• Walter Chéchignac 16 par H.T.Fumiganza

    16.
    Une étape de plaine.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Elle me faisait toujours autant d'effet la pianiste, b... andante et déprédatrice, sombre aussi et décidée, ah ça très décidée, un peu trop même à mon goût, comme je n'obtempérais pas assez vite, elle me poussa sur le lit et je mettais les fesses de mon pyjama mouillé dans la tâche de sang frais qui peu à peu envenimait le couvre-lit blanc, maman n'allait pas être contente, les affaires d'école c'était sacré pour elle.
    -Qu'avez-vous fait de Thursten ?
    -Euuuuuuuh ! Répondis-je aussi sec.
    J'avais beau me concentrer et la vue du désuet mais affûté rasoir à manche qu'elle tenait à la main ne m'aidait pas dans l'exercice, je ne me souvenais pas d'avoir rangé de Thursten dernièrement.
    -Quel Thursten ? Biaisais-je.
    -L'homme qui était sur le yatte ?
    -Quel yatte ?... ah oui vous voulez dire le yotte... votre... accompagnatri... teur donc ?
    -Ne faîtes pas l'idiot !
    Elle s'approcha un peu plus, je soupesais mes chances, qui venaient de me remonter sous les aisselles, sans doute était-elle suffisamment exercée pour me saigner aussi vite que l'athlétique gigolo, j'abdiquais :
    -C'est pas moi, madame...
    -Mademoiselle !
    -Pardon Mademoiselle, c'est Valter qu'a tout fait... c'est lui  qui l'a attrapé...
    Je reniflais aussi un peu.
    -Vous voulez dire ce salaud de Chéchignac ?
    -C'est cela mâme.
    -Conduisez-moi à lui.
    Dans l'instant où elle remisait son rasoir dans son sac, je crus voir une ouverture et je bandais mes muscles avant que de bondir et lui sauter tel un fauve à la gorge quand elle s'écarta très vite et j'allais percuter de la crinière le radiateur en fonte.
    Maintenant elle avait sorti de sa pochette à malices un pistolet 9 mm para  et me tenait en joue en souriant. 
    -Relevez-vous vous êtes ridicule !
    -Bien Mademoiselle.
    -Et puis mettez un imperméable vous n'allez pas sortir comme ça ! Et puis vous fermerez la porte derrière vous ! Et puis ne traînez pas j'ai encore de la route.
    Elle savait se faire obéir, aussi j'obéissais, c'était étrange mais malgré le grand péril où j'étais cela ne me déplaisait pas de lui obéir.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>La maison du Druide paraissait comme abandonnée, bien entendu je m'en voulais d'avoir dénoncé mon petit camarade, mais malgré tout, la nature humaine est ainsi faite, j‘étais presque impatient de connaître la suite, peut-être parce que je n'avais plus de peur à pisser ou parce que je comprenais que dans l'affaire je n'étais point l'objectif principal, tout juste figurais-je en hallebardier de complément. Quand même il semblait que Valter et le Chef ‘von le Gueuzec avaient vu juste en inspectant le yacht bleu et en prenant un otage.
    Elle s'apprêtait à briser un carreau d'un coup de talon aiguille mais je me manifestais :
    -Maîtresse j'ai les clefs si vous voulez .
    -Allez-y !
    Elle me méprisait tout à fait et je n'en prenais que plus de plaisir.
    « Il faudra quand même que j'essaye les petites Chambeulac un de ces jours, notais-je dans mon esprit affairé et délicieusement humilié. »
    Nous entrâmes dans le grand hall démodé mais personne ne vint à nous.
    Où était donc passés Dona Chupita Bonita y Gomez  et le fier Conchito, qui n'était pourtant pas du soir ?
    -Il n'y a pas de domestiques ? Me demanda Mademoiselle Br... ?
    -C'est leur jour de sortie, Maîtresse. Mentais-je
    -Arrêtez de m'appeler Maîtresse !
    -Bien Maîtresse.
    A ce moment le Grand Vate, le père de Walter Chéchignac sortit des chiottes en se rebraguettant, un journal à la main :
    -Tiens salut mon gars, alors la lunaison a été bonne avec une grande bringue comme ça t'as pas dû t'ennuyer.
    C'était sans doute le seul esprit frappeur qui usait encore de tels exercices libératoires, il comprit mon  interrogation et s'expliqua:
    -Comme le gris, le goût des pommes, la nostalgie des chiottes, lire son journal sur la lunette et surtout tirer la chasse à la fin et regarder sa merde qui s'évacue, ça qui me manque le plus de pas pouvoir admirer ma merde, de plus rien chier. Allez salut mon gars et bonne... bandaison. Ah ! Ah ! Ah !
    -Bonsoir monsieur.
    -Qui était-ce ?
    -Le père de Walter Chéchignac. Maîtresse
    -L'engendreur de cette petite ordure ?
    -Tout à fait.
