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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Mon infernal féminin 2/2 par J.P. Chassavagne | 29 avril 2008

Mon infernal féminin 2/2 par Jean-Pierre Chassavagne
 

A mon premier entretien de reconformation je suis tombé sur une psychologue qui m'a dit qu'on allait faire un bilan psychologique afin de déterminer mon taux de conformabilité et d'opérabilité.

-Qu'est-ce que vous fabriquez dans cette usine ? Elle m'a demandé en se passant la main sur ses cheveux en brosse, elle me rappelait un peu mon chef de corps au 8 ° RPIMA de Castres, mais en moins féminin s'entend.

-Béh des ponts –z-élévateurs madame.

-Pas madame, je suis pour vous un proxem, c'est-à-dire un opérateur  qui travaille avec vous.  

Mon nom civil est Bertholon.

-Ah bien... et bien Bertholon nous fabriquons des ponts-z-élévateurs.

-Vous en êtes sûr ?

-Ben ouais. C'est difficile de passer à côté sans les remarquer.

-N'essayez pas de montrer de l'esprit, ou de vous défausser par la dérision, je vous demande si vous êtes certain que ce sont des ponts élévateurs de sexe masculin ou si ce n'est qu'une projection que vous faîtes sur eux ?

Là j'ai senti un truc comme on doit en connaître au moment du jugement dernier quand on est tous à poil, plutôt esseulé au milieu de quelques milliards d'autres bitards ressuscités de frais et qu'on attend que ça vous tombe dessus pendant que derrière tout s'écroule. Sûr on doit  regretter de pas avoir assez révisé et les vacheries votées à bonne maman.

-Ben c'est des ponts... des outils quoi...

-Ils sont grands, ils sont puissants, ils sont inépuisables, ils ne peuvent donc être que des mâles c'est ce que vous pensez ? A ajouté ma cheffe qui venait d'entrer dans le bureau.

-Mais non, pas du tout, mesdames je...

-Pas mesdames... Bertholon et Michard.

-Ecoutez Michard...

-Cheffe Michard !

-Euh oui pardon... cheffe Michard ça s'est fait comme ça un pont est un pont.

-On vous le fait pas dire ! Elles se sont esclaffées.

-Et si je vous dis que ce pont-élévateur est femme... femme depuis la nuit des temps... alors comment l'appelleriez-vous ?

-L'appeler ? Euh... vo-yons l'appeler ?... euh un pont mais en femme... euh  une ponte ?...

C'était le cas de le dire, je marchais sur des œufs :

-... une ponte... éléva-trice ?... touze ?... treuse ?... teuse ?... une ponte-t-élévateuse !

-C'est bien vous pouvez regagner votre poste.

J'ai rejoint la chaîne Ernest-Etienne m'a demandé de quoi on avait causé, je lui ai répondu sérieusement parce que je commençais à en douter:

-Du sexe des ponts-z-élévateurs.

Et il s'est mis à se marrer en grand.

 

Le soir c'était un vendredi, on a laissé les mômes à Bonne-Maman et on s'est fait une bouffe et un ciné avec ma Poupinette, on a vu le film obligatoire de la semaine: un polar social français qui racontait les malheurs d'une femme flic pour s'imposer dans un métier d'homme, c'est marrant mais j'ai jamais pensé, moi, que flic c'était un métier d'homme.

C'était très réaliste avec des flics qui avaient de vrais têtes de flics et des bandits qui avaient aussi des têtes de flics, il faut dire que dans la vie on est tous maintenant un peu flic... au moins jusqu'à ce qu'on aille en taule, eux ils étaient flics comédiens ou flics auteurs ou flics sociaux et que ça rigolait pas avec les consignes, on s'y croyait tellement qu'à la fin, quand on a rallumé les lumières j'ai vérifié qu'on m'avait bien rendu mes papiers, c'est divertissant le cinéma et reposant... quand on sort.

