura, malgré les protestations de ces dames Dartemont-Chambeulac qui jugeaient sa présence indispensable à leur table, avec bonhomie, sans renforts de police et une incertaine autorité mais durant laquelle je remarquais comme il observait Dartemont-Belcourt derrière ses moustaches et ses lunettes d'écaille.
    Walter Chéchignac la regardait, il la contemplait, je ne dis pas avec du désir, non c'était plutôt de l'envie, une grosse envie môme et baveuse de cette vie copieuse prés de cette femme-là, il aurait tout pris, la femme, les gosses et sans doute même le mari pour passer prés d'elle le restant de ses jours.
    Pourtant il n'était ni chaste ni fidèle mais il avait un jour par fort vent d'orgueil quitté sa route, pris des chemins de contrebande pour rejoindre au plus vite un destin en partance pour n'importe quoi, il y était arrivé, avec n'importe qui, il en était revenu, de n'importe où et il n'aspirait maintenant qu'à retrouver la nationale, celle des départs en vacances, des notes de gaz et des rappels du percepteur.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>-Vous avez vu on parle de notre affaire dans le journal !
    Nous en étions au dessert d'un repas lourd et entendu, pas mauvais mais définitivement provincial et je me rappelais en ces instants, avec nostalgie mes agapes parisiennes dans mon restaurant préféré « L'ensucé » où le chef Jean-Luc Lendoffé me préparait sa spécialité de rate et foie de limaçon au jus de Saint-Jacques givré dans son terreau frais du jardin et pois gourmand (un ! il n'y en avait qu'un, de pois gourmand, on n'était pas là pour bâfrer non plus !), ce n'était rien que des produits vrais mais appareillés, je devrais dire mis en musique, en bouche, de telle façon que cela donnait sur un mélange de parfums et de saveurs inédit et d'une parfaite sincéritude. Et pourtant je prisais peu les abats.
    Alors bien sûr le gigot pommes soufflées des familles à côté de ça !
    Je le répète, nous étions en province, n'est-ce pas ? Si encore, Dartemont-Belcourt avait eu l'idée, l'invention, l'audace de ne pas le faire cuire son fichu gigot ! Peut-être ? Oui alors...
    A mes côtés dans cette difficile digestion, et encore il restait à venir la bombe glacée après quoi patientaient les gamins, les petites Chambeulac étaient toute excitées, elles avaient été engagées par le syndicat d'initiative de la station afin d'enquêter et d'identifier un pervers qui sévissait dans le coin, il s'exhibait en imperméable sur les plages, mais il était d'une espèce des plus redoutables puisque lui ne montrait rien, il gardait tout: ses lunettes noires, son cache-nez, ses knickerbockers, ses chaussettes de montagne, son pull à col roulé, son chapeau tyrolien, aussi le syndicat d'initiative s'était-il alarmé de la présence d'une engeance pareille dans une station balnéaire très correctement ensoleillée :
    -Vous imaginez si la presse s'empare du scandale on va encore dire qu'il fait moche en Bretagne. Leur avait expliqué indigné  devant tant d'indécence morale le président de l'établissement.
    Et le journal local : « Le Conchois Libéré » faisait bruit de ces rumeurs, interrogeant même quelques estivantes angoissées :
    « Il peut pas montrer sa raie comme tout le monde çui-là ! On a peur pour les gamins, un type qui porte pas de string, vous imaginez, c'est pas normal, c'est malsain... »
    La Préfecture questionnée, prenait la chose très au sérieux et allait dépêcher d'urgence une cellule de soutiers psychologistes.
    -Ce n'était pas le pharmacien donc ?
    -Non, non, nous avons enquêté, il adore s'exhiber avec sa femme dans les parkings de supermarchés. Si on vous racontait...
    -Euh... plus tard mesdemoiselles... Alors c'est peut-être un pudique ou ... un enrhumé ?
    C'est à ce moment que Hulme de Chambeulac débarqua, bien avant le café donc et ma fuite préméditée :
    -Tiens donc vous fumez la pipe vous maintenant ? Lui fit remarquer son épouse acidulée.
    -Toujours quand je suis sur une enquête.
    Lui aussi « il s'y croyait », comme auraient dit les mômes.
    Ce n'était pas les satyres frileux qu'il coursait mais un comptable adultère, cela avait toujours été l'une des grandes spécialités de la maison Dartemont-Sœurs, les enquêtes dans les villes d'eau et stations balnéaires, la surveillance du curiste en rupture de conjungo :
    -Le bonhomme en question pour corser l'affaire serait parti avec la secrétaire du patron et l'encaisse de T.V.A de l'année, vrai un joli coco !
    Il parlait comme dans les romans policiers d'avant-guerre le cocu de réserve et semblait avoir oublié notre petite affaire betteravière, à mon grand soulagement, en même temps que sa plasticité morale d'avocat d'affaire, car, lui, il était là pour punir.
    -J'ai profité d'une visite à faire en banlieue pour commencer la filature, je le course depuis ce matin, il a retenu dans une sorte d'hôtel de passe prés de la Préfecture, l'auberge de la ...
    Il sortit son carnet :
    -... la Chaudasse c'est ça...
    -Ce n'est pas une préfecture mais une cathédrale.
    -Ah bon, vous croyez ?
    -Je la croise tous les jours, j'ai même vue dessus depuis ma chambre.
    -Ah parce que...
    -J'ai élu résidence à « La Chaudasse » et ce n'est pas un hôtel de passe mais une auberge typique d'un confort très correct d'ailleurs.
    -Et avec toutes les commodités à l'étage...
    -... et en sous-sol ! Ajoutèrent Walter Chéchignac hilare et le Chef ‘von le Gueuzec enluminé par le Pomerol.
    -Tiens don' eh bien si vous le permettez j'irais vous rendre visite dés ce soir afin de parfaire mes repérages. Je sens que mon affaire est sur de bons rails.
    Sur de bons rails peut-être, mais entre de bonnes mains, j'en doutais, quand on prend la cathédrale Sainte Trahoudulde, magnifique édifice de style gothique renonçant pour l'hôtel de passes de la république, le pire restait à craindre. 
    -Et en ce moment, ‘gardez-le ! Il se dore la couenne sur la plage, mais je vais te le serrer moi et nom d'une petit bonhomme il causera.
    Sans doute le cher Hulme de Chambeulac n'avait-il pas les compétences en la matière de Dona Chupita y Gomez ni du Chef ‘von le Gueuzec, sprinter d'exception mais je devinais bien pire chez lui:  de la bonne volonté.
    -Zut et rezut ! Il est parti, je dois le suivre. Saperlipomerde il ne m'échappera pas !
    -Mais Hulme vous ne restez pas pour le dessert ? S'attrista Dartemont-Belcourt qui aimait bien les « générales » de famille qui affichaient complet.
    -Non... J'ai la Jaguar en panne...
    -Grave ? Demanda Valter connaisseur ?
    -Non c'est juste le dégivreur de moquette qui a mis le feu au bar à liqueurs, bon, je prends la Renault 4 !
    -Non pas la R.4 !... Elle cale.
    Ce fut un cri mais inutile il était déjà dans l'escalier maître Rouletabille.
    Sur ce la bombe glacée explosa, sans lui !
    Une vraie et belle explosion qui rendit sourd les convives et tâcha les murs.
    Dartemont-Belcourt après avoir fait les constatations d'usage, s'emporta :
    -Mais... mais qui a fichu un pétard dans la glace? Que l'imbécile qui a fait ça se dénonce sans quoi... je punis tout le monde !
    Inutile de préciser qu'avec Walter et le Chef ‘von le Gueuzec nous n'en menions pas large, elle devait être terrible dans la punition, Dartemont-Belcourt, peut-être pas autant que ma regrettée Mademoiselle Br... mais très bien quand même.
    -Mais maman tu disais que c'était une bombe glacée !
    -Ils ont raison c'est de la publicité mensongère, ma chérie !
    Il n'aurait pas dû causer le cruciverbiste.
    -Dans tout les cas mon ami, vous voilà privé de dessert.
    Ce fut le seul puni, le gilet de laine, et nous nous rabattîmes avec les mômes sur les petits fours frais pendant qu'il nous regardait manger, na !
    Terrible ! elle devait être terrible dans l'intimité ! C'était aussi l'avis du Chef ‘von Le Gueuzec qui s'empiffrait d'éclairs z'au ‘ocolat.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Nous somnolions quand le téléphone tinta dans l'appartement comme une clochette en bout de gaule dans une quiétude de bord de Marne, c'était cet imbécile d'Hulme de Chambeulac, ce fut son épouse qui répondit, elle était en pleine réussite, et raccrocha très vite :
    -Il me téléphone pour me dire que la marée monte !
    -Que veux-tu il est à l'âge où l'on découvre le monde.
    Les deux sœurs convinrent en rigolant que les maris étaient décidément quelques fois d'une innocence alarmante, mais voilà pas que l'autre récidive mais cette fois avec plus de détails, elle lui laisse un peu de temps, sa dame, elle n'est pas en veine côté réussite et il explique son cas :
    -Il est en panne du côté des Bouchots et la marée monte.
    Elles se re-marrent un grand coup les sœurettes.
    -Voulez-vous que nous y allions ? Se propose Walter Chéchignac, galant et secourable.
    -Allons-y tous, cela sortira les enfants ! décrète Dartemont-Belcourt en se levant de la méridienne où elle se reposait de sa matinée, nous laissant voir tout à loisirs ses jambes, admirables comme à l'ordinaire chez les Dartemont sœurs, nièces et grandes tantes, une vraie maladie de famille.
    -Il faut qu'ils s'aèrent, je ne sais pas ce qu'ils font d'ailleurs ! Où sont-ils passés ? S'ils ne font pas de bruits c'est qu'ils sont encore en train de faire une connerie !
    De temps en temps elle se lâche, c'est son côté fille de colonel.
    -Tu devrais les mettre en pension ! Lui dit Dartemont-Chambeulac sa sœur à l'esprit pratique.
    -C'est ça et pourquoi pas à l'asile tant qu'on y est!
    -Oh moi ce que j'en disais ...
    <o:p> </o:p>On les cherche partout dans l'appartement immense et on les retrouve dans la buanderie en train de torturer la fille de la voisine, elle est déjà à poils et attaché aux rails.
    -Mais enfin ça va pas ! Mais Dieu du ciel vous êtes des monstres !
    -Ben quoi on fait notre enquête...
    -C'est vrai quoi elle allait parler...
    -On voulait juste savoir que si c'est elle qu'avait volé les vignettes Pikémon de Pin-Pin ?
    -Vous allez tout de suite la détacher et vous excuser !
    -‘m'en fous, je les a tous en double déjà ! Conclut le plaignant,  Pin-Pin le cousin collectionneur.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>De fait nous n'aurions pas tous tenus dans la Jaguar de fonction du cher Chambeulac et puis nous n'aurions pas non plus beaucoup avancé puisqu'elle était en panne... de moquette, si j'avais bien suivi.
    Manque de chance la familiale monospacieuse de Dartemont-Belcourt était en révision chez Peunault-Reugeot le concessionnaire automobile consensuel de La Ponche.
