Walter Chéchignac 23 par H.T.Fumiganza | 03 octobre 2007
23.
Pratiques confiscatoires et croyances limitantes en milieu aqueux.
-Dîtes-moi Kelbonbec c'est quoi ce type là-bas ?
-C'est un universitaire, un chercheur en ethno-sociologie qui prépare une thèse sur le rapport à la mer et la nidification chez le marin-pêcheur.
-Il n'est peut-être pas utile capitaine si nous sommes amenés à quelque confrontation de s'encombrer d'un possible témoin?
-Lui ça risque pas. Il voit rien, il comprend rien et si ça rentre pas dans la grille ça n'existe seulement pas. Et puis c'est le petit-fils du Père Manganec alors... sans compter qu'en cas d'avarie il pourra toujours servir de poupée de bord à l'équipage.
Il n'y avait pas que le chercheur qui était en surnombre et point inscrit au rôle, je découvris une fois en mer que feu Marcel Chéchignac dit le Grand Vate était du voyage. Il jouait avec trois des marins de la Détestation à la bertille, un jeu de cartes de terre neuvas qui se pratiquait le plus souvent sans cartes et quelques fois avec un couteau, chacun des joueurs s'arrachait quelques poils qu'il tenait dans son poing fermé et il annonçait trois poils, cinq poils, les enchères montaient vite : deux ongles, un orteil, deux oreilles le sans couille étant la plus haute enchère et consentie seulement par nuit de pleine lune en doublant le cap Horn sans clignotant et à force de rhum. Ceux qui avaient réussi de telles paris étaient lobjet d'un respect unanime et dûment appareillés se reconnaissait à un léger tintement à la marche.
Au temps de nos rois, le Cardinal de Richelieu avait interdit ce jeu de con...chois qui prenait dans sa marine en découvrant que La Bertille, le grand amiral des galéres joueur invétéré retentissait comme l'angélus en grand conseil. On lui en expliqua les règles il les jugea coûteuses :
-A la mer il faut des couilles !
-Les miennes sont du meilleur bronze éminence ! Lui avait rétorqué La Bertille qui devait se faire tuer la semaine d'après à la bataille de Méffenbourg sur Meuse en recevant en partie basse un boulet de 15 livres, cette greffe-là n'avait pas pris mais le jeu conchois depuis portait son nom.
Le Père Chechignac ne jouait pas si grand jeu, économe de ses poils du cul il savait manœuvrer comme il fallait.
Etonnant cette manière qu'il avait de hanter avec familiarité et désinvolture, la casquette en bas et les mains dans les poches comme en pensionné flâneur, en bouliste repenti nos existences terrestres... et maritimes. Ici tous l'appelaient « Feu Père ».
Son fils le regardait taper le carton avec la tendresse amusée d'un jeune papa qui découvre son dernier-né en train de chier dans le compotier offert par belle-maman.
-Vous n'avez rien perdu mon cher Marcel ! S'exclama admiratif le bosco, quinquagénaire distingué quoique salé et boucané par la proximité du large où son métier le cantonnait quotidiennement.
Chéchignac m'avait dit qu'il avait été dans une autre vie ingénieur agronome et donc pourrait peut-être utilement me renseigner sur les derniers progrès et ce que serait la mode d'hiver en matière de betteraves à nœuds car jétais bien certain que la terrible Mademoiselle Br... n'avait point abandonné la partie, alors autant avoir un sujet de conversation lors d'une prochaine rencontre.
D'ailleurs chacun des membres de l'équipage de La Détestation avait eu une existence notable avant leur destinée maritime, le cuistot était un ancien président de cour d'appel, Hulme de Chambeulac, qui venait d'être relâché, l'avait eu comme professeur et les deux marins ravaudeurs de filets avaient exercés quelques hautes responsabilités dans l'industrie semi-lourde.
Tous connaissaient Bédoncle le barman de La Bégude qui n'avait pu nous accompagner car il recevait, à l'invitation des sœurs Dartemont, son oncle des Espiasses, qui voulait voir la mer et se reposer d'une année épuisante, et que tous appelaient « Patrate » ou « Expectance », c'était je crois des titres honorifiques, des espèces de magistratures morales chez les barmen et tenanciers. (voir "Les Oeuvres Probatiennes" en vente dans toutes les bonnes librairies!)
-La Bertille c'est comme le char à voile ça ne s'oublie pas mon gars! Remets-nous une bolée autant le rentrer avant le mauvais temps.
-Oui n'est-ce pas cela vient sur nous ne dirait-on point ? Confirma le bosco avant que de se corriger « pour pas décevoir » en apercevant le petit blanc ethnologuant :
-... je va' nous cherchions une bouteille.
Le bosco s'étant levé pour aller prendre du cidre conchois, qui à la supériorité sur tous les autres d'être élaboré avec du raisin et seulement le noyau des pommes, je l'interrogeai.
-Mais cela ne vous gêne pas, enfin de jouer avec... avec un mort ?
-Béh non pourquoi cela ? Certes le bridge conviendrait mieux mais... une idée ça ! Il faudra que j'organise une table de bridge la prochaine fois que l'on va au Blétznec.
Le raisonnement valait ce qu'il valait.
-Je peux jouer avec vous ? Demanda le sociogéne intrigué par les plaisirs simples des spécimens à l'étude et soucieux de gagner leur confiance en s'épargnant les transes rituelles d'initiation et autres pratiques scarificatoires douloureuses .
-Désolé la table est faite, et puis à cinq c'est emmerdatoire la Bertille.
-Mais... mais vous n'êtes que trois ! Fit-il remarquer avec quelque aplomb comptable
-Ah ouais... ouais mais on attend du renfort... ma belle-doche qui doit nous rejoindre à la nage...
Le sociogogue nota la remarque avec sa traduction sur sur son carnet d'observation : « ... attirance maladive et familiale pour l'eau et les exercices nautiques. Alcoologie compulsive... se fout' de moi ces cons-là otudjuuu! va te leur fout' un motif moi ! »
Il était le seul qui ne voyait pas le fantôme, sans doute à cause de ses dons d'observation.
*
Le commandant du yacht bleu avait annoncé qu'il relâcherait dans le petit port très « high life » de La Diguedondac'h et quand nous fûmes en vue nous l'aperçûmes déjà à quai pelotés par d'autres bestiaux de même tonnage, un vrai concours milliardairicole.
-Le mieux serait d'attendre la nuit. Décida le consul Chéchignac en repliant sa longue-vue et en faisant distribuer à l'équipage double ration de cigares bravadiens et vieux calva conchois.
A minuit la tempête prophétisée par le grand Vate n'était toujours pas là mais pourtant ça commençait à pas mal tanguer, même le sociotruc qui, enfin admis dans le cercle des joueurs de Bertille, se lançait dans des enchères insensées :
-... cinq cacas de nez !
-Tapis !
-Mes... mes aaaamis....Aaah... aaaalons-y ! Commanda Chéchignac déjà bien écorné.
Sur le port le yacht bleu était illuminé comme un transatlantique déroulant en plein pacifique et les héritiers qui semblait-il n'avaient point dessaoulés depuis quinze jours organisaient une énième fiesta en recevant force collègues milliardaires rameutés là par phonie satellitaire et instinct grégaire.
Nous nous préparâmes, mais à ma grande surprise nous n'enfilâmes point des tenues en néoprène de plongeur autonome mais des smokings en soie sauvage de mondain hétéronome :
-Où don' avez-vous trouvé ça mon cher Valter ?
-J'en garde toujours tout un assortiment à bord du chalutier. On imagine pas combien la pêche au Blétznec peut occasionner de mondanités... ah voilà papa !
Le grand Vate Marcel Chéchignac était demeuré en civil, il n'y avait de changé que la paire de lunettes de soudeur autogène qu'il avait passé sur le front :
-Avec mes yeux bleus j'ai toujours craint la lumière et les éblouissements, le gamin est comme ça lui aussi, bon les gars vous m'amenez les bouteilles à bord s'pas. A tout de suite.
Il enjamba le passavant et s'en alla à pieds sur l'eau épaisse et battante comme un flanc de mule.
C'était vrai qu'il avait de très beaux yeux bleus le spectre, mais ça aussi ce ne devait quand même pas être très réglementaire.
*
Nous n'eûmes aucun mal à faire monter notre délégation à bord du yacht bleu, Son Excellence le consul général Chéchignac connaissait tout le monde ou presque. Il saluait chacun tout en tirant très naturellement son petit chariot contenant les bouteilles et le chalumeau oxyacéthylénique.
Le bosco se chargea de les acheminer jusqu'au grand mage dessoudeur tandis que les héritiers du propagateur de The Real and Uncomestible French Mustard me faisaient les honneurs de leur nouvelle résidence nautique.
C'était un couple de septantenaires de Chicago, elle en layette à smokes rose bonbon, lui en smoking lamé bleu-pétrole, ils faisaient plus gagnants du super-maxi Bingoconno que vieux bostoniens et s'extasiaient sur toutes les saloperies coûteuses et les « pipoles » soldés qui ornaient leur nouvel intérieur.
Après une bonne demie-heure de papotages incompréhensibles, ils ne parlaient pas français et j'avais obtenu seulement 19,5/20 à l'oral d'anglais du concours de sortie de l'Ecole, je fis appel au sociotrope qui avait passé une licence de coréen moderne et deux certificats de javanais d'affaires, par bonheur le Chicaguien se révéla être un heureux mélange des deux idiomes. Bref nous nous exprimions en un anglais coloré et gestuel, quasi divinatoire.
Sur ce le grand Vate autogène vint faire son rapport à son fils.
-Dis-moi mon garçon, le collègue en bas, le mort dans le congélateur il va pas bien du tout...
-Je m'en doute père.
-Non lui il se néglige vraiment, ils l'ont collé dans un grand congélateur bahut publicitaire aux armes de Scrotom the real strawberry's french mustard .
-Sans doute là qu'il mettait ses échantillons, il profitait de ses croisières pour visiter ses représentants paraît-il.
-En fait d'échantillons j'ai plutôt l'impression que c'est h'une belle collection de saloperies qu'il y a là-dedans, ton macchabée il est farci comme une oie de Noël mais pas avec de la truffe, avec des vers et des mouches et des puces et des poux et d'autres bestioles encore enfermés dans des tubes de verre, je ne sais pas ce qu'ils préparent mais cela ne sent pas bon...
-Vous voulez dire Feu Père que ce pourrait être de... de l'offensif ? S'inquiéta le Chef von le Gueuzec qui déductivait à la paresseuse, le reptilien à la portière en s'empiffrant de toasts au caviar.
