• Walter Chechignac 23/2 par H.T.Fumiganza

    Dans le carré nous entourions Walter qui se préparait à donner ses ordres quand les proprios l'investirent, d'après ce que je comprenais de leur mauvais anglais ils voulaient présenter à Monsieur le Consul deux de leurs cousins .
    Qu'elle ne fut pas ma surprise en voyant s'avancer le couple Berthalot.
    -Tiens Marie ! Je ne savais pas que vous étiez de la famille. Lui dit Chéchignac en se cornant la moustache du pouce et de l'index.
    Marie Bertalot sourit, gênée. Elle avait fait des frais, s'était rasée partout et portait une robe décolletée sinon tout à fait parisienne, au moins très chef-lieu. Même La Rincée son abominable gras du bulbe était en habit de soirée et il y tenait presqu'en entier, il n'y avait qu'un peu de son imbécillité qui en débordait.
    Le Chef ‘von le Gueuzec délaissa les amuse-gueules pour faire les présentations nécessaires à la bonne compréhension de l'affaire.
    -Eh oui notre petite Marie est de la famille. Mrs Susan Scrotom était née Martine Suzanne Georgette Idraille mon petit Valter, la parenté ne m'est pas apparue tout de suite parce que la chére Suzie avait eu cinq maris d'où un état-civil compliqué et passablement trafiqué, c'est en  consultant les archives du Conchois Libéré, je suis tombé sur l'inauguration du monument au grand homme de la famille, le fameux Marsalin Bertalot, chimiste né à La Conche qui découvrit la salinité de l'eau de mer en noyant malencontreusement son Ricard avec l'eau des moules et dont notre bonne ville a  borné la mémoire en lui érigeant uns statue en Novembre 1953... tiens voilà la coupure...
    Walter Chéchignac prit l'article de presse que lui tendait le Chef ‘von le Gueuzec et retira ses lunettes noires :
    -... sur la photo tu reconnais parmi les descendants présents deux mignonnes gamines de cinq ans, deux cousines, l'une est notre petite Marie, Marie Bertalot, l'autre et la chére Martine Idraille,  elles ont plutôt l'air de bien s'entendre là-dessus...
    -On était toute miôchettes. On s'entendait bien c'est sûr. La Marie Bertalot était bien décidée à faire face.
    -Alors pourquoi l'avoir assassiné ? Retentit le Chef ‘von le Gueuzec qui ayant l'affaire à sa main,  multipliait les effets odéonesques. Voilà comment je vois les choses... 
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>L'ex-gendarme monté voyant les choses dans le détail il me semble préférable d'en publier un résumé à l'usage des abonnés de la ligne. Au départ de tout il y a cette croisière musicale sur le Nil à laquelle participe le quartet Van Der Meuh, le ténor Décato Vafanculi et la grande Margrath Coucourbitowa.
    L'américain décéde donc, naturellement ou pas? Toutes les hypothèses restent ouvertes, aussi bien l'empoisonnement que l'excès de musique de chambre. Sa veuve met le corps en cale, au frais et suivant les dernières volontés du défunt décide d'aller l'enterrer en Normandie prés de ses anciens compagnons d'arme, au passage elle s'arrête à La Conche comme ils avaient l'habitude de le faire quand ils faisaient le pèlerinage annuel de l'américain sur les lieux de sa jeunesse débarquée.
    Suzanne va visiter sa famille, enfin ce qu'il en reste soit sa cousine Marie. Elle lui apprend son veuvage, elle est seule, elle a de l'argent à n'en plus pouvoir et elle a décidé pour s'éviter le ridicule d'un sixième mariage avec un type de vingt-cinq ans d'adopter son gigolpince marseillais qui l'appelle déjà maman dans l'intimité.
    Notre Marie Bertalot qui avait toujours guigné un petit quelque chose au moment de l'héritage réalise alors devant la toile cirée  qu'elle n'obtiendra rien puisque fils il y aura. L'occasion est trop belle avec son bonhomme ils noient, à la fortune du pot, si j'ose dire, la cousine d'Amérique dans leur marais salant...