    Alors le cher Valter avait trouvé dans ses sous-sols, juste ce qu'il nous fallait, une Checker Aerobus, c'était jaune, ça faisait sept mètres de long, avec une bonne dizaine de portes et c'était immatriculé dans le New Jersey (nouveau parce qu'indémaillable nous fit remarquer le désopilant Médpeu, ‘pas oublier de demander au si serviable et adroit Valter de lui mettre une balle dans la tête au génie du marquetinge électoral quand je n'en aurais plus l'usage, il commençait à me les agacer !), bref cette espèce de boa constrictor de la production automobile nord-américaine avait toutes les qualités pour participer à une filature discrète, c'était le cher Hulme qui allait être heureux de nous voir s'il n'était pas encore noyé et donc toujours sur la trace de son comptable fautif. 
    Les mômes eux étaient tout contents parce qu'ils avaient chacun leur portière même la petite voisine qui pas rancunière avait voulu en être du spectac' de la noyade annoncée et pré-vendue du tonton Hulme.
    -C'est du belge !
    -Je vous en prie Medpeu, les circonstances sont dramatiques !
    Malgré tout l'ambiance était bonne.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>-Ne vous inquiétez pas chère madame, votre mari n'est point en danger, la marée nous est favorable...
    -Mais je ne m'inquiète pas.
    Quand même lorsque nous arrivâmes sur les lieux du possible drame, la Renault 4 avait de l'eau jusqu'au capot et nous commencions de désespérer de retrouver sinon vivant au moins flottant le cher grand Hulme :
    -Eeeeh ! Ooooh ! Je suis là !
    Il était perché sur l'un de ces rondins érectiles sur quoi prospèrent les moules. Il faisait de grands signes, et l'on aurait crû un homme de pont unique survivant de quelque porte-avions coulé, les demoiselles Dartemont-Chambeulac se précipitèrent vers leur papa avec un bel enthousiasme filiale, sans s'inquiéter de se mouiller les pieds, sacrifice d'importance à quoi nous n'étions pas encore tous acquis, mais après quelques mètres et alors qu'elles touchaient presque au but elles semblèrent s'évanouir dans l'onde.
    Valter, le Chef ‘von le Gueuzec et moi-même nous nous décidâmes avec une belle unanimité à porter secours à ces jeunes filles et donc à mouiller nos chaussettes.
    Secourues, sauvées, survivantes, elles nous désignèrent ensemble, le bout de bois juste à côté de celui qu'occupait le stylite du barreau de Paris.
    De fait il était lui aussi occupé, un plaisantin avait à grands soins posé la tête découpée d'un contemporain sur un mouchoir à carreaux.
    Oubli de pique-niqueur, farce douteuse ou tentative de mise en culture d'un nouveau genre ?
    <o:p> </o:p>Revenus tous ensemble au rivage, le Chef ‘von le Gueuzec convint que la décollation avait été parfaitement exécutée et qu'elle était toute fraîche, tous les regards se tournèrent alors vers Hulme de Chambeulac qui récupérait avec difficulté de son temps au désert d'eau.
    -... mais... ‘est pas moi... ‘uis pour rien... ‘eu 'ous le jure !
    -Et vous savez pas à qui ça peut appartenir? Lui demanda le Chef ‘von le Gueuzec qui tout en interrogeant du regard et de tout son instinct flic la tête déposée devant lui sur le sable, essorait ses chaussettes.
    -Mais si... c'est... c'est le comptable ! Enfin un bout... A un moment, il est parti avec la secrétaire vers les bouchots, ils avaient l'air très amoureux, je ne pouvais pas les suivre, ils s'en seraient rendu compte, j'ai attendu pendant une heure qu'ils aient fini leur petite affaire et qu'ils reviennent, rien, alors j'ai suivi les traces de pas mais la marée montait et puis j'ai aperçu quelque chose... et puis...
    L'affaire se corsait, au loin, plus au loin, très au loin de nos jeux d'adultes, les enfants et les mamans ramassaient des coquillages et se faisaient de rondes joues et de belles cuisses.
    <o:p> </o:p>Enfin le Chef ‘von le Gueuzec replia les coins du mouchoir sur le reste comptable, fit un joli nœud avec et chacun de retenir son souffle et sa pensée, il semblait savoir ce qu'il avait à faire, je préjugeais qu'il allait l'empocher mais non, il commença de creuser le sable, peut-être son instinct de chien policier qui lui commandait d'enterrer les indices comme ses collègues épagneuls civils inhument leurs os et trophées divers, mais non quand la tête fut bien calée, il prit trois pas d'élan et d'un drop magistral du pied droit l'envoya dans l'océan à plus de soixante et dix  mètres de là.
    -C'est... c'est indigne... un reste humain... un élément d'enquête... une... un...
    -Une pièce à conviction oui, et qui pouvait aussi bien emporter la décision de messieurs les jurés et vous valoir vingt ans de bagne cher maître !
    -Joli coup de pied ! Approuva Walter Chéchignac.
    -Ah bravo c'est malin et maintenant qui c'est qui va n'aller le chercher le ballon ? Demanda le cousin Pin-Pin fotebaleur évadé du stalag des coquillages. (à suivre...)
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  • 16.
    Une étape de plaine.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Elle me faisait toujours autant d'effet la pianiste, b... andante et déprédatrice, sombre aussi et décidée, ah ça très décidée, un peu trop même à mon goût, comme je n'obtempérais pas assez vite, elle me poussa sur le lit et je mettais les fesses de mon pyjama mouillé dans la tâche de sang frais qui peu à peu envenimait le couvre-lit blanc, maman n'allait pas être contente, les affaires d'école c'était sacré pour elle.
    -Qu'avez-vous fait de Thursten ?
    -Euuuuuuuh ! Répondis-je aussi sec.
    J'avais beau me concentrer et la vue du désuet mais affûté rasoir à manche qu'elle tenait à la main ne m'aidait pas dans l'exercice, je ne me souvenais pas d'avoir rangé de Thursten dernièrement.
    -Quel Thursten ? Biaisais-je.
    -L'homme qui était sur le yatte ?
    -Quel yatte ?... ah oui vous voulez dire le yotte... votre... accompagnatri... teur donc ?
    -Ne faîtes pas l'idiot !
    Elle s'approcha un peu plus, je soupesais mes chances, qui venaient de me remonter sous les aisselles, sans doute était-elle suffisamment exercée pour me saigner aussi vite que l'athlétique gigolo, j'abdiquais :
    -C'est pas moi, madame...
    -Mademoiselle !
    -Pardon Mademoiselle, c'est Valter qu'a tout fait... c'est lui  qui l'a attrapé...
    Je reniflais aussi un peu.
    -Vous voulez dire ce salaud de Chéchignac ?
    -C'est cela mâme.
    -Conduisez-moi à lui.
    Dans l'instant où elle remisait son rasoir dans son sac, je crus voir une ouverture et je bandais mes muscles avant que de bondir et lui sauter tel un fauve à la gorge quand elle s'écarta très vite et j'allais percuter de la crinière le radiateur en fonte.
    Maintenant elle avait sorti de sa pochette à malices un pistolet 9 mm para  et me tenait en joue en souriant. 
    -Relevez-vous vous êtes ridicule !
    -Bien Mademoiselle.
    -Et puis mettez un imperméable vous n'allez pas sortir comme ça ! Et puis vous fermerez la porte derrière vous ! Et puis ne traînez pas j'ai encore de la route.
    Elle savait se faire obéir, aussi j'obéissais, c'était étrange mais malgré le grand péril où j'étais cela ne me déplaisait pas de lui obéir.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>La maison du Druide paraissait comme abandonnée, bien entendu je m'en voulais d'avoir dénoncé mon petit camarade, mais malgré tout, la nature humaine est ainsi faite, j‘étais presque impatient de connaître la suite, peut-être parce que je n'avais plus de peur à pisser ou parce que je comprenais que dans l'affaire je n'étais point l'objectif principal, tout juste figurais-je en hallebardier de complément. Quand même il semblait que Valter et le Chef ‘von le Gueuzec avaient vu juste en inspectant le yacht bleu et en prenant un otage.
    Elle s'apprêtait à briser un carreau d'un coup de talon aiguille mais je me manifestais :
    -Maîtresse j'ai les clefs si vous voulez .
    -Allez-y !
    Elle me méprisait tout à fait et je n'en prenais que plus de plaisir.
    « Il faudra quand même que j'essaye les petites Chambeulac un de ces jours, notais-je dans mon esprit affairé et délicieusement humilié. »
    Nous entrâmes dans le grand hall démodé mais personne ne vint à nous.
    Où était donc passés Dona Chupita Bonita y Gomez  et le fier Conchito, qui n'était pourtant pas du soir ?
    -Il n'y a pas de domestiques ? Me demanda Mademoiselle Br... ?
    -C'est leur jour de sortie, Maîtresse. Mentais-je
    -Arrêtez de m'appeler Maîtresse !
    -Bien Maîtresse.
    A ce moment le Grand Vate, le père de Walter Chéchignac sortit des chiottes en se rebraguettant, un journal à la main :
    -Tiens salut mon gars, alors la lunaison a été bonne avec une grande bringue comme ça t'as pas dû t'ennuyer.
    C'était sans doute le seul esprit frappeur qui usait encore de tels exercices libératoires, il comprit mon  interrogation et s'expliqua:
    -Comme le gris, le goût des pommes, la nostalgie des chiottes, lire son journal sur la lunette et surtout tirer la chasse à la fin et regarder sa merde qui s'évacue, ça qui me manque le plus de pas pouvoir admirer ma merde, de plus rien chier. Allez salut mon gars et bonne... bandaison. Ah ! Ah ! Ah !
    -Bonsoir monsieur.
    -Qui était-ce ?
    -Le père de Walter Chéchignac. Maîtresse
    -L'engendreur de cette petite ordure ?
    -Tout à fait.
    -Mais je vais le tuer, lui aussi.
    -Vous pouvez pas, maîtresse, vu qu'il est déjà mort.
    Elle ne m'écoutait pas et vida son chargeur vers le Grand Vate, qui s'éloignait son journal à la main en humant les murs, sans autre retentissement que des trous dans le plâtre.
    -Raté ! Maîtresse.
    Décidément elle semblait cultiver quelques préventions et animosités contre le cher Valter pour s'attaquer ainsi et sans sommation à  sa parentèle.
    -Oh vous ça va bien hein !
    Soudain des bruits, comme des cris qui venaient d'en dessous, des sous-sols, nous parvinrent, je n'imaginais que trop bien, le spectacle que l'on risquait de découvrir si l'on s'engageait dans les escaliers :
    -Suivez-moi !... non passez devant plutôt ! Ordonna-t-elle.
    Je tremblais à l'idée de me retrouver dans quelque succursale encore en activité de la rue Lauriston, et puis qu'elle serait sa réaction de soliste quand elle verrait son ami le cher Thursten dans les fers et tenaillé par le Chef ‘von le Gueuzec, que j'imaginais déjà tout à son inspiration.
    Enfin après beaucoup de couloirs et presque autant d'escaliers, à son commandement je poussais une lourde porte en fer et elle entra son pistolet à la main, vrai l'on se serait crû dans l'une de ces dramatiques policières où les dames fonctionnaires toutes récurrentes d'autorité  par souci d'édification et d'éducation équinamiste des foules tévéspectateuses, défouraillent pour un stationnement dans les clous, donnent de grandes baffes aux suspects et se grattent les couilles avec une énergie de sous-brigadier, mais tout en restant féminines bien entendu. 
