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Souscription nationale pour le transfert immédiat des cendres de Jacques Chirac au Panthéon.
Ensemble et avec tous les autres (et même leurs cousins) Souscriptons!!!
Publié par urbane à 03:02:54 dans / Souscription nationale pour le transfert immédiat des cendres de Jacques Chirac au Panthéon. | Commentaires (0) | Permaliens
Performance
C'était un mardi et je pensais déjà au ouiquinde à venir. Je m'appelle Jean-Pierre Rolin-Gueustone et je suis chercheur titulaire à l'Observatoire de Cognition Sociale en Pédalologie et Vélocipédologie Urbaine de la Mairie de Paris. Mes travaux personnels, mais j'en parlerai peu, tournent autour d'une renouvelée pratique citoyenne du pédalo, dans une perspective transgenre bien entendu. Afin de limiter ce qu'il peut y avoirde petit bourgeois et de déviant socialement dans un usage égotiste et personnel du vélocipéde et pour encourager au développement du transport en commun dans sa définition minimale soit le co-pédalage à Paris, nous avons fait acheter sur le budget de l'Institut: des tandems, et nous avons formé des binômes comme au temps de nos études urniversitaires.
Lors du tirage au sort le hasard ne m'a guère favorisé et j'ai hérité d'un collégue obése flatulozoïde et boulimique: Jean Gaétan Pinnequeux-Floïdeux dont la quête scientifique se résume à une comparaison des divers big-cheese en vente sur la place de Paris, il faut dire qu'il a une hérédité chargée: son père est conseiller de Paris, de droite bien entendu.
Quand je pense que nous avons adopté cette solution du co-pédalage pour polluer le moins possible et qu'il me faut promener ce personnage qui, partout où il est, pollue, la vue, le paysage, l'athmosphère, il faudrait songer à mettre un nouveau bac pour le tri sélectif: un bac à obése dont on veut se débarasser, après tout il y a bien un bac à foetus, une proposition qui a été votée par la majorité municipale avec le succés que l'on sait (bleu pâle pour les foetus mâle, rose clair pour les filles) et malgré l'opposition du père Pinnequeux-Floïdeux bien entendu dont l'éthique écologique est simplement inexistante.
Bref je suis obligé de balader partout ce type paresseux qui ne pédale jamais et ne sait pas même écrire son nom au complet.
Ce mardi je... nous quittâmes donc l'Observatoire vers les trois heures de l'après-midi après une rude journée de travail consacrée à la recherche... des clefs de la cafétéria que Patrick Zedoursse de l'unité de recherche "Grand Bi et monocycle" avait égarées. J'avais rendez-vous avec Pivvoine Charençon une amie qui est attachée de presse au Musée d'Art Contemporain du Plessis-Bouchard, une fille attachante et très ouverte, enfin elle ne s'était pas encore pleinement ouverte à moi mais je ne désespérais pas, elle préparait une thése sur le général Horatz von Shmutz du haut état major allemand qui avait fini dame pipi à la gare de l'Est en 1927, la très belle histoire de quelqu'un qui avait assumé sa différence jusqu'au bout et avait fini par s'asseoir sur son casque à pointe.
Pour ma part j'avais quelques soucis personnels, afin de lutter contre la montée de l'extrémitude, je m'étais en effet inscrit au Parti Socialiste pendant la pause déjeuner entre onze heures et treize heures mais la touche de l'ordinateur s'était bloquée (le manque de moyens dans l'administration parisienne est scandaleux!) et le mail de confirmation m'indiquait que je m'étais bien inscrit quatorze fois au PS, j'avais donné mon numéro de carte bleue et je calculais tout en pédalant:
-14 fois 20... 280 teuros!
J'arrivais au Plessis-Bouchard après deux heures d'effort intense, c'est plein de faux plats ce coin, et l'autre obése derrière moi ne faisait aucun effort et quand j'avais tenté de m'en débarasser en le raccompagnant chez lui ou en le jetant au premier Mc Do, il n'avait rien voulu entendre:
-Non, non je viens-t-avec toi , ce doit être être plein chouette le Plessis-Bouchard.
Il avait son langage à lui il aurait du faire de la littérature comparée.
