• Walter Chéchignac 12 par H.T.Fumiganza

    12.
    Du progrès sexuel et tout ce genre de choses.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>La vie s'organisait chez Dartemont Sœurs, selon les pires prévisions de Walter Chéchignac et à mon grand amusement, ces dames avaient décidé de mettre en place une manière de tour de rôle à fins de s'initier aux finesses du métier sous la bienveillante et paternelle autorité du Chef ‘von le Gueuzec, la fin de semaine les voyait s'activer concurremment au milieu de leur descendance et ce n'était pas toujours le moins réjouissant tant elles montraient des caractères opposés et secrètement complices.
    Dartemont-Belcourt avait pour elle sa vitalité entraînante, des goûts anarchistes et une ingénuité aristocratique et lumineuse que Walter Chéchignac, lui avait tout de suite comptée pour de la grâce.
    Elle ne se séparait jamais de ses garçons qu'elle appelait « mes Louis », parce qu'ils étaient tout son or et portait chacun un prénom commençant par Louis : Louis-Hubert, Louis-François, Louis-Edmond, Louis-Germain et Louis-Jacques, comme les quatre mousquetaires ils étaient cinq et turbulaient comme douze, quand on les croisait on avait toujours l'impression qu'ils venaient de brancher un voisin ou de prendre quelque cousin conspirateur en croupe tant ils fomentaient de bruits et d'agitation.
    Elle aimait ça de faire des mômes avec son gilet de laine qui montrait donc de l'astuce et de l'application ailleurs que dans ses expériences de chimie amusante.
    A noter que Walter Chéchignac bégayait comme un puceau en sa présence, il n'était pas difficile de deviner qu'elle lui faisait grosse impression, pour ma part je m'imaginais mal me consumer d'amour et de désir pour une mère de famille multi- récidiviste et trentenaire, je l'avais plaisanté une fois là-dessus, il me répondit avec douleur:
    -Vous pratiquez les filles c'est entendu, mon petit vieux, mais êtes-vous bien sûr d'aimer la femme.
    -Bien je crois oui. Dans tout les cas je ne suis pas attiré par les garçons si c'est ce que vous voulez dire.
    -Fille ou garçon, cette engeance tutoyante, sincère comme le mouton et asexuée m'indiffère de plus en plus. Je vous parle de la femme de haut-bord pas de vos vide-couilles de port... ou de bureau. Je vous parle de la vraie femme, la seule, celle qui sacre et exauce un destin, pourquoi j'ai le plus grand  respect pour les putes à julots et les épouses et mères.
    -Cela n'a pas toujours été le cas.
    -Pour se persuader de la force du feu il faut s'y être brûlé la main.
    -Et... et le progrès sexuel... et l'égalité des sexes vous vous en fichez bien.
    -Je vous l'ai dit c'est là une toute autre discipline où l'on ne traite pas d'égal à égal mais de puissance à puissance.
    -Et son destin à elle ?
    -Mais mon cher, la femme n'a d'autre destin que de nous dispenser d'avoir à exister. Bonne lunaison La Gaspèrine.
    Et il s'éloigna au pas de son père.
    On comprendra que par la suite, et en partie par superstition, j'évitais le sujet.
    <o:p> </o:p>Dartemont-Chambeulac, quant à elle, usait avec son époux de l'ustensile commode d'un conformisme bourgeois, prétentiard, contemporain et portable, sans doute avait-elle aussi moins d'instinct que sa sœur, même si elle paraissait plus salope sinon mieux exercée. Elle avait deux filles jumelles d'une quinzaine d'années qui étaient déjà deux estimées petites garces.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Par curiosité j'avais volontiers accompagné le Chef ‘von le Gueuzec quelques fois dans ses enquêtes mais ce jour-là, un samedi donc, ils nous avait conduit dans sa camionnette de fonction jusqu'au marché de La Ponche. Là, j'avais commencé de distribuer des tracts aidé en ce par Marie Berthalot qui tenait ma permanence inaugurée de peu du Quai des Brunes, une ancienne poissonnerie qui avait conservé toute son haleine et que j'évitais donc le plus que je pouvais.