    Je venais loin derrière mais j'arrivais enfin et détaillais le motif.
    Au milieu d'une cave voûtée et à peu prés gothique, se tenait assis sur une chaise, et solidement attaché le cher Thursten, qui fumait autant qu'un bravadien adepte de la si particulière fumita, mon regard remonta jusqu'aux fils électriques que Dona Chupita Bonita y Gomez appliquaient à certains endroits stratégiques de l'intimité de l'accompagna/teur/trice/teuse/tontaine, intimité complexe et variée, qui mettait à la disposition de ses tortionnaires un plus grand nombre de muqueuses et de points sensibles que la moyenne des tortionnés.
    Le chef ‘von le Gueuzec en fond pédalait sur une manière de home-trainer qui se révéla être une artisanale génératrice d'électricité :
    -Anda ! Anda ! Plus vite il va parlaré ! L'encourageait l'héroïne bravadienne.
    -Plus vite, facile à dire, je voudrais bien vous y voir, je suis pas un grimpeur moi ! Celui-là pour le faire parler il faudrait au moins  du triphasé ! 
    -Les mains en haut ! Gueula Mademoiselle Br... sur un ton suisse-alémaniac qui n'était plus du tout féminin.
    Le cyclo-routier s'arrêta de pédaler, le jeune Thursten de souffrir et presque de fumigéner et Dona Chupita d'encourager.
    -Vous, allez le détacher !
    -Bien maîtresse.
    Je m'exécutais.
    Le pauvre garçon tomba de sa chaise et Mademoiselle Br... d'ordonner :
    -A genoux tous !
    -Euh moi aussi Maîtresse ?
    -A genoux comme les autres trou du cul!
    Elle était très colère, Maîtresse, et maintenant elle n'était plus tellement excitante, vrai dans ces moments on aurait dit un sergent d'active, un va de la gueule de carrière, d'ailleurs vue de prés, elle ne faisait plus tellement jeune, elle était quand même très maquillée .
    Je pouvais témoigner de son esprit de décision, j'en avais eu des preuves récentes et sanglantes et notre avenir se présentait fort mal.
    Le jeune Thursten s'était relevé et lui aussi était très remonté contre le petit personnel du saint office et commençait à tataner sec la figure du Chef ‘von le Gueuzec qui serrait les dents.
    -Tiens bute-les plutôt, ça te défoulera ! Dit-elle en envoyant son pistolet à son ami.
    Mais celui-ci ne parvint pas à l'attraper, il faut dire que l'on a quelque excuse à se montrer maladroit lorsque l'on vient de recevoir une balle dans l'œil droit tirée par l'irremplaçable   Walter Chéchignac, le cher Conchito,lui, qui n'avait décidément pas d'horaires  avait visé l'oreille et n'était parvenu qu'à allumer le plafonnier.
    Mademoiselle Br... à la vue de son ennemi personnel vida sa pochette sur le sol, se baissa, délaissa son poudrier pour attraper son rasoir fétiche et se jeta sur son excellence qui n'évita pas tout à fait la lame, son bras entaillé sanguinolait tant qu'il pouvait et la douleur lui ayant fait lâcher son automatique allemand, il fit face avec à propos et lui décocha un osso-bukitaméhari fulgurant en partie basse et qui exécutée selon les prescriptions du vieux maître d'Okinawa calma considérablement son adversaire, Mademoiselle Br... optant alors pour un repli tactique en se tenant le bas ventre et en marmonnant :
    -Ah l'en'ulé mes ‘ouilles !
    Elle referma la lourde porte avec une force étonnante.
     
    J'aurais du être soulagé mais ce que je venais de vivre me terrifiait plus encore que ma mort prochaine et affichée il y a peu.
    Cet homme si amical et civilisé, ce cher Valter pouvait tuer, assassiné très proprement son prochain. Il y avait là sur le carreau un être humain mort, et rendu ainsi par la faute, et l'autorité, du si sympathique mais tant effrayant Walter Chéchignac.
    -Eh bien vous avez l'air secoué mon cher La Gaspérine !
    -Béh... c'est qu'il est mo...
    Je ne voulais pas le blesser aussi retrouvais-je assez mes esprits pour user devant l'indigène de circonlocutions euphémisantes ainsi que l'on m'avait enseigné à l'Ecole:
    -... il est... il est invivant...
    -Ah ça il me semble oui !
    Il souriait et la colère alors me prit d'autant plus facilement que le danger était passé :
    -Et vous... vous l'avez tué... Lui dis-je sur un ton de reproche... calculé, je l'avais vu brillant à 15 mètres au tir sur travs olympiques, je l'imaginais aussi bien exercé sur fonctionnaires d'élevage.
    -Vous pouvez remercier notre vice-consul qui m'a prévenu à temps  car ils s'apprêtaient à en faire de même avec vous, mais peut-être auriez-vous préféré vous faire administrer par de tels paroissiens ?
    -L'on peut dire que vous arrivez bien mon petit Valter, je ne nous voyais pas beau  avec ces cannibales! Soupira de sa voix de basse, c'est à dire à grand bruit, le Chef ‘von le Gueuzec en se frottant les genoux avant d'aider la chère Dona Chupita à se relever.
    -Ma sciatiqua, Dio que dolore !
    -Je n'imaginais pas qu'une femme pût montrer une telle virulence.
    -Revenez à la réalité mon garçon votre Mademoiselle Br... n'a jamais été demoiselle ! S'exclama le Chef ‘von le Gueuzec.
    L'adroit Valter nous renseigna sur la véritable identité de nos assaillants.
    -Ce sont les fameux Gil et No, quand j'ai vu la pianiste l'autre soir, je me suis dit que je l'avais déjà vue quelque part, il y avait longtemps et ce n'est que cette nuit en feuilletant des vieux programmes de monsieur mon père que j'ai compris, regardez plutôt :
    Il avait sorti de son veston une feuille jaunie qui annonçait la Foire à l'Andouille 1973 avec la présence « exceptionnelle » du Grand Vate Marcel Chéchignac et plus bas en petits caractères Gil et No artistes transformistes.
    -Ils tournaient un excellent et inventif numéro de travestissement dans les cabarets et music-hall européens dans les années 70/80, ils faisaient de la musique, de la danse, de l'acrobatie, à force d'opérations et de maquillages savants ils avaient fini par se ressembler comme frères... et sœurs,  au long de leur carrière ils avaient créé un grand nombre de personnages, un jour l'un jouait Mademoiselle Br... et l'autre Thursten l'éphèbe ou la jeune danoise au pair et le lendemain c'était l'inverse ou autre chose, d'où notre expédition de tout à l'heure, j'ai pensé que de tels duettistes ne supporteraient pas la séparation.
    -Et je servais en quelque façon de chèvre !
    -Que voulez-vous depuis que vous vous êtes mis dans la tête des idées d'indépendance mon cher !
    -Et puis je crois que monsieur La Gaspérine en tenait  assez pour  cette mademoiselle Br... ! Remarqua le si psychologue Chef ‘von le Gueuzec .
    -Qu'sss vous ‘acontez ! Mais pourquoi ? Pourquoi en avaient-ils après nous ?
    -Rassurez-vous leurs motifs étaient purement platoniques et professionnels, il y a quelques années ils se sont lancés  concurremment à leurs activités artistiques dans l'assassinat à façon, excellente réputation sur le marché, je m'étais un peu documenté quand Jean-Guy Pantaloni avait voulu mettre la main sur mon cercle de La Muette
    -Vous... vous avez employé des tueurs à gages ?
    -Non, à l'ordinaire je préfère le forfait et puis tout comptes faits Paul-Antoine Andréacci m'avait prêté de ses petites mains et le travail avait été aussi bien soigné va. Ne pas penser à fermer la porte derrière soi ne plaide pas pour leur professionnalisme.
    Sa remarque me fit mal, parce que ce n'était pas à maîtresse Br... qu'il revenait de la fermer cette porte mais bien à moi, humble et  indigne soumis, oh j'aurais mérité d'être battu... vrai je la regrettais déjà.  (... à suivre...)
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  • 15.
    La Détestation.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Je ne vous cache pas que j'avais plutôt envie de vomir que d'admirer la vague comme me le conseillait Walter Chéchignac.
    Il faut dire aussi qu'il n'y a rien de plus roulant sur la vague et vomitif qu'un chalutier, hormis peut-être un dragueur de mines.
    -Je croyais que vous aviez fait votre temps dans la marine ? Ironisa le Chef ‘von le Gueuzec en faisant allusion à ma publication récente sur les murs de La Conche.
    -Pour une fois vous êtes mal informé monsieur ‘von Le Gueuzec, j'ai fait mon service militaire à Saumur puis dans l'arme blindée.
    -La cavalerie, il n'y a que ça ! Concéda nostalgique l'ex-garde républicain.
    -Oh vous n'imaginez pas combien je la regrette moi aussi en ce moment !
    -Regardez mon cher La Gaspérine, ils vont remonter le chalut. Allons-y.
    -Non merci ça va... plus tard peut-être...
    Trop tard le pont fut envahi d'une poiscaille convulsive comme  jeunaille technophréne que les hommes d'équipage, avec le renfort de son Excellence se mirent à trier avec  sûreté et dextérité avant que d'en basculer le plus grand nombre dans les cuves de cale et de remettre le restant à la mer. Il ne demeurait pour toute animation sur le pont lessivé que quelques petits poulpes nouveaux-nés d'une trentaine de grammes, ébaubis et touristes.
    Walter Chéchignac s'assit prés du commandant Kelbonbec qui commandait le bâtiment, et avec gourmandise et dans le même mouvement que les autres marins, ils ouvrirent leurs couteaux, débouchèrent les bouteilles de muscadet, après quoi il tranchèrent par le milieu des petits pains qu'ils garnirent avec de ces « poulpiots » qu'ils noyèrent de mayonnaise, c'était le nom que l'on donnait à cette spécialité conchoise: « le poulpiot-mayo »  ils croquèrent là-dedans et le plus terrible était que la bestiole innocente, le nourrisson se défendait, s'accrochait au petit pain et résistait de toutes ses pattes sous la poigne et devant la mâchoire inexorable.
    Un terrible et inhumain « Pssrroouiiit ! » concluait à chaque fois le combat trop inégal.
    -Vous ne voulez pas goûter au casse-croûte conchois, monsieur La Gaspèrine ? Me demanda fort civil le commandant Kelbonbec en rattrapant l'un des sandwiches ambulatoires qui venait de tenter sa chance et cherchait dans un admirable et ultime geste de résistance à gagner l'Angleterre.
    Je regardais cette belle figure salée de marin dessalé, et sa bouche que l'on ne pourrait mieux dire que carnassière, ourlée de mayonnaise et dévorant ce sandwich vivant, et j'allais vomir encore une fois, contre le vent, le reliquat des restes de mon petit-déjeuner.
    <o:p> </o:p>Vrai cette sortie en mer ne s'imposait pas et je comprenais mal pourquoi Walter Chéchignac avait tant insisté pour me faire participer à une pêche au Blétznec, la denrée du coin,  peut-être voulait-il me faire admirer son chalutier « La Détestation »
    C'était certes une fort belle unité moderne, déjà d'un certain tonnage malgré son jeune âge mais je devinais qu'il ne devait pas seulement se consacrer à la pêche, ou alors en eaux troubles.
