Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Walter Chéchignac 25 par H.T.Fumiganza | 15 novembre 2007

25.
Dartemont-sœurs
 
Chéchignac ayant droit eu égard à sa participation dans Dartemont-Sœurs à deux administrateurs au conseil d'administration, il m'avait coopté afin que je me tinsse un peu au courant des affaires conchoises, et de fait quel meilleur observatoire que cette maison séculaire et demie pour comprendre la mentalité conchoise et connaître tout des histoires compliquées, grotesques, scandaleuses ou grivoises du pays concho-ponchain. Avec Walter nous passons des après-midi entières aux archives, qui se trouvent dans les grandes caves de l'immeuble Dartemont-soeurs.
Tout y est consigné depuis la première vérole de l'ancêtre de mademoiselle Martineau libraire portuaire jusques aux nombreux avatars extra-conjugaux et donc naturels de feu Lucien Boitel, le regretté député-maire.
Le plus étonnant ce sont les compte-rendus et rapports de mission effectués au début du siècle dernier par les enquêteurs moustachus de la maison,
Et d'ailleurs le Chef ‘von le Gueuzec quand il vient nous visiter de retour de ses filatures se laisse lui aussi gagner par une certaine nostalgie :
-... ah quand on pense que dans ce temps il y avait plus de cinquante enquêteurs à demeure... souvent d'anciens gendarmes, passés virtuoses du constat d'adultère et des affaires de mœurs où ils savaient montrer tout le doigté et le métier nécessaire, ce n'était pas à eux qu'il fallait faire le coup du garde-champêtre ou du trousse-veuve... ouais une bonne cinquantaine plus les correspondants... aujourd'hui je suis le seul permanent et nos correspondants se font vieux... ils font comme moi ils se préparent à la retraite... tiens j‘en parlais encore tout à l'heure avec Jean-François Précaillon...
-Comment va-t-il le cher Jean-Françouais ?
-Il va... il va comme moi vers la sortie, lui aussi a du regret...
-Allons chef, pas de défaitisme, vous savez bien qu'il suffirait de pas grand chose pour relancer l'affaire... si ces dames consentaient à passer la main à la rentrée, je serais prêt à investir dedans et...
-C'est là que tu te goures mon petit Valter, Dartemont-sœurs sans les sœurs cela n'existe simplement plus c'est pour le coup que tous nos correspondants raccrocheraient pour de bon !
-On en prendrait d'autres, on pourrait doubler les postes, même à l'étranger.
-Oh je connais tes idées, on pourrait même changer de métier, mais ce serait plus ça, la confiance ça compte et puis tu sais elles ont le don, c'est de famille, même la Chambeulac, l'affaire du trafic de Bletznecs congelés à la conserverie Seigneur il faut voir comment elle t'a démêlé l'affaire. C'était le beau-fils qui maquillait les connaissements et avait monté une filière d'export parallèle, le vieux Seigneur a préféré laissé filer le coup pour s'éviter le scandale
-Pourtant le trafic de bletznecs, cela devrait être sévèrement réprimé ! Intervins-je déjà connaisseur et prévenu quant à la dangerosité du produit.
-S'pas c'est ce que je lui ai dit au vieux, il y en avait quand même pour quatorze briquettes...
-Cent-quarante mille francs ? Cela fait combien en t'euros ?
-Aucune idée de toutes façons je vous parle en énefs, un mi-yard et quat' cents mi-yons !
-Un milliard et... bien dîtes donc cela doit en représenter des milliers de tonnes de poissons...
-Vous plaisantez au japon il le cigle au prix du béluga le bletznec ! Non vrai  mon petit Valter et regarde... même les gamines, elles n'ont pas hérité que du réchaud et de l'appétit de leurs grandes tantes, elles te l'ont coincé leur satyre pudique et il est vite passé aux aveux. Non crois-moi elles ont le flair et du goût pour ça.
-Et pour le reste ? Vous avez pensé au reste chef ?
-Elles s'y mettront, petit à petit je la mets au courant la petite Belcourt et elle répond bien crois-moi.
Du reste, je n'en saurais pas plus et je ne cherche pas à en connaître le détail mais il n'est pas difficile de comprendre que c'est ce reste des activités de Dartemont-sœurs... et compagnie qui intéresse au plus haut point Walter Chéchignac. (... à suivre...)

Publié par urbane à 04:10:38 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (1) |

Prix Glancourt 2007 | 10 novembre 2007

Exclusif : le Prix Glancourt décerné à H.T.Fumiganza pour Walter Chéchignac (L'Urbaine des Arts Editeur) au premier  tour de scrutin.


 