    -Mais je vais le tuer, lui aussi.
    -Vous pouvez pas, maîtresse, vu qu'il est déjà mort.
    Elle ne m'écoutait pas et vida son chargeur vers le Grand Vate, qui s'éloignait son journal à la main en humant les murs, sans autre retentissement que des trous dans le plâtre.
    -Raté ! Maîtresse.
    Décidément elle semblait cultiver quelques préventions et animosités contre le cher Valter pour s'attaquer ainsi et sans sommation à  sa parentèle.
    -Oh vous ça va bien hein !
    Soudain des bruits, comme des cris qui venaient d'en dessous, des sous-sols, nous parvinrent, je n'imaginais que trop bien, le spectacle que l'on risquait de découvrir si l'on s'engageait dans les escaliers :
    -Suivez-moi !... non passez devant plutôt ! Ordonna-t-elle.
    Je tremblais à l'idée de me retrouver dans quelque succursale encore en activité de la rue Lauriston, et puis qu'elle serait sa réaction de soliste quand elle verrait son ami le cher Thursten dans les fers et tenaillé par le Chef ‘von le Gueuzec, que j'imaginais déjà tout à son inspiration.
    Enfin après beaucoup de couloirs et presque autant d'escaliers, à son commandement je poussais une lourde porte en fer et elle entra son pistolet à la main, vrai l'on se serait crû dans l'une de ces dramatiques policières où les dames fonctionnaires toutes récurrentes d'autorité  par souci d'édification et d'éducation équinamiste des foules tévéspectateuses, défouraillent pour un stationnement dans les clous, donnent de grandes baffes aux suspects et se grattent les couilles avec une énergie de sous-brigadier, mais tout en restant féminines bien entendu. 
    Je venais loin derrière mais j'arrivais enfin et détaillais le motif.
    Au milieu d'une cave voûtée et à peu prés gothique, se tenait assis sur une chaise, et solidement attaché le cher Thursten, qui fumait autant qu'un bravadien adepte de la si particulière fumita, mon regard remonta jusqu'aux fils électriques que Dona Chupita Bonita y Gomez appliquaient à certains endroits stratégiques de l'intimité de l'accompagna/teur/trice/teuse/tontaine, intimité complexe et variée, qui mettait à la disposition de ses tortionnaires un plus grand nombre de muqueuses et de points sensibles que la moyenne des tortionnés.
    Le chef ‘von le Gueuzec en fond pédalait sur une manière de home-trainer qui se révéla être une artisanale génératrice d'électricité :
    -Anda ! Anda ! Plus vite il va parlaré ! L'encourageait l'héroïne bravadienne.
    -Plus vite, facile à dire, je voudrais bien vous y voir, je suis pas un grimpeur moi ! Celui-là pour le faire parler il faudrait au moins  du triphasé ! 
    -Les mains en haut ! Gueula Mademoiselle Br... sur un ton suisse-alémaniac qui n'était plus du tout féminin.
    Le cyclo-routier s'arrêta de pédaler, le jeune Thursten de souffrir et presque de fumigéner et Dona Chupita d'encourager.
    -Vous, allez le détacher !
    -Bien maîtresse.
    Je m'exécutais.
    Le pauvre garçon tomba de sa chaise et Mademoiselle Br... d'ordonner :
    -A genoux tous !
    -Euh moi aussi Maîtresse ?
    -A genoux comme les autres trou du cul!
    Elle était très colère, Maîtresse, et maintenant elle n'était plus tellement excitante, vrai dans ces moments on aurait dit un sergent d'active, un va de la gueule de carrière, d'ailleurs vue de prés, elle ne faisait plus tellement jeune, elle était quand même très maquillée .
    Je pouvais témoigner de son esprit de décision, j'en avais eu des preuves récentes et sanglantes et notre avenir se présentait fort mal.
    Le jeune Thursten s'était relevé et lui aussi était très remonté contre le petit personnel du saint office et commençait à tataner sec la figure du Chef ‘von le Gueuzec qui serrait les dents.
    -Tiens bute-les plutôt, ça te défoulera ! Dit-elle en envoyant son pistolet à son ami.
    Mais celui-ci ne parvint pas à l'attraper, il faut dire que l'on a quelque excuse à se montrer maladroit lorsque l'on vient de recevoir une balle dans l'œil droit tirée par l'irremplaçable   Walter Chéchignac, le cher Conchito,lui, qui n'avait décidément pas d'horaires  avait visé l'oreille et n'était parvenu qu'à allumer le plafonnier.
    Mademoiselle Br... à la vue de son ennemi personnel vida sa pochette sur le sol, se baissa, délaissa son poudrier pour attraper son rasoir fétiche et se jeta sur son excellence qui n'évita pas tout à fait la lame, son bras entaillé sanguinolait tant qu'il pouvait et la douleur lui ayant fait lâcher son automatique allemand, il fit face avec à propos et lui décocha un osso-bukitaméhari fulgurant en partie basse et qui exécutée selon les prescriptions du vieux maître d'Okinawa calma considérablement son adversaire, Mademoiselle Br... optant alors pour un repli tactique en se tenant le bas ventre et en marmonnant :
    -Ah l'en'ulé mes ‘ouilles !