-Ben possible que c'en soye mon gars et du contagieux, j'ai bien fait de m'y coller, rien qu'à voir le titulaire il a une toute sale gueule tu peux me croire et c'est pas le mal de mer. Non vrai c'est pas de la réclame un cadavre comme ça et même ça fait du tort ! Conclut le Mage Chéchignac en pelant de ses gros doigts surnaturels quelques rondelles de saucisson conchois, le seul qui soit élaboré avec de la couenne de receveur des contributions de première classe.
-Et dans deux jours ils l'enterrent en grande pompe au cimetière américain de La Ponche il y aura même un sous-secrétaire d'état américain pour la cérémonie.
-Ma foi c'est pas tant la cérémonie qu'il faut redouter que ses suites. Et pas besoin d'ouvre-boîtes, pas difficile de deviner qu'en le manipulant comme il convient au moment de la mise en bière les tubes vont casser et libérer en grand dans la nature toutes les saloperies ! Confirma feu le grand Marcel Chéchignac en se grattant les couilles, pour vérifier qu'elles étaient toujours comme aurait dit le cher Hulme de Chambeulac : « bien plésentement là ! »
-Un mort qui vérole d'autres morts ? Ah le concept est intéressant, nous ne sommes pas loin du crime parfait mon petit Valter... mais décidément il n'y a vraiment plus de respect pour rien.
-Créer un foyer d'infection dans un cimetière, l'idée est généreuse. De fait entre les scolaires qui visitent avec leur instituteur et les familles qui viennent des U.S.A se recueillir sur les tombes des leurs cela ferait une bonne rampe de lancement, la contagion s'étendrait vite et un peu plus loin que l'arrondissement.
-Les vers et les mouches ! Quelle saloperie ces bestioles-là ! S'exclama le grand Vate en lâchant ses charcuteries apéritives. Tu te souviens Voualtére au tout début de ma mort j'allais encore fleurir ma tombe quand je m'emmerdais, j'essayais d'aménager un peu le la chose de rendre ça joliet mais rien que de voir et de penser à ces trucs-là ça m'a coupé l'inspiration. Heureusement que tu t'en occupes...
-A propos tu as vu p'pa le monument que j'ai commandé ?
-Le monu... oui très bien... un peu haut peut-être ?
-Quarante-trois mètres cinquante père ! Record d'Europe ! Il a fallu que j'éclaire les yeux à cause des avions. J'ai fait venir de Corée du nord le sculpteur par malle diplomatique, tu as vu comment il a réussi les boutons du veston et les lacets de tes chaussures !
-Euh...Oui, très bien, un peu haut mais bien. Bon maintenant je rentre il se fait tard, garde-toi bien mon garçon... tu as raison c'est peut-être bien contagieux pour vous aut' ç'te saloperie-là alors ce serait aussi bien de vous en débarrasser. Maintenant ce que j'en dis moi... ah aussi, j'oubliais, j'ai refait toutes les soudures et condamné les serrures... et encore un truc... les bouteilles sont vides, oublie pas de les ramener elles sont consignées ! Puis aussi évitez de prendre la mer cette nuit ça va secouer ! Kénavo Chef von le Gueuzec...
-A se revoir Feu Père et bien des choses à tout le monde là-haut hein... si vous croisez mes femmes... Oh dîtes-moi vous auriez pas un tu-yau pour le tiercé de dimanche ?
-Toujours le turf toi mon gars ! Le 17 et le 15, ils ont pas de poids et avec ce qui reste à pleuvoir pour le vouiquinde ce sera du lourd, m'étonnerait pas qu'y soyent à l'arrivée. Allez bonne lunaison m'sieurs-dâmes !
Cette fois le Grand Vate Turfiste Marcel Chéchignac s'évapora dans la nuit chaude sans éveiller l'attention des invités déjà tous passablement envapés. Les serveurs circulaient avec des lignes de cocaïne tracées à même les plateaux et chacun de sortir sa paille d'argent même monsieur le sous-préfet, personnalité invité s'en mettait un grand coup à la santé de la narine nationale.
-C'était un brave homme ton papa toujours prêt à donner un coup de main à la manœuvre. Remarqua le bosco pris d'une nostalgie subite et vérifiable.
Pour ma part je m'interrogeais sur la destinée de ce pauvre Joël Noyeux :
-Dîtes-moi mon cher Walter vous croyez que c'est pour cela, j'entends à cause de la possible contagion que les autorités ont dépecé le pauvre Noyeux et soigneusement planqué sa peau ?
-Peut-être, c'était le genre à faire tapisserie dans les raves-parties non ?
-Plutôt oui.
-Il s'emmerdait, il aura voulu visiter le bateau, il s'est paumé, retrouvé à fond de cale et là... pas un peu cinéphile le collègue ?
Décidément il m'épatait avec ses sherlocholmades le cher Walter.
-Mais oui en effet quand il était gamin c'était un élève docile et mâme... bien mâme insignifiant mais il n'y avait que le jeudi matin qu'il s'animait, la veille il avait passé sa journée dans les cinémas de quartier à bouffer des esquimaux en regardant les nouveaux films sortis.
-Eh bien alors il a ouvert le congélo pour se chercher un esquimau... un esquimau d'entracte comme dans le temps...
-Et il aura suffit d'un... d'une puce en rupture de banc pour... Quand même quel destin incompréhensible !
-Vous devriez faire une loi pour réglementer le destin individuel... Mais non croyez-moi c'est la nostalgie qui l'a tué. (à suivre...)
Publié par urbane à 02:06:44 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...)
|
Commentaires (0)
|
Permaliens
Walter Chéchignac 22 par H.T.Fumiganza | 24 août 2007
22.
Con... con... condidat!
Ce n'était pas sans une émotion certaine que je me préparais à retrouver La Conche et la maison aux prestiges du cher Valter mais je me devais d'abord de rendre visite à Medpeu et La Branlaye qui luttaient en quelque façon pour une certaine idée de la démocratie participative.
Ils étaient dans la salle d'attente du consulat en train de draguer des ressortissantes bravadiennes en instance de formalités, jeunes étudiantes en économie planifiée et lutte des classes qui venaient parfaire en République Démocratique Française (RDF) leurs études supérieures prolétariennes.
Mademoiselle de Plombelec tentait bien de rétablir l'ordre mais ils étaient salement remontés les deux réfugiés politiques, tout rutilants de bonne santé et de forte alcoolémie ils se promenaient en slip et charentaises, l'opinel à la main, saucissonnant et vantant leurs capacités génésiques, selon eux très au dessus de la moyenne plafonnée.
-Ils ne cessent d'importuner les dames et de raconter des cochonneries ! Le petit n'arrête pas d'exhiber son machin ! Oh mon petit Valter si tu pouvais nous en débarrasser.
-Le droit d'asile est sacrée mademoiselle. Mais enfin je vais voir... Messieurs, messieurs je vous en prie...
-Tiens il est là çui-là ! Oh putain et avec le mousse encore ! Alors la petite voiture elle marche bien... et si on te crevait les pneus tu serais bien emmerdé hein...
Martial Médpeu, barbu et sale, avançait vers nous, menaçant, il avait remisé son saucisson dans son slip et marchait son opinel à la main, les yeux rougis et huileux, la lutte clandestine les avait bien changé.
-Bon Dieu ! Vous avez trois minutes pour foutre le camp dans votre cave ou je vous déclare en grève illimitée de la faim et je balance un communiqué à la presse! Gueula le cher Valter convalescent et que notre dure nuit avait quelque peu éprouvé.
Mepdeu frissonna puis s'ébroua, merdeux comme un chien de chasse qui s'extirpe bredouille de l'étang aux canards et précédé par son comparse en com'erie se précipita vers les caves du consulat.
*
Ils étaient d'ailleurs fort bien installé, les caves tenaient plutôt de l'entresol cosy à l'anglaise agréablement aménagé, un rien bohême, il y avait des journaux de fesses par terre, des cannettes de bière, des cassettes vidéo, des collants et des capotes usagées.
Quand ces messieurs les conseillers réapparurent ils avaient retrouvé meilleure allure.
-Excusez-nous c'est ce salaud de Tintin le taulier du 10/18 qui est venu nous voir tout à l'heure, soi-disant parce que nous sommes ses meilleurs clients mais à la vérité sans doute voulait-il obtenir des renseignements et juger de notre esprit de résistance et du moral de la troupe, il nous a fait boire du vin de noix de son parrain... c'est terrible !
-Je sais, je connais, approuvai-je.
-Bien maintenant La Gaspérine parlons un peu de votre avenir, alors cette fois ce sera la bonne, vous nous êtes revenu, vous allez voir ce qu'on va leur mettre.
-Ah mais non mais ce n'est pas ce que vous pensez...
-Comment vous n'êtes pas ici pour la chose... le passage à l'acte, vous voulez le perdre ou pas votre berlingue électoral ! Vous êtes plus en âge de rester électeur. Enfin réfléchissez la route vous est ouverte... votre prestige est intact et même renouvelé et augmenté par les tribulations de votre remplaçant, d'ailleurs chacun pense ici que c'est Letroncheur qui l'a buté, à cause du rayon crémerie...
-Le rayon crémerie vous êtes sûr que c'est un mobile de crime ?
-Et comment don', le parti a toujours touché un petit quéque chose et même un bon petit quéque chose sur le rayon crêmerie-produits frais de la grande distribution, ici ils avaient signé avec Edgar Letrouble des Centres Letrouble il est de Petros-Duisec, presqu'un enfant du pays, jusqu'au jour où le Lucien Boitel est parti rejoindre le grand plombier de l'univers, la succession revenait naturellement à Letroncheur, dans un premier temps il a pris la suite aux conditions habituelles et puis il s'est rebiffé et il a dénoncé les accords crêmerie-produits frais, il voulait faire revoir son pourcentage à la hausse, panique à bord au Parti... et dans la crémerie parisienne, c'était un précédent qui pouvait tout fou't par terre alors il a bien fallu trouver quelqu'un à lui mettre dans les pattes et c'est tombé sur vous. Il s'agissait pas de le menacer mais de le déstabiliser et le ramener à la raison. Vous l'avez vu en campagne et bien dans les affaires il est tout pareil affectif et exagéré.
-Ainsi c'est pour ça ! Pour figurer dans une carambouille de boulevard que j'ai été choisi !
-Vous ne vous doutiez de rien ? Vraiment ?