Nous vous livrons ici le compte rendu des débats des jurés Glancourt tel que recueilli par notre envoyé très spécial Pipo Lagroulade.
 C'est au restaurant buvette le Balto rue Franpin à Bagnolet que le jury du Prix Glancourt s'est réuni sous la présidence de Didier Ducoin (il est de Bagnolet centre) et de Madame Edmonde la charmante épouse du propriétaire du Balto qui avait décidé que cette année elle en serait :
-Vrai quoi merde alors merde quoi ! Marre de vous faire la tambouille, de vous laisser écluser gratis, et de servir en salle moi aussi j'en lis des bouquins ! Qu'est-ce y croivent ces petits merdeux qu'y a qu'eux qui n'ont de la kulture !
Jean-Pierre Chassavagne notre estimé directeur qui comme chaque année dînait sous la table avec quelques éditeurs amis, afin de s'assurer de la bonne tenue des débats et pouvoir le cas échéant rendre de menus services aux uns et aux autres, Jean-Pierre donc est sorti de sous la nappe pour dire à L.Benayak son homme à lui :
-Virez-moi cette morue si les journaleux arrivent on va avoir l'air fin ! 
-Difficile chef mon chef ! A rétorqué le très hiérarchique Lofti, elle risque de nous présenter la note des dix dernières années.
-Ouais remarque t'as raison, bon mais tu me la marques à la culotte ! A murmuré le cher Jean-Pierre en regagnant son dessous de nappe.
-Affirmatif chef mon chef ! A murmuré de concert Lofti en déglutissant avec quelque difficulté.
Il faut dire que marquer Madame Edmonde à la culotte, ça n'incite pas à l'optimisme.
-Bon je fais l'appel a dit Didier Ducoin ( non vrai il est né juste en face) qui adore jouer au profaillon, il a longtemps travaillé pour la tévé d'état, il a même commencé sa carrière d'homme de lettres à l'ORTF (en seconde division: sous-directorat des dramatiques chiantes und educatives)
Des absents il n'y en avait que deux: l'une belge notoire refoulée comme chaque année à la frontière hollandaise et l'autre que l'on avait oublié de prévenir, il était fortement soupçonné d'honnêteté.
Michel Pourniais de chez Gallimion & fils a pris la parole, parce qu'il portait un bonnet, habitait une campagne lointaine et mal desservie et avait annoté les soixante-dix volumes des œuvres complètes de Voltaire dans l'édition de Kehl, il se prenait pour un lointain successeur du bourgeois de Ferney.  
-Je ne sais pas ce que vous en pensez mes bons amis mais  j'ai bien aimé : « Me la mets-je ? » de Ronald Pointebille c'est quasiment ontologique? 
Michel Pourniais a soudain disparu sous la table, comme happé par un tourbillon, une manière de triangle des Bermudes bagnolétain.
On a envoyé une cordée de secours et on l'a retrouvé enfermé à double tour dans le buffet à verres des cuisines, son éditeur qui l'avait planqué là parce que le Ronald Pointebille était parti de chez Gallimion pour aller chez Flaminard et qu'il était même pas question d'évoquer son nom quand on était un auteur Gallimion.
-Pointebille ? Ce n'est pas le neveu de Tomato-Delfraise de l'Académie ? (l'académie Rastaquouaise la seule concurrence que les jurés Glancourt se reconnaissent en matière de littérature non raturée et de confusion mentale).
-Raison de plus marre de ces petits pistonnés, on va finir par avoir des auteurs à deux têtes à force de se reproduire entre nous et puis le tonton  est mort en plus !
-Quoi Tomato-Delfraise est cané. Merde et moi comme une cloche qui lui ai envoyé mon bouquin avec une tartine pleine page, et il y a pas deux jours encore... et avec une grosse boîte de chocolats en plus pour sa dame,  demain  je vais voir la veuve et il faudra qu'elle les rende les chocolats !
-Vous trouvez pas que ça pue vous ici? S'est étonné Bernard Piveteau ex-speakerin giscardien en se resservant en blanc pour saluer dignement  le pâté de tête inaugural.
-Si je peux me permettre j'ai personnellement beaucoup-t-apprécié : La Revanche de l'amour de Barbara Boardland ! s'est permis Madame Edmonde qui décidément se permettait beaucoup. Vrai je l'ai relu trois fois et à chaque coup j'ai pleuré. A-t-elle précisé en exhibant un bouquin à trois balles d'une collection sentimentale en dotation sur les lignes RER A,B,C...Z.
François Nourrisseur (Grains,Issues et Fourrages à La Chaux-de-Fonds), l'ex-président de l'Académie Glancourt déposé par une junte de garçons de café deux années auparavant (il ennuyait les serveuses !), avait levé la main :
-Oui François c'est au fond de la cour...
Son incontinence faisait le fond de son œuvre et l'avait rendu célèbre.
Mais non il ne voulait pas sortir :
-Ah pardon vous voulez dire quelque chose ?
Mais il est demeuré silencieux et a lentement baissé la main.
La petite Françoise qu'on se souvenait même pas le nom et que tout le monde appelait « Françoise et quelque... » a levé le doigt, elle levait toujours le doigt pour demander la parole, elle faisait très enfant sage et c'est pour cela que le président Ducoin (il a perdu son pucelage square Salvatore Alliéné) l'appréciait beaucoup:
-Moi je n'ai pas changé, je vote pour Josiane Godineau.
-Son histoire de foetus congelés, bof ça manque de Technicolor !
-C'est justement cela. C'est la grande question de la féminitude contemporaine. Toutes les femmes d'aujourd'hui ont été confrontées à cela: congeler ou ne pas congeler !
-Personnellement je ne mange que des produits frais. S'est éveillé Fernand Demprun, siestard impénitent comme souvent les guérilleros. C'était l'ancien combattant de la bande, Ex opposant titulaire à Franco, à l'ordinaire écrivain c'est un boulot de planqué et ben lui il avait trouvé le temps d'être héroïque... mais pas d'avoir du talent.
-Et puis il y a quand même eu quatorze romans sur le sujet à la rentrée alors ? C'est à croire qu'ils rentrent tous en loge en même temps pour plancher sur le même sujet ces scolaires. C'est pas le Prix de Rome ici, nous avons une exigence de liberté, d'invention, nous devons braver les conventions, je n'ai pas besoin de vous rappeler qui étaient les frères Glancourt...
-Une paire de petits enculés bourgeois !  a marmonné Daniel Lépicier, qui parlait pas et marmonnait peu.
Tout gosse il avait rêvé d'en être de la boutique d'en face, de l'Académie, la vraie, il aurait voulu prendre la suite d'un archevêque, orphelin se croire la descendance d'un maréchal de Louis XV, eux au moins en face ils avaient une épée, ici rien, il regarda le porte-parapluie dans l'entrée, est-ce qu'on peut se défendre avec un pébroque ?
Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour changer de coup, il avait bien essayé d'y entrer à la Grande,  il s'était gamellé une fois, il aurait du insister.
 Oh il y avait bien les collègues, ici c'était tous de braves gars, amusés, arrivés, honorés, jeunes cons prétentiards passés rondeurs à l'ancienneté. C'était seulement le côté bon bourgeois qui le dérangeait.
   A ce moment un poivrot en provenance directe de la buvette s'est trompé de porte, il est entré, dépaysé il a regardé autour puis au plafond :
-Qu'est-ce y fout çui-là là-haut ?
Il désignait d'un regard hébété le type de chez Grassouillet qui était planqué sur la poutre maîtresse, il avait un fil à la main, il faisait pêcheur à la ligne, se cherchait une contenance, le fil descendait bas, il était accroché à la manche de François Nourrisseur (Gros/Demi-gros/livraison à la demande) et il l'actionnait quand il voulait.
Bernard Piveteau a abandonné son plat de côtes pour faire les constatations d'usage :
-C'est ça qui puait ! Il... il est mort !
La manœuvre quoique exécutée en hauteur était d'une bassesse inédite, faire voter un juré Glancourt trépassé et même largement pérempté à en juger par l'odeur
C'est alors que Jean-Pierre Chassavagne l'estimé directeur de L'Urbaine a surgi de son dessous de table. Il tenait par la tête son collègue des Editions  Flaminard :
-J'ai surpris ce saligaud-là en train de regarder sous les jupes des dames...
Des dames il n'y en avait qu'une : Françoise et quelques... et personne n'aurait eu l'idée d'aller la dévisager en partie basse.
Il a tiré sur la corde et le type de Grassouillet s'est écrasé dans un rince doigt où il a manqué de se noyer.
L'envoyé spécial des Editions Gallimion ronflait sous la table, pas difficile de deviner que le Jean-Pierre l'avait maintenant à sa main et saôulé plus que nécessaire.
Chassavagne a regardé le champ de bataille :
-Eh bien c'est du joli ! Bon je vais préparer mon communiqué de presse.
Le Président Ducoin (mais il reviendrait pas) l'a pris par l'épaule :
-Cher Jean-Pierre vous m'aviez parlé d'un auteur qu'il vous tenait à cœur de...
-Fumiganza, ouais, ouais c'est pas mal du tout, ça se lit comme on boit un petit Saumur au comptoir vrai ça passe tout seul ce truc là ! Surtout le matin quand on a le goût à rien ça vous rince l'humeur. Allez, cher Maître je vais être bon gars, j'écrase le coup, je vous débarrasse du cadavre et vous vous arrangez du reste.  