 

    Après je me suis mis sur ma Poupinette, comme tous les vendredis, mais ce vendredi-là ça venait pas, à chaque fois que je bandouillais m'arrivait devant les yeux le visage de la Cheffe Michard qui, c'est marrant je venais de m'en rendre compte, avait elle aussi une tête de flic et quand je rouvrais les yeux, je voyais ma Poupinette qui convenons-en  avait un peu une vocation dans les tons, oh j'aurais tant voulu que m'apparaisse un vrai visage de femme et le regard qui allait avec, dodu et apitoyé comme il y en avait plein dans mon enfance. C'est le regard, je crois qui a le plus changé chez les dames, il a pris ce côté cureteur et fouailleur des mâles, maintenant elles marchent au comptant, paiement à la livraison, le crédit est mort aussi chez elles.

Le lendemain je suis allé voir le toubib de l'usine, le docteur Bastien pour lui expliquer que je bandais mou, Bastien c'était un vieux type, veuf et clopeur, pas très propre que la direction essayait de balancer depuis des années mais qui bénéficiait de la protection toujours agissante du vieux Ploquet en son exil suisse :

-Ouais, ouais c'est normal  vous z'êtes dans le programme de rééducation ?

-Oui.

-Eh ben ça fait partie du programme, si vous voulez mon avis ces dames en veulent à vos couilles c'est tout, ma défunte c'était ça qui l'emmerdait, quand je lui tapais à la porte en pleine nuit ou que je la bourrais au matin quand elle venait de finir de se maquiller, alors si elle peuvent nous rendre impuissant et arriver à l'heure au boulot c'est bingo vous pensez. De toutes les façons c'est comme ça que ça finira, à force de passer l'aspirateur et de torcher les mômes les mâles finiront tous impuissants, ça mute, ça mute... j'ai lu un truc là-dessus dans Ze niouve Inglande Journal of Medicine... allez et en attendant fais-toi une pute mon gars, histoire de voir si tout fonctionne normalement. 

Le soir je suis allé rôder dans le vieux quartier de la cathédrale, quand j'étais môme c'était là que se tenaient les putes, mais il faut croire qu'elles avaient toutes déménagées, les vieilles boutiques suiffeuses avaient été rénovées, il y avait plein de galeries d'art et de magasins d'antiquaires, c'est là que j'ai rencontré Jean-Loup le chef de chaîne sablage, il était avec des copains, il m'a invité à venir bouffer avec eux chez lui, c'était tous des garçons charmants, cultivés et amusants. Il a un appartement délicieux, ce garçon a un goût! Et puis il fait très bien la cuisine et il est plein de douceur, d'attention et de gentillesse, bref cela fait six mois que l'on est en ménage.

A l'usine on a validé mon stage de rééducation et j'ai quitté la chaîne pour rejoindre les bureaux, Ernest Etienne M'Bomba, lui il est toujours sur la chaîne, et il en bave, et il se marre.

De toutes les façons si ça continue comme ça il faudra bientôt qu'on se cherche tous une nouvelle place, Ploquet c'est mal parti 

Le fils Ploquet et ces dames ont voulu qu'on baptise la ponte élévateuse de la commande malaisienne « Angela Davis », vu de prés, à dix mètres cela ressemblait plus à grand-chose, on avait tout lissé même les boulons, c'était mauve et vert pomme on aurait dit un téléphone portable géant ou un gode multi têtes, un sex-toy flashy.

Quinze jours après les Malaisiens nous ont téléphoné furibards, ils venaient de se prendre « Angela Davis » sur le coin de la gueule et en plus tout le monde se foutait de leur gueule à Kuala Lumpur à cause de la couleur, ils nous envoyaient un huissier en recommandé pour savoir quelle herbe on fumait  et les lawers suivraient parce que sous le pont il y avait encore cinquante ouvriers de coincés.

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Publié par urbane à 21:25:52 dans / Mon infernal féminin | Commentaires (0) |

Hommage National au dernier soixante huitard | 10 avril 2008

Hommage national au dernier soixante huitard : Jean-Loup Laturlupe.

