22 Juin (suite)
Ce garçon, Petcho Larigaïe, n'est que sensibilité, c'est ce que j'apprécie le plus chez lui, rien de l'intellectuel parisien déssiqué, d'abord il y a, sa bonne humeur, un enjouement permanent tout frisé de son accent béarnais. Il n'y a que dans le choix des lectures qu'il fait à la Reine qu'il me désarme un peu, mémoires d'officiers parachutistes, de rescapés du djebel, chroniques de la Légion Etrangère et des troupes de marine, ils nous détaillent même les phylactères d'illustrés en couleurs qu'il prise particulièrement contant les exploits de militaires culturistes et suréquipés oeuvrant à longueurs de bulle pour la survie du monde libre... tout celà à force de répétitions lassent un peu l'auditoire sans représenter exactement toute l'étendue et la diversité de la littérature française je pense quoique la Reine s'en accommode fort bien, tout juste si elle ne demande de temps à autre la signification de quelque expression argotique ou militaire.
Avec le cher Petcho Larigaïe nous marchons quelque temps dans le Parc et je m'ouvre à lui, je sais qu'il peut être de bon conseil.
-... oh entendez-moi bien, ce que je vous en dis mon cher, ajoutai-je je n'en fais pas une affaire personnelle mais une question de principes. Habeas corpus et tout ce genre de choses, vous voyez, une atteinte à l'intégrité de l'individu pris dans le cas général même si l'on veut faire de moi la victîme sacrificielle autant qu'inaugurale de sordides calculs comptables. Ils admirent les rosbifs, grand bien qu'ils les imitent doncque jusqu'au bout en matière de libertés individuelles et du droit à disposer librement de soi-mâme.
Après un temps de réflexion, il me dit :
-Il faut que j'en référe... je veux dire, laissez-moi le temps de la réflexion Monseigneur, je ne voudrais pas m'engager à la lègère dans une affaire aussi grave vous concernant.
Malgré tout j'ai fait préparer par le fidéle Pezzolino mon bagage au cas où il me faudrait déménager dans l'urgence, je n'ai aucune envie de sacrifier pour de basses menées démagogiques mes capacités génésiques.
Quelle n'est pas ma surprise de découvrir mon serviteur de l'autre côté des grilles du Parc attendant le bus devant l'arrêt Palais Royal .
Il faut voir comme il est fagoté, il porte trois vestons en cheviotte superposés, deux chapeaux de chasse empilés, trois parapluies et de volumineuses et lourdes (je le vois à la courbure de ses épaules) valises en cuir Hermés. Tiens pensai-je ce garçon a la même dilection que moi pour la cheviotte et les bagages Hermés... avant que de réaliser que ce sont mes vestons et mes valises et que le gredin s'enfuit en emportant une bonne part de mon trousseau.
Je cours sus à lui, ramasse, en passant, un fusil dans la cahute d'entrée de la Garde et je sors dans la rue, marche prestement jusqu'à l'arrêt de bus, je suis en robe de chambre, robe de chambre, habillée certes, mais robe de chambre quand même, il y a un grand nombre d'Upschloutiens employés de bureau ou ménagères qui attendent le bus de 11 heures 24 et l'arrivée en armes du second personnage de l'état, moi-même donc, ne manque pas de les étonner, je pointe l'arme sur Pezzolino qui se jette à genoux puis tout à fait à plat ventre à mes pieds en pleurant d'abondance:
-Altesse ne me tuez pas j'ai des enfants oh oui tellement d'enfants !
Tiens première nouvelle il se disait célibataire jusque là!
Les usagers sont effrayés et c'est un « ÔÔÔÔÔÔ !!! » unanîme mais très vite ils sont agréablement surpris par ma simplicité, après tout le prince consort qui vient assassiner son prochain en pleine rue comme tout le monde, c'est très démocratique tout ça.
Il y a quelques flashs qui partent comme en approbation.
Finalement le vil personnage obtempère à mes objurgations et nous rejoignons le Palais lui devant, les valises à la main, moi derrière pointant mon fusil lorsqu'une escouade d'une vingtaine de policiers municipaux montés et en armes eux aussi nous entourent tout soudain, suivis d'une autre vingtaine mais cette fois ce sont des gardes Royaux toujours à chevaux qui entourent les policiers, bref cela commence à faire de l'uniforme et du crottin sur les trottoirs :
-Monseigneur, je vous en prie, rendez-nous ce fusil et relâchez l'ôtage. Crie dans un mégaphone l'un des gradés perchés.
