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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Mouloud l'Afghan | 01 septembre 2006

Mouloud l'Afghan
ou
L'ère du nougat 
Propos recueillis par Lofti Benayak

Maman avait connu M. le modique quand elle était en stage à la Mairie de Bezons.Il venait visiter un de ses bons copains à lui Etienne d'O. le député-maire qui était au bureau directeur de la S.F.I.O, le Parti socialisse de l'époque et qui voulait pas leur rendre le fric de la cantîne du parti. Roger H. qui accompagnait M. le merdique partout, il faut dire il était pas commissaire à l'époque, il lui a pris la tête au député-maire et il l'a flanqué dans le plat de nouilles bouillante de la cantoche parce que la friteuse était pas à température, et il lui a rajouté de la sauce tomate et après il y avait un discours pour l'inauguration d'une statue équestre de Jean Jaurés et le député-maire il a fait tout son discours avec des nouilles dans les cheveux et de la sauce tomate plein le veston et en tremblant de partout et dés qu'il y avait un bruit il se cachait la tête avec le bras. Mais quand même le fric de la cantîne il l'avait rendu, il faut dire aussi il avait eu les chocottes en voyant Gaston D. essayait de démarrer la bétonnière qui était devant le préau en réfection.
-Béhquoi onlecoule j'lemetsdanslecoffre de ma D.S, arrivéà Marseillejeledémoule et onvalemouilleraularge t'enpenses mon ‘françois.

Il parlait comme ça d'une traite comme il aurait pissé contre le vent Gaston D. et souvent quand il avait fini on avait l'impression qu'il s'était tout tâché avec ce qu'il avait raconté. Mais le Gaston D. il avait l'air de s'y connaître en travaux publics  rien qu'à voir comment qu'y portait bien son galure on comprenait qu'il était du batîment.

-Allons, allons mes amis nous sômmes entre gens raisonnables il a fait M. le merdique.


Mais en vérité raisonnable il devait pas l'être tout à fait, y avait qu'à voir comment qu'il godait quand l'autre avait la tête dans le plat de nouilles et que je te rajoute du greuillère et du sel et du poivre dans les yeux mais en loucedé comme il faisait toujours.

 Et donc après les discours avec son œil de teckel il avait repéré Maman, tout le monde banquetait dans la cantôche enfin personne n'avait trop d'appétit parce que les nouilles c'est déjà dégueu alors en plus mariné au député-maire c'est vraiment pas ragoutant.
Sans doute pour ça qu'ils avaient tous forcés sur le rouge, il faut dire aussi du Haut-Brion 47 payé avec la caisse des Ecoles.

V'là que le Miteuxrance il demande oùsque sont-ce les petits coins ? Vrai il causait commak. Pas vieille France, nobles messieurs-gentes dames, plutôt boutiquier, salaisons d'autrefois.

Sûr qu'il y va, y séjourne, y respire une bonne fois l'odeur des chiottes, ça doit lui rappeler le bel autrefois et les branlettes chez les bons pères, toute sa vie tourne autour de la branlette, même quand il baisait çui-là on aurait dit qu'y se branlait d'après maman et puis il se perd  dans les couloirs du Collége Ernest Renan et justement Maman qui à l'époque travaillait à la mairie, parce qu'elle a de l'instruction Maman, elle a son bachot comme elle dit, Maman qui avait tout vu du guet apens des cuisines et n'en était pas encore remise, Maman était en train de faire des heures sup en même temps que des polycopiés pour le député-maire sur le compte du collége. A l'époque les photocopieuses ça n'existait pas mais le Miteuxrance qui sent la caille il va quand même réussir à lui faire le coup de la photocopieuse à maman, un précurseur, mettons qu'il lui a fait le coup de la polycopieuse.

Il faut dire elle était jeune maman et ‘achement tentante, j'ai des photos et M. le Modique, il avait une manière de vous mettre qu'on s'en apercevait seulement qu'après et encore pas toujours, c'était pas le genre volumineux, passage en force, plutôt joueur de fifre et littéraire.

Alors il l'a inaugurée Maman, comme ça sur la table de la salle des professeurs et vrai elle s'est pratiquement rendue compte de rien.

Quand il a eu fini, comme il était pas jalmince et plutôt farceur, il est arrivé Pierre B. et il lui a proposé Maman, Maman elle a un peu renaudé pasque c'était quand même pas des manières et qu'elle avait pas le permis transport de troupes, mais aussi elle avait bien remarqué qu'ils étaient tous pas mal mûrs et elle s'en méfiait des alcoolos depuis que le pépé, Marhmoud l'ancien, avait foutu toute sa marmaille à la porte un soir de beuverie et puis comme elle dit : elle aimait bien la bite de ce temps-là et le Pierre B. s'y est collé sauf qu'il avait les chaussettes qui lui tombaient su' les chevilles et il bandait pas lerchouille, alors Charles H. a pris sa place :

-Laisse-faire les hommes tu veux...


