• Walter Chéchignac 14 par H.T.Fumiganza

    14.
    L'Auberge de La Chaudasse.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>   Dartemont-Belcourt en short et lunettes de soleil avait ressorti la vieille R4 du garage du Coin Maurin où elle avait été rapatriée après le tragique et démonstratif accident de ces demoiselles Dartemont et elle avait entassé là-dedans sa sœur  et leur descendance :
    -Nous allons à la plage. Nous expliqua-t-elle de sa voix haute  et assurée de meneuse de revue... de fin d'année à Notre Dame de Sion. 
    Ces dames après s'être concertées avaient décidé de passer les grandes vacances à La Ponche en famille mais sans délaisser pour autant la marche de la Maison Dartemont Sœurs. Chacun même étant tenu d'y apporter sa contribution, selon ses moyens.
    -Cela risque de tourner au Club des cinq en vacances, vous ne croyez pas Chef, si vous devez supporter toute la famille pendant vos enquêtes. Plaisanta Walter Chéchignac, visiblement embarrassé par la tournure absurde que prenaient les événements.
    Mais il était d'un avis différent le veuf double :
    -C'est de la vie mon cher Valter et j'arrive à un âge où l'on ne doit pas refuser la vie quand elle se présente à vous, le soir dans mon appartement, je mets quelques fois l'oreille au plancher rien que pour les écouter vivre en dessous.
    Le Veuf Double occupait les combles de l'immeuble Dartemont du Coin Maurin.
    -Et puis dans l'affaire Ernestine Le Gourvenon... mais si le parc à huîtres sanglant... c'est elle qui a trouvé le fin mot de l'affaire... le garde-pêche c'était bien lui qui avait étranglé le maître-nageur et tout ressemé en Belons.
    La Ponche l'été devenait une station touristique et la population se multipliait à la vitesse des petits pains dont il est question dans les Ecritures fameuses. Le touriste aussi était nourrissant. Pour ma part ce qui m'inquiétait n'était point la fréquentation touristique mais ma permanence brûlée et plus encore les intentions, sûrement mauvaises, que ce geste criminel dénonçait.
    <o:p> </o:p>Le capitaine de gendarmerie, un homme charmant, en tapant son rapport sur son ordinateur portable malgré les épais pansements qu'il portait aux mains, il s'était brûlé m'avait-il confié la veille en organisant un barbecue pour son escouade, ne m'avait point caché que l'enquête serait difficile.
    -Enfin on va croiser le fichier des pyromanes avec celui des pilleurs de tronc d'église et quand on aura le profil ‘sychologique on l'enverra à Paris. On vous préviendra.
    -Tant qu'à croiser les fichiers, me fit remarquer en sortant de la gendarmerie Walter Chéchignac, c'est plutôt celui des gendarmes de permanence et celui des grands brûlés que j'aurais croisés.
    -Allons don' vou plaisantez, mon cher Valter. Un service public que le monde entier nous envie.
    -Le K.G.B aussi c'était un service public.
    <o:p> </o:p>Dartemont-Belcourt, accompagnée de ses nièces déguisées en allumeuses estivales, après avoir souri comme en bienvenue à Walter Chéchignac qui lui bredouilla ses hommages, se tourna vers moi :
    -J'ai appris monsieur La Gaspèrine l'incendie de votre permanence électorale, j'espère que vous étiez bien assuré ?
    -Oh ce n'est pas tant cela qui m'inquiète chère Madame mais bien plutôt ce que ce geste peut augurer de violences et d'affrontements imbéciles.
    -Je sais le Chef ‘von le Gueuzec très occupé en ce moment mais voulez-vous que nous nous mettions avec ma sœur sur l'affaire... ou bien encore les jumelles, elles montrent beaucoup d'instinct et d'esprit de suite, savez-vous...
    -Ma tante, vous oubliez que Monsieur ‘von Le Gueuzec nous a confié l'affaire du satyre des plages, c'est du travail.
    -Quel dommage que vous n'ayez pas de chien chère Madame il nous aurait peut-être mis sur la piste... fit remarquer avec causticité Walter Chéchignac enhardi par la colère et la rage de piétiner en terrain même pas conquis.
    Elle enleva ses lunettes de soleil, pointa son regard bleu dans celui très noir de Valter, qui soutint l'échange et le prolongea comme à plaisir, il était certain qu'un fort potentiel passionnel existait entre ces deux-là.
    -Mon Dieu nous ne demandons qu'à rendre service, cher monsieur, dans la mesure de nos moyens, sans doute les vôtres sont-ils plus importants, il ne tient qu'à vous d'en faire le meilleur usage. 