« Jean-Loup Laturlupe .Engagé volontaire en sociologie au XXII° Censier dés le début du conflit, il est tout de suite envoyé sur le front à Nanterre il n'a pas dix huit ans, il affronte les CRS et lors de son premier engagement , perd trois dents et a deux solex tués sous lui, dont celui de sa sœur, qui ne le lui pardonnera jamais, appelé à La Sorbonne en renfort,  très vite il organise la défense retranché dans une vespasienne, il tient quatre jours et trois nuits, les vivres manquent, il mange son dernier choco BM et il boit son urine puis celle d'un camarade diabétique, plus sucrée et donc plus agréable au goût. Au quatrième jour la position est évacuée vers une épicerie Amiot encore ouverte, Jean-Loup Laturlupe malgré une panne de mobylette (celle d'un copain) rejoint le pavillon familiale à Suresnes pour une courte permission au cours de laquelle il se prend deux baffes de sa mère et un coup de pied au cul de son père : « Non mais quel petit con ton fils Germaine ! », il rompt définitivement avec sa famille et la bourgeoisie répressive. Il rejoint l'Odéon sur le vélo de sa Tata Rirette, participe à sa défense, (de l'Odéon pas de Tata Rirette !), il a une très courte liaison avec  Madeleine Renaud dans les toilettes du Théâtre National d'où il est expulsé par Jean-Louis Barrault : « Eh bien Madeleine, on fait dans le boulevard maintenant! »

Il tente de rallier les ouvriers de l'usine d'accumulateurs Chapoto & Fils de Pantin  à la cause de la révolution mais il est très vite pris à partie et repeint au minium dans les parties les plus libérées de son individu il ne doit son salut qu'à l'arrivée des vigiles de l'usine au moment de la deuxième couche.

Entre-temps il a rejoint l'Organisation Prolétarienne des Travailleurs Révolutionnaires (OPTR) de tendance apéro-trostsko-digestivo-maoïste fondée par son cousin Jean-Claude Bénard étudiant en Lettres modernes qui occupe l'imprimerie de la Corpo Lettres, très vite une scission intervient et pour continuer la lutte il part avec les cotisations pendant que son cousin Jean-Claude déménage la presse Heidelberg et se lance dans l'impression de photos de cul pigallesques pour touriste en goguette.

Lorsque la répression policière s'abat sur les acteurs de Mai, Jean-Loup Laturlupe entre dans la clandestinité en même temps que dans un sixième sur cour. Dénoncée par sa concierge :  « Je l'ai repéré tout de suite à cause qu'il avait des cheveux sâles et longs monsieur le Commissaire. Il y a pas de prîmes ? Pendant la guerre on avait une prime de rendement des allemands quand on dénonçait suffisamment, ça complétait bien! » 

Gardée à vue, torturé par mégarde : « Faites escuse le café qu'est trop chaud ! », il est relâché sur intervention de sa maman et de sa tata Rirette.     

Réformé à titre psychiatrique par l'institution militaire: « On sait bien que tu fais semblant d'être dingue mon gars mais tu fais si bien semblant que ça m'étonnerait que tu sois pas un peu touché, et comme on a déjà notre dotation de connards on préfère pas s'encombrer... et puis il y a ta Tata Rirette qui nous a emmerdé toute la semaine pour qu'on t'envoie pas en Allemagne alors quand on peut faire plaisir et que ça nous débarrasse! »    

Il part pour Katmandou sans Tata Rirette... mais s'arrête à Romorantin où il fonde un ashram, fermé quelque temps après à la demande des voisins pour raisons sanitaire:  « Y couchaient avec des petite gamines de treize ans et même y venaient tourner autour de nos p'tits gars, y te ramassaient jamais leurs poubelles ces cochons-là, y sortaient de là des rats gros comme des chats monsieur le commissaire ! »

Pompiste situationniste intérimaire sur la route de Deauville il se fait dédicacer des pare-brise  de célébrités, il enrhumera ainsi Claude Lévi-Strauss, Edgar Morin et Roland Barthes réunissant un  ensemble d'œuvres qu'il exposera par la suite à New York avant d'être vendu aux enchères avec un grand succès en 1999.