Et puis j'étais fatigué, je suis dégonfliste, de nature dit la chére Pivoine, enfin bref je fais partie d'une brigade de dégonflistes qui opére à la nuit dans les rues de Paris et nous avions justement procédé à une opération la nuit dernière, au moment où je dégonflais l'ultime pneu d'un énorme 4X4 américain immatriculé dans le Texas, le propriétaire tout aussi énorme et américain avait surgi, j'avais bien tenté de regagner mon tandem mais ce salaud d'obése avait retrouvé pour l'occasion toutes ses jambes et il était parti sans m'attendre, pédalant comme il ne l'avait sans doute jamais fait de sa vie et il m'avait fallu regonfler, seul et à la bouche les trois pneus, heureusement le texan avait une roue de secours toute neuve.
On peut m'appeler un activiste mais enfin quoi il faut bien faire bouger les choses, par exemple je ne comprends pas comment l'on peut prendre sa bagnole pour aller travailler, cela me semble appartenir à ces pratiques compulsives qu'il faut proscrire si l'on veut laisser une terre décente à nos enfants... à nos neveux... oui enfin aux enfants du gardien de l'Observatoire, un sri lankais charmant quoique un peu trop travailleur d'après ses collégues.
Pour ça aussi que je me suis inscrit au PS... quand même 280 teuros! Il faudra que je leur téléphone pour me faire rembourser, au moins une dizaine d'adhésions.
Cela me rappelle une aventure récente, j'étais à la montagne, dans les alpages, j'arrive en haut d'une côte, le désert bienvenu, quand j'aperçois un gros boeuf qui fumait son cigare, seul au milieu de la nature, je ne sais pas si l'on voit combien une telle pratique est simplement de nature profanatoire, sans compter les risques d'incendie, certes nous étions dans les Vosges au mois de Novembre mais enfin pour le principe je me suis approché et je lui en ai fait la remarque en ajoutant que que nous n'avions qu'une terre et qu'il nous fallait y vivre ensemble, il m'a répondu que je n'avais qu'à ouvrir la fenêtre, on voit le niveau, alors là je me suis énervé, je ne l'ai peut être pas dit mais je pratique un art martial helvético-thaïlandais le Taïïï-Ku dans une salle du deuxiéme arrondissement et je suis premier lotus, je l'ai agrippé par le col et je lui ai fait un septiéme de hanche, il est tombé sur le cul, étonné il a regardé son cigare tout écrasé et il a gueulé:
-Mon Trinidad! Cet espéce de connard de foutriquet à pédales m'a bousillé mon Trinidad à 150 balles!
Il est revenu sur moi tout soufflant et je lui ai fait une huitiéme de coude... et il m'a foutu son poing dans la gueule. J'ai perdu deux dents. Il faudra que je retravaille mon huitiéme de coude.
Quand nous arrivâmes Pivoine était débordée, elle préparait les cartons d'invitation pour l'installation qui allait être inaugurée le lendemain. Elle avait trouvé un truc original pour attirer l'attention de la critique, elle leur envoyait des lettres piégées qui explosaient quand on les ouvrait, ils en raffolaient, bien entendu elle dosait la charge mais enfin le critique de Télérama avait quand même perdu un oeil, depuis les autres faisaient ouvrir leur courrier par leur concierge.
-Ah tiens t'es là toi! Me dit-elle... je n'ai pas beaucoup de temps à te consacrer on est en pleine bourre, on a la performance de Napoléone Chapoutaud demain... tiens je ne t'ai pas montré ma petite Sabrina le nouveau sex-toy que j'ai trouvé à Monoprix...
Elle me fit une petite bise juste tutoyante avant de sortir de son sac un énorme godemiché rose et tremblotant:
-... 't'en penses Sabi? Cinq vitesses plus la marche arrière...
Sabrina son assistante, une petite beurette était toute rougissante, mais Pivoine s'amusait de son embarras et mit en marche l'engin. C'est à ce moment que l'autre obése entra, il avait encore ses pinces à vélo.
-Bonjour m'sieurs-dames.
Il tendait à la ronde sa main toute flasque.
-Un ami à toi?
-Une... une relation de travail.