-Eh bien non, non, je croyais... je pensais... j'imaginais...
-Vous croyez qu'on vous avait distingué eu égard à vos qualités d'homme d'état et votre caractère trempé ! Allons, allons soyons sérieux votre docilité convenait, quand elle vous a fait défaut un soir d'exaltation hormonale, paraît-il, eh bien vous n'avez plus convenu. Voilà tout !
-Mais alors et Noyeux ?
-Le Noyeux, ou devrai-je dire le Noyé puisqu'aussi bien nous pouvons employer le participe passé maintenant hiirc ! hiircc !...
Médpeu n'avait rien perdu de son humour agaçant et mal à propos.
-... bref votre petit camarade avait lui deux gros défauts: il était honnête et faisait ses courses le samedi, c'est au rayon fromages qu'il a tout découvert, en discutant avec le chef de rayon, un con à œillades vous voyez le genre, c'est toujours le petit personnel qui ruine les belles combinaisons, votre Noyeux a fait un renaud pas possible au parti, une semaine après on l'a retrouvé joyé le Noyeux... euh noyé le Joyeux, bon je rigole mais le plus troublant c'est le rapport de gendarmerie et l'autopsie qui a été pratiqué contre tout bon sens, ils ne se sont presque pas occupé des boyaux...
-Et pourtant la lecture des boyaux c'est toujours par ça que je commence le matin avant même le journal. Important pour se tenir au courant dans une enquête. Remarqua le Chef von le Gueuzec.
-Eh bien eux ils ont juste retourné la peau comme un gant, un peu à la manière dont on prépare un lapin, vous voyez...
Je ne voyais que trop bien ce pauvre Joël écorché.
-...d'ailleurs le Chef von le Gueuzec qui a été chargé par la famille de ce pauvre Noyeux d'enquêter à titre privé en a été le témoin ?
-En effet et j'en ai causé encore la semaine dernière avec Mau-Mau...le Professeur Maurice Maurin-Pointard que l'on aurait dû appeler en pareil cas surtout pour un parisien et une pointure encore...
-Une pointure n'exagérons bien, il était bien gentil ce cher Joël mais de là à ...
-... au lieu de quoi ils ont réquisitionné deux toubibs militaire du camp d'aviation de La Ponche, c'est à croire qu'ils voulaient se le faire en civet le candidat ou à la chasseur, et notez qu'il a été impossible de retrouver la peau, les gendarmes et le juge d'instruction disent qu'ils l'ont jetée, qu'ils n'en avaient plus l'usage puisqu'aussi bien l'information était close: mort accidentelle... oui tout cela est bien étrange...
Nous quittâmes les deux défenseurs de la foi et arrivé sur le trottoir Walter demanda au Chef von le Gueuzec :
-Dîtes-moi il en était de la petite fête à bord du yacht bleu votre candidat ?
-Béh ma foi... il me semble oui l'avoir aperçu su' le pont... pourquoi mon petit Valter tu penses... c'est marrant ça me trottait aussi...
-J'aimerais bien le voir de prés le défunt, l'inventeur de « the authentic strawberry'french mustard ». Je vais demander au Capitaine Kelbonbec de préparer la Détestation.
-Moi je téléphone aux capitaineries de port pour savoir s'il est signalé quelque part et je t'appelle dés que j'ai des nouvelles mon petit Valter.
-Fort bien, vous venez La Gaspérine aaaallons prendre quelque repos avant que de repartir vers de nouvelles aventures.
Il était de belle humeur le cher Valter depuis qu'il savait que la belle madame Belcourt n'était pas indifférente à sa personne.
-Si ce sont des aventures maritimes très peu pour moi.
-Ne fâites pas votre bêcheur La Gaspérine.
-Je suis faaaaatigué de tout cela.
-Allez rentrons à la maison, venez sur mes genoux vous vous faaaaaatiguerez moins.
Nous traversâmes la ville dans cet équipage étonnant de jeunes mariés handicapés moteur, mais arrivés à la maison du druide une surprise nous attendait.
*
En effet ce fut le cher Doubi le chef des services secrets prukhmen en personne qui nous ouvrit la porte.
Je pensais aussitôt, quoique faaaatigué :
« Oh merde ça y est c'est reparti pour un tour de manége infernal ! »
-Cherrr Voualtérrre quel biencontrrreux plaisirrr de vous revoirrr !
Le prukhmen n'était pas menaçant, au contrrrairrre il sourrriait, ah zut v'là que ça me prend moi aussi, ce doit êtrrrre contagieux le rrroulement de « r ».
-Colonel Dubaïev quelle bonne surprise !
Ils s'embrassèrent à la prukhmen, férocement sur la bouche, peut-être y mirent-ils la langue tant ils montraient d'empressement sentimental.
Pour ma part je n'y comprenais plus rien, il n'y avait pas deux heures nous échangions nos bons vœux de prompt démolition et force coups de flingue et grenades def' en veux-tu en voilà et maintenant ils faisaient assaut... d'amabilités.
Un peu plus loin dans la grande salle à manger Dona Chupita y Gomez faisait goûter les enfants du prukhmen et échangeait avec sa dame des recettes de confiture à la rrrrhubarrrbe y bolones. Dona Chupita mettait des boulons partout, elle aurait pu écrire un livre de recettes de cuisine insurrectionnelle.
-Vous... vous connaissez ? M'étonnais-je.
-Le Colonel Dubaïev, Doubi est un ancien du KaGuéBé, nous nous sommes connus à Prague au temps de notre jeunesse.
-Le bon temps rrrrévolu hélasssss !
Ah non là s'il se mettait à rouler aussi les « s » je démissionnais.
-La belle fraternité des services n'est pas un vain mot, c'est une grande famille. Me renseigna ému le cher Valter en serrant une fois encore le cher Doubi dans ses bras.
Pour le reste les explications étaient simples le cher Doubi était au chômage, Mademoiselle Br... avait dénoncé ses carences chroniques et déconvenues récentes à leur gouvernement et prit sa place à la tête des redoutables sinon redoutés services secrets prukhmens .
-Ah la sale cafetière ! M'indignais-je. J'étais moi-même encore sous le coup de la trahison de mon adjoint à la Filière truc-chose.
-Je licencié. La location maison saisonniérre dénoncée. Je me perrrmetrrrer venirrr à vous.
-Vous avez bien fait mon colonel. Ma foi il me semble bien qu'on embauche chez nous, je vais me renseigner, je pourrais vous avoir un poste d'adjoint middle east center and western europa et quelques heures de... de « ménage ». Et pour ce qui est de la pizzeria je ne devrais pas avoir trop de mal à négocier un arrangement avec votre propriétaire.
-Ah je trrrés bien, même si perrsonnel défaillant, prrroprrement perdu chef de rrrang maîtrrre d'hôtel serveurs mais deux plongeurrrs rrrestés loyales à moi.
-Des plongeurs de combat cela ne m'étonne pas. C'est un service public que le monde entier nous envie. Ce sont des gens d'honneur ! Approuvais-je avec quelque lyrisme .
-Non commis bengalis, pas comprrrendrre Prrrukhmen, pas frrrançais non plus, pas au courrrant de rrrrien mais fairrre vaisselle trrrés assidûment.
Publié par urbane à 04:39:49 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...)
|
Commentaires (0)
|
Permaliens
Walter Chéchignac 21 par H.T.Fumiganza | 24 juillet 2007
21.
Mi-temps chez les structuralistes.
J'arrivais au Coin Maurin chez Dartemont sœurs, essoufflé mais sauf, au moment mâme où Valter Chéchignac faisait faire un dernier tour de fauteuil roulant aux mômes avant que de quitter les lieux :
-Eh ben mon vieux vous vous êtes baigné tout habillé ?
-eu sais... Je sais... où il a déménagé le Pizzaiolo !
-Il n'a pas déménagé c'est son jour de fermeture. Répondit Dartemont-Chambeulac.
-ademoiselle Br... lai vue... y r'tiennent votre sœur... oulevard des belges.
L'expédition punitive fut vite montée et nous nous retrouvâmes dans la camionnette de fonction du Chef von le Gueuzec devant la maison de pécheur où j'avais été enfermé.
-Vous êtes bien sûr ?
-Je suis formel c'est là qu'ils m'ont emprisonné et torturé.
-Torturé vous y allez fort mon cher, une simple prise de contact tout au plus... bon aaaaallons-y !
Chéchignac s'était levé sur ses cannes bien décidé à commander l'assaut qui délivrerait son amour impossible.
Il n'en fut que plus déçu de ne point la trouver au logis, ils avaient déménagé et emmené la femme d'intérieur à l'extérieur.
-Vous vous seriez pas gouré de numéro? Hasarda le chef von le Gueuzec.
-Et ça ! Dis-je avec quelque emportement et en désignant le grand piano à queue bleu nuit.
Nous retournâmes à l'agence annoncer la mauvaise nouvelle à Dartemont-Chambeulac qui était en rendez-vous avec un cocu en short :
-... nous n'avons plus de vie de couple et elle s'absente toute la matinée de la caravane... et le soir elle revient à des onze heures avec du sable dans les cheveux.
-Nous allons faire une enquête et...
-Pas besoin d'enquête vous êtes au camping des palétuviers ? S'interposa le chef von le Gueuzec.
-Oui, oui les palé...
-Elle est rousse ?
-Ah ça oui.
-Eh ben alors c'est le disque-jockère qui la tire votre dame ! Il a ses chaleurs en août si on l'arrête pas il va nous véroler toutes les rouquines de l'arrondissement. Je ne vous raccompagne pas vous savez ce qu'il vous reste à faire
Non il ne voyait pas vraiment: son devoir de cocu sans doute ?
-A l'ordinaire on met du gros grain ou de la balle à ailettes pour tirer le disque-jockére en plaine, ouais c'est ça prenez de la Brenneke spécial musicien. Insista le Chef von le Gueuzec qui sur la question de l'honneur était intransigeant.
Mais non vraiment sans façons, il n'était pas tellement partant pour le crime passionnel « the shortman », pas plus que pour la chasse à cour, où pourtant coiffé comme il était il aurait fait bonne figure, alors il ramassa son poste de radio, son parasol et son tapis de plage et quitta la pièce, déjà résigné.
C'est émouvant un cocu, les dames ne s'en rendent pas compte, mais souvent il y a chez eux moins de virilité blessé que d'enfance déchue.
-Vous ne l'avez pas trouvée ? S'inquiéta Dartemont-Chambeulac ? Mon mari aussi a disparu et regardez ce que j'ai trouvé dans la boîte aux lettres.