-Ce n'est pas un ôtage, mais un domestique fautif et c'est une affaire privée captainkë (nota : c'est l'équivalent de commandant chez nous) Thor Dupondsen (c'est le chef des services de sécurité), j'ai droit de haute et basse justice sur ma domesticité, alors un conseil ne vous mêlez pas de ça et lâchez cet appareil bruyant vous êtes ridicule !
Je passe sous les fenêtres de la Reine dans cet équipage étrange et nombreux avec ce crétin qui continue de gueuler dans son mégaphone, je léve les yeux, j'aperçois ce saligaud de Urinald Fun Froeben qui exulte derrière les rideaux.
Finalement je fais grâce à cet imbécile de rital après l'avoir fait mettre à poils et je regagne dignement mon pavillon de chasse au moment mâme où des parachutistes en tenue d'hommes grenouilles coiffés de bérets verts atterrissent qui, pour les plus chanceux, dans le grand bassin, qui, pour les plus maladroits et nombreux, sur les pelouses.
Qu'est-ce que ça encore ! Tsss ! Tsss ! Sans doute ce salopard de premier ministre qui prévenu en grand hâte par Urinald Fun Froeben et sa clique aura déclenché je ne sais quel plan Orsektkë d'urgence aussi superfétatoire que ridicule.
Semaine éprouvante, certes mais où je crois malgré les adversités successives avoir su conserver ce qui me tient le plus à cœur: ma dignité.
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22 Juin
Les journaux du matin parlent d'une tentative d'attentat conte le Palais Royal alors qu'il s'agissait d'une tentative d'anniversaire, qui fut d'ailleurs fort brillamment réussie à mon goût. Le premier Ministre Wöölaf Plöömquist (il est d'origine suédoise, incroyable le nombre de météques qu'il peut y avoir dans ce foutu pays !) est arrivé au Palais dés qu'il a appris la (fausse) nouvelle. C'est le secrétaire du Parti Social Démocrate (PDÖ) actuellement au pouvoir après avoir conclu une alliance avec les Démocrate Sociaux de l'ÖPD, toujours cette manie du consensus propitiatoire à toutes sortes d'arrangement et de combinaisons avantageuses pour ces messieurs. En cinquante années le PDÖ n'a point exercé le pouvoir que pendant 43 minutes et encore ne fut-ce que parce que le premier ministre de l'époque était demeuré enfermé dans les vouatères du Palais pendant une réception officielle. Je dois confesser d'ailleurs que c'était moi qui l'y avait enfermé exaspéré que j'étais par ces remontrances après que le presse espagnole eut publié des photos de moi en accorte et dévêtue compagnie sur une plage de Marbella. Je n'admets point l'insolence, j'ai le souci de mon rang et de ma charge mais quoi eut-il voulu que je me baignasse en haut de forme et queue de pie. Ces gens-là sont proprement insupportables. J'envoie le fidéle et tarifé Pezzollino espionner à mon profit, la rencontre entre la Reine et le pseudo démocrate en chef.
Je patiente dans le pavillon de chasse désaffecté au fond du parc ou le grand-père de Gretaetkë le roi Uürald XII recevait dit-on ces conquêtes, un sacré luron. J'en visite les piéces, c'est charmant, décrêpi, mais charmant, dans le style années 30, vrai l'on se croirait à la campagne, malgré le métro qui passe en dessous, il faudra que je fasse aménager tout ça pensais-je, au moins lorsque les humeurs se seront calmés.
Pezzolino revient enfin :
-Alors fidéle serviteur où en sommes-t-on ?
-Couic ! Me dit cet imbécile d'italien en agitant des ciseaux imaginaires devant mon visage.
-Ils ne songent quand même pas à me...
Que je sache la peine de mort n'est plus exercée par ici depuis au moins les années 50, ils ont songé un temps à la rétablir pour les tueurs de rennes et puis ils y ont renoncé.
Ils ne vont pas la rétablir seulement pour moi, d'autant que je n'ai jamais fait le moindre mal à l'un de ces détestables bestiaux. Un bref instant, je le confesse, je cherche dans ma poche, ma brosse à dents qui ne me quitte plus, depuis le divorce de mes parents, un instant, oui je le confesse, je songe à fuir.
-Couic ! Couic !
L'imbécile surenchérit en se mettant les mains sur ses génitoires.
-Mais parle donc imbécile !