-T'avoueras qu'il est pas très décoratif... ton ami, je savais pas que tu fréquentais des obéses, tu devrais te méfier, ils sont sournois et voleurs... tiens je vais te montrer l'installation, c'est une première mondiale!
Elle me gâtait.
Dans la première salle on avait pendu des barbelées et des merguezs au plafond et si Pivoine avec agilité la traversa sans dommage, je laissais pour ma part dans la traversée une partie de mon sac à dos et de mon maillot cycliste en soie naturelle.
-C'est un parcours tu comprends: de l'arrière au front, Napoléone Chapoutaud a fait ça en hommage aux femmes violées d'Irak et pour dénoncer la persécution machiste et toutes les appressions... il y a quelques mines antipersonnels à droite fais attention où tu mets les pieds ou tu me mettrais en l'air mon installation, un travail de deux ans!
Je redoublais de prudence et d'attention, tout en omettant de prévenir l'autre obése qui nous suivait comme un toutou et de temps en temps boulottait une merguez.
J'essayais de le raisonner en lui expliquant qu'il blasphémait sans même s'en rendre compte.
-Ben quoi c'est des saucisses et j'ai faim.
Enfin je dois reconnaître que cette chronique de l'ordre périssable selon une historicité déportée par rapport à un lieu construit/déconstruit était très bien rendue.
Dans la seconde salle on avait mis en broche des mouettes repeintes en rouge Coca-Cola ailes déployées, une bonne cinquantaine au moins.
-La contextualisation du moi dans un refus de l'altérité...
-Pas du tout un questionnement sur l'oeuvrabilité du mal en une simultanéité isotopique!
Merde j'aurais du y penser, je me retournais mais l'obése n'était pas tenté par les volatiles.
-Pas assez cuites! Ce fut là sa sentence.
Au moment d'entrer dans la troisiéme salle, Pivoine nous tendit des casques lourds, et une fiche à remplir:
-C'est une décharge, l'artiste veut un réel confrontement à la réalité pour le visiteur/acteur.
-Ah oui je... je comprends, je remplis ma fiche puis celle de l'autre obése qui s'approcha pour demander:
-La caféte où qu'est qu'elle est la caféte?
-On ira tout à l'heure. Signe là.
Les formalités artistico-administratives réglées nous pénétrâmes dans la salle.
-Attention c'est du lourd! Murmura la chère Pivoine en me poussant.
De fait on nous tirait dessus à balles réelles.
-C'est de la 12.7 murmura connaisseur et rampant l'autre obése.
J'atteignais la première rangée de barbelées quand je l'entendis hurler:
-'utain chuis-t-été touché les copains!
Mais Pivoine me fit signe que nous devions suivre le parcours muséal jusqu'au bout et ne pas revenir en arrière.
-Les agents techniques viendront le ramasser avant de finir leur service.
Il y avait maintenant des explosions et des cris de femme tout autour de nous, je pris une cisaille, gracieusement mise à la disposition des visiteurs, et découpais les barbelés un peu ému malgré tout, je réussis enfin à passer tous les obstacles et je gagnais l'entrée de la dernière salle quand une grenade explosa à côté de moi.
Je ne sais comment mais je me retrouvais dans une salle d'opération très bien imitée avec un chirurgien et deux infirmiers: une re-création de la réalité la moins récréative, je sentais bien combien la carcéralité de cet univers formaliste dénonçait dans une sensible affirmation l'enfermement contemporain et comment le désordre voulu et agi des successivitées m'avait conduit ici, vrai je ne regrettais pas mon mardi. Mais c'était quoi déjà le théme de l'expo? Ah oui la persécution machiste... l'un des infirmiers me mit un masque sur la bouche et je m'endormis en pensant à Napoléone Chapoutaud, une créateuse importante, c'était indéniable, je fis mieux que d'y penser, je la vis pencher au dessus de moi un scalpel à la main...
Quand je me réveillais, assez longtemps après je crois, j'étais allongé sur un brancard dans le hall du Musée et plein de gens que je ne connaissais pas, me regardaient, me contemplaient, me félicitaient, je notais néanmoins que j'avais une certaine gêne en partie basse et que l'on m'avait abondamment bandé.