Avec son cousin Jean-Claude qui a brillamment réussi dans le proxénétisme hôtelier, ils se lancent dans le combat du féminisme et de la libération sexuelle, ils mettent sur le trottoir... des Studios de Boulogne, une jeune actrice inconnue et qui le redeviendra très vite avant de se suicider : Marlène Jobard, avec laquelle il tourne un long métrage : « La chauffeuse »,  dénonçant l'hypocrisie sexuelle bourgeoise, le film du fait d'actes sexuels non simulés est interdit de diffusion par la censure mais il sera vendu à une dizaine de pays d'Amérique du sud aux mœurs notoirement plus évoluées et il est encore aujourd'hui au programme des cinémathéques de quelques bobinards pour mineurs chiliens; dans le même temps il milite pour le prélèvement libératoire sur les actions et l'avortement tout aussi libératoire. Entrepreneur infatigable il participe à la création de BLC (Bénard, Laturlupe & compagnie) International, groupe très actif dans la production de cassettes pornographiques VHS, la presse de cul institutionnelle et le minitel rose (3615 Ma Foune 7,45 F /min). En 1981 il est nommé Inspecteur Général des Tabacs et Allumettes (comme ça pour voir !) et appelé au cabinet du ministre du temps libre, où il montre la plus grande activité, il poursuit dans divers cabinets ministériels, conseiller technique au cabinet du ministre de l'industrie il y promeut la nationalisation prolétarienne des moyens de production puis le libéralisme d'état subventionné à finalité privative, à la Défonce Nationale il revend à son seul profit au Sri Lanka une partie de la flotte de Méditerranée, organise une loterie payante pour les promotions internes et institue un droit de cuissage sur les stagiaires. Militant antiraciste, co-fondateur de l'ONG Concussionnaires Sans Frontières (CSF), la conscience toujours en éveil, tout au long de sa longue carrière Jean-Loup Laturlupe  aurait mérité d'être médaillé plusieurs fois par les assises de la Seine mais il préférera toujours la discrétion et collectionnera les non lieux.

Jean-Louis Laturlupe était Grand officier de la Légion d'Horreur, compagnon de la Libération (sexuelle), Médaillé de la Résistance (au Flan National et à la streptomycine), Croix de Paix avec palmes (de canard). Vice-Président de l'Union  Départementale des Anciens Cons Bâtés de Mai 68 du Loir et Cher. 

Toute ta vie Jean-Loup Laturlupe tu te seras battu pour une seule cause: ton rond de serviette, un seul idéal: ta quéquette. A toi le dernier des com... battants de Mai 68 hommage te soit rendu  par la nation... convalescente! »

 

Publié par urbane à 04:19:15 dans / Hommage National au dernier soixante huitard | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 30 & Fin par H.T.Fumiganza | 14 mars 2008

Pour ceux que la littérature pétassophone actuelle débecte, un vrai roman d'homme à l'ancienne: Walter Chéchignac par H.T.Fumiganza est en vente dés à présent au prix de 11 euros port compris aux éditions  L'Urbaine Des Arts / Noveling Press

Walter Chéchignac par H..Fumiganza est aussi disponible en ebook sous plusieurs formats différents ici:Lurbaine ebooks/Walter Chéchignac 