    Il n'était pas difficile de deviner que son excellence aurait volontiers brossée l'impertinente sur le capot de la R 4, mais il y avait les enfants innocents, les vacanciers en shorts et les usages diplomatiques, alors il évacua la pression dans un sourire pirhanesque.
    -Vous avez raison, madame, nous allons nous occuper de ces malotrus.
    La Renault 4 démarra, puis cala, redémarra et s'éloigna enfin elle était à bout de potentiel et chargée à plein bord de rires d'enfants et de ballons de plage.
    -Elle me cherche, vous avez vu La Gaspérine. Commenta Valter en s'essuyant le front.
    Ils se cherchaient c'était l'évidence mais se trouveraient-ils ?
    Le Chef ‘von le Gueuzec demeurait soucieux.
    -Cette histoire ne me dit rien qui vaille... a propos on a retrouvé tes boliviens de l'autre jour... mon petit Valter... prés de Ventimiglia, sur un chantier, coulés dans des piliers de béton.
    -Assassinés ? Demandai-je.
    -Qu'est-ce que vous allez imaginer là ! Non ils auront glissés.
    Je détestais quand Walter Chéchignac prenait ce ton railleur, il en devenait vulgaire et populard.
    -C'est Guido Giannetti notre correspondant en Italie qui m'a téléphoné la nouvelle tout à l'heure. Tu vois ce qui m'inquiète c'est toute cette vaisselle qui est faite après une modeste expédition ratée. Une dizaine de morts pour un pétard mouillé.
    -Vous croyez toujours que c'est monsieur La Gaspérine qui est visé ?
    -Non, je peux comprendre que l'on veuille le tuer mais j'imagine mal que l'on y consacre autant de moyens.
    -Merci c'est flatteur.
    -Moi alors ? S'interrogea Chéchignac, qui avait sans doute quelques règlements en train.
    -C'est l'hypothèse la plus probable mais ce n'est pas la seule.
    -Et pourquoi pas vous chef, les suédois veulent peut-être venger l'affront que vous leur fîtes, jadis.
    -Ce sont des neutres, ils ont perdu l'habitude de l'honneur. Tes affaires parisiennes ne te donnent pas de souci en ce moment ?
    Le Chef ‘von le Gueuzec avait baissé de ton pour évoquer les « affaires parisiennes du consul » ce devait être encore du joli.
    -Ma foi non, c'est le grand calme. Il y a peu de touristes alors on fait le chiffre avec les habitués et les provinciaux, d'après le dernier reporting que m'a envoyé Merry.
    -Elle va bien Merry ? Toujours en beauté.
    -Elle tient le coup.
    Je me sentais maintenant mal à l'aise au milieu, c'était sans doute le terme le plus approprié, de cette conversation ornée de sous entendus et de souvenirs pris en commun. 
    Que faisais-je parmi ces gens et comment le Rassemblement pour l'Union ou l'Union pour le Rassemblement, je ne savais plus, enfin ce parti de merde quoique de gouvernement pouvait-il cousiner avec de tels personnages. Sans doute leur avaient-ils rendus de grands services dans le passé et encore à l'occasion se montraient-ils utiles, mais quand même.
    Quand ils en eurent terminé de leurs silences à œillades et de leurs propos clignotants, je dis :
    -Je crois que je vais prendre une chambre à l'hôtel. Je ne peux quand même pas vous envahir pendant six mois. Qu'en pensez-vous mon cher Valter. J'en ai vu un qui me semble très convenable prés de la Cathédrale.
    -Tiens don' il y a une cathédrale prés de cet hôtel de passe, je ne l'avais jamais remarqué ! Rigola en grand le Chef ‘von le Gueuzec.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Malgré leurs avis contraires et argumentés: « ... ce n'est peut-être pas le moment de vous émanciper quand ça valse dans tous les coins !... vous avez bien le temps, la maison est grande et confortable et sous la garde de Dona Chupita Bonita y Gomez et du jeune Conchito, qui de fait est du matin,  vous ne risquez rien !... là-bas la patronne est irlandaise et les putes poivrées, venez pas pleurer si vous vous attrapez  une chaude pisse sans compter qu'elle a été plusieurs fois condamnée pour son haricot de mouton... allez quoi merde faisez pas le con La Gaspérine ! »
    Je demeurais inébranlable.
    Je crois que Walter Chéchignac préférait seulement m'avoir sous la main, je recouvrais ainsi toute ma liberté, d'ailleurs l'Auberge de la Chaudasse  me parut d'entrée fort convenable, agréable maison à colombages et torchis de... enfin bâtie selon les prescriptions et traditions locales, meubles cirées et service en vernis, mon appartement donnait sur la Cathédrale Sainte Trahoudulde.