Publié par urbane à 04:51:28 dans / Prix Glancourt | Commentaires (0) |

Chômmou ! 1/2 par A.Sottos | 07 novembre 2007

Chômmou ! 1/2  par A.Sottos

 

Depuis 27 mois que j'étais au chômage, j'en avais connu et fréquenté des stages de retour à l'emploi, le malheur était que plus j'en faisais plus je m'en éloignais de ce fameux éternel retour, j'avais 47 ans et toutes mes fausses dents, plus beaucoup d'illusions et très peu d'idées neuves.

Enfin celui-ci serait peut-être le bon : « Turgescence senior plus » ça s'appelait, pourquoi pas Viagra/emploi ?

Jusqu'à ma quarante-cinquième année j'avais fait une carrière brillante dans l'industrie de la gaufrette, parti d'assez bas et même de pas très haut, cariste prodige, j'avais réussi à force de  cours du soir et de labeur nocturne a intégrer Sup'de Gaufr' après quoi à ma sortie de l'école j'étais entré chez Pipart où j'avais atteint les plus hauts sommets et la direction générale des gaufrettes Pipart , vieille maison familiale fondée en 1737 au Plessis-les-Meules et qui avait compté jusqu'à 23565 ouvriers au début du siècle vingtième, âge d'or de la gaufrette. Malgré tout le vieux Pipart avait réussi en engageant tous ses biens dans ses usines à préserver pendant des années l'essentiel, le produit était bon, la gaufrette Pipart c'était quelque chose, la Rolls des gaufrettes, on était fournisseur de la cour princière de Monaco, le prince Rainier bouffait que ça : des gaufrettes Pipart, on lui en livrait deux tonnes tous les mois, on avait même parrainé son mariage dans les années cinquante, regardez les vieilles bandes d'actualité vous verrez Gaufrettes Pipart peint sur tous les murs juste en dessous de la réclame pour la Boldo Florine qui était le sponsor principal.

 

  Non vraiment  rien à voir avec les gaufrettes chinoises à base de sciure de bois et d'intestins de prisonniers politiques congelés. Nous n'employons nous que des produits frais.

Sans doute aurions-nous du mettre plus de fric dans la recherche et le développement mais le père Pipart était un traditionaliste et je me souviens encore de sa réaction quand je lui avais proposé un projet de nouveau produit: la gaufrette en tube !

-Et pourquoi pas en intraveineuse !

 Nous les employés on y croyait encore et jusqu'à tard, on se voyait un avenir, quelque part    entre les bas à varices et les tisanes lyophilisées, les usines tournaient c'était le principal et puis... et puis la mondialisation, dans la gaufrette comme ailleurs avait mise à bas nos dernières défenses. Les nouvelles normes européennes, les campagnes anti-gaufrettes du gouvernement relayés par les différents collectifs de consommateurs concernés, forcément concernés, avaient fini par avoir notre peau.

Comment ne pas se souvenir avec émotion de nos trois derniers mois d'activité, les machines outils et les chaînes avaient été vendues pour pas grand-chose à une multinationale Mongolo-ouzbéquo-andorrane mais l'administrateur judiciaire Maître Trifouillard nous avait enjoint de poursuivre l'activité jusqu'à la cession complète et surtout d'entretenir le matériel en parfait état, sans quoi... il perdait sa commission.