N°6192 A 

ISBN 2-916006-19-2

EAN 9782916006192

commandes@lurbaine.net

info@lurbaine.net

30.
Re-Dimanche en famille.
 Un Dimanche encore, le dernier, un dimanche beloté et paresseux, propédeutique au gigot-flageolets, déplorations sur l'époque et confiance renouvelée dans l'enfance providentielle et purificatrice.
Ils entraient dans l'hiver océanique à petits pas. Les vagues mordaient la jetée comme une jeune meute harcelant un chien de ferme.
Un Dimanche prorogé où une bourgeoisie loyale espérait après quelque restauration convenable, ou à défaut une fin du monde dans ses prix.
Sans doute la première fois où La Gaspérine ressentait ce trouble d'être le spectateur de son existence, il avait longtemps cru avec quelque prétention être de son temps et le seul capitaine  de sa vie, il s'y était appliqué par la force du principe et du préjugé et il se découvrait un figurant de leur époque, un hallebardier de début de tableau, en acteur de complément. 
Leur compagnon, leur confident, leur contemporain, l'ami de la famille, déjà jauni, posant en canotier, rapportant quelques nouvelles du Paris décadent, faisant admirer aux enfants sa 40 chevaux Levassor et refusant une autre prune, il avait à conduire: La Conche vers le progrès humain, son destin au mouillage et la belle Merry en leur lit conjugal.
Rien ne le réjouissait plus maintenant que ce gros lit bi-place et ventru, haut sur pattes et profond, enrubanné de lavande, de toute la naïveté de son épouse exercée. Dans leur équipage il n'était que le mécano, parfaisant les réglages de leur double-corps, Merry virtuose conduisait, les emmenait très loin les ramenait toujours.
-Je reprendrais bien un peu de prune, elle est délicieuse.
Maintenant son épouse se laissait aller, légitime et titrée, titrant de plus en plus d'ailleurs, la prune et l'air salin, forçant sur l'innocence, riant comme une jeune fille avec ces dames qui lui trouvaient maintenant des manières, une complicité d'amie d'enfance.
Les sœurs Dartemont régnaient et c'était un doux règne nombreux.
Régence bienfaisante, encensée, bénissante.
Elles avaient le temps, dix générations derrière, dix devant, long comme un train de munitions, Dartemont sœurs, indispensables au front et dans les sports d'agrément : la messe chantée, la communion sensible et la tendre plaisance de nos corps perpétuels.
Bénissantes.
 La paix du soir plombait les âmes, rameutait le sentiment et sur la terrasse leurs bonshommes de la section d'artillerie fumaient, les imposants cigares bravadiens Montristécho double clemenceau distribués par le cher Walter, en admirant le tableau.
L‘océan s'était retiré, avec le tact d'un vieux serviteur de  famille, et les cirés multicolores des chasseurs de crustacés perfectionnaient le motif : La Conche sur Ponche au seuil des grandes marées.
Ce fut La Gaspérine qui, abandonnant son cigare, au bord de l'écœurement, rompit le silence. Une question l'empêchait de dormir depuis quelque temps : 
-Et le comptab...  le ballon ! Quand même le ballon on l'a passé à profits et pertes mais enfin il a bien existé ce compta... ce... ce ballon... au moins jusqu'à ce qu'on l'assassine !
-Tssuut ! Tsssuuut ! Lui intime le chef ‘von le Gueuzec. Sans plus relever la faute de goût.
-Teeurh ! Teuurh ! Je ne vois pas de quel... ballon vous voulez parler ? Confirme Hulme de Chambeulac un peu gêné et tousseur.
Walter Chéchignac qui n'écoute pas fait celui qui n'entend pas.
La Gaspérine sans plus se soucier de l'inconvenance de ses propos insista :
-Oui, il a bien un assassin ce... ce ballon, mais plus personne ne semble s'en soucier. Tous les autres coupables sont connus sinon punis mais de celui-là tout le monde s'en fiche !
 -Vous voulez parler de l'assassin du comptable cher monsieur La Gaspérine.
La voix sacrilège vient de l'intérieur, c'est celle de Belcourt, frileux et fumeur de pipe.
Infusant dans son gilet de laine, la pipe au bec assis dans son fauteuil, le cruciverbiste se dévoile pour ce qu'il est véritablement : un verbicruciste rongeur dégustant ses raisins à l'eau de vie, son plaisir dominicale, en inventant des définitions de mots croisés  et le fin mot des histoires.
La Gaspérine imaginait que tous lui cachaient quelque secret volumineux sinon encombrant et que l'innocent Belcourt allait trahir sans le savoir la conspiration du silence.
Mais la vérité est plus simple et pratique, il y a seulement que tout le monde l'a oublié le décapité et a passé par pertes et profits ce reste comptable.