Il m'explique que cette petite ordure de Wöölaf Plöömquist va présenter au parlement une proposition de loi visant à me faire stériliser, il a mis en avant auprés de la Reine que mes prétendues divagations galantes récentes et passées risquaient de me valoir un surcroit de postérité, descendance supplémentaire qui quoique conçue hors les liens du mariage et selon la loi du pays risquait de faire valoir auprés du gouvernement des droits à pension, que la liste civile de la famille royale s'en trouverait sensiblement augmentée et l'ordre de succession rallongé d'autant et qu'il n'était pas plus que ses collégues et encore moins ses électeurs-contribuables disposait à voter de nouveaux crédits ! Et donc selon lui le seul moyen d'y mettre un terme serait de me traiter comme n'importe quel matou de gouttières.
Non mais a-t-on idée ? Quel jean-foutre !
Maintenant je ne vois pas comment me sortir de ce mauvais pas ? Il s'agit de manœuvrer promptement et adroitement.
Voyons quel pourrait-être mon plan de bataille, je réfléchis, longtemps, si longtemps que je m'endors... comme ça en pleine réflexion, cela m'arrive quelque fois, tant peut être grande ma capacité d'abstraction et c'est cet imbécile de Pezzolino qui me réveille, en me faisant les pôches :
-Eh bien quoi qu'est-ce qu'il te prend ?
-Excusez-moi Altesse, il faut que je régle le livreur de pizza.
-Je n'ai pas commandé de pizza !
-Moi si.
-Eh bien régle-la avec tes gages plutôt que de me voler !
-Je ne volais que le pourboire Majesté. C'est bon pour votre publicité de donner de bons pourboires aux livreurs de pizza qui viennent au Palais. Et avec les gages que vous me servez, je ne peux pas.
-Et si tu y ajoutes tout ce que tu me voles ?
-Même ce n'est pas encore suffisant.
Ce garçon a des raisonnements d'une logique toute ancillaire et pratique. C'en est presque alarmant.
-Eh bien alors prends ce qu'il te faut... mais pas plus.
Une fois dépouillé, douché, rasé et habillé je vais un peu marcher dans le parc je ne veux pas faire mon retour avant d'avoir mis sur pied un plan de contre-attaque opérationnelle, mais j'ai beau réfléchir tant et plus, je ne trouve rien jusqu'à ce que je bute... sur Pétcho Larigaïe, le lecteur français de la Reine qui ronfle le nez dans l'herbe, pas encore tout à fait remis de notre soirée d'anniversaire.
-Eh bien l'ami, on paresse ! L'apostrophai-je en lui donnant un amical coup de pied dans les côtes.
-Merde quel est le con qui a osé ?.... oh pardon Monseigneur.
Il se frotte les yeux, se redresse, se met au garde à vous, cette manie qu'a ce garçon de se mettre toujours au garde à vous lorsque il me croise, étonnant pour un littéraire non ? Il a publié quelques délicats recueils de poêsie : « Incomplétude II » notamment dont l'on attend avec impatience le premier tome et c'est lors de la présentation de l'un de ses livres à la presse, à l'ambassade de France que nous nous sômmes connus et reconnus pour ce que nous sômmes : deux fiers et bons compagnons.
Il souhaitait impérieusement s'installer dans notre capitale qu'il jugeait beaucoup plus lancée en matière de vie littéraire que Paris (de fait nous avons reçu l'année dernière la visite de Miss Univers, du Dalaï Lama qui était en transit et de Barbara Cartland qui voyage en cercueil rose depuis une bonne douzaine d'années à travers la planête et ne manque jamais , par volonté testamentaire, de faire hâlte chez nous une fois l'an) mais ne trouvait pas d'emploi selon ses goûts et compétences, je lui ai proposé cette place de lecteur de français de la Reine qui était à l'encan depuis trop longtemps, le français, je l'ai dit, malgré mon apostolat énergique, reste peu prisé et mal enseigné. Il a accepté.
Les journaux et les mauvaises langues ont tout de suite ragoté et sous entendu que le brave garçon était un agent des services secrets français délégué à la cour pour me surveiller et veiller aux intérêts français, il le décrivait comme un ancien militaire des troupes de marine, passé dans l'espionnage et la barbouzerie, roi du camouflage et du travestissement, se mouvant habilement dans les populations tel un reptile dans une jungle fournie, l'on racontait qu'il avait été marchand de glaces au Tchad pendant les guerres avec la Lybie, vendeur de barbe à papa en Centrafrique au temps de Bokassa et je ne sais quoi encore, bref on le disait un véritable Frégolo. Roman que toutes ces billevesées. Je l'ai aussitôt convoqué et les yeux dans les yeux, je suis capitaine de réserve dans l'armée française (et entre autres adjudant général du Génie rural dans la réserve du royaume), je lui ai posé la question :
-Est-ce vrai que vous êtes un ancien militaire de carrière mon garçon ?