Valter lut à haute voix la missive :
-Nous avons enlevé le grrrrand blanc subséquemment et nous ne le rendrrrrons à sa famille que s'il arrête prrrrésentement ses connerrrries ...
-Vous avez une idée monsieur Chéchignac ? Ce qui m'inquiète c'est le roulement des « r » semblables à ce que nous a raconté monsieur La Gaspérine des habitudes de ses ravisseurs.
-Semblables en apparence mais différents dans le prononcé ceux-ci sont roulés-mouillés les autre roulés à sec, deux traditions différentes donc des origines qui ne le sont pas moins. Oui pour votre mari cela devrait s'arranger sans trop de mal s'il arrête ses conner... suspend certaines de ses activités euh... saisonnières, mais pour votre sœur il faut faire vite, avec les services on ne peut pas plaisanter, c'est l'administration, les délais courent il faut trouver leur maison de sûreté, quelque part dans la ville.
-Moi je crois bien que je sais où qu'elle est Tata Maude !
C'était le cher Pin-Pin.
-Ah oui et... elle... elle va bien ?
-Oui, oui ça peut-z-aller...
-Et tu peux nous montrer ? Insista Valter.
-Si les cousins veulent bien, sinon y n'ont dit qu'y me casseraient les vertéb avec un casse-noix juré si je causais... et aussi si je peux faire encore un tour en fauteuil ?
Les cousins furent longs à convaincre, étrange conspiration dirigé par Louis-Hubert dit Zub qui n'avait pas dix ans mais montrait la subtilité déductive, le calme physique et l'entrain intellectuel d'un alchimiste-parachutiste de la vieille école. Ils avaient déduit de l'absence inhabituelle de leur maman d'ordinaire tellement assidue à leur bonheur que quelque chose ne tournait pas rond et en compagnie du chien du voisin qu'ils avaient dérobé nuitamment :
-Pasque un chien ça a du flair et qu'une aventure sans chien c'est pas t'une aventure.Affirma le cousin Pin-Pin qui s'y connaissait n'en z'aventures.
Ils étaient parvenus à découvrir ce qui nous était demeuré caché: les mauvaises habitudes du pizzaïolo, voisin trop sympathique pour être honnête. Ils s'étaient renseignés auprès de ses gamines, nullement tenues au secret défense, avaient monté moult expéditions nocturnes, exercé le chien, re-torturé les gamines, démantibulé leurs poupées, racheté des poupées, repéré les lieux, organisé les tours de garde, rapproché leurs surveillances, consigné les faits sur leur cahier de textes à spirales, approché et ravitaillé leur maman prisonnière, torturé le chien, comme ça pour voir, ramassé des crabes, torturé des crabes, s'étaient fait mordre et avaient établi enfin un plan de campagne fort ingénieux basé sur les coefficients de marée et l'incontinence notoire de l'un des serveurs Prukhmen préposé à la garde de leur maman.
-Si ces saligauds ont fait quelque mal à maman ils en répondront sur leur vie ! Affirma Louis-Charles dit le Preux.
-Eh béh en tout cas on peut dire que vous au moins vous avez pas chômé ! Conclut admiratif le chef von le Gueuzec.
-Aaaallons-y ! Répéta une fois encore le cher Valter que les tours de cour en fauteuil électrifié avaient visiblement fatigué mais n'en témoignait pas moins une résolution intacte quoique nauséeuse.
Nous embarquâmes avec les Louis et le cher Pin-Pin dans la fourgonnette du Chef von le Gueuzec conduite par Bédoncle le barman virtuose.
-Vous aviez raison mon cher Valter... dit le Chef von le Gueuzec.
Il était debout à l'arrière, l'ex-garde républicain prés du fauteuil de son excellence et se cognait la tête en cadence au toit du fourgon.
-... nous voilà en plein club des cinq !
*
Dans le bunker Mademoiselle Br... détricotait son écharpe interminable.
Dans un coin Dartemont-Belcourt « gisait enchaînée » comme dans un roman de gare :
-Comme ça au moins tu risques plus de nous emmerder, pouffiasse !
-Vous détricotez fort bien . Remarqua adroitement Dartemont-Belcourt en se redressant.
-Oui, j'aime bien ça depuis tout môme, je tiens ça de ma tante qui était commandant de CRS, il me racontait que quand ils étaient dans le car avant les manifestations tous ses camarades tricotaient et lui il partait le dernier, passait derrière et il leur détricotait tous leurs ouvrages et quand ils revenaient de la manif c'était la grosse déception et les grincements de chailles... c'est ça qui est bon...
-Vous êtes taquins dans votre famille. Oui mais... mais là c'est votre propre ouvrage que vous détricotez ?
-Ah ben ouais... c'est vrai ça...
-Cela signifie sans doute quelque chose.
-croyez ?
-Tendances suicidaires peut-être, vous devriez consulter.
-Tiens faudra que j'en cause à mon analyste... t'es pas si conne pour une mère de famille nombreuse... je suis en analyse depuis dix-sept ans, j'en suis à mon troisième analyste, les deux précédents se sont suicidés, le troisième s'accroche mais je l'aurai. Toi aussi je t'aurai radasse, je vais te dissoudre toute vive dans de la soude caustique.
-Caustique ce sera d'un triste !
-Marre-toi connasse t'en as plus pour longtemps ! Avoues que t'y crois encore à l'arrivée de la cavalerie ! Mais ton Chéchignac il est plus bon à rien ! C'est p'us qu'une limace ! Une limace à roulettes ! Hierk ! Hierk !
-Ah ouais tu crois ça fausse blonde! Retentit Walter Chéchignac dans le même temps où il la menaçait du pistolet MAB prêté par le Chef von le Gueuzec...
« Fais-y attention mon petit Valter j'y tiens c'était mon arme réglementaire du temps... » Du temps de sa splendeur républicaine, lui avait recommandé l'ex gardien du temple en la lui confiant.
-... putain La Gaspérine je m'enfonce. Ajouta le cher Valter menaçant en perdant soudain de l'azimut et donc de l'autorité.
De fait le sol du bunker était recouvert d'une bonne couche de sable mou et ses cannes s'enfonçaient dedans le déséquilibrant d'autant et le forçant in fine à se rasseoir lourdement sur son fauteuil.
Je tentais de le secourir, j'avais désapprouvé son plan de campagne qui tenait en une phrase :
-Aaaaaaaallons-y !
Et critiqué cette offensive prématurée d'autant que la plage et les entours de l'ouvrage étaient parcourus de serveurs prukhmen, la serviette au bras mais l'arme au poing.
Mademoiselle Br... abandonna ses loisirs structuralistes et son dé-tricot pour ramasser une pelle et elle nous jeta du sable à la figure, ce qui n'était pas de jeu.
Le cher Valter tenta bien de faire feu mais le semi-automatique bayonnais demeura aphone, il était coincé.
-Sa-lo-pe-rie-de-mer-de !
Quand la tempête de sable cessa nous dûmes convenir que Mademoiselle Br... avait disparu, elle avait creusé un tunnel dans le sable et courait sur la plage en gueulant pour rameuter la troupe :
-Mechantski obunkeroskoï !
Nous nous retrouvions donc assiégeants, assiégés, notre seconde vague d'assaut composée du barman Bédoncle et du chef von le Gueuzec ne devant monter en ligne qu'à notre signal.
Je regardais par l'une des ouvertures et vit les vestes blanches des serveurs s'approchant de la position.
-Je vous avais bien dit que c'était de la folie votre truc !
-Arrêtez vos chialeries La Gaspérine, prenez la pelle et venez me désensabler bon Dieu !
De fait il en avait maintenant jusques aux milieu des roues l'héroïque handicapé.
-Et puis envoyez le signal !
-Le signal ? Mais mon cher vous êtes parti si vite et dans un tel élan désordonné que je crains bien que nous n'ayons pris le temps de n'en convenir d'aucun.
-Eh bien agitez votre chemise à la fenêtre, je ne sais pas moi !
Les pizzaioli prukhmen avaient commencé de nous tirer dessus et je n'avais aucune envie de passer tout de suite au dessert en m'exposant inutilement.
-Si personne ne fait rien ils vont nous faire aux pattes aussi bien qu'en 40 ! Insista Chéchignac.
-Je n'ai pas souvenir d'une participation prukhmen à nos déboires de l'an 40.
-Oh arrêtez ça mon vieux ! Dit-il en passant la marche arrière et en faisant ronfler ses moteurs asynchrones.
Miracle il parvint à se désensabler.
-Eh bien nous avons maintenant une division motorisée à disposition ? Continuais-je de grincer.
-Vous ne croyez pas si bien dire mon vieux, je vais te leur faire une percée moi ! Gueula-t-il en passant le seuil du bunker à vive allure.
-Non Walter je vous en prie ! S'écria Dartemont-Belcourt toujours enchaînée.
Ce cri avait retenti comme un aveu... si j'ose dire.
-C'est beau, c'est grand c'est généreux, c'est français... mais il va s'ensabler comme un couillon dans les dunes ! Commentai-je depuis l'une des meurtrières d'où je contemplais le champs de bataille sous la lune.
A mon grand étonnement sa percée réussit et mit le plus grand désordre dans les lignes ennemies, il est vrai qu'elle était puissamment soutenue par Bédoncle le barman de La Bégude qui courait sur ses talons en puisant dans sa musette et en balançant force grenades def' à destination des troupes Prukhmen qui rembarquèrent dans leurs camionnettes de livraison plus piteusement encore que les britiches à Dunkerque.
-Attendez-moiski bande d'enculoskoï ! Gueulait en courant à leur suite la terrible Mademoiselle Br...
*
Une heure après nous abandonnions à notre tour le champs de bataille où nous venions de triompher, malheureusement la camionnette du Chef von le Gueuzec ayant refusé de démarrer malgré les encouragements des mômes qui faisaient un tintouin du Diable à l'arrière, ce fut le cher Valter qui nous prit en remorque avec son fauteuil roulant préparation spéciale, sur ses genoux Dartemont-Belcourt dormait, Walter Chéchignac, la moustache dans ses cheveux, souriait, les larmes tombaient de derrière ses lunettes noires comme d'une source nocturne, je crois que c'était là le plus heureux moment de sa vie.
Publié par urbane à 04:20:38 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...)
|
Commentaires (0)
|
Permaliens
Walter Chéchignac 20 par H.T.Fumiganza | 13 juillet 2007
20.
