• Une expérience mystique

    Une expérience mystique au Monastère de la Pierre qui branle par notre estimé directeur J.P.Chassavagne.

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Dans une vie même la plus chaotique et incertaine il vient un moment où s'imposent à vous les grandes interrogations métaphysiques quant à la validité de notre existence sur terre et de son utilité mâme et tout ce genre de choses. Un jour récent du printemps dernier cette expérience m'est arrivée et je voudrais la raconter ici.

    J'étais dans ma voiture, au petit matin, perdu dans la vastitude complantée de la campagne Chauvignonne, et je cherchais un raccourci (que d'ailleurs (après bien d'autres) jamais je ne trouvai), tout semblait m'abandonner, même mon GPS (saloperie de bagnole coréenne !) qui n'émettait plus qu'en coréen des messages incompréhensibles sauf pour le coréen moyen ce que je ne suis point quant à mon téléphone suédois d'un naturel renfermé il demeurait muet, la prochaine fois j'achèterai un italien au moins c'est causant .

    Je sortais d'un dîner d'affaire très arrosée qui à ma surprise (générale) s'était poursuivie sous la conduite de la représentante du Syndicat de la Librairie locale en une manière d'expédition punitive dans la boîte à partouzes du chef-lieu. A l'ordinaire je prise peu ce genre de divertissement où l'odeur de chaussettes se marie à celle du parfum à trois balles largement répandue par le tenancier de l'établissement, où les consommations sont hors de prix, les consommées hors d'âge et les bols de cacahuètes plein de poils de provenances diverses .

    Dans ma tête embrumée j'eus la vision  infernale de la petite madame Chauvirot (Librairie Générale Chauvirot, 27, place de la Mairie au Chauvion ) qui venait à moi quasi nue (sauf les bas à varices et le string enfoui profond ) avec le cervelet et ses environs fourmillant d'arrières pensées offensives  envers l'auteur parisien.        

    Je crois bien qu'elle fut passablement déçue par ma défense un poils trop souple et élastique.

    Certains, à me lire, diront que j'avais le plus grand besoin d'un réforme morale. Certes oui j'en ressentais la nécessité mais plus encore celle d'une bonne carte d'état major.

    Je ne sais comment, je ne sais pourquoi je me retrouvais sur un chemin de terre où je m'embourbai.

    Je poursuivis la route à pied sur deux kilomètres au moins avant d'apercevoir un panneau où il était indiqué: Monastère Confiturien de la Pierre qui branle 3 KM. Retraite spirituelle- Séminaire-Nôces & banquets.  

    3 bornes de mieux et allez donc, j'arrivais tout boueux et frappais... à l'interphone.

    -Oui.

    -Je... je suis en panne... et j'aurais voulu...

    -Mais bien sûr entrez mon fils.

    La porte était électrifiée et l'accueil digne d'une auberge de bon luxe avec bien entendu cette méticulosité des maisons religieuses, ici l'on pouvait sans crainte ni réticence manger à même le carrelages ciré ou comme je faisais se repaître au bar de biscuits apéritifs imberbes, j'en étais à rêver d'une boite à partouzes tenue par des bénédictins, ça aurait été quelque chose, quand le frère portier vint m'avertir que le père supérieur m'attendait dans son bureau.

    Marié une fois à l'église mais divorcé deux fois au tribunal, depuis mes études chez les Frères Dévoirant de la rue de Ponssac à Villeneuve, je n'avais plus guère fréquenté les chapelles.

    Le supérieur, le Père Marie Charles (nous voilà!) était un type haut et aiguisé, il faisait assez inquisiteur fiévreux, hors les yeux verts et le calme rayonnant.

    -Bonjour Monsieur Chassavagne l'on m'a dit que vous aviez des problèmes de voiture ? Voulez-vous que je demande au Frère Barthélemy de voir ce qu'il y a à faire, c'est lui qui s'occupe de notre atelier de mécanique, c'est maintenant un spécialiste des coréennes.

    -Je vous en serais reconnaissant mon père... 

    -Bien, souhaitez-vous, en attendant l'heureuse issue de vos problèmes mécaniques, séjourner un temps parmi nous ?

    -Mais... mais j'en serais heureux mon père.

    -Re-bien nous pouvons vous proposer des temps d'animation ou de ressourcement spirituels : retraites, récollection, accompagnement, personnellement je vous conseille le stage ressourcement/soins de jours à 899 avec forfait labours intégral et stage poterie grégorienne... voici une brochure vous pouvez la consulter et vous donnerez  votre bulletin d'inscription au frère Clémentin.

    Il appuya sur un bouton, un tonsuré hilare passa la tête par la porte.

    -Le frère Clémentin va vous montrer votre chambre.