-Négatif mon altesse. M'a-t-il simplement répondu.
Je lui ai tapoté l'épaule, j'ai tout de suite été convaincu de sa sincérité. Je connais les hommes. (à suivre...)
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20 Juin
« L'épreuve m'a toujours renforcé dans mes choix et mon caractère mâme ! » J'écris fébrilement dans mon journal quelques phrases à la lueur d'une lampe à pétrole, dans l'une des cabanes de jardinier du Parc du château de Huberstbörg qui me sert comme en ultîme refuge, bête blessée, encore saignante et essouflée de la dernière traque. Tous m'ont accablés... non pas tous mon cher Uurtikrn m'a été d'un grand réconfort. Il m'a souri. Il a compris, je lui ai appris que la vie est quelques fois injuste et peu améne mais que c'est alors dans l'épreuve que se distinguent les vrais caractères. Mais les autres... tous les autres.... Ah ingratitude, quand je pense à toutes ces années, mes meilleures, que j'ai données à un pays qui, l'on me pardonnera le mot est le trou du cul hémorroïdaire du monde gelé et a été infoutu même d'inventer la crème glacée. Bien entendu, ce salopard d'Urinald Fun Froeben qui a des espions partout dans le Palais s'est empressé de raconter l'incident de la bibliothécaire à la Reine.
Ah faible femme je te pardonne, femme que j'ai tant aimée et servie je te pardonnerai encore demain, femme influençable et donc coupable comme tu m'as déçu, (d'ailleurs j'ai toujours pensé que Reine c'était un métier d'homme !... oui enfin l'on m'a compris) et pourtant je te pardonnerai toujours.
Alors j'ai préféré au scandale et aux éclats, au mots blessants parce que trop sonnants la dignité d'un exil silencieux, temporaire et agreste.
Et si il le faut demain je rejoindrais mes terres, mon bon village de Bonpèze où notre (voilà que cela me reprend !) nom est respecté depuis des siécles et où je suis aimé de tous. Là-bas les plus anciens se souviennent du mioche aimable et tant vivant que j'étais, d'ailleurs de cette enfance campagnarde j'ai conservé le surnom de Raoul il cagadou, ce qui veut dire en patois celui qui « fait » partout, que l'on me pardonne la rudesse, l'acreté de notre parler, mais il est si vrai et authentique, il faut dire que dans mon enfance j'étais souvent agité de coliques et il me fallait me soulager un peu n'importe où au gré des champs et des haies et bosquets. Le surnom m'en est resté.
J'occulte la lampe car j'entends des pas qui s'apprôchent, je ne suis point un brigand pour chercher à me cacher ainsi indéfiniment, mais pour un temps je préfére quand même la discrétion.
Le silence, comme souvent le silence, sinon pesant à tout le moins pondéreux, on l'aura remarqué, me laissant le temps de me ressaisir et de réfléchir :
« Cela pue un peu ici, les sacs de fumiers de cheval et d'azote sur quoi je suis assis, sans doute. »
L'on toque à la porte... ah que n'ai-je emporté avec moi quelque arme ! Ils ne m'auront pas vivant ces sauvages vikings, il retentira une fois encore le nom français à leur faces embierrées et...
-Ouvre quoi Raoul fais pas le couillon !
Cette voix, je la reconnais, cette voix amie c'est celle du Père Fulmance des Emplettes, mon confesseur et directeur de conscience.
Il me faut là aborder la question religieuse, né dans la seule et vraie religion catholique et romaine, il m'a fallu embrasser la foi réformée à l'occasion de mon mariage, éh sans quoi l'affaire ne se faisait pas tout simplement, c'est qu'ils sont tolérants les parpaillots mais dans la limite du tolérable.
Troublé par cette exigence, j'avais pris le conseil à l'époque d'un jésuite qui m'avait enseigné dans mon jeune temps: le père Fulmance des Emplettes.