    Je ne compris le véritable but de l'excursion qu'en retournant au port, quand nous nous arrêtâmes prés du yacht bleu qui se tenait à l'écart dans l'avant-port.
    -Excusez-moi mon cher La Gaspérine une visite à rendre ! Me dit Walter Chéchignac déguisé maintenant en plongeur autonome et palmé, il plongea aussitôt et même derechef avec deux de ses hommes dans les mêmes dispositions grenouillesques et aventureuses.
    Le innocents devant un tel synchronisme professionnel n'auraient peut-être vu là qu'une répétition de ballet nautique, pour ma part, je ne pouvais m'empêcher de penser  que dans la fréquentation de ce garçon, fort intéressante et enrichissante au demeurant, je m'attendais toujours à me faire surprendre par la Brigade mondaine, sur terre ou sur mer, en quelque état ou circonstances délictueux.  
    Il nous fallait attendre, espérer que l'aventure ne se terminât point en expédition mexicaine :
    -Vous n'avez pas entendu capitaine Kelbonbec ? Oui, on aurait dit des coups de feu.
    -Des chasseurs de mouettes.
    -Cela se chasse la mouette ?
    -Tout se chasse monsieur La Gaspérine, ça dépend de l'appétit qu'on en a. Sourit le dévoreur de nouveau-né.
    Repus il était encore plus effrayant que dans la faim le philosophe-hauturier. 
    <o:p> </o:p>Ils revinrent, enfin ! Avec un prisonnier, hélas !
    -Tenez changez-vous ! Lui ordonna Walter Chéchignac en lui tendant des vêtements secs.
    Même en été l'océan Atlantique virait à l'Arctique le soir et l'autre tremblait, mais  pas seulement à cause de la météo défavorable.
    C'était un grand mousse qui se révéla être, sitôt sa combinaison néoprène retiré dans un : Shaaarrttthllaaartflaac ! très évocateur, une grande blonde insipide d'une quarantaine d'années avec une poitrine bénigne  mais dont le regard me disait quelque chose, c'était de ces regards sur lesquels l'on se retourne après les avoir croisés, un regard gris, infini et las, de ressuscité, ou en moins littéraire et mystique: un regard de pute nordique après la fermeture.
    -Vous ne la reconnaissez pas ? Me dit Walter la grenouille tout en se dégrafant lui aussi.
    Rien de plus étonnant qu'un streap-tease d'homme-grenouille, ça fait shplaaaac ! ça fait shploooof !
    -Non je vois pas ?
    -Et comme ça insista-t-il en lui retirant son bonnet de marin !
    -Merde Milady de Winter !
    -Arrêtez vos conneries La Gaspérine, c'est l'accompagnatrice de Mademoiselle Br... Et à bord du bateau nous avons retrouvé, siégeant dans le salon un Graffenberg bleu nuit, châssis long !
    -Qu'allez-vous en faire ?
    -Du piano rien, elle, le Chef ‘von le Gueuzec va l'interroger.
    -N'y allez pas trop fort.
    -Ne vous inquiétez pas, il aime la spontanéité, le premier jet.
    -Justement ça.
    -Vous oubliez mes chiottes La Gaspérine ?
    -Il faut savoir pardonner. Et puis ce n'est pas elle qui les a fait sauter.
    -Non mais elle y aura participé et avec l'intention de nuire et de faire mal et même de buter du monde dont vous mon cher. Et encore je compte pour rien l'orchestre de chambre retrouvé dans le port ! Et non plus le dérangement !
    -C'est une femme ?
    -Justement non.
    Elle avait descendu son short et force était de reconnaître qu'elle possédait tout l'attirail réglementaire du turfiste buveur de bière.
    -Pourquoi tout est-il toujours compliqué avec vous mon cher Valter ?
    -Parce que la vie n'est jamais simple que sur les pierres tombales mon cher La Gaspérine, mais ne vous inquiétez pas le Chef ‘von le Gueuzec va vous simplifier tout ça.
    Je prenais en pitié ce pauvre garçon et n'osais imaginer la suite des événements.
    -Dans tout les cas je vous serais reconnaissant de me ramener au port.
    -Mais nous y sommes mon cher, nous y sommes.
    Il avait raison, je débarquais, bien décidé à ne plus jamais fréquenter de tels personnages.
    <o:p> </o:p>Je retournais à l'auberge de La Chaudasse, où m'attendait dans le hall, la Marie Bertalot avec son gros conjoint congénital :
    -Ah ben on vous cherchait de partout monsieur La Gaspérine, regardez voir ce que La Rincée a trouvé ce tantôt en faisant le ménage à la permanence du Quai des Brunes.
    Elle sortit d'un sac Franprix un chose brunâtre et consumé, que je mis quelque temps à reconnaître pour ce que cela avait été : un képi de capitaine de gendarmerie.
    Je bredouillais en me remémorant les paroles de Walter Chéchignac offensantes à l'endroit de ce corps que... qui... quoi...
    -Se pourrait-il que...
    -Ben ça m'en a tout l'air.
    -Mais après tout il est possible qu'ils l'aient perdu pendant que les pompiers combattaient encore l'incendie.
    -Ah ça ça m'étonnerait vu qu'on s'est fait la réflexion avec La Rincée du temps qu'ils mettaient pour venir, quand ils sont arrivés il y avait plus de flammes, plus rien, que de l'eau, de l'eau partout, on a passé la matinée à tout évacuer.
    -Bien, bien, je vous remercie je vais aviser, voulez-vous prendre quelque chose un café.
    -Non, non on veut pas vous déranger, vous avez tellement à faire pour préparer la réunion de demain !
    C'était la vérité, j'entrais en campagne le lendemain.
    Je quittais le couple Bertalot-La Rincée et montait dans mon appartement.
    J'y trouvais un mot de Médpeu et La Branlaye qui m'informait de leur rappel précipité à Paris et de l'assurance de leur meilleur souvenir dans les heures délicates que j'allais connaître.     
    Je commençais à croire à une conspiration organisée sinon contre ma personne, à tout le moins contre ma candidature. J'étais assez proche du découragement et je ressentais une certaine appréhension, les évènements me devenaient incompréhensibles, peut-être avais-je été trop docile à trop de choses et de gens dans trop de circonstances pendant toutes ces années de formation, l'on m'avait battu le chemin maintenant les mêmes cherchaient à effacer ma trace et je ne savais à qui, à quoi et comment faire face.
    Mais aussi pourquoi Valter m'avait-il abandonné ?
    <o:p> </o:p>Je pris une douche, passai mon pyjama et j'allai dans ma chambre, le gigolo de la Belle de Mai, l'amant  marseillais de l'américaine propriétaire du yacht bleu, reposait sur mon lit, il avait la gorge ouverte depuis l'orient jusqu'à l'occident de son imbécillité comme en suivant les pointillés de sa chaînette en or doré.
    Je crus pouvoir hurler mais je n'y parvins pas, l'appréhension qui s'était transformée en trouille me nouait la gorge en même temps qu'elle dénouait mes sphincters.   
    Je mouillais mon pantalon de pyjama, un cadeau de maman, sans pouvoir bouger ou articuler.
    -Asseyez-vous ! Me dit Mademoiselle Br..., qui venait de surgir des doubles rideaux et marchait à moi dans sa longue robe de soirée noire et décolletée.  (à suivre...)
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  • 14.
    L'Auberge de La Chaudasse.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>   Dartemont-Belcourt en short et lunettes de soleil avait ressorti la vieille R4 du garage du Coin Maurin où elle avait été rapatriée après le tragique et démonstratif accident de ces demoiselles Dartemont et elle avait entassé là-dedans sa sœur  et leur descendance :
    -Nous allons à la plage. Nous expliqua-t-elle de sa voix haute  et assurée de meneuse de revue... de fin d'année à Notre Dame de Sion. 
    Ces dames après s'être concertées avaient décidé de passer les grandes vacances à La Ponche en famille mais sans délaisser pour autant la marche de la Maison Dartemont Sœurs. Chacun même étant tenu d'y apporter sa contribution, selon ses moyens.
    -Cela risque de tourner au Club des cinq en vacances, vous ne croyez pas Chef, si vous devez supporter toute la famille pendant vos enquêtes. Plaisanta Walter Chéchignac, visiblement embarrassé par la tournure absurde que prenaient les événements.
    Mais il était d'un avis différent le veuf double :
    -C'est de la vie mon cher Valter et j'arrive à un âge où l'on ne doit pas refuser la vie quand elle se présente à vous, le soir dans mon appartement, je mets quelques fois l'oreille au plancher rien que pour les écouter vivre en dessous.
    Le Veuf Double occupait les combles de l'immeuble Dartemont du Coin Maurin.
    -Et puis dans l'affaire Ernestine Le Gourvenon... mais si le parc à huîtres sanglant... c'est elle qui a trouvé le fin mot de l'affaire... le garde-pêche c'était bien lui qui avait étranglé le maître-nageur et tout ressemé en Belons.
    La Ponche l'été devenait une station touristique et la population se multipliait à la vitesse des petits pains dont il est question dans les Ecritures fameuses. Le touriste aussi était nourrissant. Pour ma part ce qui m'inquiétait n'était point la fréquentation touristique mais ma permanence brûlée et plus encore les intentions, sûrement mauvaises, que ce geste criminel dénonçait.
    <o:p> </o:p>Le capitaine de gendarmerie, un homme charmant, en tapant son rapport sur son ordinateur portable malgré les épais pansements qu'il portait aux mains, il s'était brûlé m'avait-il confié la veille en organisant un barbecue pour son escouade, ne m'avait point caché que l'enquête serait difficile.
    -Enfin on va croiser le fichier des pyromanes avec celui des pilleurs de tronc d'église et quand on aura le profil ‘sychologique on l'enverra à Paris. On vous préviendra.
    -Tant qu'à croiser les fichiers, me fit remarquer en sortant de la gendarmerie Walter Chéchignac, c'est plutôt celui des gendarmes de permanence et celui des grands brûlés que j'aurais croisés.
    -Allons don' vou plaisantez, mon cher Valter. Un service public que le monde entier nous envie.
    -Le K.G.B aussi c'était un service public.
    <o:p> </o:p>Dartemont-Belcourt, accompagnée de ses nièces déguisées en allumeuses estivales, après avoir souri comme en bienvenue à Walter Chéchignac qui lui bredouilla ses hommages, se tourna vers moi :
    -J'ai appris monsieur La Gaspèrine l'incendie de votre permanence électorale, j'espère que vous étiez bien assuré ?
    -Oh ce n'est pas tant cela qui m'inquiète chère Madame mais bien plutôt ce que ce geste peut augurer de violences et d'affrontements imbéciles.
    -Je sais le Chef ‘von le Gueuzec très occupé en ce moment mais voulez-vous que nous nous mettions avec ma sœur sur l'affaire... ou bien encore les jumelles, elles montrent beaucoup d'instinct et d'esprit de suite, savez-vous...
    -Ma tante, vous oubliez que Monsieur ‘von Le Gueuzec nous a confié l'affaire du satyre des plages, c'est du travail.
    -Quel dommage que vous n'ayez pas de chien chère Madame il nous aurait peut-être mis sur la piste... fit remarquer avec causticité Walter Chéchignac enhardi par la colère et la rage de piétiner en terrain même pas conquis.