Return to La Conche over Ponche.
A La Conche sur Ponche la saison allait sur sa fin. C'était le moment des premiers départs. Sur ses affiches Noyeux Joël exhibait un sourire définitif.
Quand nous arrivâmes les mômes jouaient dans la cour, ils étaient dans la R4 à faire vroum ! vroum ta gueule! en compagnie de renouvelés cousins sous la surveillance des demoiselles Dartemont-Chambeulac qui, assises sur le seuil de la grande porte cochère détaillaient les possibles, les potables et les juste fumables, bref herborisaient à la recherche du spécimen de Surconmusclé, surfer blond d'Australie orientale dont on leur avait signalé la présence à quelques exemplaires sur les côtes bretonnes.
Les mômes voulurent tous essayer la petite voiture de ce cher Valter qui leur offrit à chacun un tour de cour à fond les manettes.
-Allez maintenant soyez sages !
Il avait repris des couleurs et surtout recouvré son sourire je m'enfichiste qui plaisait tant aux dames d'œuvres désœuvrées.
Dartemont-Chambeulac accueillit les renforts avec soulagement, c'était éprouvant à voir, tant elle s'inquiétait la soeurette:
-Ah monsieur von Le Gueuzec vous l'avez retrouvée ?
-Non mais cela ne tardera plus mon enfant.
A la vérité s'il était monté à Paris chercher le secours de son cher Valter qu'il savait diminué et souffrant c'était bien la preuve qu'il calait l'ex-garde républicain.
-Mon mari est sur une piste. Un vendeur de beignets et de glaces qui a disparu en même temps que Marie-Maude...
Elle nous désignait depuis le balcon le Grand Hulme qui avait délaissé les pistes de Courch' pour celles de suspects saisonniers.
Il s'était déguisé en africain vendeur de saloperies Children Handmade in Popular and Cupidar Republic of China et remontait les plages à la recherche d'indices en jouant du Gombo et en affichant des prix hors de saison et tout à fait imbattables.
-Tiens le yacht bleu a disparu ! Nous fit remarquer le cher Valter.
-La gendarmerie maritime qui a autorisé la famille à le changer de mouillage, des arriéres-petits cousins de l'américain qui ont débarqué la semaine dernière, ils étaient tellement contents de savoir que l'héritage leur revenait puisque la veuve avait-elle aussi clanché qu'ils ont fait une fiesta du diable à bord... avec le défunt toujours en soute. Enfin je crois qu'ils ont prévu de l'enterrer dans quelques jours en Normandie.
Nous retournâmes à Dartemont-Chambeulac :
-... et mon beau-frère qui doit arriver aujourd'hui, je n'ai rien dit aux enfants mais à lui ?
Elle se rassit sur le canapé de velours et croisa les jambes, un truc que quelques ex-internationales particulièrement douées de Notre-Dame de Sion réussissait quelques fois à l'entraînement mais qu'elle accomplit là avec un naturel parfait, même Valter, pourtant tourneboulé chercha autour de lui la touche replay.
Je me relevais le premier de la stupéfaction admirative de l'assistance masculine:
-Excusez-moi je dois me rendre à une séance de signatures à l'Espace Conchitudes.
Dartemont-Chambeulac toujours à l'affût, malgré l'angoisse où elle était s'étonna :
-L'Esp... Oui la Librairie Martineau quoi ! Vous écrivez don' monsieur La Gaspérine ?
-Oh Madame, j'ai commis un court roman ...
-Mais racontez-nous ça.
J'obtempérais, je ne détestais pas de me raconter, même si dés que je parlais de moi et de mes œuvres l'émotion souvent me faisait bégayer tant l'homme alors se livrait tout entier .
Je racontais, oh certes je ne disais pas tout et en particulier que mon éditeur, très vite au courant de ma disgrâce m'avait condamné à une pénible et humiliante tournée de librairies de province et de maisons de la culture de chef lieu pour payer le papier et s'éviter des désagrément capitaux car à Paris j'étais maintenant tricard.
-... oh c'est sans prétention, un début mais qui répond à une nécessité véritable. Concluai-je.
-Sans prétention... Marmonna Chéchignac que sa digestion difficile de balles de 11,43 et la diminution physique quoique temporaire qui en était résultée rendait amer et exagérément critique, il avait lu mon livre pendant sa convalescence, j'en étais certain puisque je l'avais retrouvé dans l'une des poubelles de La Bégude, ce qui m'avait enlevé mes dernières scrupules quant à la teneur de mes rapports avec la belle Merry.
*
Je quittais donc les lieux d'angoisse pour me rendre à l'Espace Conchitudes anciennement Librairie Papeterie Martineau située Boulevard des Belges en face de mon ancienne permanence.
J'y fus accueilli avec un grand empressement par la libraire, mademoiselle Martineau, documentaliste relaps.
Et ma foi il y avait foule, j'étais devenu une personnalité concho-ponchaine, même si mon coïtus interruptus électoral en avait déçu plus d'un qui détestait Letroncheur et tout ce qu'il représentait.
-C'est un populiste de la plus sale eau ! M'expliqua Mademoiselle Martineau.
Je signais, dédicaçais à bon rythme heureux de pouvoir placer mes oeuvrettes, il faut dire que j'en avais plein le coffre de ma voiture de location.
Le public était assez homogène, fonctionnaires éclairés, enseignants bienveillants, gens de peu, petite bourgeoisie administrative contrainte et puritaine, adepte des NPB (Nouveaux Préjugés Bourgeois) qui rêvait de vastitudes et de révolution d'arrondissement, se rassurait en recomptant ses points retraite et vivait dans la crainte du grand méchant Koléstérol.
Il y avait aussi quelques poètes déclarés, du type régional de l'étape.
-A qui dois-je ?... la dédicace ? Vous avez une préférence ?
Je n'en étais pas encore aux spécialités, je débutais en littérature mais quand même le métier rentrait à mesure que le poignet gonflait.
-Pardon Maître ?
Je levais la tête, c'était bien la première fois que l'on me donnait du « maître ».
C'était un jeune homme bredouilleur, pas si jeune d'ailleurs, d'une petite quarantaine, mais très mince et assez rêveur, bref un garçon sympathique en veste de velours et avec une grande écharpe rouge, un peu cantatrice sur le retour, mais sympathique.
-Paul-Guy de Beuse...
-Cela sonne comme un nom d'écrivain... vous n'écrivez pas ?
Ma question l'intimida, il en rougit même.
Si, bien sûr, qu'il écrivait, comme tout le monde, mais enfin il n'avait jamais pensé être publié, il était assistant de cours de socio-bromologie à l'université Patrice Lumumba de Perros-Guirec et certes il s'était un peu essayé à l'écriture mais...
Bref je sympathisais très vite avec le jeune homme sympathique d'autant que mon livre lui avait beaucoup plu, qui abordait les grandes questions contemporaines, lui-même regrettait dans ce bout du monde qu'était La Conche de ne pas être plus souvent confronté aux grandes questions et à la modernitude de notre temps, hors la marée rien ne venait jusqu'ici :
-... enfin quelques fois quand même, tenez cette année j'ai un élève prukhmen... il habite chez moi en ce moment, il est sans-papier, nous avons crée un collectif de soutien avec quelques professeurs... il ne parle pas du tout français, juste un peu d'anglais, il me raconte sa culture, quelle civilisation étonnante que la civilisation Prukhmen ! Savez-vous qu'ils ont inventé le sèche-linge à condensation mille ans avant tout le monde ?
Son anglais devait pas être terrible au Prukhmen ou alors il parlait chauvin dans le texte, dans tout les cas il en prenait visiblement le plus grand soin de son clandestin.
-Si vous avez un peu de temps Maître je vous le présenterai, d'autant que je crois que vous-même êtes sensibilisé à cette problématique du questionnement des différences.
Il ne fallait rien exagérer, cela ne me travaillait pas tant que cela, j'étais seulement comme tout le monde, un petit blanc qui avait la trouille et comme un futur pensionnaire cherchait à se mettre au mieux d'entrée avec le nouveau surgé et à se rencarder sur les conditions qu'on allait lui faire et si le jeudi c'était vraiment obligatoire la piscine et s'il fallait mettre des chaussettes propres le vendredi .
Pour mon malheur à venir mademoiselle Martineau me bloqua l'aile droite:
-C'est vrai vous avez écrit des choses magnifiques là-dessus et tellement originales sur la tolérance et tout ça monsieur La Gaspérine.
-Alors vrai vous viendrez voir mon Prukhmen ?
-Mais... mais... mais ce sera avec plaisir... le dialogue, la confrontation des idées et tout ce genre de choses...
J'aurais dû savoir qu'en confrontation j'étais rarement le plus fort.
*
Il m'attendait à la sortie de la librairie, fit faire trois tours à son écharpe avec une adresse de lanceur de lasso pour mieux affronter le vent du large qui soufflait au prés, pour le reste il faisait plutôt chaud, c'était quand même la fin Août, à croire qu'il était frileux, nous remontâmes le fameux Boulevard des Belges.
Il trottait et en même temps disait des choses très justes, vrai un garçon d'une grande sensibilité, mais enfin je me serais bien passé de la visite au Prukhmen d'élevage :
-Voilà nous y sommes.
Nous étions devant l'une de ces petites maisons de pêcheur à un étage comme il y en avait tant à La Conche, celle-ci quand même m'apparut fort décatie et visiblement inhabitée, j'hésitais sur le seuil quand je sentis dans mes reins ce qui pouvait aussi bien être le canon d'un parapluie que la pointe d'un revolver et que j'entendis la voix, elle très reconnaissable de Mademoiselle Br... :
-Rentre là-dedans gros nul ou je te plombe le cul !
Elle avait conservé toute son autorité et j'obtempérais.
Nous montâmes à l'étage par un escalier affaissé et nous nous retrouvâmes dans une chambre qui sentait le moisi, un type était assis sur une chaise et pêchait à la fenêtre à la manière d'ici, je reconnus en lui le vendeur de pizza prukhmen qui avait emménagé en dessous de l'agence des sœurs Dartemont.
Dans un coin un magnifique piano à queue Graffenberg bleu-nuit semblait tapiner en attendant le soliste de passage.
Sur le lit Dartemont-Belcourt jouait à la poupée avec une charmante petite fille blonde et dans la cuisine une femme chantonnait, en russe je crois, en distribuant des claques à ses mômes et en touillant sa sauce :
-Je vous ai déjà dit mon colonel de ne pas emmener votre smala pendant les heures de travail ! S'emporta Mademoiselle Br... en retirant sa perruque brune.