Suivant sa recommandation je me fis donc Calvinien.... Ou Luthériste ? Je ne sais plus, il m'avait confirmé ce que je pensais que ce n'était là que puériles formalités et que je serais plus utile pour notre sainte église et la vrai foi auprés de la Reine qu'à Paris où je n'étais qu'un étudiant, désargenté et même passablement endetté et sans grandes espérances, monsieur mon père venant de se remarier pour la cinquiéme fois à une meneuse de revue d'un music hall parisien où il avait ses habitudes, compte ouvert et sa bouteille de champagne au frais.
Il va de soi que je n'ai jamais pris très au sérieux cette religion d'épicier mais malgré tout pour m'assurer l'âme j'emmenais dans ma suite mon directeur de conscience. La Reine n'a jamais voulu le recevoir au Palais, elle le craint je crois, comme un menteur la vérité, assurément.
Souvent après m'être confessé à lui le Père Fulmance m'interroge :
-Bon mon garçon, dans la vérité de ton cœur les choses sont bien fixées, ton attachement à la seule vraie doctrîne chrétienne: la catholique j'entends, reste entier malgré tous les simulacres auxquelles tu as du te plier ? Dans le tréfonds j'entends ?
-Dans le tréfonds mon père ?... eh ben je vous avoue que ça tourne un peu. Lesquels sont damnés, les luthéristes ou les calviniens ?
-Mais Bon Dieu tous, ils le sont tous ! Ce sont des hérésies commerçantes et commodes, nées pour faciliter le commerce et la bonne conscience usuraire de ces messieurs ! Mais bien entendu que tous le seront !
-Et même ma Poupetkë... et les mômes ?
-Ah là il ne tient qu'à toi qu'ils ne le soient pas, Raoul, et tu sais comment. Allez apprôche-toi mon grand que je te donne ma bénédiction.
J'ai mis mon influence et mon charisme au service de notre sainte mère l'église mais jusque là je n'ai réussi à convertir qu'une très lointaine cousine de la Reine 1875° dans l'ordre de succession au trône et encore la victoire ne me fut point confirmée car elle abjura très vite sa religion nouvelle pour se faire mahométane et épouse en second d'un émir polygame.
-Allez ouvre enfin quoi merde, je sais que tu es là petit con!
L'homme a son franc parler, on en jugera. De fait Le Père Fulmance a sur moi une réelle autorité morale. J'ouvre donc la porte.
-Joy-eux-z-anni-ver-saire Tétesse !
Mon Dieu ils sont tous là derrière la porte, soit maintenant exactement devant moi, tous mes bons amis, outre le père des Emplettes, le cher John Branke accompagné de l'orchestre symphonique de Manchester de passage dans notre capitale, l'attaché culturel russe le vice-colonel d'artillerie Vassilli Merdakov, venu avec un corps de ballet au complet et en unifôrme encore, actuellement en voyage d'étude dans notre base sous-marine modèle de Uughsborg qu'il a tenu à leur faire admirer et pour quoi je lui ai obtenu un permis de visite, Pétcho Larigaïe, le lecteur de français de la Reine dont je parlerais plus loin et que j'ai élevé au rang de véritable ami de nous-même, la grosse Lottie, une belge qui tient une maison fort accueillante dans le quartier chaud de la capitale et qui est venue avec quelques unes de ses pensionnaires et tant d'autres compagnons d'interminables régates (en brise glace), camarades de polo (sur chenilles), ce sport si démocratique où tout le monde me tutoie, (sauf les chevaux et les palefreniers bien entendu !) et joueurs de golf (des neiges, il faut parfois quinze jours pour retrouver sa balle ou attendre la fonte) amis que je veux remercier ici et qui ne tiennent point tous ensemble dans mon île d'Elbe improvisée, cette modeste cabane de jardiniers.
Nous festoyons pendant des heures, heureuses et inoubliables heures, au matin l'orchestre symphonique gît désaccordé et ronfleur sur les pelouses, dans la grande piéce d'eau le corps de ballet, avec à sa tête le cher Vassilli, affronte en de renouvelées naumachies, la troupe de la chère Lottie commandée par le non moins cher John Branke. J'ai du mal à ouvrir les yeux mais je me demande bien où ils ont pu trouver leurs bateaux, lorsque je réalise que ce sont les guérîtes des gardes du Palais qu'ils ont dérobés (nuitamment cela va sans dire), sciées, reclouées et armés en bataille.
Je cherche le Père Fulmance et le découvre enfin sous les fenêtres de la Reine, ma Poupetkë est levée, malgré l'heure matinale et elle regarde avec quelque surprise la paire de fesses que lui soumet le jésuite passablement éméché et assez vindicatif à son endroit pour lui montrer ainsi son envers (si j'ose dire.) :
-FoutreDieu ! Ah tu veux pas me voir ! Et bien au moins tu auras vu mon cul !