    Avec nous il y avait aussi son mari La Rincée, le gros pue de la gueule de l'autre fois qui était sensé nous apporter un soutien défensif mais se borna très vite à aller poser ses fesses à la terrasse du Bar Tabac du Marché et à se foutre de moi en buvant force anis.  
    Il faut avouer que je n'étais pas trop convaincant en militant de base et alors que la Berthalot plaçait ses dépliants sans demander leur consentement aux passants, elle en fourrait dans les cabas, les sacs, les poussettes et jusque dans la bouche d'un retraité des services publics qui voulait apporter la contradiction :
    -On en discutera plus tard quand tu l'auras bien chié pépère ! 
    Je n'osais, quant à moi, trop balancer mon programme, je crois bien que j'avais honte.
    -Bon, bien j'ai une petite affaire à régler, je viendrais vous reprendre à la fin du marché. Vint nous avertir le Chef ‘von le Gueuzec.
    Il avait à se rendre à l'hôpital de La Ponche pour y rencontrer l'un de ses amis, le grand médecin légiste parisien Maurice Maurin-Pointard en charge d'autopsier le corps de la femme retrouvée dans le piano de Mademoiselle Br... La famille de Van Der Meuh se méfiait de la justice français aussi avait-elle confié la charge d'une enquête circonstanciée à Dartemont Sœurs.
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    <o:p> </o:p>   Le chef ‘von le Gueuzec arriva à l'hôpital juste pour le dessert et quelle ne fut pas sa surprise en voyant dans  la salle d'anatomie les deux filles de Dartemont-Chambeulac qui contemplait le spectacle en mangeant à deux une glace à une boule (Hulme de Chambeulac comme tout bon bourgeois parisien présentait tous les signes d'une avarice chronique  infectées de solides principes éducatifs) et en passant les instruments à l'officiant.
    -Salut Maurice qu'est-ce qu'elles font là les gamines ?
    -C'est ton patron qui est passé tout à l'heure...
    -Mon patron ?
    -Ouais une grande couenne... l'air couenne... qui dit des couenneries...
    -Ah je vois oui.
    -Il m'a dit qu'il avait préféré se déplacer en personne plutôt que d'envoyer un subordonné.
    Il a tenu trois minutes après il a gerbé son petit déjeuner et il est allé prendre un café aux lavatories.
    -Et les gamines ?
    -Il me les a confiées...
    -Quand même tu trouves ça décent ?
    -Laisse elles apprennent la vie, elles sont en âge.
    -Non je veux dire de les obliger à se partager une glace. Je vais aller leur en chercher deux autres... Et le type avec le blazer et la casquette là-bas dans le coin ? Qu'est-ce qu'il a il est puni ?
    -Lui c'est le mari... belle femme... une américaine... plus toute jeune... mais avec du pognon...
    -Tu vois ça à l'état des boyaux ?
    -Pauv'con, je vois ça au yacht bleu dans l'avant-port, c'est à eux, enfin c'était à elle... léger diabète, trois... non quatre liftings, lippo-succions, curetages...  On compte p'us, rapport sexuel dans les six heures avant l'immersion... l'eau de mer c'est détersif mais j'ai encore bon oeil... 
    -Sexuel ! Se marraient les gamines.
    Hulme de Chambeulac passa la tête dans la porte, il était mieux assuré :
    -Ah ça va mieux, bonjour Fonne Le Gueuzec (Il prononçait à l'allemande).
    Il souffla sur son café, regarda la table de dissection où le Maurice mettait au jour un foie corrodé par le whisky et dévidait les intestins, on aurait dit qu'il préparait le cochon après l'avoir égorgé, Hulme de Chambeulac repartit en courant vers les lavatories.
    -Béance anale...
    -Anal... sluuurp ! Reprenaient les gamines sans lâcher le cornet.