Certes j'aurais pu tirer mon épingle du jeu, les repreneurs m'avaient proposé un pont d'or : char à bœufs et yourte de fonction dans la grande banlieue d'Oulan Bator et un salaire mensuel net de 15 millions de Kroutchmos (à peu prés 13.65 teuros au dernier cours du jour !) mais j'avais décliné l'offre, j'aurais eu l'impression de me vendre... pour pas cher, reconnaissons-le.

 

Le premier mois, on avait tenu le coup, continué vaille que vaille, chacun cherchait à faire bonne figure. On se surveillait et on se soutenait les uns les autres. J'arrivais au bureau à neuf heures comme d'habitude, ma secrétaire mademoiselle Pimprenaud, une petite blonde toujours impeccable et bien coiffée, m'apportait le courrier à signer, puis j'allais voir notre directeur technique dans son bureau du hall de production pour savoir s'il n'y avait pas de problèmes à la production, je serrais la main de quelques anciens après quoi je recevais nos fournisseurs ou j'allais visiter les clients. Dés le deuxième mois ça a commencé à se gâter, d'abord il y avait de moins en moins de courrier à signer, alors j'arrivais un peu plus tard, jamais après onze heures s'entend, mademoiselle Pimprenaud elle aussi se pointait en retard et souvent assez décoiffée, un jour en faisant mes courses en centre-ville je l'avais aperçue qui tapinait à la sortie de la salle paroissiale, sans doute sa manière à elle de se reconvertir dans le social.

Je me hasardais plus trop dans le hall de production, les ouvriers sniffaient de la colle à gaufrettes, les plus anciens se cantonnaient au jus de gaufrettes fermenté, et Dieu sait si c'est traître, bref ça gueulait là-dedans et la chaîne faisait un drôle de bruit en perdant ses boulons,

L'un de nos gros clients s'étaient plaint d'avoir trouvé un pont élévateur dans sa dernière livraison de gaufrettes

-Eh ben ‘quoi qu'y gueule ce con, ça lui fera un nouveau parfum ! M'avait répondu l'un des contremaîtres passablement écorné.

-On avait va-nille, pi-tsaache, choco...lat, béh maintenant il y aura pontélévateur ! Tiens prend-z-un coup mon gars !

Autant dire que je ne fréquentais plus guère la clientèle souvent armée non plus que nos fournisseurs maintenant... désarmés, plusieurs restaient sur le carreau à cause de nous.

 

Le dernier mois j'ai déserté comme tout le monde sauf une dizaine d'ouvriers parmi les plus remontés qui s'étaient formés en tribu rebelle, refusaient de rejoindre la réserve de l'ANPE,  s'étaient choisi un chef: Jérôme Hinaut, avaient décidé de prendre Maître Trifouillard en otage et campaient sur place jour et nuit, ils entretenaient de grands feux dans des barils d'huile de vidange, de loin cela ressemblait à un campement barbare aux portes de la ville. C'était inquiétant d'ailleurs tout le monde s'inquiétait, surtout ce saligaud de Trifouillard qui craignait pour ses pourboires, il a tenté le coup de force en faisant déménager les machines par des gros bras et il s'est fait faire aux pattes.

Les ouvriers voulaient le pendre par les testicules et la famille du liquidateur venue sur place et bientôt sa belle famille et ses voisins qui l'avaient rejointe les encourageaient à passer à l'acte, c'est dire s'il était populaire l'homme de loi !

Finalement le préfet a fait intervenir le RAID pendant que Matignon envoyait le GIGN, ils se sont entre-flingués et notre président a pu comme ça en médailler posthumément aux actualités deux fois plus que d'habitude.

Mais on s'en fichait bien, il pouvait bien aller se faire médailler anthume ce con-là parce qu'au total pour moi comme pour tous les autres c'était le chômage ...

(à suivre...)

Publié par urbane à 05:56:47 dans / Chômdur! Chômmou! | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 24 par H.T.Fumiganza | 01 novembre 2007