Ah çui-là y baisait comme un gendarme à ce qu'il paraît.

Gaston D. était vraiment trop bourré et il tirait sur son nœud avec un rien de nostalgie mais rien ne venait, sinon Jack L. par derrière qui a essayé de le mettre très proprement:

Mais ça l'a tellement secoué le vieux Gastounet qu'il en a paumé son chapeau dans la polycopieuse.  

-‘nonmaisç'vapasenoualadesmanières !‘tainfran'oissurveilleun peutes danseuses!

A ce moment Roger H. qui avait tout cafté et qui aimait déjà ça de jouer les flics est arrivé avec Pierre J., un grand con avec des cheveux frisés en boule comme un black panther américain que l'on viendrait de retirer juste à point de la chaise électrique, Pierre J. il s'est mis à gueuler comme quoi que c'était un scandale:

-Et avec une jeune arabe bien entendu ! Non mais vous vous conduisez comme des paras... des fassistes ! Vrai François voilà que cela vous reprend ! On se croirait revenu au temps de Guimollet !

Guimollet c'était un socialisse maudit dont y z'avaient tous honte y z'en parlaient comme d'une vieille vérole dont ils essayaient tout le temps de se débarasser mais qui s'accrochait à leurs bites malgré tous les remédes de conscrit qu'ils avaient essayé. Chaque fois qu'ils se réunissaient d'ailleurs ceux-là c'était pour décider de quand ils allaient enfin défenestrer ou noyer le Guimollet.


Et pendant que le Pierre J. leur faisait une leçon de conduite de classe et qu'il distribuait les punitions, le député-maire Etienne d'O. s'est pointé avec un polaroïd, et il a pris vite fait une photo de tous ces mecs le bénouze en bas qui venaient d'inventer la tournante parlementaire et il est allé s'enfermer dans les chiottes en gueulant que si on lui rendait pas l'argent de la cantine du parti il ferait paraître la photo en première page de l'Echo du Val d'Oise ou il la revendrait très cher à Roger F. le ministre de l'intérieur de l'époque qui était collectionneur à ce qu'on disait.

 2.  


Et neuf mois après je suis né, entre temps Maman avait prévenu M. le Modique qu'elle était enceinte et sans doute de lui vu qu'il était le premier, il lui a fait répondre par un motard de l'assemblée nationale, ils ont toujours correspondu par des motards d'abord de l'assemblée puis de la présidence, il n'avait confiance que dans les motards M. le merdique, ouais une croyance très ancienne dans le motard.

Qu'il m'a expliqué plus tard : « ce sont des gendarmes y sont donc très cons et obéissants et surtout pas curieux et puis la plupart ne savent pas mâme lire ! » Ce qu'il méprisait le petit peuple l'homo-gauchens c'était émouvant à voir. 

 Oui donc dans sa lettre portée il lui répondait que rien ne lui aurait fait plus plaisir que d'avoir un enfant de maman mais que dans la précipitation des événements l'on pouvait craindre que l'enfant ne ressemblât à l'un ou l'autre des nombreux participants et qu'il ne voyait pas la nécessité pour aucun d'entre les autres d'engendrer à nouveau ou de se reproduire enfin et que pour sa modeste part c'était déjà fait avec des résultats qu'il ne pouvait que déplorer.

Certes il était opposé par principe à l'avortement mais comme par principe aussi il se refusait à imposer ses principes à d'autres même d'autres qui en auraient été démunis, de principes, il voulait dire les pauvres, il lui refilait deux billets de cinquante sacs et une adresse de bonne clinique suissesse où il avait son spéculum mis et table d'opération ouverte à l'année à son nom comme tous les bons bourgeois queutards et parisiens de l'époque.     

Maman elle lui a écrit à nouveau qu'elle me gardait parce que c'était un pêché de ne pas respecter ma vie et sûr qu'à l'époque et sans trop le gueuler, pas oublié que j'étais en location, j'ai dû être soulagé et elle lui demandait de choisir un prénom pour leur enfant .

