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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

Walter Chéchignac 26/2 par H.T.Fumiganza | 20 décembre 2007

Walter Chéchignac 26/2  

Je regardais au matin, très tôt, El Consolador s'éloignait dans le levant emmenant  vers des îles inédites le trio électoral, prés de nous la famille du colonel agitait des mouchoirs, une sensible coutume prukhmen pour éloigner les mouches à pleurs qui ne ratent aucun départ et ses enfants entonnèrent un doux chant de leur pays qui disait assez bien, quoiqu'en Prukmen, toute la nostalgie que ressentaient  ces exilés :
« ...Papa n'est plus là pour nous botter le train ! Youpaïdi ! Païda ! Païdo !  Il va prendre la bateau et peut-être qu'il va coulo... »
Bref c'était très émouvant et c'est à ce moment que ce cher Walter me confia que s'il n'était pour rien dans l'enlèvement de Letroncheur qui avait été organisé en représailles par les savoyards éconduits, il avait, renseigné par le cher Doubi, organisé son évasion.
-... une bonne chose de faite, ils vont s'aérer et nous revenir avec de bonnes couleurs.
-La vie là-bas est si facile que vous la leur avait décrite ?
Il avait été lyrique et inspiré pour parler de las Islas Bravadas y Perditos.
-Comme partout, dans une arène si vous êtes le fauve la vie est plus facile sinon... avec les renseignements que j'ai fournis sur leur compte aux autorités bravadiennes sitôt descendus du bateau ils partent direct pour le camp de rééducation !
L'indignation me sum... sub... sumbergea :
-Vous... vous avez fait ça ! Mais quel genre d'homme êtes-vous don' !
-Petite farce entre amis, ils vont passer quelques mois à casser des cailloux et puis je câblerai que je me suis trompé de dossier, allez je réparerai c'est promis. Ils commençaient à m'emmerder ces cons-là ! Letroncheur surtout !
-Ce n'était certes pas une raison pour... enfin pour Letroncheur d'accord mais le deux autres ne vous avaient rien fait !
-Rien fait ? vous voulez rire. Et le devoir de mémoire pour mes chiottes vous l'oubliez . Vous en faîtes à vos aises mais c'est Médpeu et La Branlaye qui ont fait sauter mes chiottes !
-Qu'est-ce que vous racontez là ?
-Le Chef ‘von le Gueuzec a enquêté et eux-mêmes me l'ont avoué un soir de beuverie, et c'est vous qui étiez visé, tout était prêt, Tintin des R.G, vous savez le patron du 10/18 leur avait passé la bombe, ils l'avaient posée, pas au bon endroit heureusement et voilà pas que cet imbécile de Martial Medpeu est pris d'un besoin pressant, il va se soulager et tire la chasse par réflexe et poum ! La chiasse d'un publicitaire parisien qui vous a sauvé. Bon toujours à propos de chiottes dîtes-moi mon petit vieux on aurait intérêt à se presser sans quoi nous allons rater l'inauguration des vôtres. Il faut vous faire voir, j'ai convoqué les photographes, n'oubliez pas que c'est Dimanche le premier tour !
Pour ma part, je n'avais aucune envie de me rendre à l'inauguration tant attendue du nouveau casino de La Ponche sur Conche mais Chéchignac avait raison, la route était dégagée.
-Et puis vous verrez il y a une petite surprise qui vous y attend.
Les surprises, je détestais cela depuis l'enfance, les surprises c'était surtout pour moi des changements d'affectation, d'une pension l'autre, j'ai été un enfant muté, déjà une vraie carrière de môme fonctionnaire au service de la paresse sentimentale et de l'égoïsme revendiqué de mes bourgeois de parents révolutionnaires.  (à suivre...)

Publié par urbane à 15:57:30 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 26/1 par H.T.Fumiganza | 05 décembre 2007