D'ailleurs l'annonce par Belcourt de la communication du nom du coupable ramène dans le salon les sœurs Dartemont et les fumeurs que la fraîcheur du soir et le déclin de leurs puros bravadiens renvoient au foyer de l'immeuble Dartemont-sœurs.
-Oui vous disiez monsieur Belcourt à propos de...
-L'assassin du comptable ? Mais c'est votre camarade Guillaumerde Dondla?
La Gaspérine aurait voulu sinon rire à tout le moins s'exclamer mais comme devant un danger pressant il se retrouva aphone et incapable mâme... même de sortir quelque étonnement un peu sonore.
Belcourt avait relevé la tête de ses mots croisés et regardait par dessus ses lunettes demi-lune et avec ironie le spectacle de l'effroi mutique et catatonique de La Gaspérine.
-Mais oui votre nègre monsieur La Gaspérine, petit fonctionnaire obscur des lettres et de l'administration réunies qui outre sa gnose administrative publie sous un pseudonyme sinon vendeur  au moins acheteur : H.T. Fumiganza de bien mauvais romans à vocation policière et sociale, ne cherchez pas plus loin, c'est bien lui qui a fait disparaître le comptable, pour cela que l'on n'a retrouvé aucun indice.
-Mais... mais pourquoi ? Articula enfin La Gaspérine que la curiosité venait de délivrer de son mutisme et qui étrangement, on l'aura remarqué, était le seul à s'exprimer au passé.
-Mais parce qu'il le faisait chanter, il avait découvert la curieuse manie de l'auteur qui à la suite d'une correspondance plus ou moins longue choisit de venir résider quelque temps chez l'un de ses lecteurs parmi les plus fidèles, et un beau matin de le faire disparaître, le plus souvent il le décapite avec un couteau à beurre et l'on ne retrouve que la tête... et un peu de beurre.
Le pauvre comptable venait de réchapper de ses agissements coupables et il avait pris la fuite, pour quoi notre cher Hulme se fourvoyait en pensant qu'il s'agissait d'une fuite passionnelle, il n'a détourné l'argent de son entreprise que pour échapper au plus vite à  cet être détestable et dangereux.
-Mais comment pouvez-vous...
-Rappelez-vous à l'hôtel qu'avez vous trouvé dans ses affaires ?
-Je ne sais plus... ah si trois romans policiers...
-Et vous les avez conservés ?
-Euh oui, je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que je n'ai jamais pu me résoudre à jeter un livre, même mauvais, je crois que je les ai donnés au chef ‘von le Gueuzec.
-Je confirme, d'ailleurs ils sont à côté dans mon bureau, je m'étais promis de les lire à l'occasion d'une filature mais vous savez il ne m'ont pas l'air bien fameux !
-Allez les chercher, je vous prie.
Le Chef ‘von le Gueuzec, profitant de la bonne glisse des parquets encaustiqués de la veille s'élance à pleins patins sur les pistes et revient tout aussi vite munis des ouvrages en question :
-... de... Fumiganza : « Poker pénible à Bagnolet »... encore de H.T Fumiganza : l'inspecteur Gertrude et la majorette sans tête et ... toujours du même : la supérette maudite...
-Lisez ces ouvrages vous serez édifiés par toutes les ressemblances et coïncidences  avec notre affaire. Et surtout comme les modes opératoires se ressemblent. Non croyez-moi nous avons à faire là à un criminel d'envergure.
-Un tueur en série ?
-Pire encore... un tueur en parallèle ! 
La révélation glace l'assistance d'effroi, la porte-fenêtre étant restée ouverte.
-Mais il faut faire quelque chose... prévenir la police... Articula enfin La Gaspérine, homme responsable et légaliste.
-La police toujours la police... il fait un métier difficile, il a droit à quelques distractions ç't homme-là ! Plaide avec bonté notre cher Walter.
-Bien sûr vous ne risquez rien, vous ne lisez pas ! Remarqua cette petite teigne de La Gaspérine à l'adresse de notre cher et bon Walter.
-De romans Dieu m'en préserve ! Prostitution profane comme dirait l'autre.
-Vous pensez Walter... enfin monsieur... Chéchignac qu'il est préférable de n'en rien dire.
-Il me semble oui Marie-Maude... enfin madame... Belcourt.
Même le Chef ‘von le Gueuzec paraît disposé à une certaine apathie sinon à l'indulgence :
-Personne n'aurait une aspirine ?
Quand tout soudain Madame Dartemont-Chambeulac se lève :
-Non Hulme... non revenez...
 Hulme de Chambeulac ? Je n'y pensais plus à çui-ci... où qu'il est  encore passé ç't corniaud-là ?
-Il va à la gendarmerie, il dit que la justice doit passer.
 La justice, elle repassera... Mademoiselle Br... on fait les valoches et on se tire...
-Bien maître. (... Fin. )