    Elle enleva ses lunettes de soleil, pointa son regard bleu dans celui très noir de Valter, qui soutint l'échange et le prolongea comme à plaisir, il était certain qu'un fort potentiel passionnel existait entre ces deux-là.
    -Mon Dieu nous ne demandons qu'à rendre service, cher monsieur, dans la mesure de nos moyens, sans doute les vôtres sont-ils plus importants, il ne tient qu'à vous d'en faire le meilleur usage. 
    Il n'était pas difficile de deviner que son excellence aurait volontiers brossée l'impertinente sur le capot de la R 4, mais il y avait les enfants innocents, les vacanciers en shorts et les usages diplomatiques, alors il évacua la pression dans un sourire pirhanesque.
    -Vous avez raison, madame, nous allons nous occuper de ces malotrus.
    La Renault 4 démarra, puis cala, redémarra et s'éloigna enfin elle était à bout de potentiel et chargée à plein bord de rires d'enfants et de ballons de plage.
    -Elle me cherche, vous avez vu La Gaspérine. Commenta Valter en s'essuyant le front.
    Ils se cherchaient c'était l'évidence mais se trouveraient-ils ?
    Le Chef ‘von le Gueuzec demeurait soucieux.
    -Cette histoire ne me dit rien qui vaille... a propos on a retrouvé tes boliviens de l'autre jour... mon petit Valter... prés de Ventimiglia, sur un chantier, coulés dans des piliers de béton.
    -Assassinés ? Demandai-je.
    -Qu'est-ce que vous allez imaginer là ! Non ils auront glissés.
    Je détestais quand Walter Chéchignac prenait ce ton railleur, il en devenait vulgaire et populard.
    -C'est Guido Giannetti notre correspondant en Italie qui m'a téléphoné la nouvelle tout à l'heure. Tu vois ce qui m'inquiète c'est toute cette vaisselle qui est faite après une modeste expédition ratée. Une dizaine de morts pour un pétard mouillé.
    -Vous croyez toujours que c'est monsieur La Gaspérine qui est visé ?
    -Non, je peux comprendre que l'on veuille le tuer mais j'imagine mal que l'on y consacre autant de moyens.
    -Merci c'est flatteur.
    -Moi alors ? S'interrogea Chéchignac, qui avait sans doute quelques règlements en train.
    -C'est l'hypothèse la plus probable mais ce n'est pas la seule.
    -Et pourquoi pas vous chef, les suédois veulent peut-être venger l'affront que vous leur fîtes, jadis.
    -Ce sont des neutres, ils ont perdu l'habitude de l'honneur. Tes affaires parisiennes ne te donnent pas de souci en ce moment ?
    Le Chef ‘von le Gueuzec avait baissé de ton pour évoquer les « affaires parisiennes du consul » ce devait être encore du joli.
    -Ma foi non, c'est le grand calme. Il y a peu de touristes alors on fait le chiffre avec les habitués et les provinciaux, d'après le dernier reporting que m'a envoyé Merry.
    -Elle va bien Merry ? Toujours en beauté.
    -Elle tient le coup.
    Je me sentais maintenant mal à l'aise au milieu, c'était sans doute le terme le plus approprié, de cette conversation ornée de sous entendus et de souvenirs pris en commun. 
    Que faisais-je parmi ces gens et comment le Rassemblement pour l'Union ou l'Union pour le Rassemblement, je ne savais plus, enfin ce parti de merde quoique de gouvernement pouvait-il cousiner avec de tels personnages. Sans doute leur avaient-ils rendus de grands services dans le passé et encore à l'occasion se montraient-ils utiles, mais quand même.
    Quand ils en eurent terminé de leurs silences à œillades et de leurs propos clignotants, je dis :
    -Je crois que je vais prendre une chambre à l'hôtel. Je ne peux quand même pas vous envahir pendant six mois. Qu'en pensez-vous mon cher Valter. J'en ai vu un qui me semble très convenable prés de la Cathédrale.
    -Tiens don' il y a une cathédrale prés de cet hôtel de passe, je ne l'avais jamais remarqué ! Rigola en grand le Chef ‘von le Gueuzec.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Malgré leurs avis contraires et argumentés: « ... ce n'est peut-être pas le moment de vous émanciper quand ça valse dans tous les coins !... vous avez bien le temps, la maison est grande et confortable et sous la garde de Dona Chupita Bonita y Gomez et du jeune Conchito, qui de fait est du matin,  vous ne risquez rien !... là-bas la patronne est irlandaise et les putes poivrées, venez pas pleurer si vous vous attrapez  une chaude pisse sans compter qu'elle a été plusieurs fois condamnée pour son haricot de mouton... allez quoi merde faisez pas le con La Gaspérine ! »
    Je demeurais inébranlable.
    Je crois que Walter Chéchignac préférait seulement m'avoir sous la main, je recouvrais ainsi toute ma liberté, d'ailleurs l'Auberge de la Chaudasse  me parut d'entrée fort convenable, agréable maison à colombages et torchis de... enfin bâtie selon les prescriptions et traditions locales, meubles cirées et service en vernis, mon appartement donnait sur la Cathédrale Sainte Trahoudulde.
    La patronne Mrs. Adam (comme le verre avait spirituellement remarqué Médpeu : le verre Adam... à dents !) était une irlandaise rousse  prospérante et agissante, son époux une espèce de cocu de serre  tardif et malingre, lui aussi anglogène, les servantes accortes, bien entendu et comme annoncées plus haut, mais si l'on mettait d'entrée le holà à leur familiarité commerciale et hors de propos, l'on pouvait trouver là le repos et même un certain confort.
    Bien entendu j'avais réquisitionné d'office deux chambres pour  La Branlaye et Médpeu, ils quittèrent la maison du consul Chéchignac à regrets mais prirent très vite leurs aises dans leur nouveau logis.
    -C'est... c'est charmant... et pour ce qui est des prix cela reste encore très provinciale, très raisonnable, quand on voit ce que l'on paye à Paris pour la moindre pip... je veux dire pour un service en chambre... décent j'entends.
    Nous étions réunis pour notre première soirée ici dans la salle à manger autour d'une Guiness et d'un homard au gingembre, éthiquement discutable, et encore avions-nous soigneusement évités, sur mon injonction, le haricot de mouton aux airelles. 
    Au dessert devant une jelly branlotante « cherry and juniper », La Branlaye proposa pour nous remettre de nos émotions gustatives d'aller boire un verre dans une boîte de nuit « tout à côté », je ne pouvais pas leur refuser un moment de détente surtout pris « tout à côté ». Je devais remobiliser mon équipe, les élections approchaient et ma campagne d'affichage avait démarré dans la sobriété sous une photo de moi en tricot de marin (pour faire oublier mon parachutage et me donner une couleur locale) à rayures molles (pour rassurer l'électorat flottant) et avec une gâpette de cap-hornier (histoire de montrer que malgré tout il y avait quelqu'un à la barre) : un slogan fédérateur choisi par mes conseillers:
    «  Jean-Thierick La Gaspérine un vrai vote de conchois. »
    N'est-ce pas que c'était assez con... chois ce que ces cochons-là avaient trouvé mais enfin il m'en garantissait les effets et s'engageaient à me rembourser mes frais de port si je n'étais pas élu, alors, pourquoi douter, vrai j'avais confiance.  
    Les premiers résultats étaient d'ailleurs fort encourageants puisque l'on se foutait de moi partout où j'étais affiché à travers la ville.
    -C'est bon... c'est très bon... comme une donzelle au premier rendez-vous, qui se défend, se moque mais qui est troublée... on va les sauter ils vous attendent, je vous dis qu'ils mouillent déjà !
    -Je ne suis pas Letroncheur Messieurs.
    -On sait... on sait...
    Et La Branlaye disait cela avec comme du regret. Je crois qu'ils n'étaient pas encore tout à fait convaincus de l'existence terrestre de ce Jean-Thiérrick La Gaspèrine qu'ils leur fallaient vendre à tempérament à des électeurs notoirement insolvables ou du moins point décidés à s'endetter pour de l'article de Paris.
    -Et puis il y a votre prénom breton cela rassure. Se rassura La Branlaye.
    A dire le vrai je tenais ce prénom faussement bretonnant non point d'une quelconque hérédité armoricaine mais parce que Monsieur mon père le ci-devant Président (il avait été président très jeune, de tout et de n'importe quoi) Régis Cardemeule s'était présenté fin cuit quand il m'avait déclaré à l'état civil de la mairie du XXII° :
    -Son prénom ?
    -Jean-Thierry-hips !
    -Jean-Thierrips ?
    -‘pa' ça ! ‘ean-Thierry-hic !
    -Jean-Thierrick  s'pas breton ça ?
    -Oui...ic !
    A quoi tient le destin... s'pas?
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>La boîte de nuit n'était pas « tout à côté » mais « tout en dessous » de l'hôtel et donc du niveau de la mer et la tenancière était aussi rousse que la patronne de l'Auberge de la Chaudasse, d'ailleurs... d'ailleurs c'était elle, elle mais en string de cuir et son mari en slip léopard déguisé en Tarzan tubard tenait le bar.
    -Dîtes donc vous vous foutez de moi vous deux ! En plus cela m'a tout l'air d'être une boîte à partouzes votre boîte de nuit !
    -Ah vous croyez... on ne connaît pas bien la ville mais maintenant que vous me le faîtes remarquer... c'est curieux en effet... enfin l'on doit pouvoir se faire servir trois babys sans trop de dommages.
    Médpeu s'en alla négocier au bar avec Tarzan pendant que je m'installais avec La Branlaye dans un recoin, le plus sombre, heureusement les recoins sombres ce n'était pas ce qu'il y avait de rare, il n'aurait plus manqué que je me fisse remarquer dans un tel lieu :
    -Vous craignez pour votre fleur ?
    -Je crains pour mon élection mon cher et je pense que cela vous concerne un peu.
    -Ils élisent pas une rosière. Mais puisque je vous dis que c'est dans la poche, détendez-vous quoi merde, il faut savoir mettre un peu de mou dans la bretelle de temps en temps sans quoi on ne fait pas une carrière politique, vous tiendrez pas le coup mon vieux déboutonnez-vous quoi 
    -C'est aussi un conseil politique ?
    -Mais tout est politique la bretelle comme le reste !
    -Votre formation gramciste qui vous donne des renvois.
    D'ailleurs du mou il n'y en avait pas beaucoup autour de nous, l'établissement était certes d'un standing infiniment supérieur à celui du 10/18, mais la grande majorité des consommateurs consommait et une minorité agissante regardait. Je crus même reconnaître parmi la distribution et dans les premiers rôles les deux jumelles Dartemont-Chambeulac très affairées à dresser une meute de mâles, elles avaient des fouets et les faisaient  claquer sur les fesses des fauves bedonnants et rôtants dans un très beau travail en férocité.
    -Ne serait-ce point ces demoiselles Chambeulac ? Interrogeais-je Cyril Médpeu qui nous revenait avec trois whiskys.
    -Ma foi, il me semble en effet... mais comment se peut-il... voulez-vous que j'aille me renseigner ?
    -Je ne vous le conseille pas, buvez vos verres messieurs et retirons-nous !