Par retour de motard il lui a répondu qu'il lui faisait confiance et que l'islam ne manquait pas de saints hommes, pour le reste il s'en foutait bien. Maman elle aimait Jean comme prénom chrétien, elle s'y connaissait un peu, nous les kabyles on a quand même changé de religions une bonne dizaine de fois au cours et au décours de l'histoire, dire si on a fait le tour de la question, mais comme disait vieux Bob la religion c'est la vague sur la plage mais la foi c'est le tréfonds de l'océan, et elle a ajouté Mostapha en hommâge à mon oncle Mostaph qui venait de mourir à trente ans sur un chantier écrasé par une tonne à eau et qui était un mec bien, le seul qui nous avait nourri la gamelle pendant longtemps.


Alors toutes ces formalités accomplies, je suis né, sous Pompidou, en 9 avant F.M. à Bezons comme tout le monde.

  * 

J'ai pas été élevé dans une cité, je sais que ça ferait mieux dans le tableau mais Maman elle en a jamais voulu d'une place en H.L.M. pourtant il y en avait une juste en face de chez nous : la Cité Félix Dzjerzinski c'était Etienne d'O. qui l'avait faite construire une fois où il était à court d'électeurs, ce qu'il était dépensier ce type-là, pas croyab', entre deux élections il en perdait toujours pas mal des électeurs mais il en empruntait ou en faisait venir de nouveaux, je crois bien qu'il se faisait élire à crédit.

Oui on aurait pu y aller mais maman les trucs collectifs ça a jamais été son truc, ouais à part la ‘touze inaugurale où j'ai été conçu, j'entends, mais là elle y pouvait trop rien népa ?

Sinon elle avait sa petite bagnole, souvent des trucs forains, jaunes et rouges avec des hauts-parleurs sur le toit que lui refilait  Gomez y Gomez un gitan qui se disait grand d'Espagne et qui en mouillait pour elle, il vivait avec sa famille, encore plus nombreuse que la nôtre dans un terrain vague pas loin de chez nous, elle avait aussi son petit pavillon,  maman, qu'elle avait acheté à crédit à une vieille dame chez qui elle avait travaillé qui avait son unique fils qui s'était fait tué en Algérie mais qui était pas rancunière, il faut dire aussi que c'était les gendarmes français qui l'avaient tué parce qu'il était  de l'O.A.S et puis maman époussetait la photo du fiston deux fois par jour pour lui faire plaisir à la mémé.


Maman elle faisait son jardin, ses fleurs et son potager, on a vite était une dizaine là-dedans avec le beau-père, Marcel Shrezbnszky qui était chauffeur routier chez Mazzolini après avoir été CRS au début de sa carrière. Lui aussi il aurait bien voulu faire motard mais il était trop gros, et puis il savait lire.

  * 

L'école j'ai pas aimé, parce que c'était loin de la maison et Maman, qui avait son bachot, m'avait appris à lire et à compter avant que j'y entre. Pourtant j'avais de bons copains, Patrick Fiochi, Thierry Vaugrand dit Veaugras ou Hervé Pomallo qu'on appelait pomme à l'huile, il y avait qu'à la piscine que j'avais des problêmes parce que j'avais pas la même bite que les autres, tous ils se foutaient de moi, même Pomme à l'huile et Veaugras, pour faire comme tout le monde jusqu'au jour où il y en a un qui a dit :

-C'est pas sa faute il est circonscrit, c'est un juif !

Merde ‘manquait plus que ça je m'ai dit, v'là que j'étais juif ça arrangeait pas mes bidons mais en même temps j'étais flatté vu que des juifs il y en avait pas tant que ça, à l'école Léon Blum, je crois bien que j'étais le seul, j'ai gardé ça pour moi, j'en ai parlé à personne et pendant deux ans je me suis mis juif à mon compte, j'ai lu tout ce je trouvais là-dessus et ça m'allait bien, faut dire, la race élue, la solitude mais à plusieurs contre les gentils qui sont méchants et au milieu de tout ça entre les coups de trafalgar et les branlements de tonnerre, la mer rouge qui s'ouvre devant vous mieux qu'un tapis dans les tons, vrai je me prenais pour Charlatan Hestonne.

C'est quand il est arrivé Moktar, un marocain à l'école et qu'y s'est foutu à poils à la piscine, que j'ai découvert que j'étais beaucoup moins juif que lui et autant arabe. Vrai ça m'a refoutu un coup.

Pour moi les arabes c'était des emmerdeurs, les mecs qui sonnaient au portail pour nous vendre des tapis que maman leur achetait jamais, elle leur offrait le thé à la menthe, pas la piéce, à quoi bon blesser leur susceptibilité et puis basta. 