    L'entretien était terminé.

    En fait de chambre, il s'agissait d'une ancienne cellule chaulée remise aux normes civiles et donc tout à fait confortable, il ne manquait pas même le mini-bar ou la salle de bains, et la haute fenêtre donnait sur un beau parc méticuleusement entretenu.

    Mes valises arrivèrent après quoi le Frère Barthélemy vint me prévenir qu'il avait trouvé la panne mais qu'il n'avait pas la pièce et que le repas du soir allait être servi dans le réfectoire.

    Cette salle immense du réfectoire me rappelait d'assez pénibles souvenirs purée-poulet mais les effluves bienvenus qui venaient des cuisines n'avaient rien des relents de rata que j'avais respirés des années durant chez les Frères et les confitures, spécialités de l'ordre depuis sa fondation en 1134 étaient délicieuses.

    Mon voisin de droite était un architecte connu : Jean Ressent, il traversait une crise existentielle, juste récompense pensai-je pour l'ensemble de son œuvre, à force de couvrir la France de murs de chiottes fissurés il inclinait à se prendre pour une grosse merde prétentiarde, mon voisin de gauche était un avocat de gauche, Maître Watefer, franc maçon et combinard, spécialiste des affaires de presse et qui avait l'habitude de venir ici après chaque contrôle fiscal autant dire qu'il avait son couvert mis à l'année, il lui aurait été sans doute plus simple de changer de comptable ou de se faire résident monégasque mais il préférait les complications métaphysiques,  tous deux avaient comme moi choisi le stage ressourcement/soins de jour et dés matin nous nous retrouvâmes dans les champs du monastère où nous nous exerçâmes sous la conduite de frère Clémentin à tracer des sillons, nous pouvions en tracer autant que nous le désirions (forfait intégral), c'est fatigant certes, surtout derrière une mule rétive et qui braque mal, mais je découvrais combien à force de tourner tout son esprit et je dirais mâme tout son être vers un travail aussi noble ( le sillon ça connote tout suite germination, naissance de la vie, droiture du geste et de l'esprit, la terre qui ne ment pas, Maréchal nous re-voilà... qu'est-ce que je raconte moi !) l'on s'extrait de nos sédimentations quotidiennes et médiocres ; bref à la fin de la matinée nous étions tous également crottés et bienheureusement éreintés.

    Frère Clémentin, toujours rigolard, en nous distribuant nos paniers repas nous rassura en nous disant que l'après-midi serait toute assise car consacrée à la poterie grégorienne.

    Maître Watefer protesta qu'il voulait encore en tirer une dizaine (des sillons ) à fins d'en avoir un bien rectiligne.

    -Au début je m'inscrivais au stage terrassement/gros œuvre/rétroplanningue minceur mais je n'ai jamais été foutu de monter un mur droit et puis on imagine pas combien c'est fatigant ! Me confia l'architecte en mordant dans son pain.

    Nous tournâmes de la glaise tout l'après-midi, l'architecte voulu emmener son ouvrage un bol à balayette de style corinthien  pour l'offrir à sa maman à la prochaine fête des mères, je laissais pour ma part  mon œuvre sur l'étagère de la postérité anonyme.

     

    Le soir vint, apaisant et bienvenu. Dans le réfectoire, marchant au pas des autres, avec tous les autres, je ressentis soudain comme un rassemblement de tout mon être, mais je ne repris pas de confitures au grand désappointement de frère Clémentin. A dire le vrai, je sentais confusément que l'affaire devenait sérieuse, je me rendais compte que toute ma vie j'avais cherché cette sérénité confiante que je venais de découvrir au détour d'une colonne, à cet instant je formai le projet de demeurer ici le restant de mon existence, loin de ce Paris chaque jour un peu plus grotesque, babylonien light, Sodome hypocalorique.

    Oui, je me couchais enfin apaisé et conscient.

    Je me réveillais au milieu de la nuit, nulle bruit autour de moi, mais comme une présence, je me dressais et vis sur le mur crayeux une figure resplendissante, souriante et...barbue :

    -Est-ce vous Seigneur ? Murmurai-je sans même je crois bien articuler les mâchoires.

    Il était là ! La réponse était là, elle me faisait face... juste au dessus du mini-bar.

    -Seigneur ô Seigneur que dois-je faire ?

    -Dé-gage !!!       
    <o:p> </o:p>

    Bon le lendemain je réglais ma note, avec les suppléments plus la réparation, la pièce étant arrivée assez miraculeusement au matin, leur véquinde d'animation spirituelle m'avait coûté la peau des fesses.

    « La vraie soupe au mégot parisienne 2/2 par G.M.NeolettoLe Ségothon 2007 »
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