-Mais chière amieu quel mal célà fait don' et pouis mon épouse divoirrr à s'absenter aujiourd'hui pour raisons féminines!
-Vous ne lui en avez pas encore mis un autre en chantier !
-Qui sait ? Nous verrrons prronostics médicaux cé soir .
-Cette idée aussi de prendre ses congés annuels pendant une mission à l'étranger. Ah on m'y reprendra à travailler avec les services Prukhmen.
-Réfléchissez que je suis ainsi défrayé de mes soins de vacances. Et sans compter la pizzérrria qui marrrche du tonnerrre de vieux.
Le cong'pay quitta sa ligne postée pour venir m'observer.
-Vouii c'est cela il entrrrerra tout juste je crrrains dans pétite baignoirrre. On férra forrtioune di pote, on tassérrra.
-Ah je vous préviens que si vous vous livrez à des brutalités sur la personne de monsieur La Gaspérine, moi je m'en vais.
Dartemont-Belcourt avait arrêté de jouer à la poupée pour prendre ma défense.
-Ta gueule connasse, on t'a rien demandé à toi ! S'emporta Mademoiselle Br...
Ce à quoi Marie-Maude Dartemont-Belcourt répondit en lui écrasant le pied du talon de son escarpin.
-Ah la salope mon cor !
-Grossier personnage !
-Mais putain qu'est-ce qu'on attend pour les buter !
Le colonel calma le jeu :
-Les orrrdrrres nous attendons.
Il dit quelques mots à son épouse, qui protesta en prukhmen non sous-titrée avant de s'incliner et toute la famille du colonel évacua la maison.
-Ils vont prrromener, glaces et carrrtes postales. Je ne devoirrr pas oublier surrrveiller rrrôti. Rrrappellez-moi cherrr ami.
-Le rôti maintenant. Y m'auront tout fait !
Dans le même temps où elle maugréait contre ces contraintes par trop quotidiennes Mademoiselle Br... assomma lâchement, par derrière, Dartemont-Belcourt avec une matraque télescopique qu'elle avait prestement sorti de sa poche.
-Tiens dors salope ! Bon on s'occupe de ce gros sac maintenant, il va parler ça va pas faire de pli, je le connais. N'est-ce pas qu'il va être gentil ?
Elle me regardait dans les yeux et je n'avais jamais rencontré un tel regard, sinon peut-être enfant au zoo, le regard simple et ordinaire d'un mammifère supérieur, rien de plus, je ne réussis qu'à murmurer :
-Euh... oui maîtresse.
Elle entra dans la salle de bains et ouvrit les robinets pour me faire couler un bain.
-Mais... mais il n'y pas d'eau chaude... ah ces putains de location de vacances...
-Quel besoin eau chaude ? S'étonna le colonel.
-D'habitude j'aime bien les ébouillanter un peu avant...
-Trraces suspects brûlures sur cadavrre, enquête légal, pas trrés bon pour discrrrétion . Il n'est pas bon fairrre passer agrrrément avant trrravail.
Ils en étaient à se refiler des vieilles recettes de tortionnaires.
Je me retrouvais très vite ligoté et bâillonné dans « pétite baignoirrre ».
-Alors tu vas parler connard ! Insistait Mademoiselle Br...
-Houuumph ! Houuumphh ! Baillonais-je péniblement.
-Pétêtrrre mieux pour qu'il parrrlle lui prrréventivement enlever baillon. Proposa le colonel humaniste et rouleur de r.
-Ch'uis conne ! Oh ma pauvre fille qu'est-ce tu tiens en ce moment ? S'humanisa le mammifère supérieur en me débâillonnant.
-Mais... oups... de quoi dois-je vous...oups... tretenir ? hasardai-je.
-Tu le sais très bien.
Nous n'étions pas prés d'en finir.
-Euh... Chéchignac... vous voulez que je vous dise ce que je sais et où le trouver ?
-On s'en tape de cette ordure de toutes les façons je partirais pas d'ici sans lui avoir clôturé son compte ! Après ce qu'il a fait à ce pauvre No... à propos, mon colonel vous avez téléphoné pour me trouver un remplaçant comme je vous avais demandé, c'est que j'ai des engagements moi ?
-Voui, voui, les amis de moi bulgarrres vont vous envoyer quelqu'un de trrrés bien diplômé supérrrieur de psychological and tacticals operations.
Elle avait l'air décidé à continuer son numéro international de transformisme farceur.
Démaquillé et parlant de son partenaire il/elle ressemblait à ce qu'il/elle était, un artiste de music-hall, vieillissant et facilement homicide, vrai elle/il en redevenait humain.
Je tentais de reprendre la main :
-Alors peut-être voulez-vous que je vous raconte les préparatifs de l'opposition bravadienne pour...
-Mais on s'en fout, on sait même pas où ça se trouve ton bled !
-Las Islas Bravadas y Perditos trrrou du cul du monde !
Je me gardais de leur faire remarquer que le Prukhménistan antérieur n'était pas mieux répertorié.
-Allez plouf on le baigne et si on lui faisait un petit shampoing à l'acide... c'est bon contre les pellicules !
-Trrés dangerreux derrnière fois utilisé, dissous crrravate, Poupinskaïa engueulé Doubi.
-Doubi qui c'est ça ?
-C'est moi-ski.
-... la dé... défense na...tionale ? Proposais-je en refaisant surface.
-Je crois qu'il le fait exprés et replouf !
-... le... le porte-avion... furtif ?
-Tiens don' six mois que vous n'avez plus eu de ses nouvelles ?
-D'où la furtivité... et prouvée à la mer.
J'étais prêt à leur fourguer toute ma dernière session d'auditeur à l'Institut des Hautes Etudes de Défonce Nationale, mais à l'évidence ils n'en étaient pas friands.
-Et re-re-plouf !
-... le code secret de la force de frappe ? The ignit code ?
Vrai je le connaissais par un camarade de promotion qui était en poste à l'Elysée et avait la charge tous les samedis d'aller jouer le loto présidentiel.
-Mais pauv'pomme tout le monde le connaît... les seuls numéros qui sortiront jamais.
J'étais plus encore excédé qu'essoufflé et je lâchais lors d'une ultime émersion :
-Mais merde quoi alors ! De quoi vous voulez que je vous cause ? Des habitudes sexuelles du mouflon ? De mes vacances à Chamonix ou... ou de la culture de la betterave à nœuds?
-Ah ben tu vois tu y viens, enfin, je savais bien que tu étais un garçon raisonnable.
-Co...comment ça vous intéresse la branlette du mouflon ?
-Pauvre con comme si tu savais pas que le Prukhménistan est le premier producteur de betteraves à nœuds au monde, alors vas-y raconte le nouveau plant révolutionnaire OGNP-004 à têtes multiples ?
La vie m'apparut soudain avec effroi dans toute son absurdité, tous ces crimes pour une histoire betteravière, mais le plus troublant pour moi était encore que ces gens-là, avec une certaine simplicité d'âme me croyait compétent.
Ma vie ne tenait qu'à un plant de betteraves, et plus ridicule encore je venais de passer quatre années à la tête de la filière betteravière française et je n'avais pas la moindre notion de culture béterraviérement parlant, si même ça poussait sur un arbre : le betteravier ou en sous-sol dans des betteravières ? Alors les dernières nouveautés de Paris... Grignon...
-Bien... bien... l'OGNP-004 donc... à dire le vrai c'est un peu dépassé, on en est au 007 au moins et le 008 est attendu pour l'hiver si l'été n'est pas trop chaud...
Bien entendu je risquais de ne point faire illusion trop longtemps, surtout s'ils avaient été correctement « briefés » avant leur départ en mission, mais enfin j'en profitais pour reprendre mon souffle, la baignoire à la longue cela fatigue.
Et puis soudain je humai cette odeur de brûlé alors mon esprit s'accéléra brusquement telle une mécanique implacable et je trouvais encore la force de me relever et gueuler :
-Le rôti ! Le rôti qui grille !
-Poupinskaïa engueuloski Doubiskonoï ! S'exclama terrifié le pizzaïoloski prukhmenoskoï !
Ce fut la panique à bord et j'en profitais pour courir à la fenêtre mal fermée, pour cause de pêche à la ligne, les traditions avaient du bon, actionner l'espagnolette avec les dents et me défenestrer élégamment.
Par bonheur je tombais sur une grosse belge qui bouffait une énorme barbe à papa sous nos fenêtres et cela amortit voluptueusement ma chute.
Je réussis à me remettre debout. Taché mais érigée.
-Allaye donc regardez ce que vous avez fait de mon épouse, on fait un constat... allaye... allaye...
N'ayant point ma licence de chuteur ascensionnel à jour, je parvins à me dégager de l'étreinte wallonne et collante et je me mis à courir sur le boulevard qui leur était dédié.
J'entendis dans mon dos Mademoiselle Br... qui lancée à ma poursuite s'arrêta pour interroger le belge qui relevait à grand peine sa grosse toute engluée dans sa barbe à papa :
-Pardonnez-moi cher monsieur vous n'avez rien vu tomber.
-Un trou du cul une fois c'est ça ?
-Précisément.
-Il s'en est allé vers là-bas !
-Merci bien. Tenez voilà deux bons de réduction sur les pizzas margaritas.
Par bonheur la si professionnelle et athlétique Mademoiselle Br... qui me regagnait du terrain à chaque enjambée se prit les pieds dans son écharpe démesurée de poète figuratif, elle perdit l'équilibre et s'en vint percuter une sanisette sur cales. (à suivre...)
Publié par urbane à 04:36:35 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...)
|
Commentaires (0)
|
Permaliens
Walter Chéchignac 19 par H.T.Fumiganza | 29 juin 2007
19.
Une convalescence agitée.
De cette époque tragique, je me souviens surtout de mon éviction du Cercons que je vécus comme une dégradation publique alors qu'elle ne fut que fort peu publiée.
Mais c'était là le signal adressé à tous, la fusée bleue.
La veille, présenté dans « les médias » comme l'un des plus sûrs espoirs de l'Union pour le Rassemblement, et promis aux plus hautes spécialités fromagères nationales et même bruxelloises, l'affront que j'avais fait à Gérald Sopalin et mon postillonage jugé comme éstrémisse par la direction du parti commençait de me fermer des portes.