Publié par urbane à 03:50:51 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Mon infernal féminin 1/2 par J-P Chassavagne | 06 mars 2008

Mon infernal féminin . 1/2 par J.P.Chassavagne.
 

Je travaille chez Ploquet fils & belle-mère depuis 14 ans. J'ai 44 ans, je suis marié, j'ai 2,14 enfants, jusque là j'étais plutôt dans la moyenne. Aujourd'hui je suis ingénieur production, chef de projet.

Chez Ploquet fils & belle-mère (c'est le belle-mère de Ploquet fils qui a insisté pour figurer sur la raison sociale et présider le conseil de surveillance en contrepartie d'une participation conséquente au capital social) Nous fabriquons des ponts élévateurs depuis 1861, les Ponts élévateurs Ploquet étaient parmi les plus renommés en Europe, jusqu'à ce que la belle-mère en question donc, qui au temps de sa jeunesse bourgeoise avait été militante féministe et l'était demeurée: bourgeoise et féministe, décide de moderniser nos méthodes de production et de commercialisation.

Le fils Ploquet qui est belge par sa maman et directeur général par son papa a été chargé de mettre en œuvre la réforme, il faut dire qu'à part « réformer » on voit pas bien ce qu'il pourrait faire le fiston, il a fait des études de fumette à Rotterdam, de fondue à Courch et de marketing et partouzing international à Patpong, dire s'il est cosmopolite !

Il s'est tout de suite mis au travail  et il a décidé de rajeunir et de féminiser nos « process » (c'est du belge international et c'est intraduisible !)

On imagine que pour fabriquer un pont élévateur de 30 tonnes il faut plus qu'une lime à ongles. Mais lui le côté soudure autogène ça le passionnait pas, ce qu'il voulait c'était rendre nos ponts élévateurs : « trendy ! » Tout de suite on s'est rué sur nos dictionnaires belgo-français, ça voulait dire : tendance, à la mode, dans le coup quoi. Il avait peut-être dans la tête de faire de nos ponts élévateurs un accessoire de mode.

Surtout et c'était ça l'idée: il fallait un regard, une approche plus consensuelle et donc féminine.

-Aussi Ploquet & Fils a signé une convention avec l'Union Européenne dans le cadre d'un programme de rééducation volontaire des cadres de l'industrie, je vous rassure cela se pratique déjà couramment en  Suède, pour les sensibiliser aux préjugés et aux stéréotypes sexistes encore tellement prégnants dans le secteur primaire...

Il a regardé un instant les velus qui l'entouraient avant de reprendre :

-... l'industrie lourde afin de mieux les combattre.

Il fallait des volontaires, le soir j'en ai causé à ma Poupinette qui était en train de décongeler deux œufs au plat pour le souper, elle m'a dit de me dépêcher de mettre la table, d'aller me laver les mains, de me mettre en rang par un sans faire de bruits et que pourquoi pas après tout c'était une bonne idée parce que  cela m'obligerait peut-être à me débarrasser enfin des mes derniers réflexes machistes.    

-Tu as raison ma Poupinette.

Aussi sec le lendemain j'étais volontaire.