Seul couac dans ce concert d'éloges que je ne méritais sans doute pas, un borgne ricanant me contempla longuement avant de dire:
-Ah le con!
Et il s'en alla.
-Ce n'est rien mon Poupounet, c'est le critique de Télérama, il est un peu aigri depuis... mais moi je suis très fière de toi et Napoléone Chapoutaud te remercie tu as été très bien.
Mes actions étaient au plus haut chez la chère Pivoine, elle m'appelait son "Poupounet".
Napoléone Chapoutaud entra, elle tenait un bocal dans ses mains gantées de latex, elle le leva très haut, et l'assistance applaudit, dans le bocal il y avait deux testicules, c'était les miens.
Depuis ce jour mes rapports avec Pivoine sont très... satisfaisants, enfin surtout pour elle, je crois que nous allons nous pacser, un jour quand même j'ai hasardé un début de reproche:
-Tu aurais quand même pu me prévénir avant ma poupounette !
-Mais mon Poupounet tu me répétais tout le temps qu'elles te gênaient quand tu faisais du vélo!
-Oui... oui sans doute mais enfin quand même...
-Papa depuis sa prostate est très bien à la maison, il dérange plus maman la nuit. et puis tu as la chorale maintenant!
J'étais en effet dans une chorale où je tenais à la satisfaction de tous un registre de haute contre très apprécié. Ma voix avait mué d'une manière étonnante.
J'avais quand même téléphoné un peu partout et même au ministère de la Culture pour essayer de récupérer le bocal et tenter une opération, mais le décés accidentel de Napoléone Chapoutaud lors d'un happening à Maubeuge, le type qui devait lui tirer dessus n'avait pu venir et s'était malencontreusement fait remplacer par un sien ami champion de ball trap, les avait incités à classer le bocal.
Pivoine avait réalisé un superbe catalogue, d'ailleurs je le regarde souvent non sans quelque nostalgie, je le confesse.
Je suis revenu plusieurs fois voir l'expo, vraiment une très belle dénonciation du pouvoir et en même temps du totalitarisme latent et castrateur de tout créateur contemporain.
Une fois devant le bocal une femme disait à son compagnon qu'elle ressentait comme si elle les touchait la mollesse de mes couilles mais je ne me souviens pas qu'elles fussent si molles que ça.
Je fais de plus en plus de politique, au PS mon adhésion multiple m'a fait remarquer, et puis j'ai parait-il toutes les qualités du candidat socialiste idéal: je ne suis plus du tout machiste, je fais du vélo, je ne fume pas, je milite contre où on me dit de militer contre et je suis très propre, d'ailleurs on m'a désigné comme candidat dans le 5 °, l'arrondissement de maman, le seul vrai probléme c'est que j'engraisse comme un chapon et que j'ai du mal à suivre mon régîme sans graisse, sans sucre, sans emballage avec juste des édulcorants de synthése et de la créme de tartre allégée, 'manquerait plus que je devienne obése, quelle horreur! Autant me mettre à cloper!
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Il est moins le quart ( de la demie) Herr schweitzer!
Piéce édifiante en trois tableaux de Gilbert Lestron
Premier tableau
La scéne se passe dans un intérieur bourgeois du 5° arrondissement de Paris. Le décors est staffeux, haut de plafond, parquets cirés, cheminées à trumeaux hautains mais le tout est rehaussé de touches de modernitude: sculptures hirsutes, tableaux errants, siéges aigus, l'ensemble fait très enfant sage qui aurait balancé sa boîte de couleurs à la tête de la nurse. Ce que nos arrières petits enfants nommeront le style Burp! ou Post-contemporain.
Un homme travaille seul à sa table, éclairée par une lampe à l'Eugéne.
Près de lui, derrière lui, dans l'ombre, un garde républicain patiente tous chromes faits, il est l'incarnation même des valeurs de la république.
La bonne entre, on l'a habillée elle aussi dans les tons sobres et gris, petit personnel du tiers monde pour bourgeois occidental qui culpabilise. Elle parle un anglais très supérieur à celui de son maître qui baragouine "globish"
-Mister Livingstoon from the USA First, a magazine of Atlanta is waiting for you sir.
-Bien faîtes le entrer Jesuilta.