26.
Abdication
 Nous tenons réunion dans le bureau de Chéchignac au consulat. L'ordre du jour est fourni car le premier tour de l'élection  a lieu dimanche . Pourtant le front électoral est calme.
Le nouveau candidat envoyé par Paris et investi volontaire par le Parti,  informé de la sinistre réputation de cette circonscription maudite, ne bouge pas de la sous-préfecture où il s'est retranché en compagnie du nouveau sous-préfet qui est lui aussi d'un naturel craintif,  Letroncheur se planque, on dit qu'il a un nouveau contrat au train, La Branlaye et Médpeu n'en parlons pas d'ailleurs nous devons préparer aujourd'hui mâme leur exfiltration vers Las Islas Bravadas à bord du cargo mixte bravadien El Consolador qui doit faire escale ce matin à La Ponche, opération qui devrait être conduite sous la direction du colonel Doubi.
Je le contemple, il est très calme le prukhmen, épanoui, il a fait ce matin la rentrée de ses mômes, et réouvert sa pizzeria grâce au renfort de quelques collègues rameutés par Bédoncle, muni de son nouveau passeport bravadien le cher Doubi est bien décidé à se faire conchois, il vient d'ailleurs de mettre à sa carte de spécialités aux côtés du fer à dessouder à la façon grand-mère et des brodequins du chef une pizza au Blétznecs qui ne semble pas moins redoutable.
 Bref je suis le seul à battre campagne... sous la protection des amis barmen de  Chéchignac, certes, mais enfin on me voit et mieux encore le R.C. La Conche ayant commencé une campagne flamboyante en coupe de France le soutien voyant et audible que je lui ai toujours apporté me vaut un surcroît de popularité, les mauvaises langues disent que ce cher Walter achète les matches les uns après les autres quand il ne fait pas rentrer sur le terrain quelques joueurs surnuméraires, le Lokomotiv Nœuds les mines a d'ailleurs déposé un recours à l'issue du dernier tour, ils auraient comptés treize joueurs conchois sur la pelouse, au plus fort de notre domination, bien entendu c'est une affabulation de mauvais perdant qui ne fait pas  honneur à leur esprit sportif puisque nous étions quatorze, ce cher Walter étant superstitieux
Mais enfin les choses m'a-t-il dit vont s'arranger au mieux, il est à tu et à toi avec les plus hautes instances du fouteballe académique, d'ailleurs  ma campagne commence à lui coûter fort chère mais il est d'une nature généreuse et puis, mais cela je l'ai compris de longtemps lui aussi a quelques vieux comptes à régler avec Letroncheur, je ne sais encore lesquels et d'ailleurs, j'en fais volontiers l'aveu, je ne comprends trop rien à tout ce que l'on veut me cacher et non plus à ce qu'il se passe sous mes yeux-mâmes.
J'étais venu à La Conche sur Ponche pour y planter ma tente en province ennuyeuse et bien à l'arrière du front parisien, et je me suis retrouvé en plein tumulte, où d'antiques tribus et de subodorées puissances se livrent à des batailles souterraines, aussi absurdes que sanglantes et jamais définitives.
  J'en suis là de mes réflexions quand Mademoiselle de Plombelec entre dans le bureau de son Excellence :
-Mon petit il y a encore un de tes clochards qui veut te voir ! Il insiste.
-Vous voulez dire un ressortissant bravadien ?
-Je ne sais pas d'où il est ressorti celui-là, il est dans un état :
-Eh bien mais faîtes le entrer... vous m'excuserez messieurs, les devoirs de ma charge.
Ces messieurs comprennent et excusent, Médpeu et La Branlaye  en baskets odorantes, maillot de corps du R.C La Conche et short vacanciers lisent en buvant leur cinquième Ricard de la matinée et en se grattant les poils de la poitrine des brochures versicolores printed by the pipole of democratic republic of Bravados and Perditas Islands sur du papier chiotte recyclé, en se demandant où ils établiront leur camp barbare en arrivant là-bas, ils ont repérés un gran Hôtel de la Contençion où ils pourraient prendre une demie-pension et la liste de tous les bordels d'état, géré par el ministério de la Copulaçion Nacional, ils partent en confiance, ils ont une lettre d'introduction de Chéchignac auprès du Maréchal Clignotant à vie qui fait valoir leur indéniables qualités professionnelles.
   Pour ma part ce contretemps me gêne, je sens que je peux réussir un gros coup, je ne dis pas conquérir la mairie d'entrée mais enfin sinon prendre pied, bloquer la porte avec la chaussure, personne ne voulant monter avec moi, croire que j'ai quelque maladie honteuse, la composition de ma liste s'en ressent, elle est certes un peu hétéroclite, composée comme elle l'est de clochards, d'ivrognes, de l'équipage de la Détestation au grand complet et des amis de Chéchignac dont au moins l'un est un proxénète notoire. Malgré tout, j'ai confiance.
A ce moment de mes renouvelées réflexions Walter Chéchignac qui était allé accueillir son compatriote revient dans la pièce, il n'est pas seul, prés de lui le ressortissant bravadien annoncé par Mademoiselle de Plombelec baisse la tête, il est vrai que le pauvre garçon est dans un état assez repoussant, sanglant, brûlé, tuméfié, les vêtements déchirés, et à l'évidence brisé sinon émietté.
Oui, hirsute, hagard et haletant, Letroncheur pleure.
Car c'est bien Letroncheur qui est là devant nous, ou plutôt un Letroncheur épave; lui qui triomphait il n'y a pas quinze jours sur le dos de deux honorables fonctionnaires parisiens, lui qui cravachait monsieur le substitut du procureur de la république en gueulant : « Hue  poupoule ! », lui qui me... lui qui m'a...
Walter le fait asseoir et Mademoiselle de Plombelec apporte les pains-z-au chocolat et les bonbecs rituels en signe de bienvenue compatriotique malheureusement le pauvre hère n'a presque plus de dents en activité et ses lèvres sanguinolent à l'unisson de ses blessures  sur les tapis constructivistes de son excellence.
-‘alu'p ! Ah la ‘alup ! ‘hup ! Ah la ‘alup !
-On dirait du lapon ! Hasardai-je en réponse à l'interrogation muette de ce cher Valter !
A ma sortie de l'Ecole j'ai été en poste deux mois en pays lapon à Upsala capitale de la Laponie Extérieur, j'en garde d'ailleurs un fort mauvais souvenir, ayant été rapatrié sanitaire par le Quai à la suite d'un malentendu, j'avais compris Japon et après avoir débarqué en chemisette en plein hiver sur le tarmac de l'aéroport d'Uppsala, et découvert avec effroi qu'en outre je n'étais point attendu, j'avais raté mon avion et pris le vol suivant, j'avais injurié une paire de rennes qui  traînaient à la cafétéria de l'aéroport où je noyais ma déception en dégustant des harengs bismarcks or là-bas cela ne se fait pas, les rennes sont sacrés, ils ont même un numéro de sécurité sociale et bénéficient des congés payés et d'une convention collective.
    Avec cette extrême humanité qui le caractérise autant qu'elle m'agace, le cher Valter parvient à confesser Letroncheur utilement.
De tout ce fatras mal articulé, de toute cette boue de mots et de sanglots il ressort :
Premièrement : que le ci-devant Letroncheur Marcel François Emile a été subrepticement enlevé à la sortie de l'une de ces grotesques réunions électorales par un personnel rompu à toutes sortes d'exercices.
Deuxièmement qu'il a été lui-même rompu par le sus-mentionné personnel rompu et détenu trois jours durant, sans que le boire ni le manger ne lui fussent apportés et en se faisant, puisque entravé, caca et pipi dessus abondamment, de fait il pue tout aussi abondamment.
Troisièmement qu'il s'en est évadé par la seule force de son tempérament excessif que sa détention n'avait point tout à fait anéanti.
Quatrièmement qu'il en tremble encore de cela et aussi des suites qu'il imagine que cette affaire pourrait avoir sur ce qu'il lui reste d'intégrité physique :
-Quelle affaire précisément ? L'interroge son Excellence avec quelque insistance.
-‘asino ‘eu l'ai concédé deux fois !
 Il s'agit donc de cela, d'une nouvelle histoire de con... cessionnaires, il a cédé le monopole des jeux de La Conche à la fois à une compagnie belgo-mongolo-ibizo-américanoïde The Taartagle Resort and Entertainement de mon papa et à une société albano-savoyarde à capitaux trinidado-tobaguien.
Je ne cache pas ma jubilation, d'autant que si je comprends bien pour que Letroncheur ait même songé à trouver refuge chez son ennemi le plus intime et constant, el consoul rénéral Chéchignac, c'est sous premièrement : qu'il ne savait où allait et que sa sécurité n'était assuré nulle part ailleurs qu'ici et sous deuxièmement : que son affaire de con... cession des jeux se présente bien mal et risque fort de lui interdire toute figuration lors de nos joutes électorales à venir et ...
-Frère La Gaspérine vous n'auriez pas des aspirines, beaucoup, tout ce que vous pouvez trouver. Me supplie-t-il en dévorant son quinzième pain-z-au chocolat .
...et sous troisièmement je l'emmerde le frère Letroncheur, non mais qu'est-ce qu'y se croive encore çui'là!
Non c'est vrai quoi ! Rien que de le regarder, d'imaginer... de me souvenir... enfin il me donne envie de vomir.
 Malgré tout je lui obéis, moins par compassion que par observance hiérarchique, il est quand même sous-premier de la voûte alors que je ne suis moi-mâme que Douloureux de seconde classe .
Chéchignac le réconforte copieusement, c'est vrai que quand il ne sourit pas il est plutôt réconfortant et amical ce garçon.
-Demain vous prendrez le bateau et vous voyagerez en compagnie de nos amis La Branlaye et Médpeu qui eux aussi ont un grand besoin de vacances.
-Oui, je suis au courant... mais vous êtes sûr qu'il y a pas de risque...
-Vous serez en sécurité le Colonel Doubinskoï et quelques uns de mes amis veilleront sur vous.
Un colonel, cela le rassure, il retrouve des couleurs autres que le rouge et le mauve qui ornent son visage supplicié et recommence d' articuler des paroles et sinon des idées, au moins quelque pensées compréhensibles.  
-... vous restez là-bas le temps que j'arrange votre affaire... et vous reviendrez après quelques mois de vacances au soleil de La Bravade, les populations mettront cette éloignement sur le compte d'un surmenage bien compréhensible.
-Vous... vous êtes un vrai frère Chéchignac !
-Dieu m'en garde !
-Ouais façon de parler, parce que les autres ils m'ont bien fraternellement laissé tombé... ouais mais... mais la mairie ?
-Elle revient de droit à notre ami La Gaspérine, d'ailleurs pour faire les choses au mieux, il est nécessaire que vous signez ce papier... c'est votre désistement en sa faveur...
Ah le coup a été rudement bien amené, je suis aux anges, sacré Walter, il a joliment manœuvré, me voilà élu et sans avoir même eu recours à l'électeur, c'est quand même moins vulgaire et sensiblement plus démocratique.
Letroncheur prend le gros stylo Diplomat que lui tend son Excellence mais il hésite encore :
-Le mousse... ouais... pourquoi pas ?... après tout... Enfin c'est quand même un sale petit con non ?
-Le principal n'est pas là. Ne croyez–vous pas qu'il soit le plus méritant et le plus capable en votre absence de... de vous représenter... j'entends moralement ? Et puis vous le jugez bien mal, notre ami a d'authentiques qualités humaines...
-Ah bon lesquelles ?
-Eh bien... ma foi... il... il est... il a... enfin  il ne manque pas de... de sincéri... tude.
Cela a été difficile,  mais c'est quand même mieux que rien n'est-ce pas.
-La hyène aussi est sincère, tempéra Letroncheur, ricaneur édenté, enfin puisque c'est la condition que vous posez.
-La seule vous l'aurez remarqué.
-C'est comme vous voulez Chéchignac, mais il vous chiera dessus dés qu'il aura la place, je vous aurai prévenu.
Et Letroncheur premier des Conchois signa là son acte d'abdication municipale. (à suivre...)