    La patronne Mrs. Adam (comme le verre avait spirituellement remarqué Médpeu : le verre Adam... à dents !) était une irlandaise rousse  prospérante et agissante, son époux une espèce de cocu de serre  tardif et malingre, lui aussi anglogène, les servantes accortes, bien entendu et comme annoncées plus haut, mais si l'on mettait d'entrée le holà à leur familiarité commerciale et hors de propos, l'on pouvait trouver là le repos et même un certain confort.
    Bien entendu j'avais réquisitionné d'office deux chambres pour  La Branlaye et Médpeu, ils quittèrent la maison du consul Chéchignac à regrets mais prirent très vite leurs aises dans leur nouveau logis.
    -C'est... c'est charmant... et pour ce qui est des prix cela reste encore très provinciale, très raisonnable, quand on voit ce que l'on paye à Paris pour la moindre pip... je veux dire pour un service en chambre... décent j'entends.
    Nous étions réunis pour notre première soirée ici dans la salle à manger autour d'une Guiness et d'un homard au gingembre, éthiquement discutable, et encore avions-nous soigneusement évités, sur mon injonction, le haricot de mouton aux airelles. 
    Au dessert devant une jelly branlotante « cherry and juniper », La Branlaye proposa pour nous remettre de nos émotions gustatives d'aller boire un verre dans une boîte de nuit « tout à côté », je ne pouvais pas leur refuser un moment de détente surtout pris « tout à côté ». Je devais remobiliser mon équipe, les élections approchaient et ma campagne d'affichage avait démarré dans la sobriété sous une photo de moi en tricot de marin (pour faire oublier mon parachutage et me donner une couleur locale) à rayures molles (pour rassurer l'électorat flottant) et avec une gâpette de cap-hornier (histoire de montrer que malgré tout il y avait quelqu'un à la barre) : un slogan fédérateur choisi par mes conseillers:
    «  Jean-Thierick La Gaspérine un vrai vote de conchois. »
    N'est-ce pas que c'était assez con... chois ce que ces cochons-là avaient trouvé mais enfin il m'en garantissait les effets et s'engageaient à me rembourser mes frais de port si je n'étais pas élu, alors, pourquoi douter, vrai j'avais confiance.  
    Les premiers résultats étaient d'ailleurs fort encourageants puisque l'on se foutait de moi partout où j'étais affiché à travers la ville.
    -C'est bon... c'est très bon... comme une donzelle au premier rendez-vous, qui se défend, se moque mais qui est troublée... on va les sauter ils vous attendent, je vous dis qu'ils mouillent déjà !
    -Je ne suis pas Letroncheur Messieurs.
    -On sait... on sait...
    Et La Branlaye disait cela avec comme du regret. Je crois qu'ils n'étaient pas encore tout à fait convaincus de l'existence terrestre de ce Jean-Thiérrick La Gaspèrine qu'ils leur fallaient vendre à tempérament à des électeurs notoirement insolvables ou du moins point décidés à s'endetter pour de l'article de Paris.
    -Et puis il y a votre prénom breton cela rassure. Se rassura La Branlaye.
    A dire le vrai je tenais ce prénom faussement bretonnant non point d'une quelconque hérédité armoricaine mais parce que Monsieur mon père le ci-devant Président (il avait été président très jeune, de tout et de n'importe quoi) Régis Cardemeule s'était présenté fin cuit quand il m'avait déclaré à l'état civil de la mairie du XXII° :
    -Son prénom ?
    -Jean-Thierry-hips !
    -Jean-Thierrips ?
    -‘pa' ça ! ‘ean-Thierry-hic !
    -Jean-Thierrick  s'pas breton ça ?
    -Oui...ic !
    A quoi tient le destin... s'pas?
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>La boîte de nuit n'était pas « tout à côté » mais « tout en dessous » de l'hôtel et donc du niveau de la mer et la tenancière était aussi rousse que la patronne de l'Auberge de la Chaudasse, d'ailleurs... d'ailleurs c'était elle, elle mais en string de cuir et son mari en slip léopard déguisé en Tarzan tubard tenait le bar.
    -Dîtes donc vous vous foutez de moi vous deux ! En plus cela m'a tout l'air d'être une boîte à partouzes votre boîte de nuit !
    -Ah vous croyez... on ne connaît pas bien la ville mais maintenant que vous me le faîtes remarquer... c'est curieux en effet... enfin l'on doit pouvoir se faire servir trois babys sans trop de dommages.
    Médpeu s'en alla négocier au bar avec Tarzan pendant que je m'installais avec La Branlaye dans un recoin, le plus sombre, heureusement les recoins sombres ce n'était pas ce qu'il y avait de rare, il n'aurait plus manqué que je me fisse remarquer dans un tel lieu :
    -Vous craignez pour votre fleur ?
    -Je crains pour mon élection mon cher et je pense que cela vous concerne un peu.