L'homme continue de travailler, il écrit beaucoup, classe des papiers, il a des dossiers énormes autour de lui. Entre sur la scéne un homme de la Propreté de paris, un grand blond poussant une brouette dans laquelle gît un américain, c'est un américain "full options", il est en bermuda et chemises à fleurs déchirées, il porte une casquette patriotique étoilée et marquée: "USA First... in your ass!". Il n'est plus du tout en état de fonctionnement.
-Où est-ce que je mets ça? Demande l'employé de la Propreté de Paris.
Mais l'autre ne répond pas, trop absorbé par ses dossiers, alors il vide le contenu de sa brouette sur le tapis.
Après un moment le bon monsieur Schweitzer léve enfin les yeux de ses papiers, remet ses lunettes et découvre son invité comateux sur la moquette.
--Vouéle! Vouéle! Vouéle! Mistère Livingstoon I précheume? Gueulade tou mite iou and...
And il lui lance une tirade en anglais incompréhensible à laquelle l'autre ne comprend visiblement rien.
L'employé de la Propreté qui finit d'épousseter sa brouette, comme un chauffeur de maître sa Rolls, léve le doigt:
-Si vous voulez je peux traduire?
-Vous parlez l'américain?
-J'ai un DEA d'anglais.
-Eh bien soit il a tellement bu qu'il ne comprend rien quand je l'entretiens dans sa propre langue, vous aurez peut-être plus de succés que moi! Dîtes lui: vous avez bien fait d'emprunter les transports en commun, mais je ne savais pas que la Mairie de Paris entendait développer le co-brouettage?
-Ah béh non vous y êtes pas du tout. Je l'ai ramassé, il venait de se faire castagner par une quinzaine de noirs place d'Italie.
-Ah tiens don' vous m'étonnez sans doute aura-t-il tenu quelques propos inconvenants à leur endroit. Je vais faire un signalement à la justice de ce monsieur Livingstoon, il se croit encore en Alabama...
-Non, non ils l'ont attaqué en le traitant de sâle blanc raciste, ils étaient sâlement remontés, ils avaient trop fumé je crois. Sans les boulistes de la place d'Italie, il y laissait la peau, c'était joué. Ils leur ont balancé leurs boules en les injuriant, les autres ont eu peur et ils ont lâché le type.
-En les injuriant dîtes-vous? Des injures à caractère raciste?... oui sans doute. Vous pouvez me dire à quoi ils ressemblaient ces boulistes?
-Ben à des boulistes... casquette, polo, l'air bonnasse...
-Mais encore?
-Je sais pas moi, des mecs tranquilles qui aiment bien se retrouver ensemble, ils s'appellent par leurs surnoms, ils connaissent même pas leus noms de famille... il y a Mika, L'alouette, Bamba...
-Je veux dire: iles étaient blancs vos boulistes?
-Y avait un peu de tout des boulistes parisiens quoi!
-et les noirs comment étaient-ils?
-Ben y-z-étaient noirs?
-Si je comprends bien pour vous ils se ressemblent tous c'est bien celà? Allez nom, prénom, âge et matricule social?
Il fait un signe au garde républicain qui avance d'un pas et alors l'on se rend compte qu'il y en a toute une file, et celui qui était derrière prend la place sur le devant, ils lui servent de factotum, de courriers du tsar.
-Mon... ben ... M'Bouala Désiré Patrice Alphonse, né à Brazzaville le...
-Mais... mais vous êtes africain?
-Béh ouais.
-Mais... mais vous êtes pas noir?
-Chuis albinos, dans la famille une génération sur deux qui est albinos... né à Brazza le 26 septembre 1962 de...
-Oui bon ça ira... pour cette fois... de toutes les façons dans quelle colonnes voulez-vous que je vous mette? A la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations on a pas prévu ça: africain, albinos, raciste... bon je vais faire un signalement de votre gang de boulistes de la place d'Italie...
Il tend le formulaire administratif, qu'il a rempli avec soin, au garde républicain, qui le prend et quitte la scéne.
A ce moment le journaliste américain se réveille difficilement, il râle:
-Hauve dou iou dou mistère Livingstoon?