Publié par urbane à 05:01:11 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 25 par H.T.Fumiganza | 15 novembre 2007

25.
Dartemont-sœurs
 
Chéchignac ayant droit eu égard à sa participation dans Dartemont-Sœurs à deux administrateurs au conseil d'administration, il m'avait coopté afin que je me tinsse un peu au courant des affaires conchoises, et de fait quel meilleur observatoire que cette maison séculaire et demie pour comprendre la mentalité conchoise et connaître tout des histoires compliquées, grotesques, scandaleuses ou grivoises du pays concho-ponchain. Avec Walter nous passons des après-midi entières aux archives, qui se trouvent dans les grandes caves de l'immeuble Dartemont-soeurs.
Tout y est consigné depuis la première vérole de l'ancêtre de mademoiselle Martineau libraire portuaire jusques aux nombreux avatars extra-conjugaux et donc naturels de feu Lucien Boitel, le regretté député-maire.
Le plus étonnant ce sont les compte-rendus et rapports de mission effectués au début du siècle dernier par les enquêteurs moustachus de la maison,
Et d'ailleurs le Chef ‘von le Gueuzec quand il vient nous visiter de retour de ses filatures se laisse lui aussi gagner par une certaine nostalgie :
-... ah quand on pense que dans ce temps il y avait plus de cinquante enquêteurs à demeure... souvent d'anciens gendarmes, passés virtuoses du constat d'adultère et des affaires de mœurs où ils savaient montrer tout le doigté et le métier nécessaire, ce n'était pas à eux qu'il fallait faire le coup du garde-champêtre ou du trousse-veuve... ouais une bonne cinquantaine plus les correspondants... aujourd'hui je suis le seul permanent et nos correspondants se font vieux... ils font comme moi ils se préparent à la retraite... tiens j‘en parlais encore tout à l'heure avec Jean-François Précaillon...
-Comment va-t-il le cher Jean-Françouais ?
-Il va... il va comme moi vers la sortie, lui aussi a du regret...
-Allons chef, pas de défaitisme, vous savez bien qu'il suffirait de pas grand chose pour relancer l'affaire... si ces dames consentaient à passer la main à la rentrée, je serais prêt à investir dedans et...
-C'est là que tu te goures mon petit Valter, Dartemont-sœurs sans les sœurs cela n'existe simplement plus c'est pour le coup que tous nos correspondants raccrocheraient pour de bon !
-On en prendrait d'autres, on pourrait doubler les postes, même à l'étranger.
-Oh je connais tes idées, on pourrait même changer de métier, mais ce serait plus ça, la confiance ça compte et puis tu sais elles ont le don, c'est de famille, même la Chambeulac, l'affaire du trafic de Bletznecs congelés à la conserverie Seigneur il faut voir comment elle t'a démêlé l'affaire. C'était le beau-fils qui maquillait les connaissements et avait monté une filière d'export parallèle, le vieux Seigneur a préféré laissé filer le coup pour s'éviter le scandale
-Pourtant le trafic de bletznecs, cela devrait être sévèrement réprimé ! Intervins-je déjà connaisseur et prévenu quant à la dangerosité du produit.
-S'pas c'est ce que je lui ai dit au vieux, il y en avait quand même pour quatorze briquettes...
-Cent-quarante mille francs ? Cela fait combien en t'euros ?
-Aucune idée de toutes façons je vous parle en énefs, un mi-yard et quat' cents mi-yons !
-Un milliard et... bien dîtes donc cela doit en représenter des milliers de tonnes de poissons...
-Vous plaisantez au japon il le cigle au prix du béluga le bletznec ! Non vrai  mon petit Valter et regarde... même les gamines, elles n'ont pas hérité que du réchaud et de l'appétit de leurs grandes tantes, elles te l'ont coincé leur satyre pudique et il est vite passé aux aveux. Non crois-moi elles ont le flair et du goût pour ça.
-Et pour le reste ? Vous avez pensé au reste chef ?
-Elles s'y mettront, petit à petit je la mets au courant la petite Belcourt et elle répond bien crois-moi.
Du reste, je n'en saurais pas plus et je ne cherche pas à en connaître le détail mais il n'est pas difficile de comprendre que c'est ce reste des activités de Dartemont-sœurs... et compagnie qui intéresse au plus haut point Walter Chéchignac. (... à suivre...)

Publié par urbane à 04:10:38 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (1) |