24.
R.C. La Conche
 -... allez le Raacinegueue...
J'encourage tant que je peux notre équipe, pour suivre au mieux les conseils de Martial Medpeu et La Branlaye. Car ce sont bien eux, les deux résistants, fondateurs du réseau Copulation Ouest qui ont eu cette idée lumineuse de me faire revenir dans le jeu électoral et l'affection des populations conchoises par le foutebale et un soutien voyant et même fanatique au R.C. La Conche. Ils m'ont habillé des pieds à la tête de tous les ustensiles du supporter, écharpe bannière aux armes du club, « tifo » phosphorescent, casquette à oreilles et trompe deux tons. Il faut dire aussi que j'ai eu tout ça à moitié prix car c'est le père de Walter qui a fondé le club dans les années cinquante avec quelques collègues druides et toucheu' de cuir et c'est son fils qui en est l'actuel président  à vie .
-... ouais... ouais c'est ça... plus haut... vas-y le racinnegueu !
Le cher Walter réfréne mon enthousiasme :
-Arrêtez d‘encourager le racing mon vieux, c'est ceux d'en face  le racing.
-Mais comment... mais R.C. ça ne veut pas dire Raciingueue Cloub ?
-Mais non R.C... c'est pour R.Con... l'R.Con La Conche une facétie de papa quand il a fondé le club... et le cri de guerre ici c'est « allez les Blétznec » en hommage à la denrée ...
Le Blétznec, j'en ai goûté, chez Jacky Le Radégoual, une adresse moderne et créative sur le port, cela pourrait être intéressant il les cuit à la troncha dans un grand bidon d'huile Motul sur un feu de pneus (Michelin de préférence, c'est une maison de qualité !) mais il les farcit tête comprise avec une maniére de purin d'algues au goût très prononcé, alors certes l'on sent bien le produit, mais sans doute un peu trop car à la cuisson il s'en dégage une maniére de fumet de chaussettes de sportif après l'effort qui ne met pas trop en appétit. 
En plus, il faut le cuire très longtemps, le Blétznec, tant c'est élastique, bien compter trois heures de cuisson... et quatre journées d'hospitalisation, car c'est plein d'arêtes et on passe son temps à les cracher, de préférence sur l'étranger de passage sans doute en guise de bienvenue.
D'ailleurs Jeanine le Bollec la restauratrice préférée de Chéchignac à La Ponche, à la question rituelle de Walter, à chaque fois que nous nous présentons chez elle avec quelques beaux spécimens fraîchement pêchés:
-Alors Jeanine comment vous allez nous les faire ce coup-ci ?
-Quoi encore d'vos saloperies de Conchois. Mais c'est pas mangeab' ç't' engeance ! Même le chat s'en écarte !
Elle les passe, elle, très simplement, à la poubelle, avec quelques pelures fraîches dessus, des nouilles figées au jus et un mégot en sauce pour faire joli.
Il paraît que les japonais en raffolent.
 Sur le terrain Guértemullerc le buteur titulaire tatane tant qu'il peut sans le moindre bénéfice arithmétique au tableau d'affichage, le R.C. La Conche ce n'est pas vraiment l'académie du beau jeu, fidèles en cela aux principes immortelles de Chéchignac selon quoi tant qu'à pratiquer un jeu de con... chois autant le faire avec des cons de choix, même d'adoption, il prend un soin malicieux à ne recruter que les éléments les moins doués mais les mieux décidés, ses p'tis gars ne lâchent rien et mettent la semelle même quand ils sortent en ville, il vient d'ailleurs d'engager à prix d'or un brésilien, le seul de son peuple qui n'entende rien à l'art foutebalistique mais comme ancien adjudant international de lutte gréco-romaine excelle dans le travail au sol. Il est en train de faire une torsion avec clef (de huit) sur la personne de l'arbitre qui n'en peut et siffle tout ce qu'il peut tout en dessous comme un pigeon adultère roucoulant sous sa secrétaire.   
Très vite nous avons deux... trois... cinq expulsés et le score final de 9 à zéro s'il refléte notre valeur réel récompense mal nos efforts :
-L'arbitre aux chiottes ! Vendu ! Ordure ! Queue de moule ! Enfroqué ! Aaaallez les Blétznecs ! Je m'emporte plus que de raison et quand le Martial Médpeu qui me télécommande incognito depuis les tribunes par talkie-walkie me suggére de m'en aller agresser l ‘arbitre de touche « un petit qui est dans vos moyens » j'obtempère à plaisir.
L'autre carne se défend à coups de drapeau et de sifflet de gardien de la paix, ce qu'il est dans le civil et je bats en retraite  mais les supporteurs conchois envahissent le terrain à ma suite et très vite on me porte en triomphe, un patriote, un conchois un vrai, ils m'ont reconnu pour ce que je suis devenu, je capitalise comme dirait La Branlaye qui n'est pas venu au stade, mais il avait un mot de ses parents, d'autant que Letroncheur qui connaît la valeur et les mauvaises habitudes du R.C. La Conche n'a pas non plus fait le déplacement, excipant d'une vieille blessure électorale, datant de sa première campagne, qui le fait souffrir à l'occasion et l'empêche de s'asseoir. Vrai encore deux ou trois déculottées comme celle-là et je passe au premier tour.
Ah les praves gens !
 *
 Letroncheur, je le retrouve le jeudi suivant à la réunion de la  loge de la Conscience Universelle et du Calvados réunis. Il y tient sa place en grande tenue, mais point toute sa place, il n'est là-dedans que sous-premier de la voûte, la grande maîtrise accessoire étant tenue par le fils Penault-Reugeot le grand concessionnaire automobile de La Ponche. D'ailleurs les tenues étant défrayées par les établissements Penault-Reugeot nous portons tous sur nos habits sacerdauto (dixit Médpeu), une publicité discrète pour cette maison de confiance.
C'est La Branlaye qui m'a conseillé d'aller me faire introniser chez les adorateurs du genre humain, gens d'influence et de progrès conchylicole. Pardi cela ne lui coûte rien à lui, mais moi il va bien falloir que je paye de ma personne car voilà venu l'heure de mon intronisation.
Jusque là je me dois de reconnaître que les débats ont été d'une belle tenue, après nous être prononcés en faveur de la promotion du triolisme libérateur en milieu rural sur un rapport remarquable et  fort bien documenté  (beaucoup de photos de son épouse) du pharmacien et adjoint au maire Lecornec nous nous sommes penchés sur le nouveau grand questionnement sociétal : lever le dernier tabou celui du cannibalisme clandestin, et instaurer un véritable droit à des pratiques apéritives (D.R.A.P.A.).
Au Cercons, de mon temps, cela faisait déjà débat, j'avais même entre mon colloque de Mars : « Pour un barbecue citoyen ! » et celui d'Octobre: « Le bain moussant facteur d'intégration ? » prévu d'organiser sur le sujet  un grand débat démocratique entre ceux qui étaient pour et ceux qui n'étaient pas contre.
Car enfin n'est-il pas normal d'adapter le droit à l'évolution des mœurs or quoi de plus naturel et comme indigène à notre société que l'anthropophagie, une anthropophagie ouverte, moderne et tolérante s'entend, il ne s'agit pas d'imposer à tous je ne sais quelle tradition condimentaire ou de mépriser les régîmes sans sel, non bien entendu.
Et puis imagine-t-on combien de détresses et de souffrances se cachent derrière l'hypocrisie de la situation actuelle, les derniers chiffres donnés par le rapporteur de l'atelier, « le grand concussionnaire urbain », ce n'est pas un titre maçonnique il était seulement adjoint à l'urbanisme dans la municipalité Lucien Boitel, sont à ce propos rien moins qu'effrayants, le nombre de gens qui dans la clandestinité se mangent un doigt de pied sur le pouce ou entâme belle-maman sur leur table de cuisine en dehors de toutes règles d'hygiène est simplement effrayant alors qu'il serait si aisé, et d'abord par simple humanité, de développer une politique d'anthropophagie ouverte, laïc et responsable, et de mettre en place une réglementation éthique quant à la traçabilité des viandes et les dates limites de consommation (D.L.C.) afin hors de croyances limitantes comme dirait le petit-fils Manganec de donner à cette accomplissement tout humain un élan moderniste et humaniste en même temps que de lui restituer ses valeurs de solidarité festive, imagine-t-on seulement la convivialité que dans les cours d'immeubles de telles pratiques pourraient susciter ou ressusciter.
En regardant notre assemblée, avec une certaine fierté, je pense à ce que me disait ce matin cet imbécile de Chéchignac :
-Vous verrez  le bourgeois livré à lui-même se retrouve vite des nostalgies d'emplumé.
Qu'est-ce que ce crétin peut bien entendre à la modernitude.
Vrai la question me passionne et le rapport est approuvé après quoi  nous avons tous unanimement, enfin peut-être ai-je montré alors un peu moins d'unanimité que la moyenne en attendant avec quelque angoisse la suite, nous avons tous dis-je, mouillé et levé l'index en signe sacramentelle et murmuré la formule rituelle :
-Jeunesse de la veuve, la fraternelle au train !   
C'est le moment, c'est l'heure.
Ainsi que me l'explique le « conseiller suprême de la tablée » maître Jeanneton, ci-devant notaire à La Conche  :
-Cela va être à vous mon jeune ami, ne vous inquiétez pas, à l'origine il fallait prendre la formule au pied de la lettre si j'ose dire et subir l'assaut du grand maître accessoire, mais les temps sont changés bien heureusement et puis avec toutes ces maladies bref nulle crainte... préparez le second sous-gode adjoint de la  fraternelle félicité ! Retentit-il avec une ferveur que je ne lui connaissais pas.
Mais personne ne retrouve l'ustensile sacrificateur à mon grand soulagement et à celui de monsieur le substitut du procureur de la république qui doit conccurement avec moi être reçu soit dés avant recevoir.
-Bon Dieu... oh pardon les petits frères... acredéle qu'est-ce y ‘z'ont't'encore foutu du  sous-gode de la fraternelle.
Avec monsieur le substitut qui attend dans la même posture que moi, le buste en avant, la tête en bas et toutes jupes relevées nous nous regardons avec quelque sympathie de conscrit.   
Impossible de mettre la main sur l'objet sacré, quelqu'un de l'assistance, monsieur le receveur des impôts Gerbaise, propose bien son parapluie mais le Grand Maître accessoire tranche la question :
-Eh bien messieurs nous allons revenir à la tradition... la tradition du progrès s'entend... quelqu'un veut-il officier, pour ma part, je ne sais pas, je n'ai pas trop d'allant... cette saloperie de choucroute de la mer aux bletznecs de midi peut-être... Proclame le con-cessionnaire de magistrature suprême... allez je fais dix pour cent de mieux sur toute la gamme loisirs à celui qui se dévoue... c'est pour l'humain bonheur et tout ça...
-Croire que nous n'inspirons pas tellement ces messieurs ! Me susurre vexé monsieur le Substitut qui avait l'air de s'en faire une fête.
-Moi grande courge si tu veux bien !
Cette voix ! Cette voix si je la connais !
-Monsieur le sous-premier de la voûte, je dois vous rappeler aux usages de notre assemblée.
-Couillon, je t'ai connu tout mouffl' et tu voudrais... allez, bon, ça va j'y vais,  sans quoi, c'est pas toutes tes couilles molles qui vont nous les sacrer... et moi j'ai pas que ça à faire, j'ai une campagne en train moi les petits frangins, voy-iions comment les choses se présentent !
Letroncheur, c'est bien Letroncheur qui se propose de se...  de nous... enfin de me ...
Je cherche à me relever, vrai je préfère encore le parapluie du receveur des impôts, mais maître Jeanneton, l'aut' grand sublime de mes fesses pour les intimes c'est le cas de le dire, m'en empêche.
Letroncheur s'approche, il tapote les fesses du substitut qui rosissent d'aise et...il m'investit.
-Et hop ! Et une campagne hein ça n'attend pas, s'pas le mousse !  
Je ne pense pas qu'il mette autant de conviction dans sa campagne que dans mon introduction.
Ah le salaud ! Oh l'ordure ! Ah l'encu... leur ! (à suivre...)