Par bonheur, étant de vieille extrace parisienne et borguéso-combinarde, acheteur de biens nationaux sous tous les régîmes, je bénéficiais des protections paternelles et maternelles
Mère, si elle ignorait avec méticulosité son fils, connaissait tous les recoins de braguette de la rive-gauche, elle publiait beaucoup, elle avait toujours beaucoup plus publié qu'écris.
Chez elle tout était publique, elle en avait fait des volumes, sa sexualité d'abord, dont je n'étais qu'un des avatars et sans doute pas le plus intéressant, elle se souvenait avec attendrissement de son premier curetage mais point de ma première dent, surnommée Paule Bourgéte ou Dupanlouve par la critique clandestine, elle était surtout l'auteur officiel du manuel de féminisme à l'usage des sous-officiéres et kaporales du corps de troupe et de livres qui entre confession et slogans, tags et pensées dévotes, interdits new-looks et préjugés commodes, ressemblaient à des terrains vagues, où elle détaillait sa moralité de naufrageur, obscure, puante et asphyxiante comme un feu de pneus, et comment elle couchait avec de jeunes gens outillés en proclamant que c'était là sa liberté et que cela seule comptait et méritait oraisons et bout de l'an.
Une liberté qui dépendait de l'arrivage de la marée du soir en jeunes auteurs arrivistes et des cours du jour du coupon du souvenir soixante-huitard, la rente Geismar, très décoté par rapport au cours d'introduction mais conservé en portefeuille par une clientèle de rentiers, de fonctionnaires de la pub institutionnelle et de pensionnés des administrations du culte, une manière de rente Pinay intellectuelle, indexée non point sur l'or poinçonné mais sur la fumasserie militante, l'héroïne base et l'imbécillité satisfaite.
Devant la quasi péremption de ce lectorat fidèle, la prochaine extinction de la « génération du feu », madame ma mère avait su se reconvertir et faire face en se gagnant chaque jour de nouveaux clients dans la marée montante des fières combattantes de l'ozone, foutriquets cyclistes et autres phobiques, concernés, profiteurs et... cocus puisque lecteurs de madame ma mère.
C'est qu'elle avait un truc à elle pour faire passer sa morale dépurative et fortement chargée en huiles lourdes, scories d'usinages, déchets d'arrière-cour et arriéres-pensées militantes de l'autre siècle: délaissant sa brosse rase de lesbienne croisée elle s'était convertie au chignon avec quoi elle ressemblait maintenant à sa grand-mère, et rassurait diablement la clientèle.
Un chignon à un coup modèle 1898, armement par la gueule, canardière à connards, connardiére brevetée.
Au vrai elle n'avait jamais été qu'une couventine dévote de son seul plaisir, elle avait mené petit train, égoïste et servile et aurait pu intituler ses mémoires: souvenirs de la petite ceinture.
Malgré tout, elle me fut loyale, ayant placé sur mon conseil, une partie de l'héritage de ses tantes Guichard en valeurs betteravières, il n'était pas mauvais d'avoir quelqu'un dans la place.
Quant à monsieur mon Père, le fameux Président Régis Cardemeule, après un rapport fort remarqué sur les retraites, où il préconisait de limiter le nombre de retraités par des pratiques humanistes et responsables et en usant de moyens naturelles ou chimiques mais toujours éthiques (crédit d'impôts pour les héritiers qui se chargeaient eux-même d'administrer l'aïeul et cartouches anti-taupes fournis gratuitement en mairie), père donc, lui même titulaire d'une bonne quinzaine de pensions et rentes diverses et administrateur d'autant de sociétés, décida pour occuper sa retraite et payer d'exemple de commencer à soixante-dix ans passés une carrière dans les appareils de chauffe en prenant la présidence du conseil de surveillance de La Compagnie Générale de Fonte Thermique Belge sise à Knokke-le-Zout.
Vieille et solide entreprise familiale fondée en 1726 par Asdrubal Van Der Konf et devenue à force de labeur familial le consortium leader des chaufferies mazout familiales en Europe frileuse. Elle était la propriété de trois vieilles dames, les sœurs Van Der Konf, toutes trois célibataires, octogénantes et actionnaires à titre principale.
Ah je crois bien qu'il les avait envoûtées mon papa, il faut dire qu'il avait toujours bien présenté, son côté lieutenant de lancier valseur.
Sa première décision de visionnaire en chef fut de transférer les chaînes de production à Oulan-Bator, le siége social de Knokke-le-Zout à Ibiza et de diversifier les activités de fonte thermique en se lançant dans la production discographique et plus particulièrement dans le « errandbi » et le rap agonistiques ainsi que les casinos, entertainements and resorts, Letroncheur avait même obtenu, « business as usual » la construction d'un ensemble omnipolymultithalassoculturels à vocation lucrative à La Conche à la place du vieux casino de la jetée des parisiens :
-Cela rajeunira l'image de marque de la société tout en conservant sa philosophie sinon tous ses préceptes: la chaleur et l'esprit de solidarité transgénérationnelle qu'elle crée.
La solidarité transgénérationnelle dans les chaudières ? Je demandais à voir. Bref il déconnait plein pot mon papa-zouli mais cela avait l'air de leur plaire aux vieilles dames quand même un peu octogénées.
-Ah il faudra aussi changer le nom !
-Oooh !
Ce fut un cousin de La Branlaye, junior media planner editor soit sous-rédacteur de seconde classe d'une agence de com' parisienne qui proposa pour remplacer l'antique, estimable mais par trop défensif C.G.F.T.B, le beaucoup plus offensif : Taartagle !
Ces dames furent enchantées :
-Et cela veut dire ?
-C'est un mélange d'anglais et de français exclamatifs un métissage heureux mais ils le sont tous et qui sonne comme une promesse. Expliqua le cousin La Branlaye.
*
Hélas Père trop occupé par ses activités alchimiques et musicales, il passait ses fins de semaine à Haôlivoude dans la compagnie de chanteuses et de starlettes à peine nubiles quoique déjà conquises, ne me fut d'aucun secours lorsque le gouvernement se proposa à la suite d'un rapport opportuniste de mon secrétaire général de regrouper, un samedi, les filières betteravière et salades de saison en un organisme unique dont mon sus-nommé secrétaire général prit la présidence.
Je ne dis pas, cela allait sans doute dans le sens de l'histoire mais quand mâme me faire ça à moi ! Ah le sale petit con !
Le soir mâme l'investiture me fut retirée, mon détachement administratif supprimé, je réintégrais mon corps d'origine, la Cour des Comptes (de ménage) où l'on me chargea d'astiquer l'argenterie et de recompter les petites cuillers préfectorales.
*
Je débarquais dans les préfectures à six heures du soir et l'on m'enfermait d'office à loffice, il y avait des consignes de l'Elysée-Matignon, j'étais un dangereux déviationniste, un fachisse, marrant de voir tous ces bourgeois bornés, repus et profiteurs, raisonner et s'exprimer en bas-marxiste, comme aux temps médiévaux la curaille crottée en bas-latin, la seule différence étant que le marxiste haut ou bas n'a jamais été une langue de civilisation.
Je demeurais en tête à tête avec le maître d'hôtel cégétiste, pernophile et sympathisant, qui me prenait en pitié très vite, bien entendu il en manquait toujours de ces foutues cuillers, alors pour se redonner du courage on se relançait au Pernod ou au « vin de noix de parrain ». C'est terrible le vin de noix de parrain ! :
-tin ch'uis con ! La belle sœur qui les a ! les lui ai prêtées pour la communion du neveu !
-Ah mais c'est formellement interdit, je me vois obligé de consigner le fait dans mon rapport monsieur Poupard.
-Appelles-moi Raymond, tiens on va changer un peu il a reçu du blanc l'aut' con à la dernière foire agricole, l est même pas au courant ...
-Ah non, non... recel... de blanc sec préfectoral c'est trop grave...
-Mais si ça rince le blanc... et p'is il en boit jamais ça lui fout la migraine !
-Un p'tit alors monsieur... Raymond, j'ai déjà trop bu... bien sûr si vous pouviez les récupérer... je pourrais peut-être... à tître ecque-éché-ch'pionel...
-Les récupérer, ça va pas être facile... qu'elles soyent pas déjà vendues...
-Co...comment ça vendues !
-faut comprendre quand j'ai vu qu'elle avait un peu de mal pour boucler le réveillon, les cadeaux des mômes tout ça, j'ui ai dit à Aïcha, c'est la belle sœur, t'as qu'à les bazarder ils se rendent compte de rien ici, je leur ai repassé ma ménagère en inox et voilà !... il est bon hein, il vient de chez Bouchardier un voisin au beau-père à la Côte-Salins...
-Fa... fameux. Elle les gâte dis donc les mômes, c'était du massif restauration de chez Odiot tu sais...ah elle est brave ta belle-sœur, mon Raymond ! Ah vrai je vous aime bien moi !
Le plus souvent je terminais ma tournée comptable dans des états innommables et c'était la femme du préfet qui m'évacuait en douce avec l'aide du chauffeur de permanence:
-ma'me la préféte z'êtes gironde... tout plein... si'ou permettez ous mettrez bien z'une tite cartouche...
-Plus tard, plus tard vous allez manquer votre train monsieur La Gaspérine.
Elles étaient maternelles les préfètes mais elles ne pouvaient s'empêcher de me contempler à la dérobée avec quelque effroi, il fallait les comprendre elles se souvenaient de m'avoir vu à la tévé, repassé, moulé de frais, ciré de la tête au pied, la raie au milieu et les chaussettes en fil d'Ecosse breveté aux mollets, entreviouvé avec complaisance par quelqu'une ou quelqu'un de nos coquettes journalistiques vieillissantes aussi indéboulonnables que des ballerines septuo-bréjnéviennes du Bolchoï, et ces braves tévéspectateuses me retrouvaient, vautré dans mon abjection, puant le vomi et agitant à la fenêtre du train leur petite culotte que je leur avais dérobée sur le vif, un tour qui venait du grand Vate Marcel Chéchignac et à quoi son fils m'avait initié depuis son lit de douleurs, recouvert d'album de Bibi Fricotin et des Pieds Nickelés.
*
Ah c'est qu'il m'en apprenait des trucs depuis qu'il avait des loisirs, il passait sa convalescence à La Bégude, devenue son quartier général et sous la protection du personnel du restaurant, de drôles de type d'ailleurs tous ces garçons, célibataires et vivant à demeure dans l'immeuble, une sorte de confrérie priante et déconnante, en armes sinon toujours en guerre, contre quoi ?