    A ce moment retentit un :
    -Bordel de merde qui c'est qui me fout la lumière dans les yeux !
    C'était l'organe considérable de Letroncheur, il n'y avait pas à se tromper, il était reconnaissable entre tous et l'ayant supporté toute une soirée il m'était devenu familier. Il était la nouvelle attraction de la soirée et Mrs.Adam braquait le projecteur sur la scénette charmante de Letroncheur au milieu des dames. Médpeu me détailla les protagonistes :
    -La blondasse de droite est la femme du notaire Maître Jeanneton, il est conseiller général vous lui avez été présenté, je crois, la brune qu'il saillit est Madame Lecornec la femme du pharmacien... d'ailleurs le pharmacien c'est le chauve à côté...
    Letroncheur comme en un jour d'ouverture, ne rationnait pas les cartouches, il en mettait même quelques unes au pharmacien et entre deux passées refroidissait le canon dans le seau à champagne.
    -Quel numéro quand même !
    Ils étaient fascinés par la vitalité du bonhomme Letroncheur, pour ma part j'en avais assez vu et commandait le repli :
    -Allons messieurs en route !
    A ce moment cette imbécile d'irlandaise gastronomicide envoya son projecteur sur notre mouvement tactique.
    -Mais putain c'est le mousse ! S'exclama Letroncheur en me reconnaissant.
    J'étais reconnaissable maintenant. Ah elle était réussie leur pré-campagne de notoriété à ces deux crétins
    Letroncheur avait dételé et se précipitait vers moi, l'arme à l'azimut en gueulant :
    -Nom d'une bite je vais te l'inaugurer moi le mousse ! ‘ va' te le faire mousser le parisien !
    Croire que je l'inspirais. Il ne pouvait pas laisser la marine tranquille, non.
    Je tentais de courir, d'échapper, ne pas connaître le même sort que le pharmacien, mais je butais dans un pouf ou une pouf', je ne saurais jamais et tombais le nez dans la moquette framboise parsemée de capotes usagées multicolores comme alpages au printemps.
    Letroncheur était pratiquement sur moi quand les jumelles Chambeulac, délaissant là leur... leur enquête, s'interposèrent avec une grande fermeté d'âme et dans de démesurés claquements de fouet :
    -ZiiiipSchlaaaaaaaac ! ZiiiiipSchlaaaaaaaac ! Au coin et vite !
    Letroncheur arrêté dans son élan, dégustait et paraissait même y prendre quelque plaisir, il ne rugissait plus :
    -Ouïlle ! Aïlle ! Mal, j'ai mal !Ouïllle plus fort c'est bon !
    Je me retrouvais, emporté par Médpeu et La Branlaye dans ma chambre.
    <o:p> </o:p>Je reposais encore convalescent de mes émotions sur mon lit quand ces demoiselles Chambeulac vinrent me visiter.
    Je les remerciais, bien entendu mais non sans m'étonner de leur présence dans un tel lieu :
    -Oh on rend juste service à Mrs.Adam, sa dominatrice titulaire Maîtresse Bertha s'est faite mordre par le receveur des postes, comme ça on se fait un peu d'argent de poche sans compter qu'on rencontre du monde et que ça fait bien avancer notre petite enquête sur le satyre... on soupçonne le pharmacien.
    Braves petites, décidément elles avaient la vocation, il me semble, non ? (à suivre...)
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  • 12.bis
    Garni diplomatique.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Le Consulat Général se trouvait sur le port de La Ponche dans un vieil hôtel particulier d'armateur que Walter Chéchignac avait rénové avec adresse et un bon goût suranné, on se serait un peu cru dans l'un de ses films français de qualité bourgeoise des années cinquante. Las Islas Bravados y Perditas pouvaient être fières à bon droit de leur représentation en France.
    Il y avait une antique dactylographe posté derrière une machine à écrire Royal hors d'âge. Tout en tapant à deux doigts faiblards, et en remontant ses lunettes qui pendaient sur sa poitrine creuse, pour vérifier sans cesse sa prose, elle faisait aussi la police parmi les quelques ressortissants bravadiens échoués sur les canapés de cuir. Quand j'entrais elle tentait de chasser la fumée qui avait envahi la pièce en ouvrant en grand les hautes fenêtres :
    -Stoppa la fumita ! Je ne le répéterais pas deux fois, cela devient invivable ! Ah Dona Chupita a bien raison : quelle race infernale!
    Les autres se marraient.   
    -Et vous là !
    Elle s'adressait à moi comme une vieille institutrice d'antan aurait fait avec un cancre connu de ses services.
    -Vous n'êtes pas un représentant j'espère ? Son Excellence reçoit les contrebandiers en tournée, les trafiquants assermentés et les représentants en articles d'importation seulement le Jeudi .
    -Non madame je...
    -Mademoiselle !
    -Pardonnez-moi Mademoiselle je, je suis un... un ami de son Excellence, il m'a dit de venir le voir.
    -Vous avez rendez-vous donc il va vous recevoir, c'est bien... c'est bien assoyez-vous... je vous appellerai... votre nom?
    -La Gaspèrine.
    -Quelle classe ?
    -Euh... 6° B4... je redouble.
    -Tachez de travailler cette année. Je  ne vous conseille pas de voisiner avec toute cette pouillerie ou vous allez attraper de la vermine...
    Elle sortit une bombe désodorisante Brizznet de l'un de ses tiroirs et nous vaporisa en abondance de « senteurs du soir des îles caraïbes » qui tiraient plutôt sur le parfum de vécés collectifs, après quoi elle actionna un interphone qui devait sans doute marcher encore au charbon .
    -Mon petit Valter ton camarade est là... très bien je le fais entrer... oui, oui, je leur ai préparé leur petit goûter à ces vauriens... et toi tu ne veux rien prendre... je t'ai acheté des pains-z-au chocolat... bien comme tu veux... vous pouvez entrer. 
    Dans le même temps où elle me désignait la porte, je la vis sortir d'un placard des brioches au sucre, des barres de chocolat Milka et des bonbecs et commençait la distribution aux fumeurs hilares.
    -... trois par personne... ah ne commencez pas à chercher à me filouter ! Décidément des voleurs de poule voilà tout ce que vous êtes tous...
    <o:p> </o:p>Le bureau de son Excellence impressionnait par sa taille et sa hauteur de vue, des fenêtres on pouvait découvrir tout le port de la Ponche en plein labeur et plus loin l'océan passablement désœuvré. Aménagé dans le style quatrième république prospérante de meubles lourds et ministériels, l'on s'y sentait bien et surtout étonnamment à l'abri.
    Aux murs étaient accrochés des fresques stalino-roboratives représentant les principales réalisations en génie civile de ces dernières années « en Las Islas Bravados y Perditas », les barrages de Las Hermanas Nicas et d'El Gondolfo Coronito renommés pour leurs fissures géantes, un révolutionnaire pouvant y tenir debout sans retirer ses cornes, l'autoroute traversante A Uno y Basta, interdite au public, le Pont suspendu sur la Pelada y Gratos qui présentait de visibles signes d'affaissement et l'Usine de retraitement d'huiles lourdes de las Coyones actuellement en plein retraitement pour malfaçons congénitales. 
    -Bonjour La Gaspérine, l'air de Paris vous réussit, vous avez pris des couleurs !
    Il n'avait pas tout à fait tort je devais le reconnaître. J'étais allé à Paris pour obtenir des éclaircissements et des encouragements, je les avais obtenus et au delà et j'en revenais pleinement satisfait et rasséréné.
    A ce moment Mademoiselle entra comme une petite souris, elle trotta vitement à travers la grande pièce, déposa sur le bureau deux pains-z- au chocolat et repartit sans un mot.
    -Elle a de la suite dans les idées votre secrétaire. Elle vous aime bien, je crois, elle vous admire.
    -Mademoiselle de Plombelec ? Oui sans doute, c'était mon institutrice, elle m'aime bien mais pour l'admiration voyez plutôt Dona Chupita, c'est son héroïne.
    -Votre gouvernante est de là-bas m'a-t-on dit ?
    -Elle descend en droite ligne (de pêche) de l'amiral Chupito y Gomez héros de l'indépendance de Las Bravados y Perditas, qui à la suite d'une fausse manœuvre coula dans le port de Las Perditas son chalutier de combat empêchant pour partie le débarquement des troupes amenées par la flotte monégasque à fins de réprimer, dans le sang bien évidemment, l'héroïque insurrection du F.L.B, Front de Libération Bravadien. Selon les décomptes de l'institut Révolutionnaire de la statistique la répression colonialiste fit 79685 morts.Un pain-z-au chocolat mon cher ?
    -Oui, oui merci. Qu'est-ce que la flotte monégasque vient faire là-dedans sccroutch ? Interrogeais-je un peu surpris mon pygmalion, le cher Valter doncque.
    -Mais ami La Gaspérine, las Islas Bravados y Perditas était la seule colonie monégasque répertoriée. Lors du vaste mouvement de décolonisation et de libération des peuples c'est donc son aïeul qui fut couronné père de la patrie et en fit une démocratie populaire, réussissant dans la même semaine à diviser le niveau de vie par quatre-vingt-quatre, à doter dans les mêmes proportions sa fille unique et à faire lance-pierrer (ils n'avaient plus les moyens de fusiller) 79685 réactionnaires, que voulez-vous il était d'une nature comptable.
    -Non pas possible ?
    -La vérité diffère quelque peu de l'histoire officielle, la  flotte monégasque ne se composait que d'un navire océanographique commandé par le commandant Coustard, il s'était échoué en matant de trop prés des baleines bleues en pleine partouze estivale,  la  répression du pouvoir colonial fit seulement trois blessés légers, des gardes monégasques qui s'étaient reçus des pots de géranium dans la figure, là-bas, dans les cas d'émeute on ne dépierre pas les rues, on ne  lance pas des pavetons, on dégarnit les balcons et on balance des pots de géranium.
    -Chaque pays a ses traditions et elles sont toutes respectables.
    -Sur injonction du Prince Rainier régnant, le vice-prince délégué, l'adjudant Pierrot Bavallo signa l'acte d'émancipation et depuis le bonheur règne là-bas en même temps que la nostalgie monte. Au marché noir le Paris-Match coûte une petite fortune.
    A l'époque tout fut nationalisé, la société des bains de mer aussi bien que les matelas de plage; les night-clubbers, les putes, les plagistes et les milliardaires furent dorénavant nommés en conseil des ministres, l'avortement fut autorisé jusqu'à la quatre-vingt-septiéme année suivant la conception et l'euthanasie dés l'avant-veille. La réglementation fit des progrès fulgurants, aujourd'hui encore vous en pâliriez de jalousie mon cher, la respiration est rationnée, l'asthme ou plutôt les asthmatiques vaincus... Le progrès règne partout quoique la population stagne en bouffant des racines de coromel...
    -De... de Coromel ?
    -C'est une plante indigène, avec une crème brûlée, c'est divin! Malheureusement il n'y a plus de crème, et le feu même est contingenté.
    -Mais comment fait-on ?
    -On bouffe froid.
    -Et c'est ce pays que vous représentez ?
    -Ma foi il me semble, mon cher, que vous souhaitez en représenter un autre qui n'est pas moins fautif et ne montre pas autant de franchise, alors tant qu'à jouer à un jeu de con... 