L'employé de la Propreté de paris se rapprôche, se baisse, pour entendre ce que dit l'américain:
-Il dit: oooh je vous prie mister Schweitzer parle le français, j'aime tant le langue français, excuse-me pour le vêtement quand je vais à Paris je fais le touriste "c'est mooon plaijieure"!
-Oui sans doute... il y a à voir... mais enfin celà commence à dater quelque peu... ah si seulement l'on avait mis en pratique les plans visionnaires de Le Corbusier!
L'autre traduit puis écoute la réponse:
-Il dit: the swiss? The man who... celui qui voulait raser le moitié de le Paris? Godam he was crazy!
Il y a de la déception sur les traîts déjà fatigués (longtemps qu'il a pas fait de thalasso, au moins six mois.) du bon monsieur Schweitzer. Il écrit un billet, fait un signe au garde républicain suivant qui avance et prend le papier:
-Emmenez-ça au commissariat du 5° pour interrogatoire. suspicion de menées discriminantes!
-L'interroger ça va être difficile il est plus tellement en état! Fait remarquer l'employé de la Propreté de Paris en se rapprochant de l'américain qui murmure agonisant:
-Il dit: frenchmen are cingled, they are foolish, vive le France ! " c'était mooon plaijieure!"
-Bien ce que je pensais: propos nationaliste, déviationnisme franchouillard, c'est un fassiste... donnez-moi le papier je vais rajouter ça au motif.
Il écrit, puis redonne le papier au garde républicain qui remet l'américain dans la brouette et l'emporte hors la scéne en le poussant au pas de course, suivi par l'employé de la Propreté de Paris qui surveille son matériel, le balai à l'épaule.
Demeure seul en scéne le bon monsieur Schweitzer, harassé, fatigué, qui se remet à écrire sous la lampe...
Il est bien plus de minuit...
Le rideau tombe et personne le ramasse.
Deuxiéme tableau.
La scéne se passe dans quelque 43° sous-sol d'un bunker du Palais de l'Elysée. Une douzaine d'offciels, mâles et femelles sont perchés sur des chaises de cantîne autour d'une table de même obédience, l'ensemble fait très caserne, ce que l'on voit surtout ce sont les chaussettes mi-bas en fil d'Ecosse dans le genre Dossiers de l'Ecran de la haute époque, pour ceux qui sont en âge de connaître. Ils mangent.
-Alors Louis rouge ou blanc? Pouilly ou Pomerol?
-Mais Jacques pourquoi voulez-vous toujours choisir? Je vous l'ai déjà dit c'est le mélange qui est beau.
Il prend des mains du serveur la bouteille de Bordeaux, cueille dans le seau celle de Pouilly et les verse ensemble dans son verre et il boit.
Le murmure unanîme:"C'est admirable!"
-Comme vous avez raison Louis le métissage voilà l'avenir, à ce propos j'ai lu votre rapport sur la montée de l'eccxx-trémisme dans le sport, c'est tout à fait déplorable ...et d'ailleurs je le déplore.
-Pour ma part je ne fais pas que le déplorer cher Jacques, je le combats... pour quoi j'ai proposé aux instances supérieures du fotebale lors de la phase finale du prochain championnat d'europe des nations de ne présenter qu'une seule équipe européenne plutôt que des représentations nationales dépassées et hors de propos. Celà sera un support pédagogique remarquable pour l'idée européenne... sans compter que cela facilitera ô combien le déroulement de la compétition.
Le murmure unanîme: "Il est admirable!"
-L'on m'a dit aussi que vous travaillez trop Louis, ce n'est pas raisonnable.
-c'est que c'est là une tâche immense que vous m'avez confiée là cher Jacques... et que j'ai acceptée sans en connaître toute la difficulté, la bête immonde monte, monte, monte... hier encore il m'a fallu congédier mon chauffeur François...
-Ah tiens don'
-Eh oui, nous étions à la Cité du Val Fourré pour l'inauguration du Mémorial des Africains Cimentés du Batîment...
-Oeuvre magnifique et bien digne de dévotion... euh je veux dire que nous ne devons jamais oublier!
-A l'issue de la cérémonie, nous regagnons nos voitures avec monsieur le préfet, le cortêge avait disparu, volatilisé, ne restait plus que quelques enjoliveurs! Un cortêge d'une vingtaine de véhicules quand même!