    Dans le même temps mon impeccable mécanique intellectuelle se mettait en marche avec quelques grincements  sans doute dus au sable et à l'air marin mais je me rattrapais bien vite :
    -Gadlu mais c'est bien sûr ! L'épouvantail dans le marais salant, le... le soir de mon arrivée à La Conche ! M'illuminais-je pour l'encourager dans sa distillation intellectuelle.
    -Un épouvantail dans un marais salant cela ne vous a pas étonné ! Ironisa le chef ‘von le Gueuzec.
    Je poursuis donc ma traduction simultanée du gendarme au français: or donc après la clôture des festivités en mon honneur, ils reviennent chez eux, dessalent la noyée et reprennent la route avec le cadavre et là le coup de malchance, ils rencontrent les musiciens en bord de route qui sont en panne, ils ont voyagé avec l'américaine, il se passe quelque chose, un incident...
    La Rincée nous éclaire sans se faire prier:
    -C'est pas ma faute... ce con de belge qui a ouvert mon coffre pour voir si j'avais un cric, tout ce qu'il a vu c'est le cadavre de la  vieille et...
    -Ta gueule on t'a dit cornard! Lui intime sa moitié mieux renseignée que lui à tous points de vue, pénaux et conjugaux.
    Bref  les imprévus s'enchaînant, La Rincée va donner alors toute sa mesure, si j'ose dire, en exterminant son premier quintette à vent. Mademoiselle Br... elle, grâce à sa formation classique de commando échappe au massacre avec l'intention évidente de faire chanter le couple d'homicidaire du dimanche. Ce qu'elle va faire adroitement en leur lançant dans les jambes le petit gigolo marseillais. Et c'est à ce moment qu'entre en scène Letroncheur, La Rincée qui est son ancien chauffeur et travaille toujours à la mairie va se confier à lui un soir de vin d'honneur, une vrai confession républicaine.
    -Il faut toujours qu'y cause de trop ce con-là ! Nous précise la Marie Bertalot.
    -Ta manie aussi de me faire buter le monde ça me travaillait du dedans... ‘fallait que ça sorte, j'avais pensé... j'aurai bien-t-été à la tévé pou' me raconter mais fallait monter à Paris et puis un soir j'ai croisé not' maître et j'uis ai tout sorti comme ça !
    -Il faut dire que notre ami sur sa lancée, venait d'égorger le possible héritier. C'est donc sur le conseil et avec la bénédiction du révérend-frére Letroncheur que notre ami a déposé le cadavre du gigolo dans la chambre de monsieur La Gaspérine.
    -Afin de compromettre un concurrent dangereux ? M'enquiers-je avec un peu d'orgueil électorale retrouvée.
    -Je crois plutôt que c'est son côté farceur qui a pris le dessus, ‘voir comment vous vous dépatouillerez de ça. Ce que notre petite Marie n'avait pas prévu c'était la paire de rombiers, la seule famille du mari et déterré par quelque avoué new-yorkais trop zélé et les voilà qui rappliquent... après un moment d'abattement notre petite Marie ne peut s'empêcher de penser qu'il ne lui reste plus qu'une marche à gravir et c'est le pactole aussi si je peux me permettre une question indiscrète : où et quand aviez-vous prévu de les mettre en l'air...
    -Je... je causerai qu'en présence de mon avocat votre honneur... articule péniblement l'homme des bois qui regarde trop la tévé .
    -Toi ta gueule crétin ! Réplique fièrement la Marie Berthalot bien meilleure dialecticienne, c'est h'une ancienne cadre du parti (sans laisser d'adresse) communisse. ‘Faudrait encore voir à le prouver tout vot' beau roman !