Walter Chéchignac 24 par H.T.Fumiganza | 01 novembre 2007

24.
R.C. La Conche
 -... allez le Raacinegueue...
J'encourage tant que je peux notre équipe, pour suivre au mieux les conseils de Martial Medpeu et La Branlaye. Car ce sont bien eux, les deux résistants, fondateurs du réseau Copulation Ouest qui ont eu cette idée lumineuse de me faire revenir dans le jeu électoral et l'affection des populations conchoises par le foutebale et un soutien voyant et même fanatique au R.C. La Conche. Ils m'ont habillé des pieds à la tête de tous les ustensiles du supporter, écharpe bannière aux armes du club, « tifo » phosphorescent, casquette à oreilles et trompe deux tons. Il faut dire aussi que j'ai eu tout ça à moitié prix car c'est le père de Walter qui a fondé le club dans les années cinquante avec quelques collègues druides et toucheu' de cuir et c'est son fils qui en est l'actuel président  à vie .
-... ouais... ouais c'est ça... plus haut... vas-y le racinnegueu !
Le cher Walter réfréne mon enthousiasme :
-Arrêtez d‘encourager le racing mon vieux, c'est ceux d'en face  le racing.
-Mais comment... mais R.C. ça ne veut pas dire Raciingueue Cloub ?
-Mais non R.C... c'est pour R.Con... l'R.Con La Conche une facétie de papa quand il a fondé le club... et le cri de guerre ici c'est « allez les Blétznec » en hommage à la denrée ...
Le Blétznec, j'en ai goûté, chez Jacky Le Radégoual, une adresse moderne et créative sur le port, cela pourrait être intéressant il les cuit à la troncha dans un grand bidon d'huile Motul sur un feu de pneus (Michelin de préférence, c'est une maison de qualité !) mais il les farcit tête comprise avec une maniére de purin d'algues au goût très prononcé, alors certes l'on sent bien le produit, mais sans doute un peu trop car à la cuisson il s'en dégage une maniére de fumet de chaussettes de sportif après l'effort qui ne met pas trop en appétit. 
En plus, il faut le cuire très longtemps, le Blétznec, tant c'est élastique, bien compter trois heures de cuisson... et quatre journées d'hospitalisation, car c'est plein d'arêtes et on passe son temps à les cracher, de préférence sur l'étranger de passage sans doute en guise de bienvenue.
D'ailleurs Jeanine le Bollec la restauratrice préférée de Chéchignac à La Ponche, à la question rituelle de Walter, à chaque fois que nous nous présentons chez elle avec quelques beaux spécimens fraîchement pêchés:
-Alors Jeanine comment vous allez nous les faire ce coup-ci ?
-Quoi encore d'vos saloperies de Conchois. Mais c'est pas mangeab' ç't' engeance ! Même le chat s'en écarte !
Elle les passe, elle, très simplement, à la poubelle, avec quelques pelures fraîches dessus, des nouilles figées au jus et un mégot en sauce pour faire joli.
Il paraît que les japonais en raffolent.
 Sur le terrain Guértemullerc le buteur titulaire tatane tant qu'il peut sans le moindre bénéfice arithmétique au tableau d'affichage, le R.C. La Conche ce n'est pas vraiment l'académie du beau jeu, fidèles en cela aux principes immortelles de Chéchignac selon quoi tant qu'à pratiquer un jeu de con... chois autant le faire avec des cons de choix, même d'adoption, il prend un soin malicieux à ne recruter que les éléments les moins doués mais les mieux décidés, ses p'tis gars ne lâchent rien et mettent la semelle même quand ils sortent en ville, il vient d'ailleurs d'engager à prix d'or un brésilien, le seul de son peuple qui n'entende rien à l'art foutebalistique mais comme ancien adjudant international de lutte gréco-romaine excelle dans le travail au sol. Il est en train de faire une torsion avec clef (de huit) sur la personne de l'arbitre qui n'en peut et siffle tout ce qu'il peut tout en dessous comme un pigeon adultère roucoulant sous sa secrétaire.   
Très vite nous avons deux... trois... cinq expulsés et le score final de 9 à zéro s'il refléte notre valeur réel récompense mal nos efforts :
-L'arbitre aux chiottes ! Vendu ! Ordure ! Queue de moule ! Enfroqué ! Aaaallez les Blétznecs ! Je m'emporte plus que de raison et quand le Martial Médpeu qui me télécommande incognito depuis les tribunes par talkie-walkie me suggére de m'en aller agresser l ‘arbitre de touche « un petit qui est dans vos moyens » j'obtempère à plaisir.
L'autre carne se défend à coups de drapeau et de sifflet de gardien de la paix, ce qu'il est dans le civil et je bats en retraite  mais les supporteurs conchois envahissent le terrain à ma suite et très vite on me porte en triomphe, un patriote, un conchois un vrai, ils m'ont reconnu pour ce que je suis devenu, je capitalise comme dirait La Branlaye qui n'est pas venu au stade, mais il avait un mot de ses parents, d'autant que Letroncheur qui connaît la valeur et les mauvaises habitudes du R.C. La Conche n'a pas non plus fait le déplacement, excipant d'une vieille blessure électorale, datant de sa première campagne, qui le fait souffrir à l'occasion et l'empêche de s'asseoir. Vrai encore deux ou trois déculottées comme celle-là et je passe au premier tour.
Ah les praves gens !
 *
 Letroncheur, je le retrouve le jeudi suivant à la réunion de la  loge de la Conscience Universelle et du Calvados réunis. Il y tient sa place en grande tenue, mais point toute sa place, il n'est là-dedans que sous-premier de la voûte, la grande maîtrise accessoire étant tenue par le fils Penault-Reugeot le grand concessionnaire automobile de La Ponche. D'ailleurs les tenues étant défrayées par les établissements Penault-Reugeot nous portons tous sur nos habits sacerdauto (dixit Médpeu), une publicité discrète pour cette maison de confiance.
C'est La Branlaye qui m'a conseillé d'aller me faire introniser chez les adorateurs du genre humain, gens d'influence et de progrès conchylicole. Pardi cela ne lui coûte rien à lui, mais moi il va bien falloir que je paye de ma personne car voilà venu l'heure de mon intronisation.