    Elle referma la lourde porte avec une force étonnante.
     
    J'aurais du être soulagé mais ce que je venais de vivre me terrifiait plus encore que ma mort prochaine et affichée il y a peu.
    Cet homme si amical et civilisé, ce cher Valter pouvait tuer, assassiné très proprement son prochain. Il y avait là sur le carreau un être humain mort, et rendu ainsi par la faute, et l'autorité, du si sympathique mais tant effrayant Walter Chéchignac.
    -Eh bien vous avez l'air secoué mon cher La Gaspérine !
    -Béh... c'est qu'il est mo...
    Je ne voulais pas le blesser aussi retrouvais-je assez mes esprits pour user devant l'indigène de circonlocutions euphémisantes ainsi que l'on m'avait enseigné à l'Ecole:
    -... il est... il est invivant...
    -Ah ça il me semble oui !
    Il souriait et la colère alors me prit d'autant plus facilement que le danger était passé :
    -Et vous... vous l'avez tué... Lui dis-je sur un ton de reproche... calculé, je l'avais vu brillant à 15 mètres au tir sur travs olympiques, je l'imaginais aussi bien exercé sur fonctionnaires d'élevage.
    -Vous pouvez remercier notre vice-consul qui m'a prévenu à temps  car ils s'apprêtaient à en faire de même avec vous, mais peut-être auriez-vous préféré vous faire administrer par de tels paroissiens ?
    -L'on peut dire que vous arrivez bien mon petit Valter, je ne nous voyais pas beau  avec ces cannibales! Soupira de sa voix de basse, c'est à dire à grand bruit, le Chef ‘von le Gueuzec en se frottant les genoux avant d'aider la chère Dona Chupita à se relever.
    -Ma sciatiqua, Dio que dolore !
    -Je n'imaginais pas qu'une femme pût montrer une telle virulence.
    -Revenez à la réalité mon garçon votre Mademoiselle Br... n'a jamais été demoiselle ! S'exclama le Chef ‘von le Gueuzec.
    L'adroit Valter nous renseigna sur la véritable identité de nos assaillants.
    -Ce sont les fameux Gil et No, quand j'ai vu la pianiste l'autre soir, je me suis dit que je l'avais déjà vue quelque part, il y avait longtemps et ce n'est que cette nuit en feuilletant des vieux programmes de monsieur mon père que j'ai compris, regardez plutôt :
    Il avait sorti de son veston une feuille jaunie qui annonçait la Foire à l'Andouille 1973 avec la présence « exceptionnelle » du Grand Vate Marcel Chéchignac et plus bas en petits caractères Gil et No artistes transformistes.
    -Ils tournaient un excellent et inventif numéro de travestissement dans les cabarets et music-hall européens dans les années 70/80, ils faisaient de la musique, de la danse, de l'acrobatie, à force d'opérations et de maquillages savants ils avaient fini par se ressembler comme frères... et sœurs,  au long de leur carrière ils avaient créé un grand nombre de personnages, un jour l'un jouait Mademoiselle Br... et l'autre Thursten l'éphèbe ou la jeune danoise au pair et le lendemain c'était l'inverse ou autre chose, d'où notre expédition de tout à l'heure, j'ai pensé que de tels duettistes ne supporteraient pas la séparation.
    -Et je servais en quelque façon de chèvre !
    -Que voulez-vous depuis que vous vous êtes mis dans la tête des idées d'indépendance mon cher !
    -Et puis je crois que monsieur La Gaspérine en tenait  assez pour  cette mademoiselle Br... ! Remarqua le si psychologue Chef ‘von le Gueuzec .
    -Qu'sss vous ‘acontez ! Mais pourquoi ? Pourquoi en avaient-ils après nous ?
    -Rassurez-vous leurs motifs étaient purement platoniques et professionnels, il y a quelques années ils se sont lancés  concurremment à leurs activités artistiques dans l'assassinat à façon, excellente réputation sur le marché, je m'étais un peu documenté quand Jean-Guy Pantaloni avait voulu mettre la main sur mon cercle de La Muette
    -Vous... vous avez employé des tueurs à gages ?
    -Non, à l'ordinaire je préfère le forfait et puis tout comptes faits Paul-Antoine Andréacci m'avait prêté de ses petites mains et le travail avait été aussi bien soigné va. Ne pas penser à fermer la porte derrière soi ne plaide pas pour leur professionnalisme.
    Sa remarque me fit mal, parce que ce n'était pas à maîtresse Br... qu'il revenait de la fermer cette porte mais bien à moi, humble et  indigne soumis, oh j'aurais mérité d'être battu... vrai je la regrettais déjà.  (... à suivre...)
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