    Walter Chéchignac prend avec un grand naturel la relève du chef ‘von le Gueuzec exténué comme un vendeur d'aspirateur à crédit après une démonstration en nature:
    -Le prouver pour quoi ? Pour qui ? Nous ne sommes pas des flics ou des journaleux ma petite Marie, non plus que Jupiter punissant, nous ne jugeons ni condamnons tout cela ne regarde que votre conscience, le seul coupable que je recherche depuis le début c'est le criminel qui a fait sauter mes vouatéres, celui-là si je le tiens, il a commis l'irréparable, s'attaquer à des chiottes c'est s'en prendre à... la base... au fondement mâme de notre civilisation occidentale ... le chef ‘von le Gueuzec vous a innocenté de cet abominable forfait, fort bien, pour le reste, ma chére enfant, sachez que je m'en bats le poulpiot... malgré tout je ne saurais trop vous conseiller en bonne amitié d'arrêter là votre série, c'est aussi le diplomate qui vous parle, ma petite Marie, aussi je vous le  demande pour la bonne tenue des relations bravado-américaines...
    Et plus bas à l'oreille de la Bertalot
    -... sans compter que les deux vioques sont vioques n'ont pas de mômes et qu'ils clancheront bien un jour... et s'ils s'éternisent un peu trop je vous donnerai des adresses d‘artisan tueur qui ont encore l'amour du métier. 
    Ayant surpris l'aparté, le chef ‘von le Gueuzec s'emporta :
    -Alors là vrai, je ne te comprends pas, il y a quand même tes amis musiciens, mon petit Valter, il me semble que cela vaut un peu mieux que ça ! Tes préceptes chrétiens : on ne juge pas et on pardonne c'est bien commode je te leur en foutrais moi, je suis libre penseur, ce serait un peu facile, à ce tarif tout le monde pourrait étrangler sa brignole sans risquer d'embarras gastrique !
    <o:p> </o:p>   Il aurait bien voulu lui que ça tombe un peu quand même, ‘pas les motifs qui manquaient : noyation de quintette, assassinage de citoyenne américaine, recélement de piano de concert sans autorisation préfectorale, récidivure d'élégie nocturne, égorgeaison de gigolo en dehors des dates d'ouverture  et défaut de disque de stationnement sur une zone de livraison .
    -Oui sans doute n'avez-vous pas tout à fait tort chef, mais enfin ne dramatisons pas... je vous rappelle que ce n'était que des  musiciens... pire des interprètes !... vous n'imaginez pas ce qu'ils ont pu faire à ce pauvre Shubert !
    -Votre Choubert je l'emmerde ! ‘connais même pas, c'est h'une question de principes c'est tout !
    Maintenant le Chef ‘von le Gueuzec boudait, ah pour une soirée réussie, c'était une soirée réussie.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Ces problèmes administratifs réglés à la satisfaction des uns et à la désapprobation de l'autre, la question du cadavre homicidaire demeurait, il fallait s'en débarrasser et sans se salir les mains encore ni compromettre notre santé, nous interrogeâmes le couple de proprios, la cérémonie était pour l'après-midi du lendemain au cimetière américain de La Ponche sur mer.
    -Si encore il était hindouiste, on ferait un chouette feu de bois sur la plage et on chanterait des chants scouts et fffflllt ! ‘Sûr qu'il était pas un peu hindou le moutardier ? Voulez-vous traduire mon petit.
    Le petit-fils Manganec s'étonna :
    -Quand même pour un diplomate, vous ne parlez pas même un peu d'anglais.
    -Aucune langue étrangère. Je ne pratique que le Gallosylvien  et le Merlotin que papa a réintroduit dans les années et quelques...
    -Le gallosylvien ?
    -Une maniére de gaulois des bois, je parle aussi le latin classique et le Grandgaullard, le français éternel quoi... demandez lui don' aussi dans quelle arme servait son petit cousin pendant la guerre ?
    -Marines corps, je semble croit-eux. Rendit compte le polyglotte.
    -Ah ça ! Ah tiens don'. Dîtes-moi chére petite ma'âme et si nous allions relever quelques casiers .
    -What ? Casi ?
    -Tipically brittany'customs.
    -Vous oubliez mon cher Valter les recommandations de votre papa.
    -Loin de les oublier elles me fortifient au contraire dans ma résolution de prendre la mer et de rendre à notre libérateur les honneurs maritimes que nous lui devons mon petit La Gaspèrine.