Je vais pour remettre un peu d'ordre dans les esprits, malgré mon mal de tête, lorsque la cabane de jardinier explose (sans doute la lampe à pétrole que j'ai oublié sur les sacs d'azote, il faudra que je me renseigne) et je vois l'édicule propulsé à une belle hauteur dans les airs et retomber sur la statue monumentale d'Albert le Moyen, qui le représente signant un accord cadre sur la réduction de la durée du temps de massacre hebdomadaire avec le Roi de Prusse, qu'il coiffe littéralement.
Quel chouette anniversaire en vérité. (... à suivre...)
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Publié par urbane à 14:38:12 dans / Nordnmark one point ! (roman-feuilleton en cours...) | Commentaires (0) | Permaliens
19 Juin
Je profite de mon exil bibliographique pour mettre un peu d'ordre dans les 50 000 volumes, en rangeant les collections du grand-père je découvre toute une ancienne série des Pieds Nickelés je m'en régale tout en dégustant la pizza que j'avais commandée au fidéle Pezzollino et qu'il m'a fait livrée sans tarder. Brave garçon ! Quand même il faudra que je vérifie les pouboires qu'il donne aux livreurs... et les compositions et provenances des sus-dîtes pizzas, celle-ci me semble partculièrement poilue, cela ne prouve que davantage sa latinité certes mais quand même je préfére la pizza imberbe.
Je suis affalé sur mon canapé, en robe de chambre, les doigts plein de tomate quand une petite jeunasse, toute en blondeur clignotante et jupette d'été entre dans la piéce, je replie mon clic-cl...aïe à la con... hâte, m'essuie les doigts sur ma robe de chambre :
-Excusez-moi Monseigneur je viens prendre mon service. Je suis la nouvelle bibliothécaire adjointe.
-Mais ce n'est plus Mademoiselle Huurlmondborg. L'interrogeai-je, vivement intéressé par ce mouvement de personnel indépendant de ma volonté mais auquel je donne volontiers mon assentîment tant la vieille Huurlmondborg était chignognesque et détestable à tous points de vue.
-Non elle a pris sa retraite la semaine dernière Monseigneur, vous nous aviez fait le grand honneur d'assister à la fête pour son départ et sa Majesté lui avait remis la croix d'écuyer de l'Ordre d'Albert le Moyen pour ses trente sept années de service au Palais.
Quand je pense que cette vieille schnoque a été décorée et que moi-mâme on me chipote... enfin !
-Je suis mademoiselle Shupettsen.
-Mais oui, je me souviens, émouvante cérémonie. Très bien, très bien... alors bienvenue au Palais mademoiselle Shupettsen. J'étais justement en train de compulser quelques vieux traités d'archéologie carthaginoise...
Je suis devenu un spécialiste de l'archéologie carthaginoise le jour où j'ai découvert que le royaume en était fort dépourvu.
-J'ai passé mon doctorat sur le sujet de la représentation de la figure du sacré dans l'art mosaïcal des pédiluve anté-hamilcarien.
Une spécialiste des bains de pieds carthaginois convenons-en c'est pas de pot.
-Ah... bien, bien nous pourrons en deviser ensemble à l'occasion alors... dis-je tout en songeant-je qu'il allait me falloir réviser sérieusement la chose parce que je ne sais pas même où se trouvait Carthage. En Afrique et quelque... ce me semble ?
Enfin c'est l'une de ces filles qui ont la particularité de parler longtemps et sans respirer, si bien qu'elle arrivent au bout de leurs idées à peu prés asphyxiées et prêtes à cueillir.
-Mais asseyez-vous Mademoiselle Shuppetsen.
Elle s'assoit en confiance sur ma pizza encore chaude, se reléve vivement, maculée (déjà !) le fondement tout peinturluré, c'est charmant.
-Quand je travaille, je ne prends pas le temps de dîner, je grignote n'importe quoi.
Elle apprécie mon côté simple et sans façon, de fait je suis très accessible, pourvu qu'elle le soit autant. Je prends ma pochette de soie pour lui nettoyer galamment la partie maintenant la plus rutilante de sa personne et pas la moins avenante, certes non.
Elle se laisse faire, souriante, accommodante, je me fais plus pressant, elle ne recule ni ne proteste, après tout va très vite:
-Je... je vais demander à mon majordôme de vous faire monter une robe... voulez-vous ? Lui demandai-je en appuyant sur la sonnette d'appel.