-Quelle énergie!
-Bon, monsieur le préfet prend les choses avec bonne humeur et moi de mâme, et nous repartons à pied sous les lazzis de la foule un peu frondeuse mais bonne fille, certes au passage ils déculottent bien monsieur le sous-préfet qui dirigeait une opération commando héliportée anti-chauffards avec deux compagnies de parachutistes, le malheureux avait du se poser à court de kéroséne, mais c'est un garçon pondéré et qui ne se formalise par pour un manche de pioche dans le fondement, certes il y a bien quelques cris: "...on va te fourrer sâle blègre!"
-Blègre?
-Oui c'est un néologisme qu'ils ont formé avec bl de blanc et la fin de ... enfin du mot... du gros mot que vous savez... rien de bien méchant, de l'imagination et en même temps la preuve que la souffrance reste vive chez eux même après une bonne paire de siècles, vous voyez Jacques. Et puis les chauffeurs, personnes simples ont voulu répondre par des provocations et ils se sont laissés aller à des propos... oh des propos...
Ses lunettes s'embuent, il les retire pour les essuyer avant d'ajouter en proie à la plus vive émotion:
-...inadmissibles! Dés qu'ils sortent de l'hôpital je les envoye en camp de rééducation.
Murmure unanîme: il y a plus de gigot?
-Le plus étonnant impossible de savoir ce qu'ils ont fait des motards, les cellules de soutien psychologiques envoyées en urgence sur les lieux nous ont expliqué qu'il y avait chez ces gens, dans ces populations, une telle mémoire blessée que pour eux les motards symbolisent l'homme blanc à cheval et dominateur, l'esclavagiste dans toute son horreur et depuis ils se sont enfermés dans un déni de motards.
-C'est... c'est troublant et en même temps tellement émouvant.
Murmure unanîme: on est admirable!
Entre un garde républicain, tout cabossé, tout péteux, boueux qui fait un bruit de casseroles, de fait on lui a accroché toute une batterie de cuisine au train comme à un clébard.
-Alors mon brave et là-haut ça se passe comment?
-Pas terrible mon président. Ils viennent de raser la place Vendôme, une descente surprise de la maternelle Benoit Frachon, la grande section, la fameuse section de fer, sinon Suzanne 24 c'est le ministère de l'agriculture a encore émis ils tiennent bon ainsi que Valérie 13...
-Valérie 13?
-C'est le ministère des anciens combattants, mais Josette 19,c'est la jeunesse et les sports, a détruit sa radio, je crois que la position est tombée, ils ont été submergés...
Murmure unanîme: "on est mal barré!"
-Et comment... la Kultur?
-Ah ouais Jean-Marcel 14, eux ils ont filé les clefs avant le début des... des événements, mais les mômes ont rien saccagé, ils ont trouvé que c'était trop môche!
-Eh bien mon cher Louis vous savez mon souci constant et l'importance... première... et même primordiaux...
-Diale!
-Oui et même diale que j'accorde à votre mission, malgré les menus... incidents de ces derniers jours, je veux vous donner tous les moyens pour l'accomplissement de votre tâche sacrée aussi ai-je demandé à Bruxelles de vous envoyer quelques renforts afin de vous soutenior dans votre action , si ces... ces franchouillards croient que nous sômmes prés de renoncer ils se trompent lourdement, nous les mettrons au pas, et même au pas cadence, on m'a promis deux régiments de saxons commandés par un jeune colonel trés prometteur von... von Moltkë... un nom comme ça, il connait bien la région sa famille a des attaches dans la Marne il me semble, vous vous entendrez bien avec lui et surtout cher Louis, n'est-ce pas ne craignez pas les mesures les plus énergiques! Et vous mon ami rafraîchissez-vous.
-Pas de refus mon président, il fait soif sous le casque.
Le garde républicain saisit le verre du bon monsieur Schweitzer, il boit et recrache tout de suite:
-C'est dégueulasse ce truc, ça ressemble à rien!
Tableau final.