Jusque là je me dois de reconnaître que les débats ont été d'une belle tenue, après nous être prononcés en faveur de la promotion du triolisme libérateur en milieu rural sur un rapport remarquable et  fort bien documenté  (beaucoup de photos de son épouse) du pharmacien et adjoint au maire Lecornec nous nous sommes penchés sur le nouveau grand questionnement sociétal : lever le dernier tabou celui du cannibalisme clandestin, et instaurer un véritable droit à des pratiques apéritives (D.R.A.P.A.).
Au Cercons, de mon temps, cela faisait déjà débat, j'avais même entre mon colloque de Mars : « Pour un barbecue citoyen ! » et celui d'Octobre: « Le bain moussant facteur d'intégration ? » prévu d'organiser sur le sujet  un grand débat démocratique entre ceux qui étaient pour et ceux qui n'étaient pas contre.
Car enfin n'est-il pas normal d'adapter le droit à l'évolution des mœurs or quoi de plus naturel et comme indigène à notre société que l'anthropophagie, une anthropophagie ouverte, moderne et tolérante s'entend, il ne s'agit pas d'imposer à tous je ne sais quelle tradition condimentaire ou de mépriser les régîmes sans sel, non bien entendu.
Et puis imagine-t-on combien de détresses et de souffrances se cachent derrière l'hypocrisie de la situation actuelle, les derniers chiffres donnés par le rapporteur de l'atelier, « le grand concussionnaire urbain », ce n'est pas un titre maçonnique il était seulement adjoint à l'urbanisme dans la municipalité Lucien Boitel, sont à ce propos rien moins qu'effrayants, le nombre de gens qui dans la clandestinité se mangent un doigt de pied sur le pouce ou entâme belle-maman sur leur table de cuisine en dehors de toutes règles d'hygiène est simplement effrayant alors qu'il serait si aisé, et d'abord par simple humanité, de développer une politique d'anthropophagie ouverte, laïc et responsable, et de mettre en place une réglementation éthique quant à la traçabilité des viandes et les dates limites de consommation (D.L.C.) afin hors de croyances limitantes comme dirait le petit-fils Manganec de donner à cette accomplissement tout humain un élan moderniste et humaniste en même temps que de lui restituer ses valeurs de solidarité festive, imagine-t-on seulement la convivialité que dans les cours d'immeubles de telles pratiques pourraient susciter ou ressusciter.
En regardant notre assemblée, avec une certaine fierté, je pense à ce que me disait ce matin cet imbécile de Chéchignac :
-Vous verrez  le bourgeois livré à lui-même se retrouve vite des nostalgies d'emplumé.
Qu'est-ce que ce crétin peut bien entendre à la modernitude.
Vrai la question me passionne et le rapport est approuvé après quoi  nous avons tous unanimement, enfin peut-être ai-je montré alors un peu moins d'unanimité que la moyenne en attendant avec quelque angoisse la suite, nous avons tous dis-je, mouillé et levé l'index en signe sacramentelle et murmuré la formule rituelle :
-Jeunesse de la veuve, la fraternelle au train !   
C'est le moment, c'est l'heure.
Ainsi que me l'explique le « conseiller suprême de la tablée » maître Jeanneton, ci-devant notaire à La Conche  :
-Cela va être à vous mon jeune ami, ne vous inquiétez pas, à l'origine il fallait prendre la formule au pied de la lettre si j'ose dire et subir l'assaut du grand maître accessoire, mais les temps sont changés bien heureusement et puis avec toutes ces maladies bref nulle crainte... préparez le second sous-gode adjoint de la  fraternelle félicité ! Retentit-il avec une ferveur que je ne lui connaissais pas.
Mais personne ne retrouve l'ustensile sacrificateur à mon grand soulagement et à celui de monsieur le substitut du procureur de la république qui doit conccurement avec moi être reçu soit dés avant recevoir.
-Bon Dieu... oh pardon les petits frères... acredéle qu'est-ce y ‘z'ont't'encore foutu du  sous-gode de la fraternelle.
Avec monsieur le substitut qui attend dans la même posture que moi, le buste en avant, la tête en bas et toutes jupes relevées nous nous regardons avec quelque sympathie de conscrit.   
Impossible de mettre la main sur l'objet sacré, quelqu'un de l'assistance, monsieur le receveur des impôts Gerbaise, propose bien son parapluie mais le Grand Maître accessoire tranche la question :
-Eh bien messieurs nous allons revenir à la tradition... la tradition du progrès s'entend... quelqu'un veut-il officier, pour ma part, je ne sais pas, je n'ai pas trop d'allant... cette saloperie de choucroute de la mer aux bletznecs de midi peut-être... Proclame le con-cessionnaire de magistrature suprême... allez je fais dix pour cent de mieux sur toute la gamme loisirs à celui qui se dévoue... c'est pour l'humain bonheur et tout ça...
-Croire que nous n'inspirons pas tellement ces messieurs ! Me susurre vexé monsieur le Substitut qui avait l'air de s'en faire une fête.
-Moi grande courge si tu veux bien !
Cette voix ! Cette voix si je la connais !
-Monsieur le sous-premier de la voûte, je dois vous rappeler aux usages de notre assemblée.
-Couillon, je t'ai connu tout mouffl' et tu voudrais... allez, bon, ça va j'y vais,  sans quoi, c'est pas toutes tes couilles molles qui vont nous les sacrer... et moi j'ai pas que ça à faire, j'ai une campagne en train moi les petits frangins, voy-iions comment les choses se présentent !
Letroncheur, c'est bien Letroncheur qui se propose de se...  de nous... enfin de me ...
Je cherche à me relever, vrai je préfère encore le parapluie du receveur des impôts, mais maître Jeanneton, l'aut' grand sublime de mes fesses pour les intimes c'est le cas de le dire, m'en empêche.
Letroncheur s'approche, il tapote les fesses du substitut qui rosissent d'aise et...il m'investit.
-Et hop ! Et une campagne hein ça n'attend pas, s'pas le mousse !  
Je ne pense pas qu'il mette autant de conviction dans sa campagne que dans mon introduction.
Ah le salaud ! Oh l'ordure ! Ah l'encu... leur ! (à suivre...)