    -Mais quand même la population ne fait rien contre un tel régime et ce tyran d'Adamsen Pinocevic de sinistre renommée ?
    -Pinocevic n'est point un tyran c'est un démocrate transgressif.
    -Pardon ?
    -Ils sont allés plus loin que vous et vos collègues, n'en soyez pas jaloux mais c'est un fait, vous êtes d'accord que la transgression est l'un des moteurs du progrès social et que sans vos grands ancêtres transgresseurs de 89 nous serions encore en monarchie autant dire dans les ténèbres et jamais quiconque n'aurait eu l'idée de se déplacer dans un véhicule automobile, s'élever dans les airs ou même inventer la pomme de terre?
    -Sans doute... oui sans doute...
    -Et bien Pinocevic transgresseur de la démocratie n'est simplement qu'une manière de créateur d'avant-garde, un démocrate cubiste si vous voulez, et si parce qu'il pratique la démocratie non-figurative vous l'appelez un tyran, je dis: attention au conformisme petit-bourgeois mon cher.
    J'étais ébranlé, quand même dans n'importe quelle soviet de maternelle française, le seul nom de Pinocevic révulsait les âmes simples de nos institutrices même les moins militantes et faisait lever du pot la jeune garde, ne disait-on pas qu'il avait même osé profaner des stades de foutebôle en y parquant des opposants dans les débuts de son régime militaire .
    -Mais... mais... mais...
    -Vous partez pour l'alpage ?
    -Mais c'est un régime  despotique ?
    -Ce n'est pas n'importe quel régime despotique c'est « le » fameux régime dissocié despotique : une alternance de médiocrité fanatisée et de monstruosité familière, mi-ogre, mi-bon papa, les gens aiment bien ça : qu'on leur tienne la main même si dans le même temps on leur serre les couilles au bleu : « Quand la merde monte dans l'étable la chaleur aussi », c'est l'un des dictons préférés de notre Maréchal Président Trou du cul à vie.
    -Vous voulez dire qu'il existe une réelle solidarité entre...
    -Je veux dire que chacun est le flic de chacun et vice-versa et puis leurs pratiques sociales sont d'une grande... « modernitad », d'ailleurs j'ai abonné le nouveau premier ministre Arrivistos Filandrosos, un technocrate d'origine indubitablement grecque, un peu dans vos tailles d'ailleurs, à votre estimé bulletin du Cercons, il en fait son miel croyez-moi, tenez, il y a peu, à la télévision, sur la Una j'ai assisté à ce qu'ils appellent une exécution sociale thérapeutique, le grand succès d'audience du samedi soir, le condamné, pardon le sociopathe récurrent, n'est plus exécuté au petit matin mais à la fin du journal télévisé, un travailleur social, le plus souvent un psychologue-barman souriant et avenant, vient lui proposer de lui parler de sa petite enfance, et à la fin de l'entretien il lui offre de prendre un Daïquiri Lithique ou de regarder le feuilleton social de la Una...
    -Et alors ?
    -Ils choisissent toujours le Daïquiri fatal...
    -L'alcoolisme sévit donc tellement sur vos îles ?
    -Il sévit moins que les programmes tévévisuels, eux rigoureusement imbuvables.
    -Mais enfin je ne sais pas il y a bien une opposition ?
    -Tout à fait elle est retranchée dans l'extrême centre-est du pays : la Sierra Bogart, de temps en temps quand les récoltes de leur fumette locale la Chuma, baissent ou que les prix du marché chutent ils tendent quelques embuscades aux milices gouvernementales ou mènent quelques actions d'éclats au accents viriles de leur chant de combat, le fameux : « Mi rompa los bonbones ! » Mais très vite il y a des négociations, discussions, création de sous-commission, rapport d'étape, parce-qu'ils ont  braisé tout vivants quelques technocrates ils s'estiment encore des hommes et on leur vote en retour des subventions et des droits à prîme et ils se réunissent tous en cercle pour entonner le « Vamos a ganar » c'est l'hymne national un Te Deum d'Artistico y Gomez sur lequel on a calé des paroles esotérico-foutebolisantes.  
    -Et Dona Chupita Bonita y Gomez ?
    -Elle est l'âme de la révolution anti-révolutionnaire... calculez pas ça chiffre tout de suite là-bas.
    -Et vous ne craignez pas que l'on sache qu'elle est réfugiée chez vous ?
    -Mais tout le monde est au courant, notre Maréchal Président pot de chambre à vie lui fait verser une pension de Chef de Bureau Honoraire de l'Agence Révolutionnaire pour l'Emploi, il fait suivre son courrier ici et il paye même sa carte naranja tres zonas quand elle retourne au pays pour y mener des actions clandestines, et quand elle lui téléphone d'ici il accepte tous ses PCV. Il adore quand elle l'insulte.
    -Elle paraît d'une nature paisible pourtant ?
    -Vous plaisantez. Tenez pas plus tard que la semaine dernière quand il a fait passer sa loi sur la consommation autorisée de viande de nonne pendant les périodes de congés payés afin de permettre de mieux reconstituer les forces du prolétariat utile, eh bien que croyez-vous qu'elle fit : elle a confectionné une bombe très étonnante avec des boulons de 12, du permanganate azoté et plein de bonnes choses trouvées dans mon garage, une vieille recette de passionaria, qu'elle a faite bouillir trente-six heures à feu doux et adressée en recommandé au palais présidentiel, il y a eu quatre-vingt seize morts au service du courrier, le Président a tenu à la féliciter par téléphone et à lui annoncer lui-même le strike vainqueur. Elle l'a traité de burrito, d'encoulado, de couardito, de morvito et même... d'empéchado, la pire des insultes pour eux, mais et c'est bien là la preuve de son humilité foncière elle a reconnu que cela n'avait pas été si difficile étant donné qu'ils étaient en sureffectifs flagrants dans les services postaux de la présidence comme partout là-bas dans l'administraçion révolutionnaire. N'est-ce pas que cette modestie est admirable ? 
    -Mais... mais ... ils sont donc tous fous là-bas... et d'abord  qu'est-ce que c'est  que cet Adamsen Pinocevic ?
    -Le taulier... ah c'est une nature le fils Pinocevic, le papa avait fait fortune dans le sanitaire de couleur pour la classe moyenne métis, un très brave homme d'ailleurs, le fiston est devenu marxiste à Portofino, sa Porsche a eu une panne, il est tombé sur un agent de la marque indélicat, et c'est comme ça qu'il a perdu la foi dans les valeurs de l'occident soit pour l'essentiel le service après-vente, il est rentré chez lui, il a pris le pouvoir et il a nationalisé toutes les concessions autos mais depuis quelques années il s'est converti au libéralisme, la grâce lui est tombé dessus au milieu d'une réunion Tuppervouaire...
    -Qu'est-ce que vous racontez là ?
    -Oui le premier ministre uruguayen organisait des réunions Tuppervouaire dans les années 90 lors des sommets internationaux. Un moyen de se faire un peu de gratte.
    Aussi sec il est devenu représentant Tuppervouaire exclusif pour las Bravados y Perditas et depuis tout le monde là-bas organise des réunions et s'y repasse des boîtes alimentaires alors que personne n'a plus rien à y mettre dedans.
    Signe qu'il a recouvré la foi il m'a même autorisé à ouvrir une concession Ferrari à La Bravade.
    -Ferrari ? Il est rancunier. Et cela marche ?
    -Je n'ai qu'un client mais un gros, vous devinez lequel.
    -Quel imbécile !
    -Oh non ce n'est pas un imbécile, plutôt un mélange de politicard démagogue et rural genre troisième république, de psychopathe bavard et emmerdatoire, de branleur marxisto-freudien et de chanteur de charme entraînant. Je vous le présenterai, c'est toujours une rencontre... nourrissante et il se peut montrer un fort joyeux compagnon quand il le veut bien.
    -Et vous vous flattez de son amitié ?
    -Concedo...Il faut vous dire que j'étais dans la Porsche sus-mentionnée quand elle est tombée en panne, il m'avait pris en stop alors que j'avais la police italienne au train, on a tenu trois jours retranchés dans la concession Porsche, au matin du quatrième jour on a forcé le destin et réussi une sortie en Vespa 400 Abarth.  Forcément cela crée des liens.
    Mais je n'écoutais plus ce qu'il me disait, je cherchais une explication, la plus rationnelle possible.
    -La Vespa ? Oui... oui sans doute c'est très amusant, moi mâme j'en ai une à Paris... mais quand même j'essaie de comprendre... ou alors c'est la drogue cette Fuma Chuma qui rend fou et tient tout l'édifice ?
    -L'édifice mon vieux il y a beau temps qu'il est par terre et que chacun vient y ramasser des pierres ou un bout de tôle pour aménager son terrier... quant à la Fuma Chuma elle a surtout des qualités aphrodisiaques.
    -Elle se fume comme le cannabis ?
    -Non, elle, elle se fume par tous les trous aussi bien en suppositoires que par les oreilles ou dans les trous de nez, il suffit voyez-vous d'en rouler une feuille très serrée de se la caler dans l'un des orifices sus-mentionnés, d'y mettre le feu et la fumigation vous envahit. Pour quoi il est conseillé aux plus assidus qui en arrivent à se calfeutrer tous les trous, pour s'éviter les courants d'air dans le cerveau, de ne jamais s'asseoir non plus que de s'endormir pendant « una fumita ».
    <o:p> </o:p>Le téléphone sonna, et oui il sonnait encore ici, quel bonheur  que de retrouver dans un livre de telles clarines provinciales annonçant que papa sera en retard pour le dîner et que belle-maman l'attende pas ou que le monsieur du garage dit que la traction avant est réparée.
    Walter Chéchignac décrocha et commença une conversation en espagnol à laquelle je ne comprenais rien, ayant fait Deutsch fur Unter Menschen en première ligne... je veux dire en seconde langue.
    J'allais jusqu'à la fenêtre afin de contempler les vastitudes océaniques et me goberger de pensées dans les tons. Il y avait une fort belle longue-vue de marine en cuivre astiquée, postée à demeure devant la fenêtre.
    Le soir venait, démesuré, flatteur, et les pêcheurs de moules rentraient bredouilles de la chasse aux crevettes, au fond de moi je ne pouvais m'empêcher de penser :
    « Quand même quel pays aux traditions attachantes et qui en même temps ne craignait ni ne réfutait la « modernitad », je veux dire la modernitude ! Après tout ce devait être fortement énergétique la viande de nonne, pourquoi ne pas en servir dans les cantines scolaires ? Il faudra que je demande au Cercons la réunion d'une commission d'experts sur le sujet.»
    Après cette bonne résolution et quelques autres réflexions assorties, je mis l'œil à la lunette d'approche et observait la vie des quais.
    A l'autre bout du port sur le quai des Brunes une fumée noirâtre montait comme d'un caboteur forceur de blocus... oui sur le Quai des Brunes ma permanence brûlait... (à suivre...)
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  • 12.
    Du progrès sexuel et tout ce genre de choses.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>La vie s'organisait chez Dartemont Sœurs, selon les pires prévisions de Walter Chéchignac et à mon grand amusement, ces dames avaient décidé de mettre en place une manière de tour de rôle à fins de s'initier aux finesses du métier sous la bienveillante et paternelle autorité du Chef ‘von le Gueuzec, la fin de semaine les voyait s'activer concurremment au milieu de leur descendance et ce n'était pas toujours le moins réjouissant tant elles montraient des caractères opposés et secrètement complices.