Elle acquiésce, je l'aide à retirer sa jupette.
-Le slip aussi Monseigneur ?
Allez hop faîtes monter un slip !
-Aaarrrhh les français sont fous ! Murmure-t-elle béante de désir.
Dans nos emportements sensuels nous ne remarquons point le groupe de scolaires qui sous la conduite de leurs professeurs et du guide viennent d'entrer dans la bibliothéque, nous sommes lundi jour de visite du Palais Royal.
-... à gauche vous avez les collections de grimoires et incunables de feux les rois Hourrald XII et Youppiald XIII... à droite vous pouvez apercevoir le Prince consort Raoultkë de Nordnmark en train de troncher la nouvelle bibliothécaire adjointe du Palais Mademoiselle Shuppetsen...
-ÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔ !!!
Publié par urbane à 03:31:50 dans / Nordnmark one point ! (roman-feuilleton en cours...) | Commentaires (0) | Permaliens
18 Juin
Je suis toujours planqué retiré dans la bibliothéque, j'y ai passé la nuit, j'y ai installé sans en avertir la Reine un clic-clac que je suis allé acheter nuitamment chez Ike-aïe ! la grande chaîne de grands magasins de meubles scandinaves en kit, il faut dire que par ici la nuit dure six mois et que les magasins soient ne ferment pas, soient n'ouvrent plus selon les options philosophiques et commerciales de chacun. Il est certain que ce n'est pas facile de se lever le matin quand on ne s'est pas couché le soir surtout si le matin ressemble au soir et vice versa.
Donc j'ai passé une bonne partie de la nuit à monter le canapé convertible aidé par Pezzolino mon fidéle valet de chambre, un ex-pizzaiolo, je l'ai rencontré il y a une dizaine d'années dans une pizzeria grecque du quartier albanais de la capitale, je l'ai pris à mon service et il me sert depuis avec astuce, constance et même quelques fois de la loyauté.
Au matin il est arrivé avec les journaux, mon petit déjeuner et un acte d'abdication en trois exemplaires de ma charge et dignité de prince consort.
-Alors l'ami où on sommes-t-on ? Demandai-je au brave Pezzolino avec un détachement stoïque en beurrant mon rôtie.
-A qué chidenté Monsignore !
De fait les journaux ne sont pas tendres, et bien entendu il y a une grande part d'exagération et de fabrication là dedans, ils truquent et soutiennent sans vergogne que j'ai tenté de défenestrer un vieillard diminué. Sur les photos, je saigne du nez, j'ai les lunettes de travers, le visage déformé par la colère je ressemble à une fin de série de tueur en série au moment de son arrestation.
Raoultkë Ôg viok defenestratortkë !Je traduis pour les non polyglottes :
Raoul le défenestrateur de personnes âgées!Un surnom qui a tout le moins, s'il devait rencontrer quelque vogue serait fort dommageable à l'image que j'entends laisser à la postérité.
En ces instants je ne le cache pas, je chancelle sur ma rôtie mal beurrée lorsque en mon for enfiévré retentissent soudain les trompettes... de la reléve de la garde.
Dieu sait qu'à l'ordinaire c'est un rituel qui m'insupporte: il faut dire aussi qu'à l'ordinaire à six heures je dors, mais là, dans le moment, ce retentissement cuivré me redonne du courage, je me dresse dans mes pantoufles et j'ouvre la fenêtre qui donne sur la cour d'honneur en grand, préparé à tout affronter et même les lazzis d'une populace hostîle.
Est-ce mon autorité naturel, rien ne vient, derrière les grilles de la cour d'honneur quelques regards se tournent vers moi mais sans que j'y lise de désapprobation, au contraire des flashs partent, on me photographie, je fais bonne figure je crois, en robe de chambre mais très vite je m'ennuie à faire face, la bonne humeur chez moi n'étant jamais trop longtemps exilée, je ramasse les billes d'un jeu de solitaire en marbre posé sur un guéridon, je m'en remplis les poches et je retourne à mon balcon, accoudé à la rambarde du balcon, très sportsman dans l'épreuve, je vise les bonnets à poils (ils les ont adoptés pour la Garde Royale sur le modéle, une fois encore, des anglais qui nous en avaient chipés l'idée après Vaterloo à l'imitation de notre Garde Impériale !) que je surplombe et laisse tomber les billes une à une. La bille quand elle atterrit se met à tourner sur le plafond du shako rond, il parait que lorsque l'on est dessous c'est à devenir dingue ! Mais ils n'ont pas le droit de bouger sinon ils ont un gage et quinze jours de prison. Tordant non ? Je suis en pleine visée lorsque j'entends la grande porte de la bibliothéque qui s'ouvre, je me retourne : c'est mon petit Uurtikrn !