Publié par urbane à 04:10:15 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chechignac 23/2 par H.T.Fumiganza | 20 octobre 2007

Dans le carré nous entourions Walter qui se préparait à donner ses ordres quand les proprios l'investirent, d'après ce que je comprenais de leur mauvais anglais ils voulaient présenter à Monsieur le Consul deux de leurs cousins .
Qu'elle ne fut pas ma surprise en voyant s'avancer le couple Berthalot.
-Tiens Marie ! Je ne savais pas que vous étiez de la famille. Lui dit Chéchignac en se cornant la moustache du pouce et de l'index.
Marie Bertalot sourit, gênée. Elle avait fait des frais, s'était rasée partout et portait une robe décolletée sinon tout à fait parisienne, au moins très chef-lieu. Même La Rincée son abominable gras du bulbe était en habit de soirée et il y tenait presqu'en entier, il n'y avait qu'un peu de son imbécillité qui en débordait.
Le Chef ‘von le Gueuzec délaissa les amuse-gueules pour faire les présentations nécessaires à la bonne compréhension de l'affaire.
-Eh oui notre petite Marie est de la famille. Mrs Susan Scrotom était née Martine Suzanne Georgette Idraille mon petit Valter, la parenté ne m'est pas apparue tout de suite parce que la chére Suzie avait eu cinq maris d'où un état-civil compliqué et passablement trafiqué, c'est en  consultant les archives du Conchois Libéré, je suis tombé sur l'inauguration du monument au grand homme de la famille, le fameux Marsalin Bertalot, chimiste né à La Conche qui découvrit la salinité de l'eau de mer en noyant malencontreusement son Ricard avec l'eau des moules et dont notre bonne ville a  borné la mémoire en lui érigeant uns statue en Novembre 1953... tiens voilà la coupure...
Walter Chéchignac prit l'article de presse que lui tendait le Chef ‘von le Gueuzec et retira ses lunettes noires :
-... sur la photo tu reconnais parmi les descendants présents deux mignonnes gamines de cinq ans, deux cousines, l'une est notre petite Marie, Marie Bertalot, l'autre et la chére Martine Idraille,  elles ont plutôt l'air de bien s'entendre là-dessus...
-On était toute miôchettes. On s'entendait bien c'est sûr. La Marie Bertalot était bien décidée à faire face.
-Alors pourquoi l'avoir assassiné ? Retentit le Chef ‘von le Gueuzec qui ayant l'affaire à sa main,  multipliait les effets odéonesques. Voilà comment je vois les choses... 
 L'ex-gendarme monté voyant les choses dans le détail il me semble préférable d'en publier un résumé à l'usage des abonnés de la ligne. Au départ de tout il y a cette croisière musicale sur le Nil à laquelle participe le quartet Van Der Meuh, le ténor Décato Vafanculi et la grande Margrath Coucourbitowa.
L'américain décéde donc, naturellement ou pas? Toutes les hypothèses restent ouvertes, aussi bien l'empoisonnement que l'excès de musique de chambre. Sa veuve met le corps en cale, au frais et suivant les dernières volontés du défunt décide d'aller l'enterrer en Normandie prés de ses anciens compagnons d'arme, au passage elle s'arrête à La Conche comme ils avaient l'habitude de le faire quand ils faisaient le pèlerinage annuel de l'américain sur les lieux de sa jeunesse débarquée.
Suzanne va visiter sa famille, enfin ce qu'il en reste soit sa cousine Marie. Elle lui apprend son veuvage, elle est seule, elle a de l'argent à n'en plus pouvoir et elle a décidé pour s'éviter le ridicule d'un sixième mariage avec un type de vingt-cinq ans d'adopter son gigolpince marseillais qui l'appelle déjà maman dans l'intimité.
Notre Marie Bertalot qui avait toujours guigné un petit quelque chose au moment de l'héritage réalise alors devant la toile cirée  qu'elle n'obtiendra rien puisque fils il y aura. L'occasion est trop belle avec son bonhomme ils noient, à la fortune du pot, si j'ose dire, la cousine d'Amérique dans leur marais salant...
Dans le même temps mon impeccable mécanique intellectuelle se mettait en marche avec quelques grincements  sans doute dus au sable et à l'air marin mais je me rattrapais bien vite :
-Gadlu mais c'est bien sûr ! L'épouvantail dans le marais salant, le... le soir de mon arrivée à La Conche ! M'illuminais-je pour l'encourager dans sa distillation intellectuelle.
-Un épouvantail dans un marais salant cela ne vous a pas étonné ! Ironisa le chef ‘von le Gueuzec.
Je poursuis donc ma traduction simultanée du gendarme au français: or donc après la clôture des festivités en mon honneur, ils reviennent chez eux, dessalent la noyée et reprennent la route avec le cadavre et là le coup de malchance, ils rencontrent les musiciens en bord de route qui sont en panne, ils ont voyagé avec l'américaine, il se passe quelque chose, un incident...
La Rincée nous éclaire sans se faire prier:
-C'est pas ma faute... ce con de belge qui a ouvert mon coffre pour voir si j'avais un cric, tout ce qu'il a vu c'est le cadavre de la  vieille et...
-Ta gueule on t'a dit cornard! Lui intime sa moitié mieux renseignée que lui à tous points de vue, pénaux et conjugaux.
Bref  les imprévus s'enchaînant, La Rincée va donner alors toute sa mesure, si j'ose dire, en exterminant son premier quintette à vent. Mademoiselle Br... elle, grâce à sa formation classique de commando échappe au massacre avec l'intention évidente de faire chanter le couple d'homicidaire du dimanche. Ce qu'elle va faire adroitement en leur lançant dans les jambes le petit gigolo marseillais. Et c'est à ce moment qu'entre en scène Letroncheur, La Rincée qui est son ancien chauffeur et travaille toujours à la mairie va se confier à lui un soir de vin d'honneur, une vrai confession républicaine.
-Il faut toujours qu'y cause de trop ce con-là ! Nous précise la Marie Bertalot.
-Ta manie aussi de me faire buter le monde ça me travaillait du dedans... ‘fallait que ça sorte, j'avais pensé... j'aurai bien-t-été à la tévé pou' me raconter mais fallait monter à Paris et puis un soir j'ai croisé not' maître et j'uis ai tout sorti comme ça !