Il semblait que pour le moment la mobilisation se fut faite contre quelques tribus albanaises, descendues de leurs montagnes et montées à Paris avec en tête de prendre le contrôle des cercles de jeu parisiens et de l'approvisionnement de la place de Paris en cigares et cigarettes de contrebande, activités dans lesquelles Walter Chéchignac quoique breton partageaient de solides intérêts avec des corses :
-Et vous ne trouvez pas cela immoral de faire de l'argent avec vos produits dégueulasses?
-Vous rigolez mon petit vieux les tabacs bravadiens ont une renommée universelle et si le tabac en vrac est réceptionné nuitamment en Gréce où les cigarettes sont roulées, je vous le fait remarquer dans des manufactures d'état aux normes sanitaires et sociales européennes et bien les cigares eux sont faits à la main et mouillés à la chatte à La Bravade par les meilleures cigarières du monde...
-Ainsi ils n'emploient véritablement que des femmes dans leurs manufactures, je croyais que c'était une légende ?
-Nullement, pour ça qu'il faut se méfier des cubains qui utilisent du personnel mixte d'où le goût souvent trop prononcé du cigare cubain, ils bouffent pimentés là-bas... oui je vous disais... et puis cela fait des devises et ils ont en bien besoin.
-Cela fait aussi un solide bénéfice pour vous ?
-Tout travail mérite salaire.
-Et la fameuse Fumita ? La Fuma Chuma ?
-Ma foi j'avais bien pensé un temps en importer en Europe, après tout avec tout ce qu'ils se mettent ici dans le groin comme saloperies diverses et chimiques au moins ça c'est naturel, malheureusement ils fument toute leur récolte sur place, il y a même, c'est de tradition, une fête locale la Voudastocca où l'on fait un énorme fagot des feuilles de Chuma ramassées et séchées, ils y mettent le feu et tout le monde en profite même l'étranger de passage, ils enfument des vallées entières comme ça nourrissons compris, je crois que cela vient d'une mauvaise tradition orale, en oralité ils ne sont pas très calés les bravadiens comme l'a remarqué mon ami l'ethnologue : Lévis-Cooper, je vous en ai déjà parlé mais si le vendeur de télés du muséum, en ce moment il est là-bas, il fait une étude, je lui ai trouvé une subvention de l'Unesco.
Et chaque année c'est la même chose, tout part en fumée et en nausées et il ne reste rien à exporter. Mais assez parlé de moi, parlons un peu de vous, j'ai eu des nouvelles de vos deux... collaborateurs, ils ont demandé l'asile politique au gouvernement bravadien...
-Et alors ?
-Alors j'en ai référé avec avis favorable et l'asile politique leur a été accordé... pour emmerder Paris, et à l'heure où je vous parle ils devraient avoir fini de vider ma cave. Et votre campagne mon cher, comment se présente votre campagne ?
Je n'avais trop rien oser lui avouer de mes récentes humiliations administratives, et puis j'étais atrocement gêné car la belle Merry était là, prés de son homme, aux petits soins pour lui, elle était de plus en plus belle, mais je lui en voulais un peu, si elle n'avait pas été là le jour de... de mon coup de folie patriotarde, j'aurais eu encore quelque avenir dans l'administration d'occupation.
-C'est que ... je vais... je vais retirer ma candidature.
-Ah oui et pourquoi ça ?
-Voyez-vous dans la vie... mon cher Valter... il faut savoir mettre ses con... ses cons-cons...vixjou...broumu... shmurk...
Je n'allais pas plus loin, je regardais la belle Merry et j'éclatais, je me dispersais en sanglots, je me répandais en chialades, morvages et hoquetis divers dans ses bras où elle m'accueillit sans réticences.
-Allons... allons il a eu un gros chagrin mais papa et maman sont là mon petit...
-Je t'en prie Walter !
Walter se moquait mais la belle Merry, elle, cherchait à me consoler, c'était là le principal, et ce que l'on était bien dans ses bras, en son sein généreux et exbaumant, j'en bavais de contentement.
Rien à voir avec tout ce que j'avais connu jusque là dans le genre opposé sinon ennemi: pimbêches hallebardières et factionnaires offensifs de la cause des femmes, bornées comme des gradés d'artillerie et sans mystère aucun qui se lançaient dans d'ignominieuses bordées de troufions à l'occasion mais vous rappelaient le manuel (de madame ma mère, le seul officiel) à la moindre incartade et vous débitaient le règlement et les attendus qui allaient avec:
-De quoi sont les femmes ?
-Les femmes sont l'objet... pardon, je veux dire le sujet de...
Des scolaires et des récitantes voilà tout ce que j'avais rencontrés au long de mes années d'étude et d'apprentissage, alors bien entendu la belle Merry c'était autre chose.
*
Très vite, je l'avoue, elle fut mienne. Bien sûr j'avais un peu le sentiment de trahir le Cher Valter qui ne m'avait toujours montré que bonté et bienveillance mais la chair parlait... et je n'étais pas mécontent de le faire cocu, sans compter qu'il n'était pas en état et qu'en quelque façon je le suppléais et lui épargnais des efforts coûteux pour sa santé déficiente.
Tout de suite entre nous ce fut passionnel, le duo de nos peaux en un crescendo molto impetuoso comme aurait dit Mère dans ses livres impubliables et surdiffusés, mais à la vérité le truc pas racontable surtout par une bonne femme, le moment de jungle.
Il n'y avait que cette manie qu'elle avait de faire ses comptes de tête pendant nos étreintes pourtant passionnées et interminables.
Un côté bougnat, elle était d'Issoire la belle Merry, qui me gênait mais quoi dire sinon qu'elle m'émouvait.
*
Au milieu de tout cela le Chef von le Gueuzec débarqua :
-Ah mon petit Valter, mon petit Valter si tu savais !
Je n'étais pas retourné à La Conche depuis un mois, mais je savais par La Branlaye et Martial Médpeu qui m'étaient demeurés étonnamment fidèles et me faisaient rapport depuis la cave du consulat de Chéchignac où ils saucissonnaient en qualité de réfugiés politiques que la campagne de mon ex-condisciple à Jensors-de Saillie s'avérait calamiteuse.
-Il ne mord pas !
Il n'aurait plus manqué que ça !
Et puis il y avait son affichage qui ne collait pas et même déroutait l'électeur :
« Noyeux Joël » en grand, en plein été personne ne comprenait.
Bref j'avais conservé une certaine légitimité, même Letroncheur le reconnaissait quand il s'était interrogé en plein réunion du Politburo du Parti :
-Et le mousse qu'est-ce qu'il devient, au moins avec lui on rigolait bien !
Mais il n'avait obtenu aucune réponse, la consigne étant que je n'existais pas et même que je n'avais jamais existé, on retouchait toutes les photos officielles où j'apparaissais et même l'on reécrivait l'histoire de la betterave républicaine pour en évincer l'apostat.
-Le remplaçant... Noyeux Joël il est mort noyé en allant aux moules. Version officiel. Nous lâcha enfin le Chef von le Gueuzec après avoir vidé son verre de fine.
J'étais présent aux côtés de Walter Chéchignac qui se rétablissait sans empressement, il paressait dans ses douleurs, il avait quitté son lit et se baladait maintenant en fauteuil roulant autonome, gonflé et préparé par un sien ami garagiste, ses blessures se refermaient, comme à regrets. Il était entouré, par le cher Bédoncle, que tout le monde ici appelait Collégiateur, ce que je supposais être un grade chez les barmen, de fait il ne manquait pas d'autorité shaker en main, garçon étonnant, un peu bellâtre certes mais barman virtuose qui surveillait son établissement depuis son rade et m'enseignait le Martinibuki l'art du cocktail qui est tenu au Japon pour un art martial authentique tant il demande de soins, de maîtrise de soi et de réflexion au moins dans la phase d'élaboration puis de dosage, la consommation restant à l'appréciation de chacun.
Il y avait aussi la belle Merry dont je cherchais la main sans cesse et les seins et les fesses mais qui montrait devant Valter une pudeur estimable.
Et puis il y avait moi, loyal, quoique calculateur, mettons raisonnable, rationnel, peut être le cher Valter sortirait-il de l'épreuve quelque peu diminué et pourquoi pas impuissant ? Alors elle serait à moi, définitivement, exclusivement, quotidiennement, assidûment.
-Comment ? M'exclamais-je en lâchant la main de Bédoncle, souriant, Merry s'étant dérobé une fois de plus, à mon empressement.
-Oh c'est pas le pire ! S'il n'y avait que ça !
Quand même je revoyais la tête de ce pauvre Noël... je veux dire Joël, mais au fait à quoi ressemblait-il maintenant?
Je ne me souvenais plus de ce qu'« ils » en avaient fait je le revoyais gamin, à Jensors de Saillie nous faisions de la gymnastique corrective ensemble, entre cinq et six, décrétés tous deux mal foutus, honte de la race et de l'idéal laïcard, il était toujours perdu, naïf, appliqué le scolio mais jamais convaincu, allant d'affectation en affectation, du cours de sciences-naturelles à celui danglais sans y prendre jamais aucun plaisir, courant après le programme, ne le rattrapant pas et alors, toujours, il se rassurait en prenant mon pas, que ne l'avait-il quitté.
J'étais ému. Il était mort enfant, j'en pouvais témoigner.
Valter vit ma peine et fit signe au Chef von le Gueuzec de baisser le volume de sa trompe à couenneries.
Mais le messager s'en fichait bien, il était dans l'inspiration et il annonça que non seulement ça coinçait dans les cols mais aussi:
-L'une des sœurs Dartemont a disparu !
Je vis le visage de Chéchignac se cristalliser, devenir presque translucide et ses mains serrer les accoudoirs de son fauteuil et articuler comme en faisant craquer ses mâchoires :
-Laquelle ? Laquelle a disparu?
-Belcourt... Dartemont-Belcourt... on ne l'a pas revue depuis trois jours !
Alors comme un miraculé du jour, Walter Chéchignac se dressa, se mit debout, je ne sais pas, il avait comme une vision, ç't'homme-là, une inspiration, il marchait sans peine sinon sans douleurs, il ne marchait pas avec ses jambes ou ses pieds, dans ces instants il marchait avec sa tête, au vrai on aurait cru que comme le fantôme de son père il s'était soudain dématérialisé et pas à pas se déshabituait de soi et de ses souffrances.
-Bon aaaaallons-y !
Et le plus étonnant: nous y aaaallâmes. (à suivre...)
Publié par urbane à 04:33:30 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...)
|
Commentaires (0)
|
Permaliens