Publié par urbane à 04:10:15 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Con Friendly 1/2 par L.Lagueulebée | 25 octobre 2007

Con friendly!  1/2  par L.Lagueulebée
 

C'était la veille des vacances d'été et je venais de m'acheter la nouvelle Penault-Reugeot Fraü Helga, la première vraie voiture citoyenne. Le concept est connu, exactement moderne: la bagnole vous surveille en permanence et à la moindre déviance elle réagit et prend des sanctions.

Je voulais faire la surprise à mes mômes, sur le conseil de leur professeuse d'éthique sociale ils m'avaient dénoncé le mois dernier aux services concernés en tant que possesseur d'un Dodge V8 Big Block 4X4 Anaconda utilisé nuitamment dans les rues de Paris.

Ils avaient bien fait, remarquez, j'en avais marre de me planquer à chaque feu rouge parce que les meutes de vélibeurs et vélibeuses m'entouraient pour me traiter d'ordure (non recyclable) et me demander si j'avais pas honte.

Alors j'ai profité des promotions pendant la semaine punitive organisée dans les concessions Penault-Reugeot, je l'ai payé 5000 teuros de plus que le tarif sans compter la prîme de 3000 teuros que je devais régler recta au gouvernement sous peine de poursuites (à cheval), il n'en restait plus qu'une j'ai eu de la chance, le vendeur très élégant dans son costard italien fabriqué en Pologne ça l'a dégouté mon trop plein de bonheur, il m'a refilé comme une mauvaise vérole un crédit Sofincon Intromitude à 47,88 % de TEG annuel sur 96 mois et il m'a proposé un coup de manivelle derrière la tête sans supplément, mais j'ai du décliner l'offre.