    Dartemont-Belcourt avait pour elle sa vitalité entraînante, des goûts anarchistes et une ingénuité aristocratique et lumineuse que Walter Chéchignac, lui avait tout de suite comptée pour de la grâce.
    Elle ne se séparait jamais de ses garçons qu'elle appelait « mes Louis », parce qu'ils étaient tout son or et portait chacun un prénom commençant par Louis : Louis-Hubert, Louis-François, Louis-Edmond, Louis-Germain et Louis-Jacques, comme les quatre mousquetaires ils étaient cinq et turbulaient comme douze, quand on les croisait on avait toujours l'impression qu'ils venaient de brancher un voisin ou de prendre quelque cousin conspirateur en croupe tant ils fomentaient de bruits et d'agitation.
    Elle aimait ça de faire des mômes avec son gilet de laine qui montrait donc de l'astuce et de l'application ailleurs que dans ses expériences de chimie amusante.
    A noter que Walter Chéchignac bégayait comme un puceau en sa présence, il n'était pas difficile de deviner qu'elle lui faisait grosse impression, pour ma part je m'imaginais mal me consumer d'amour et de désir pour une mère de famille multi- récidiviste et trentenaire, je l'avais plaisanté une fois là-dessus, il me répondit avec douleur:
    -Vous pratiquez les filles c'est entendu, mon petit vieux, mais êtes-vous bien sûr d'aimer la femme.
    -Bien je crois oui. Dans tout les cas je ne suis pas attiré par les garçons si c'est ce que vous voulez dire.
    -Fille ou garçon, cette engeance tutoyante, sincère comme le mouton et asexuée m'indiffère de plus en plus. Je vous parle de la femme de haut-bord pas de vos vide-couilles de port... ou de bureau. Je vous parle de la vraie femme, la seule, celle qui sacre et exauce un destin, pourquoi j'ai le plus grand  respect pour les putes à julots et les épouses et mères.
    -Cela n'a pas toujours été le cas.
    -Pour se persuader de la force du feu il faut s'y être brûlé la main.
    -Et... et le progrès sexuel... et l'égalité des sexes vous vous en fichez bien.
    -Je vous l'ai dit c'est là une toute autre discipline où l'on ne traite pas d'égal à égal mais de puissance à puissance.
    -Et son destin à elle ?
    -Mais mon cher, la femme n'a d'autre destin que de nous dispenser d'avoir à exister. Bonne lunaison La Gaspèrine.
    Et il s'éloigna au pas de son père.
    On comprendra que par la suite, et en partie par superstition, j'évitais le sujet.
    <o:p> </o:p>Dartemont-Chambeulac, quant à elle, usait avec son époux de l'ustensile commode d'un conformisme bourgeois, prétentiard, contemporain et portable, sans doute avait-elle aussi moins d'instinct que sa sœur, même si elle paraissait plus salope sinon mieux exercée. Elle avait deux filles jumelles d'une quinzaine d'années qui étaient déjà deux estimées petites garces.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Par curiosité j'avais volontiers accompagné le Chef ‘von le Gueuzec quelques fois dans ses enquêtes mais ce jour-là, un samedi donc, ils nous avait conduit dans sa camionnette de fonction jusqu'au marché de La Ponche. Là, j'avais commencé de distribuer des tracts aidé en ce par Marie Berthalot qui tenait ma permanence inaugurée de peu du Quai des Brunes, une ancienne poissonnerie qui avait conservé toute son haleine et que j'évitais donc le plus que je pouvais.
    Avec nous il y avait aussi son mari La Rincée, le gros pue de la gueule de l'autre fois qui était sensé nous apporter un soutien défensif mais se borna très vite à aller poser ses fesses à la terrasse du Bar Tabac du Marché et à se foutre de moi en buvant force anis.  
    Il faut avouer que je n'étais pas trop convaincant en militant de base et alors que la Berthalot plaçait ses dépliants sans demander leur consentement aux passants, elle en fourrait dans les cabas, les sacs, les poussettes et jusque dans la bouche d'un retraité des services publics qui voulait apporter la contradiction :
    -On en discutera plus tard quand tu l'auras bien chié pépère ! 
    Je n'osais, quant à moi, trop balancer mon programme, je crois bien que j'avais honte.
    -Bon, bien j'ai une petite affaire à régler, je viendrais vous reprendre à la fin du marché. Vint nous avertir le Chef ‘von le Gueuzec.
    Il avait à se rendre à l'hôpital de La Ponche pour y rencontrer l'un de ses amis, le grand médecin légiste parisien Maurice Maurin-Pointard en charge d'autopsier le corps de la femme retrouvée dans le piano de Mademoiselle Br... La famille de Van Der Meuh se méfiait de la justice français aussi avait-elle confié la charge d'une enquête circonstanciée à Dartemont Sœurs.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Le chef ‘von le Gueuzec arriva à l'hôpital juste pour le dessert et quelle ne fut pas sa surprise en voyant dans  la salle d'anatomie les deux filles de Dartemont-Chambeulac qui contemplait le spectacle en mangeant à deux une glace à une boule (Hulme de Chambeulac comme tout bon bourgeois parisien présentait tous les signes d'une avarice chronique  infectées de solides principes éducatifs) et en passant les instruments à l'officiant.
    -Salut Maurice qu'est-ce qu'elles font là les gamines ?
    -C'est ton patron qui est passé tout à l'heure...
    -Mon patron ?
    -Ouais une grande couenne... l'air couenne... qui dit des couenneries...
    -Ah je vois oui.
    -Il m'a dit qu'il avait préféré se déplacer en personne plutôt que d'envoyer un subordonné.
    Il a tenu trois minutes après il a gerbé son petit déjeuner et il est allé prendre un café aux lavatories.
    -Et les gamines ?
    -Il me les a confiées...
    -Quand même tu trouves ça décent ?
    -Laisse elles apprennent la vie, elles sont en âge.
    -Non je veux dire de les obliger à se partager une glace. Je vais aller leur en chercher deux autres... Et le type avec le blazer et la casquette là-bas dans le coin ? Qu'est-ce qu'il a il est puni ?
    -Lui c'est le mari... belle femme... une américaine... plus toute jeune... mais avec du pognon...
    -Tu vois ça à l'état des boyaux ?
    -Pauv'con, je vois ça au yacht bleu dans l'avant-port, c'est à eux, enfin c'était à elle... léger diabète, trois... non quatre liftings, lippo-succions, curetages...  On compte p'us, rapport sexuel dans les six heures avant l'immersion... l'eau de mer c'est détersif mais j'ai encore bon oeil... 
    -Sexuel ! Se marraient les gamines.
    Hulme de Chambeulac passa la tête dans la porte, il était mieux assuré :
    -Ah ça va mieux, bonjour Fonne Le Gueuzec (Il prononçait à l'allemande).
    Il souffla sur son café, regarda la table de dissection où le Maurice mettait au jour un foie corrodé par le whisky et dévidait les intestins, on aurait dit qu'il préparait le cochon après l'avoir égorgé, Hulme de Chambeulac repartit en courant vers les lavatories.
    -Béance anale...
    -Anal... sluuurp ! Reprenaient les gamines sans lâcher le cornet.
    -... le pot n'était pas tout neuf, la grosse révision des 60 berges avait  été effectué récemment, marques d'électrode,  pas mal de jeu dans la direction, tendance à la dépression endogène, goût pour les opiacés, et grosse consommation de cocaïne...
    -C'est toujours le problème avec les ricaines la conso... et la tenue de route fit remarquer avant de s'éclipser, le Chef ‘von le Gueuzec, qui s'y connaissait en américaines. 
    <o:p> </o:p>Il revint avec des glaces pour tout le monde, c'était une nature généreuse, il y en avait même pour le veuf, déguisé en armateur à boutons dorés et Rolex en or massif, qui déserta enfin son coin.
    Tableau étonnant que de voir tout ces vivants léchant, touristes et badauds, leur cornet de fraise au dessus du cadavre déroulée, ouvert, préparé, paré, mariné et sans doute assassiné de cette pauvre femme.
    Le mari ramassa quelques centimètres de boyaux qui était tombé à terre, en s'apitoyant... presque:
    -Ah c'est sûr là elle marque pas trop bien...
    Il balançait les bouts de barbaque n'importe où en faisant floc ! floc ! et en s'essuyant les mains à son blazer:
    -... mais vous l'auriez connue il y a cinq ans elle avait encore de l'allure et du chien.
    -Vous... vous n'êtes pas citoyen américain ? S'étonna le... slurp... Chef ‘von le Gueuzec.
    -Béh non... Je suis de Marseille, de la Belle de Mai... là qu'on s'est connu sur La Canebière, elle relâchait, elle cherchait des matelots, son plat préférée, une luronne et même avec l'âge ça lui était pas passée... slurp... fallait voir à assurer avec Méméne... je l'appelais comme ça... sur la fin elle voulait que je l'appelle mum', son vrai nom c'était Susan Scrotom, il lui fallait de la bite sans quoi elle vous débarquait aussi sec... slurp... ‘ai tenu cinq ans mais sur la fin j'y allais sans respirer et sans trop regarder.
    -De la bite ... slurp... pouffèrent les gamines le nez dans la fraise!
    -Vous n'étiez donc pas... slurp... mariés ?
    -Ah j'aurais bien voulu, au moins pour la retraite, mais pas folle la guêpe... il faut dire que des maris elle en avait eu cinq
    -Et c'est comme ça qu'elle avait fait fortune, dans le veuvage à succursales multiples ?
    -Sûr elle épousait rien à moins de 50 millions de dollars.  D'ailleurs le dernier, le père Scrotom avait fait fortune avec The Real French Strawberry Mustard, la moutarde à la fraise j'invente pas, il est encore su' le bateau, en cale dans le congélo où il stockait ses échantillons de moutarde, il est mort à Port-Saïd, il y a quinze jours, il voulait être enterré en Normandie où il avait débarqué dans les années... cinquante... par là je crois, alors on remontait doucement, mais si vous croyez que de savoir son défunt en dessous, ça l'empêchait de baiser...  ah la... slurp...'alope !
    -La salope hi hi...
    -Bon ben monsieur le commissaire je peux y aller maintenant ?
    -Je ne suis pas commissaire mais je pense que les collègues... slurp... enfin la gendarmerie va vouloir vous interroger. Ils sont pas encore passés Maurice ?
    -Je les attends pour onze heures, je me suis dit que comme ça t'aurais le temps de faire le tour et de prendre des notes... slurp... Tiens je te passe mon rapport.
    -Merci Maurice, on se voit à ton hôtel ce soir ?
    -Avec plaisir. J'en ai des nouvelles à te raconter.
    -Je te présenterai une dame très bien... une veuve... slurp... une comme tu les aimes. Bon vous venez mesdemoiselles.
    En quittant la pièce, les demoiselles Dartemont se débrouillèrent pour soupeser les couilles du gigolo sans doute pour parfaire leurs leçons d'anatomie et en regrettant à voix haute que la viande sur pied fut si chère en cette saison.
    Il leur glissa son tarif collectivité et une main au train, une pour chacune, c'était lui aussi une nature généreuse. (à suivre ...)
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