-Il faut dire que notre ami sur sa lancée, venait d'égorger le possible héritier. C'est donc sur le conseil et avec la bénédiction du révérend-frére Letroncheur que notre ami a déposé le cadavre du gigolo dans la chambre de monsieur La Gaspérine.
-Afin de compromettre un concurrent dangereux ? M'enquiers-je avec un peu d'orgueil électorale retrouvée.
-Je crois plutôt que c'est son côté farceur qui a pris le dessus, ‘voir comment vous vous dépatouillerez de ça. Ce que notre petite Marie n'avait pas prévu c'était la paire de rombiers, la seule famille du mari et déterré par quelque avoué new-yorkais trop zélé et les voilà qui rappliquent... après un moment d'abattement notre petite Marie ne peut s'empêcher de penser qu'il ne lui reste plus qu'une marche à gravir et c'est le pactole aussi si je peux me permettre une question indiscrète : où et quand aviez-vous prévu de les mettre en l'air...
-Je... je causerai qu'en présence de mon avocat votre honneur... articule péniblement l'homme des bois qui regarde trop la tévé .
-Toi ta gueule crétin ! Réplique fièrement la Marie Berthalot bien meilleure dialecticienne, c'est h'une ancienne cadre du parti (sans laisser d'adresse) communisse. ‘Faudrait encore voir à le prouver tout vot' beau roman !
Walter Chéchignac prend avec un grand naturel la relève du chef ‘von le Gueuzec exténué comme un vendeur d'aspirateur à crédit après une démonstration en nature:
-Le prouver pour quoi ? Pour qui ? Nous ne sommes pas des flics ou des journaleux ma petite Marie, non plus que Jupiter punissant, nous ne jugeons ni condamnons tout cela ne regarde que votre conscience, le seul coupable que je recherche depuis le début c'est le criminel qui a fait sauter mes vouatéres, celui-là si je le tiens, il a commis l'irréparable, s'attaquer à des chiottes c'est s'en prendre à... la base... au fondement mâme de notre civilisation occidentale ... le chef ‘von le Gueuzec vous a innocenté de cet abominable forfait, fort bien, pour le reste, ma chére enfant, sachez que je m'en bats le poulpiot... malgré tout je ne saurais trop vous conseiller en bonne amitié d'arrêter là votre série, c'est aussi le diplomate qui vous parle, ma petite Marie, aussi je vous le  demande pour la bonne tenue des relations bravado-américaines...
Et plus bas à l'oreille de la Bertalot
-... sans compter que les deux vioques sont vioques n'ont pas de mômes et qu'ils clancheront bien un jour... et s'ils s'éternisent un peu trop je vous donnerai des adresses d‘artisan tueur qui ont encore l'amour du métier. 
Ayant surpris l'aparté, le chef ‘von le Gueuzec s'emporta :
-Alors là vrai, je ne te comprends pas, il y a quand même tes amis musiciens, mon petit Valter, il me semble que cela vaut un peu mieux que ça ! Tes préceptes chrétiens : on ne juge pas et on pardonne c'est bien commode je te leur en foutrais moi, je suis libre penseur, ce serait un peu facile, à ce tarif tout le monde pourrait étrangler sa brignole sans risquer d'embarras gastrique !
    Il aurait bien voulu lui que ça tombe un peu quand même, ‘pas les motifs qui manquaient : noyation de quintette, assassinage de citoyenne américaine, recélement de piano de concert sans autorisation préfectorale, récidivure d'élégie nocturne, égorgeaison de gigolo en dehors des dates d'ouverture  et défaut de disque de stationnement sur une zone de livraison .
-Oui sans doute n'avez-vous pas tout à fait tort chef, mais enfin ne dramatisons pas... je vous rappelle que ce n'était que des  musiciens... pire des interprètes !... vous n'imaginez pas ce qu'ils ont pu faire à ce pauvre Shubert !
-Votre Choubert je l'emmerde ! ‘connais même pas, c'est h'une question de principes c'est tout !
Maintenant le Chef ‘von le Gueuzec boudait, ah pour une soirée réussie, c'était une soirée réussie.
 *
    Ces problèmes administratifs réglés à la satisfaction des uns et à la désapprobation de l'autre, la question du cadavre homicidaire demeurait, il fallait s'en débarrasser et sans se salir les mains encore ni compromettre notre santé, nous interrogeâmes le couple de proprios, la cérémonie était pour l'après-midi du lendemain au cimetière américain de La Ponche sur mer.
-Si encore il était hindouiste, on ferait un chouette feu de bois sur la plage et on chanterait des chants scouts et fffflllt ! ‘Sûr qu'il était pas un peu hindou le moutardier ? Voulez-vous traduire mon petit.
Le petit-fils Manganec s'étonna :
-Quand même pour un diplomate, vous ne parlez pas même un peu d'anglais.
-Aucune langue étrangère. Je ne pratique que le Gallosylvien  et le Merlotin que papa a réintroduit dans les années et quelques...
-Le gallosylvien ?
-Une maniére de gaulois des bois, je parle aussi le latin classique et le Grandgaullard, le français éternel quoi... demandez lui don' aussi dans quelle arme servait son petit cousin pendant la guerre ?
-Marines corps, je semble croit-eux. Rendit compte le polyglotte.
-Ah ça ! Ah tiens don'. Dîtes-moi chére petite ma'âme et si nous allions relever quelques casiers .
-What ? Casi ?
-Tipically brittany'customs.
-Vous oubliez mon cher Valter les recommandations de votre papa.
-Loin de les oublier elles me fortifient au contraire dans ma résolution de prendre la mer et de rendre à notre libérateur les honneurs maritimes que nous lui devons mon petit La Gaspèrine.
 Cédant au caprice consulaire, les ordres sont donnés d'appareiller dans les meilleurs délais.
Et à trois heures du matin nous quittons le port de La Diguedondac'h, serré de prés par La Détestation, armée en guerre.
Je ne peux m'empêcher de me demander avec quelque inquiétude si ce cher Walter ne chercherait pas une victoire navale à bon compte sur les américains?
  