Pour le reste c'est une Penault-Reugeot plutôt solide comme... poubelle, elle est entiérement en matériaux recyclés, il y a encore des traces de sang incrustés dans le plastique du tableau de bord et une rondelle de saucisson dans le pare soleil. Le moteur est hybride, il accepte tous les bio carburants: le jus de chaussettes d'élu vert aussi bien que le sirop de barbe d'altermondialiste, même si ce qu'il préfère c'est la sueur de con quand il cale et ne veut plus redémarrer parce qu'il a détecté une amorce de début de commencement de  pic de pollution.

Au feu rouge, quand elle boude, maintenant les vélibeurs me félicitent, les piétons m'encouragent et moi je transpire... citoyen.

 

Bref je suis revenu à la maison rayonnant, j'étais enfin du bon côté des barbelés, dans la moyenne compensée, je n'aurais plus à serrer les fesses, à me cacher pour cracher sur la télé ou maudire mes contemporains, plus à lâcher de sourires gueulés aux photomatons de bord d'autoroute, mes mômes étaient très fiers de moi, ils ont dit qu'ils me proposeraient pour une médaille citoyenne de 14° classe et feraient un rapport très favorable en trois exemplaires.

 

Il faisait beau, on allait partir en vacances, en chargeant la voiture je me souvenais des départs pour les grandes vacances avec mon père, sa première bagnole neuve: une 403 Peugeot toute noire, la 7 chevaux pas la huit, fallait pas rêver non plus, quand même il était allé la chercher à Sochaux pour faire des économies et la prendre bien en main. Depuis il se promenait autour avec sa peau de chamois dans la poche du pantalon et la cigarette au bec, il était en chemise blanche, et on l'aidait à charger la galerie, le voisin le père Mirail venait donner des conseils, boire le coup, il était chauffeur routier, dire s'il s'y connaissait en... chargement.

Autour ça sentait la glycine, on partait dans le midi, par la Nationale 7, à l'époque les autoroutes étaient à épisodes, un vrai feuilleton, les veilles de grand départ on nous en inaugurait 27 kilomètres, un tronçon en pleine campagne,  et à la suite on nous passait un match de fouteballe sur la première chaîne après quoi on lâchait le troupeau sur le bitume.

Notre 403 était immatriculée 75, pourtant on était seulement des banlieusards mais la province n'en savait rien et nous traitait en parisien, ça nous flattait d'être pris pour des parisiens, aujourd'hui c'est sûr j'en aurais honte.

Mon père aimait rouler la nuit « faire sa route ! »  

Moi je ne faisais pas comme mes frères et sœurs, je ne m'ennuyais pas en bagnole, je ne vomissais pas en bagnole, je ne dormais pas plus en bagnole, moi j'étais heureux en bagnole et quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais : conducteur de 403.

-Et pourquoi pas abonné au gaz ! Voilà un môme qui a de l'ambition ! Rigolait mon oncle, caravanier d'élite.

Elle était notre liberté, nous naviguions à notre guise sur l'asphalte des nationales et des départementales, j'aurais voulu hisser haut le drapeau noir bitume, j'admirais le compteur, le tableau de bord éclairé, le paysage embaumé que la pluie animait, les brouillards braconnant dans la Bourgogne endormie, les grandes flammes qui sortaient des raffineries de  Feyzin, « les plus grandes et les plus modernes d'Europe ! » selon mon père, orgueil de notre industrie lourde quand on atteignait Lyon et puis au petit matin, enfin, les odeurs de cyprès qui nous arrivaient dessus et nous retapissaient l'âme.

   Mais ce que je préférai par-dessus tout c'était les arrêts dans les stations service Antar, Fina,  Esso, Azur, avec le pompiste mal réveillé en bleu taché, le bruit du volucompteur, les odeurs d'essence parfumant la nuit vieille fille, la dépanneuse Frégate en bout de piste et quelque chose de salutaire et français dans toute cette solitude provinciale déployée, claquant au vent.  

Et puis l'on repartait, dés que tous sommeillaient, mon père tentait quelques pointes de vitesse, il relançait jusqu'à trouver le bon braquet, on faisait la route à deux, je lui allumais ses clopes, j'étais dans le personnel navigant, bombardier ou pointeur, mécano de Fangio, on grattait les grosses  Ford et Opel hanséatiques, ballantes sur les nids de poule et hautes sur roues elles ne résistaient pas longtemps à nos assauts traîtres et maquisards, il n'y avait que les Mercedes du corps de bataille devant quoi l'on s'inclinait, là mon père relevait la visière et laissait passer le tankiste, le touriste à tourelle. Il saluait presque tant cela impressionnait une 280 SEL  déboulant en pleine campagne de France. 

Après quelques quinze heures de route nous arrivions enfin au pays des vacances, mes parents louaient pour pas cher à l'année une école désaffectée, dans un arrière coin perdu, un village oublié prés d'une station d'altitude qui ne l'était pas moins. Mon père, une fois encore invaincu, allait se coucher, nous les mômes nous déchargions mollement les bagages sous les ordres de ma mère.

Les indigènes nous saluaient sans trop de mots, à l'époque le paysan parlait peu ce qui lui permettait de proférer moins de bêtises que la moyenne nationale même corrigée des variations saisonnières d'autant qu'il avait rarement la télé.

J'en étais là de mes souvenirs, de ma nostalgie de cette époque confiante si loin de toute la flicaillerie compulsive et des casernements contemporains, je m'étais approché de ma nouvelle bagnole pour commencer à la charger, avec des valises plein les mains et l'œil brillant du père de famille en vacances qui va entreprendre la petite bonne de l‘hôtel où il est descendu, et soudain elle s'est mise à klaxonner, à clignoter des phares et à condamner toutes les ouvertures: elle avait mesuré mon haleine... j'aurais du éviter la vieille prune...