La scéne se passe dans les salons de l'Hôtel Lutétia, il y a plein de soldats allem... européens qui vont et viennent, le bon monsieur Schweitzer est en compagnie de l'un d'eux le sus-nommé Oberst Hardmuth von Moltkë.
-Je pense que vous serez bien ici le Lutetia est un hôtel très convenable même s'il n'a pas une très bonne image chez l'indigéne, je ne sais pas pourquoi?
-Ah bon chez nous il a une très bonne côte. Dans Der Wermacht Reiseführer Besatzung il a trois macarons: maison de tradition, excellent accueil, parle allemand, il est dit.
-Ah tant que je vous tiens cher ami, je voulais vous demander votre avis sur les affiches que nous allons placarder sur les murs de Paris à la suite des déclarations proprement insoutenables de l'un des chefs de la rébéllion?
-Les déclarations? Quelles déclarations?
-Vous ne les connaissez pas? J'ai honte à vous les apprendre, je cite: "...Quand même... on pourrait... il serait peut-être souhaitable de parler un peu... du Canal du midi dans les programmes scolaires!"
-Mein gott!
-Eh oui toujours ce nationalisme détestable! Aussi...
Il déploie une affiche immense, Herr von Moltkë regarde la chose en connaisseur mais dubitatif:
-En jaune les affiches herr Schweitzer ça rend mieux. Mais pourquoi en anglais la liste des otages?
-Béh mais parce que c'est la langue de l'europitude et de la modernité.
-Mais vos parisiens vont n'y rien comprendre.
-Tiens don' croyez-vous, je n'y avais pas pensé, il est vrai que ces parisiens sont demeurés tellement provinciaux! Voyez-vous j'avais pensé mettre en dessous la traduction en allemand afin de célébrer au mieux l'europe nouvelle, la renouvelée collaboration franco-allemande et tout ce genre de choses.
-c'est une pensée qui vous honore et une attention dont je vous remercie Herr Schweitzer au nom de la grande Allemagne... euhum je veux dire de l'europe nouvelle.
-A propos vous avez l'heure Herr von Moltkë?
-Il est moins le quart (de la demie) Herr Schweitzer!
Le rideau se casse complétement la gueule, mais on s'en fout le théâtre est en feu.
Publié par urbane à 06:25:37 dans / Il est moins le quart Herr Schweitzer... | Commentaires (0) | Permaliens
Prochainement sur vos écrans
Une superproduction en Chromotoscope et Bromurovision
racontant l'histoire édifiante de l'un de nos saints laïcs, d'un énarque phobique, bourgeois désintéressé, qui délaisse ses conseils d'administration (enfin pas tous) pour s'en aller combattre les différences pour le respect des différences (ouais c'est compliqué mais on vous expliquera.)
Du sexe!
"... non je ne suis pas homosexuel mais vous pouvez laisser votre main là celà me fait chaud... au coeur!"
Du suspens!
"... oui j'aurais aimé être romancier ou peintre abstrait... j'aurais peint des couilles je crois... mais en noir... un peu à la manière de Soulages.
-Il peint des couilles Soulages? Je croyais que c'était des stores!
-Allons Jacques ne faîtes pas l'enfant!
-A propos de stores... vous avez vu cher Louis, l'exposition des arts premiers et même primordiales...
-Diaux!
-Diaux d'Océanie, il y a des étuis péniens de toute beauté! Traiter ces gens de sauvage alors qu'ils ont inventé le slip Eminence deux mille ans avant l'occident.
-Je suis formel Jacques ce sont les arabes qui ont inventé le slip.
-Ah tiens don' je croyais que c'était les chinois.
-Non, non Bernadette, maintenant ce sont les arabes. Il y a des documents les chinois n'ont fait que copier... quelques siécles auparavant voilà tout!
De l'aventure!
"Raymond à la Cité du Val Fourré je vous prie!"
Prochainement
Il est moins le quart Herr Schweitzer!
Des dialogues inoubliables!
-Chéri tu n'as pas oublié ta bonne conscience bourgeoise molletonnée?
-Mais non tu sais bien que je la porte toujours sur moi avec mon esprit de tolérance en maille indécrochetable.
Publié par urbane à 03:28:44 dans / Prochainement sur vos écrans... | Commentaires (0) | Permaliens
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