Outre ma fille chérie l'adorable et douce Klopilde qui parfait ses études supérieures en Floride, j'ai deux fils: Koonradt qui tient beaucoup de sa mère et qui est à l'Ecole Navale et puis le jeune Uurtikrn, c'est tout moi, vaillant et impulsif, je prends du temps sur mes obligations pour le former au mieux à ses futurs fonctions de... de Poulidor, d'héritier en second.
-Papatkë !
-Viens là mon petitkë.
Il va sur ses dix-huit ans, autant notre koonradt est sanglé comme sa mère autant mon Uurtikrn est artiste comme son père. En ce moment il porte une crête d'iroquois arc en ciel qui fait jaser les gazettes à scandales, c'est dire si comme moi ils détestent les plumitifs.
Il me rejoint sur le balcon, je pose mon bras paternel sur son épaule encore toute filiale:
-Il ne faut pas vous occuper de ce que disent les journaux Papatkë.
-Que veux-tu voilà ce que c'est qu'une monarchie parlementaire ! Rien du tout, le néant ! Un ornement bourgeois ! Le char de l'état transformé en taxi ! Et si l'on proteste un peu ou que l'on veuille se conduire en maître chez soi les boutiquiers vous menacent de vous couper les vivres et de vous supprimer votre liste civile, et ces messieurs de débattre de ce qu'ils vont nous donner comme traitement et étrennes ! Les concierges de la mémoire nationale voilà ce que nous sommes !
Je ne rate jamais une occasion de lui donner quelques leçons d'absolutisme.
-Imagine-t-on Louis XIV laisser imprimer de telles saloperies mais tu peux me croire que le soir mâme le photographe, eut été mené en place de gréve pour y être roué tout vif. Il est où le respect qui m'est... Qui nous est dû ! Allez maintenant va à l'école mon grand !
Il fait des études de... de quoi déjà ? Il faudra que je lui demande. Il me quitte et je reprends mes occupations ludiques quoique assez vaines, j'ai presque entiérement garni tous mes bonshommes lorsque la porte s'ouvre à nouveau et la Reine entre, elle est en robe d'audience, une petite couronne de ville en diamants sur la tête, la tenue de bureau quoi, elle est suivi par cette petite ordure d'Urinald fun Froeben qui porte une pile de journaux :
Elle en prend un, le léve bien haut :
-Avez-vous signé ?
Je quitte le balcon à grands pas et claque la porte au nez de fun Froeben :
-Ecoute il faut qu'on parle... je vais t'expliquer ma Poupetkë !
-Jé né zuis pas votre Poupée Mounsieur !
-Ah c'est comme ça !
Le coup de sang me prend et je te la balance sur le canapé comme une serveuse de relais routier. Elle crie, se débat et proteste... Ah Dieu du ciel voilà bien un achat utile que ce clic-clac-paf ! que j'ai inauguré cette nuit et qu'avec la Reine nous baptisons derechef du beau nom d' « entente renouvelée ». (c'est une figure de style assez bien amenée, je crois ?)Notre réconciliation fait du bruit et au moins un déçu. Dans ces moments, Gretaetkë si réservé dans le quotidien est du genre extraverti, j'imagine le Urinald fun Froeben, l'oreille collé à l'huis et je redouble d'activité.
Quand la Reine se reléve, je suis pardonné.
Je reboucle ma robe de chambre, elle rajuste sa courônne et va sur le balcon, elle se penche pour regarder la garde descendante qui s'éloigne, de fait elle s'éloigne mais ce qu'elle voit d'abord et surtout ce sont toutes ces billes qui tournent de plus en plus vite sur le dessus des chapeaux et les têtes des gardes royaux qui par réflexe décrivent un mouvement circulaire comme pour mieux encourager la rotation, c'est poilant littéralement, John-Branke goûterait la farce mais elle visiblement n'y souscrit pas, elle se retourne vers moi :
-Konnartkë !
Et elle s'en va.
Un coup pour rien pensai-je avec quelque effronterie... mais je t'aurais ma fille ! (à suivre...)
Publié par urbane à 22:47:41 dans / Nordnmark one point ! (roman-feuilleton en cours...) | Commentaires (0) | Permaliens