( à suivre...)

Publié par urbane à 20:04:06 dans / Con Friendly ! | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| >>

Tell a Friend

SocialTwist Tell-a-Friend

oups

Thèmes

LurbaineVisual

<A href="http://www.blogarama.com/"><IMG src="http://www.blogarama.com/images/button.gif" border="0" alt="blogarama - the blog directory" title="blogarama - the blog directory"></A>ogorama

blogarama - the blog directory

Diggons

Mon profil sur Diggons.com

UT Infocoms

Rechercher

Luna

critéo

K und K

Lurbaine infocom

mailto

Tags

   A.Lagueulebée La Dame à la mycose Urbane Tattack L'UrbaineDesArts Editeur Humour et Décoloration grand concours de Cougnes   Berluscono   Blondeur vagale   Chômdur   Chômmou   Communiqués   Demain j'arrête de péter by lofti benayak   Déconnation   Editions la Découverte   Exclusif : le Prix Glancourt décerné à H.T.Fumiganza pour Walter Chéchignac (L'Urbaine des Arts Editeur) au premier tour de scrutin.   France 2   Fumiganza   G.M.Neoletto   Grand jeu concours Urbane Tattack de quelle couleur est le cheval Blanc d'Obama L'Urbaine des Arts   Gross Paris Plage   H.T.Fumiganza   Happeningue   Humouritude   L'UrbaineDesArts   L'UrbaineDesArtsEditions   L'urbaine des arts editions   La Cellule de maintien idéologique 3/3 Par G.M.Néoletto   La Gouv'Ac 2 par Lofti Benayak 1/1   La dernière lettre de votre petit Guy... urbane tattack l'urbaine des arts editeur humouritude et décoloration Guy Hocquet   La sextape de Christine Boutin et Jean-Louis Boorla (extraits). Urbane Tattack Humour et décoloration L'urbaine des Arts Editions   Le Royal Chouquettes à l'assaut! 1/1 by G.M.Neoletto   Le clochard dans le bac à sable de lofti benayak urbane tattack l'Urbainedes Arts feuilletons   Le dernier des... permanents!   M'sarkozy &fils   Michael Jackson est ressuscité   Nicolas Sarkozy est retourné en prison lofti benayak urbane tattack feuilleton sur internet l'urbaine des arts éditeur Nick Sarkozaïe went back to jail. Par Lofti Benayak 1/1   Nordnmark one point ! 23 by H.T.Fumiganza L'urbaine des Arts   Nordnmark one point ! Journal intîme du prince consort Raoultkë de Nordnmark   Nordnmark one point ! Journal intîme du prince consort Raoultkë de Nordnmark by H.T.Fumiganza 15... urbane tattack humour l'urbaine des arts editeur   Nordnmark one point by H.T.Fumiganza Urbane Tattack L'Urbaine des Arts éditeur web-feuilletons   Nordnmark one point!   Nordnmark one point! Journal intîme du prince consort Raoultkë de Nordnmark by H.T.Fumiganza 17 L'urbaine des arts votre web feuilleton sur Urbane Tattack   Nordnmark one point! journal intîme du Prince Consort Raoultkë de Nordnmark by H.T.Fumiganza L'Urbaine des Arts Urbane Tattack littérature humour   Prince consort pas Raoultkë de Nordnmark L'Urabaine des Arts votre feuilleton de l'été sextape Christine Boutin   Raoultkë de Nordnmark journal intîme du prince consort de Nordnmark H.T.Fumiganza L'URBAINE DES ARTS Editeur URBANE TATTACK humour   Raoultkë de Nordnmark prince consort roman humoristique bt H.T.Fumiganza feuilleton Urbane Tattack   Revue Lurbaine http://revue.lurbaine.net urbane tattack l'urbaine des arts editeur humour fumiganza   Strategical closeed!   Urbane Tattack blog   Urbane tattack   UrbaneTattack   UrbaneTattack réveillon chez les régressifs Lofti Benayak   VEHM   au merveilleux pays des putes   bienvenue à l'armée russe   bienvenue à nos libérateurs   blog interdit aux mâles blancs et aux chiens   by H.T.Fumiganza 18... urbane tattack   couilles   dalaï-lama urabane tattack carla bruni   droit   ebooks lurbaine   feuilletons   france   grand prix simone veil de la famille française   hommage national au dernier soixante huitard   humour   humour bd festival   humour et course à pied   humour feuilleton urbane-tattack blogg.org h.t.fumiganza lurbaine des arts éditions nordnmark one point journal intîme prince consoert raoultkë de Nordnmark   j.p.chassavagne   je veux un bébé non fumeur; fumiganza;humour;sexe   jean-pierre Chassavagne   journal de François.F. soumis   journal de la France de pendant par François F... soumis   l'urbaine des arts   l'urbaine des arts editeur   l'urbaine des arts editeur france   l'urbaine des arts éditeur humour et décoloration   l'urbaine des arts éditions   la garde à vue loisirs préféré des français   la présidence Choukroun & fils   la sextape d'Ingrid Bettancourt   le schtroumpf aux étoiles   lofti benayak   lofti benayak urbane tattack   loisirs préférés des français   maîtresse Angela et son caniche   mon infernal féminin   nain de cirque   opposable   paris   proclamation   revue   sarkozy   scandale   sondage IFLOP   urnbane tattack   vider   walter chéchignac ht fumiganza lurbaine des arts urbane tattack   web feuilletons   web-feuilletons   webfeuilletons   éco lieux mémoriel jean-pierre chassavagne urbane tattack l'urbaine des arts éditeur A.Sottos  

Kliosk

fuseaux

morback

game

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03