    <o:p> </o:p>Cédant au caprice consulaire, les ordres sont donnés d'appareiller dans les meilleurs délais.
    Et à trois heures du matin nous quittons le port de La Diguedondac'h, serré de prés par La Détestation, armée en guerre.
    Je ne peux m'empêcher de me demander avec quelque inquiétude si ce cher Walter ne chercherait pas une victoire navale à bon compte sur les américains?
      
    *
    <o:p> </o:p>Je m'étais endormi sur un anglaise bourrée et même dans une anglaise bourrée qui m'avait invitée dans sa cabine et qui tout soudain  se met à croire à la résurrection du beefsteak et tout ce genre de choses, et de m'encourager à la posséder plus avant, mais outre que je suis au dernier cran de ma gaule télescopique, force m'est de reconnaître que ce ne sont point mes appétits qui se sont réveillés mais bien plutôt la mer qui nous remue et avec quelle force tutoyante et ... pénétrante.
    C'est bien simple il y a presque un demi-mètre d'eau dans notre nid d'amour.
     
    Je me retire avec le flegme du gentleman britannique qui se rend compte au petit matin de ses noces, God Damned ! que c'est une femme qu'il a épousée.
    -Sorry miss.
    Je parvins en titubant jusqu'au pont où Walter Chéchignac et le Chef ‘von le Gueuzec disputent une ultime main de Bertille.
    -Ma Ford GT 40 !
    -Le souvenir de mes femmes !
    Dire s'ils jouent gros jeu.
    -Messieurs je crois bien que nous coulons.
    -Il semble oui.
    -Tout le problème de ces rafiots ritals, c'est parfait pour se bronzer la couenne  mais ça vaut rien devant la vague.
    Et ils se marrent, nous sommes en plein naufrage et eux rigolent.
    Alors je comprends... je comprends que ces salauds-là ont sabordé le yacht !
    -Mais c'est de la piraterie pure ! M'exclamai-je. Mais sans grand retentissement sur les consciences car la tempête montre sur le point de la conversation une toute autre éloquence que moi-mâme.
    Je regarde autour de nous entre deux paquets de mer envoyés franco de port.
    -Mais... il n'y a plus personne...
    J'imagine avec effroi qu'ils ont dû passer tous les jet-seters à la planche : 
    -Où... où sont-ils tous passés ? Qu'en... qu'en... qu'en avez-vous fait ?
    -Bi britiche mon vieux ils sont à bord de La Détestation on a pas voulu vous déranger pendant que vous tiriez votre coup mon cher. A propos si vous en avez terminé il serait peut-être temps de faire monter votre petite fiancée, enfin c'est à vous de voir... vous avez encore gagné chef...
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Nous nous éloignons à force de rames en regardant le beau yacht bleu qui coule avec une certaine tenue, la tempête s'est un peu calmée mais la mer est encore bien remuante, soudain j'aperçois quelque chose, une présence humaine, mais oui, quelqu'un nous fait des signes depuis le bateau en perdition :
    -Mais... mais regardez don' bon sang de bois il y a encore un homme à bord !
    -Ah merde y va falloir qu'on s'en retourne ! S'exclame le Chef ‘von le Gueuzec en ajustant ses jumelles de cavalerie... oh mais non... mais c'est le petit sous-préfet !
    -Vous m'avez fait peur La Gaspérine. Me réprimande gentiment le cher Walter en tirant un peu plus fort sur les gaffes.
    -Mais comment ... mais on ne fait rien... Walter enfin quoi !
    -Pas le temps, j'ai un apéritif dansant à La Conche pour midi.
    Le Chef ‘von le Gueuzec me rassure :
    -Ne vous tourmentez pas monsieur La Gaspérine c'est un petit trou du cul, il m'a sucré deux fois mon permis. ‘va la race est féconde, ce ne sont pas les vocations de flics qui manquent ... et puis peut-être est-il bon nageur !
    Les journaux du lendemain nous apprirent qu'il ne l'était point.
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