 

   Elles ont débarqué un dimanche les dames en charge de nous rééduquer, il y avait un peu de tout: des psycho-machins et des socio-choses l'idée de base c'était de rendre le produit moins agressif, de le lisser, de le féminiser et de nous redresser les mentalités en proportion. Nous on bossait dur pour rattraper les retards dans une commande malaisienne. On s'est regardé avec Jean Loup   le chef de chaîne sablage, un nouveau très sympa et décontracté: il était pas trop convaincu non plus.

La nouvelle directrice de production s'est entretenue avec la nouvelle directrice produits, puis elles se sont entretenues avec la belle-mère à Ploquet fils qui s'est entretenue avec toutes les autres, à la fin ça piaillait tellement qu'on arrivait même plus à entendre la presse de 50 tonnes, après quoi elles ont mise en place une structure structurante d'encadrement entièrement féminine pour nous apprendre à obéir naturellement à des femmes et l'on s'est tous retrouvé nous les ingénieurs sur la chaîne.

J'étais à côté d'Ernest-Etienne N'Bomba, un ingénieur d'origine togolaise qui avait vingt années d'expérience sur tous les chantiers de la planète et vous calculait une flèche d'un seul coup d'œil.

   Notre cheffe était une petite jeune avec des anneaux et des piercings, des tatouages et des scarifications autant qu'une jeune mariée papou qui aurait raté un virage au volant de son pick-op Toyota. Elle n'avait pas de seins et pas de fesses et surveillait sa ligne, droite, pour être sûre de ne pas dépasser d'un poil par devant ou par derrière, elle chantonnait des  trucs en anglais mal orthographié à longueurs de journée en écoutant son I-Pod, n'écoutait pas ce qu'on disait, se foutait de nos remarques mais tortillait du dargeot ou arborait des décolletés désespérément muets pour allumer les mâles.

Dans les réunions elle ne savait articuler que des slogans et des platitudes pré emballées et normalisées comme dans un feuilleton social de la 3.

Personnellement je la trouvais pas bandante du tout et même comment dire, et c'était la première fois, elle me faisait un drôle d'effet, elle me débectait.

Les gonzesses, je les ai toujours regardées et toujours je leur trouvais quelque chose d'émouvant, elle c'était comme un rat mort, un rat mort que l'on aurait vraiment pas eu envie de pleurer, une sorte de mammifère hostile, un singe grotesque qui avait perdu toutes les grâces féminines jusqu'à l'ingénuité et le parfum natif sans parvenir pour autant à sentir des pieds et  se gratter les couilles avec le  naturel parfait d'un gendarme corrézien.

Elle remplissait les formulaires comme personne, surtout elle mettait beaucoup d'application. Les filles, je crois que ça les rassure d'occuper des postes comme ça avec plein de papiers à remplir et des cases à cocher.

Ernest-Etienne N'Bomba en rigolant m'a fait remarquer :

-C'est marrant parce que chez vous en Europe les gonzesses occupent maintenant des emplois de petit blanc, ce sont elles qui vous refusent un crédit, elles qui vous coupent les allocs, elles encore qui vous mettent des prunes, vous jugent et vous mettent en taule. Au temps des colonies tu sais le grand colonat nous foutait la paix, d'ailleurs ils étaient plus souvent en métropole qu'au pays, ce qui était insupportable c'était les petits blancs, pas indispensables ni même nécessaires ou vraiment utiles mais toujours répressifs, réglementaires et pesants, maintenant vos p'tits blancs à vous c'est vos gonzesses !

Le soir quand je rentrais au quartier à la maison, je sais pas pourquoi dés que je voyais ma Poupinette,  j'allais vomir dans les chiottes. ( à suivre...)

Publié par urbane à 02:17:41 dans / Mon infernal féminin | Commentaires (0) |

Rechapage ! | 05 mars 2008

Minute émouvante : Monsieur Carla Bruni remettant un pneu Pirelli P Zéro d'honneur à Nelson Mandela en hômmage à sa jeunesse militante et vulcanisée.

Publié par urbane à 20:23:34 dans / Minute émouvante ! | Commentaires (0) |

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