    -Ils élisent pas une rosière. Mais puisque je vous dis que c'est dans la poche, détendez-vous quoi merde, il faut savoir mettre un peu de mou dans la bretelle de temps en temps sans quoi on ne fait pas une carrière politique, vous tiendrez pas le coup mon vieux déboutonnez-vous quoi 
    -C'est aussi un conseil politique ?
    -Mais tout est politique la bretelle comme le reste !
    -Votre formation gramciste qui vous donne des renvois.
    D'ailleurs du mou il n'y en avait pas beaucoup autour de nous, l'établissement était certes d'un standing infiniment supérieur à celui du 10/18, mais la grande majorité des consommateurs consommait et une minorité agissante regardait. Je crus même reconnaître parmi la distribution et dans les premiers rôles les deux jumelles Dartemont-Chambeulac très affairées à dresser une meute de mâles, elles avaient des fouets et les faisaient  claquer sur les fesses des fauves bedonnants et rôtants dans un très beau travail en férocité.
    -Ne serait-ce point ces demoiselles Chambeulac ? Interrogeais-je Cyril Médpeu qui nous revenait avec trois whiskys.
    -Ma foi, il me semble en effet... mais comment se peut-il... voulez-vous que j'aille me renseigner ?
    -Je ne vous le conseille pas, buvez vos verres messieurs et retirons-nous !
    A ce moment retentit un :
    -Bordel de merde qui c'est qui me fout la lumière dans les yeux !
    C'était l'organe considérable de Letroncheur, il n'y avait pas à se tromper, il était reconnaissable entre tous et l'ayant supporté toute une soirée il m'était devenu familier. Il était la nouvelle attraction de la soirée et Mrs.Adam braquait le projecteur sur la scénette charmante de Letroncheur au milieu des dames. Médpeu me détailla les protagonistes :
    -La blondasse de droite est la femme du notaire Maître Jeanneton, il est conseiller général vous lui avez été présenté, je crois, la brune qu'il saillit est Madame Lecornec la femme du pharmacien... d'ailleurs le pharmacien c'est le chauve à côté...
    Letroncheur comme en un jour d'ouverture, ne rationnait pas les cartouches, il en mettait même quelques unes au pharmacien et entre deux passées refroidissait le canon dans le seau à champagne.
    -Quel numéro quand même !
    Ils étaient fascinés par la vitalité du bonhomme Letroncheur, pour ma part j'en avais assez vu et commandait le repli :
    -Allons messieurs en route !
    A ce moment cette imbécile d'irlandaise gastronomicide envoya son projecteur sur notre mouvement tactique.
    -Mais putain c'est le mousse ! S'exclama Letroncheur en me reconnaissant.
    J'étais reconnaissable maintenant. Ah elle était réussie leur pré-campagne de notoriété à ces deux crétins
    Letroncheur avait dételé et se précipitait vers moi, l'arme à l'azimut en gueulant :
    -Nom d'une bite je vais te l'inaugurer moi le mousse ! ‘ va' te le faire mousser le parisien !
    Croire que je l'inspirais. Il ne pouvait pas laisser la marine tranquille, non.
    Je tentais de courir, d'échapper, ne pas connaître le même sort que le pharmacien, mais je butais dans un pouf ou une pouf', je ne saurais jamais et tombais le nez dans la moquette framboise parsemée de capotes usagées multicolores comme alpages au printemps.
    Letroncheur était pratiquement sur moi quand les jumelles Chambeulac, délaissant là leur... leur enquête, s'interposèrent avec une grande fermeté d'âme et dans de démesurés claquements de fouet :
    -ZiiiipSchlaaaaaaaac ! ZiiiiipSchlaaaaaaaac ! Au coin et vite !
    Letroncheur arrêté dans son élan, dégustait et paraissait même y prendre quelque plaisir, il ne rugissait plus :
    -Ouïlle ! Aïlle ! Mal, j'ai mal !Ouïllle plus fort c'est bon !
    Je me retrouvais, emporté par Médpeu et La Branlaye dans ma chambre.
    <o:p> </o:p>Je reposais encore convalescent de mes émotions sur mon lit quand ces demoiselles Chambeulac vinrent me visiter.
    Je les remerciais, bien entendu mais non sans m'étonner de leur présence dans un tel lieu :
    -Oh on rend juste service à Mrs.Adam, sa dominatrice titulaire Maîtresse Bertha s'est faite mordre par le receveur des postes, comme ça on se fait un peu d'argent de poche sans compter qu'on rencontre du monde et que ça fait bien avancer notre petite enquête sur le satyre... on soupçonne le pharmacien.
    Braves petites, décidément elles avaient la vocation, il me semble, non ? (à suivre...)
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