    -... le pot n'était pas tout neuf, la grosse révision des 60 berges avait  été effectué récemment, marques d'électrode,  pas mal de jeu dans la direction, tendance à la dépression endogène, goût pour les opiacés, et grosse consommation de cocaïne...
    -C'est toujours le problème avec les ricaines la conso... et la tenue de route fit remarquer avant de s'éclipser, le Chef ‘von le Gueuzec, qui s'y connaissait en américaines. 
    <o:p> </o:p>Il revint avec des glaces pour tout le monde, c'était une nature généreuse, il y en avait même pour le veuf, déguisé en armateur à boutons dorés et Rolex en or massif, qui déserta enfin son coin.
    Tableau étonnant que de voir tout ces vivants léchant, touristes et badauds, leur cornet de fraise au dessus du cadavre déroulée, ouvert, préparé, paré, mariné et sans doute assassiné de cette pauvre femme.
    Le mari ramassa quelques centimètres de boyaux qui était tombé à terre, en s'apitoyant... presque:
    -Ah c'est sûr là elle marque pas trop bien...
    Il balançait les bouts de barbaque n'importe où en faisant floc ! floc ! et en s'essuyant les mains à son blazer:
    -... mais vous l'auriez connue il y a cinq ans elle avait encore de l'allure et du chien.
    -Vous... vous n'êtes pas citoyen américain ? S'étonna le... slurp... Chef ‘von le Gueuzec.
    -Béh non... Je suis de Marseille, de la Belle de Mai... là qu'on s'est connu sur La Canebière, elle relâchait, elle cherchait des matelots, son plat préférée, une luronne et même avec l'âge ça lui était pas passée... slurp... fallait voir à assurer avec Méméne... je l'appelais comme ça... sur la fin elle voulait que je l'appelle mum', son vrai nom c'était Susan Scrotom, il lui fallait de la bite sans quoi elle vous débarquait aussi sec... slurp... ‘ai tenu cinq ans mais sur la fin j'y allais sans respirer et sans trop regarder.
    -De la bite ... slurp... pouffèrent les gamines le nez dans la fraise!
    -Vous n'étiez donc pas... slurp... mariés ?
    -Ah j'aurais bien voulu, au moins pour la retraite, mais pas folle la guêpe... il faut dire que des maris elle en avait eu cinq
    -Et c'est comme ça qu'elle avait fait fortune, dans le veuvage à succursales multiples ?
    -Sûr elle épousait rien à moins de 50 millions de dollars.  D'ailleurs le dernier, le père Scrotom avait fait fortune avec The Real French Strawberry Mustard, la moutarde à la fraise j'invente pas, il est encore su' le bateau, en cale dans le congélo où il stockait ses échantillons de moutarde, il est mort à Port-Saïd, il y a quinze jours, il voulait être enterré en Normandie où il avait débarqué dans les années... cinquante... par là je crois, alors on remontait doucement, mais si vous croyez que de savoir son défunt en dessous, ça l'empêchait de baiser...  ah la... slurp...'alope !
    -La salope hi hi...
    -Bon ben monsieur le commissaire je peux y aller maintenant ?
    -Je ne suis pas commissaire mais je pense que les collègues... slurp... enfin la gendarmerie va vouloir vous interroger. Ils sont pas encore passés Maurice ?
    -Je les attends pour onze heures, je me suis dit que comme ça t'aurais le temps de faire le tour et de prendre des notes... slurp... Tiens je te passe mon rapport.
    -Merci Maurice, on se voit à ton hôtel ce soir ?
    -Avec plaisir. J'en ai des nouvelles à te raconter.
    -Je te présenterai une dame très bien... une veuve... slurp... une comme tu les aimes. Bon vous venez mesdemoiselles.
    En quittant la pièce, les demoiselles Dartemont se débrouillèrent pour soupeser les couilles du gigolo sans doute pour parfaire leurs leçons d'anatomie et en regrettant à voix haute que la viande sur pied fut si chère en cette saison.
    Il leur glissa son tarif collectivité et une main au train, une pour chacune, c'était lui aussi une nature généreuse. (à suivre ...)
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