*
 Je m'étais endormi sur un anglaise bourrée et même dans une anglaise bourrée qui m'avait invitée dans sa cabine et qui tout soudain  se met à croire à la résurrection du beefsteak et tout ce genre de choses, et de m'encourager à la posséder plus avant, mais outre que je suis au dernier cran de ma gaule télescopique, force m'est de reconnaître que ce ne sont point mes appétits qui se sont réveillés mais bien plutôt la mer qui nous remue et avec quelle force tutoyante et ... pénétrante.
C'est bien simple il y a presque un demi-mètre d'eau dans notre nid d'amour.
 
Je me retire avec le flegme du gentleman britannique qui se rend compte au petit matin de ses noces, God Damned ! que c'est une femme qu'il a épousée.
-Sorry miss.
Je parvins en titubant jusqu'au pont où Walter Chéchignac et le Chef ‘von le Gueuzec disputent une ultime main de Bertille.
-Ma Ford GT 40 !
-Le souvenir de mes femmes !
Dire s'ils jouent gros jeu.
-Messieurs je crois bien que nous coulons.
-Il semble oui.
-Tout le problème de ces rafiots ritals, c'est parfait pour se bronzer la couenne  mais ça vaut rien devant la vague.
Et ils se marrent, nous sommes en plein naufrage et eux rigolent.
Alors je comprends... je comprends que ces salauds-là ont sabordé le yacht !
-Mais c'est de la piraterie pure ! M'exclamai-je. Mais sans grand retentissement sur les consciences car la tempête montre sur le point de la conversation une toute autre éloquence que moi-mâme.
Je regarde autour de nous entre deux paquets de mer envoyés franco de port.
-Mais... il n'y a plus personne...
J'imagine avec effroi qu'ils ont dû passer tous les jet-seters à la planche : 
-Où... où sont-ils tous passés ? Qu'en... qu'en... qu'en avez-vous fait ?
-Bi britiche mon vieux ils sont à bord de La Détestation on a pas voulu vous déranger pendant que vous tiriez votre coup mon cher. A propos si vous en avez terminé il serait peut-être temps de faire monter votre petite fiancée, enfin c'est à vous de voir... vous avez encore gagné chef...
   *
 Nous nous éloignons à force de rames en regardant le beau yacht bleu qui coule avec une certaine tenue, la tempête s'est un peu calmée mais la mer est encore bien remuante, soudain j'aperçois quelque chose, une présence humaine, mais oui, quelqu'un nous fait des signes depuis le bateau en perdition :
-Mais... mais regardez don' bon sang de bois il y a encore un homme à bord !
-Ah merde y va falloir qu'on s'en retourne ! S'exclame le Chef ‘von le Gueuzec en ajustant ses jumelles de cavalerie... oh mais non... mais c'est le petit sous-préfet !
-Vous m'avez fait peur La Gaspérine. Me réprimande gentiment le cher Walter en tirant un peu plus fort sur les gaffes.
-Mais comment ... mais on ne fait rien... Walter enfin quoi !
-Pas le temps, j'ai un apéritif dansant à La Conche pour midi.
Le Chef ‘von le Gueuzec me rassure :
-Ne vous tourmentez pas monsieur La Gaspérine c'est un petit trou du cul, il m'a sucré deux fois mon permis. ‘va la race est féconde, ce ne sont pas les vocations de flics qui manquent ... et puis peut-être est-il bon nageur !
Les journaux du lendemain nous apprirent qu'il ne l'était point.

Publié par urbane à 03:39:19 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

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