Maintenant que j'étais plus juif, j'étais redevenu comme tout le monde, y en a bien un qui a essayé de me traiter de raton une fois mais ça a pas plu à Moktar qui était plutôt du genre encombrant et l'«un » a remballé son matériel en s'excusant.  (à suivre...)

Publié par urbane à 02:24:37 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

JiTé (Parte fri) | 18 août 2006

JiTé (Parte fri)

Le chef-comptable homicidaire à répétition? Il n'était pas loin, il le retrouva dans son bureau, il boudait le cache-col serré et le nez dans les livres de compte de la boîte de Prod' de JiTé.
-Excusez-moi je n'ai pas pu m'en empêcher, la comptabilité, vous savez c'est un vice et à propos de vice le votre de comptable en manque un peu. Il déclare de trop, on se croirait à confesse, c'est indécent.
-Je ne veux pas avoir d'ennuis avec le fisc.
-Alors le meilleur moyen c'est de leur en faire un maximum. C'est quand ils trouvent plus charognes qu'eux qu'ils se découragent. Ils détestent la concurrence sans quoi ils ne se seraient pas faits fonctionnaires mais chercheurs d'or ou pêcheurs de requins.
-Vous n'avez pas l'intention de passer à travers le mur dans l'immédiat?
-Pas le matin, rarement le matin, pourquoi vous me demandez ça ?
-Vous pourriez peut-être m'expliquer ?
-La comptabilité, vous voulez apprendre, ah ça ça me fait plaisir, je savais bien que vous y viendriez, un garçon intelligent et rangé comme vous... eh bien commençons par...
-Je me fous de la comptabilité ! Qu'est-ce que ça signifie? Cette femme pendue ?
-Oh ça... c'est un jeu entre nous, je me suis déjà retrouvé trois fois dans la chaudière... et je me plains pas...c'est rapport au fait que ... enfin quand elle est morte en 46 c'est moi qui conduisait la bagnole, c'était ma maîtresse de l'époque, j'étais passé la chercher elle faisait dans les bobinards un numéro de danse burlesque et réaliste, c'est h'une artisse, mais elle couchait avec son partenaire pas seulement pendant le travail, un noir américain monté comme un âne, alors on s'est engueulée, elle est descendue de la voiture s'est engouffrée dans une bouche de métro, je l'ai rejointe sur le quai, et au moment où la rame arrivait, je l'ai poussée sur la voie, elle a eu les deux jambes sectionnées, je la revois encore l'imperméable ouvert, dessous elle était en tutu, elle avait pas le temps de se rhabiller entre deux passages, elle est décédée dans l'ambulance...
-Mais je ne comprends pas comment vous vous êtes retrouvés ici ?
-Vous voyez le grand noir là-bas qui rigole tout le temps, c'est lui son ricain, elle lui avait dit de m'attendre pour me buter dés que je rentrerai, je suis rentré que le lendemain matin vu que j'avais passé la nuit au bob histoire de me changer les idées et entre-temps ce grand con avait dessoudé monsieur Pasquelet Léon mon voisin de palier que vous apercevez là-bas... mais si le petit vieux à barbiche... lui s'il est là c'est à cause des petites filles, en 37 il en avait même enterrées deux sous la fosse à charbons ce cachottier...
-Et alors tous ces gens sont... je veux dire ils sont comme lui... ce sont des....
Il parlait de la foule fantôme de tout à l'heure mais quand il se retourna, il la vit, le nez contre les vitres du bureau, assemblée, patiente, paisiblement féroce comme n'importe quelle foule badaude.
Le comptable s'approcha de la vitre, la tapota, souriant aux ouvriers comme il aurait fait devant les singes, en visitant une ménagerie.
-Ce qu'ils sont et bien comme moi... des damnés, une bonne part des damnés du département de la Seine et Oise promotion 1837-1912. Et oui mon petit bonhomme vous avez acheté une manière de caserne avec toute la garnison qui va avec, entre nous on s'appelle le dépôt 115, ah vous avez fait une bonne affaire, elles vous ont bien eu les Bramaloux's sisters ! Oh c'est pas qu'elles y croient tellement d'ailleurs à tout ça, elles sont venus trois fois ici depuis vingt ans, on leur a fait avec les camarades un ramdam terrible, le spectacle complet, elles se tenaient en alerte mais  ça ne les impressionnait pas plus que ça, la dernière fois elles étaient avec Méstérétoth, mais si leur notaire, vous connaissez, c'est un gradé chez nous, lui qui s'occupe de plusieurs dépôts et bien il était plus effrayé qu'elles et il lui en faut à lui.
Ouais ce sont de drôles de fumelles, femelles de quoi on sait pas dire au juste, des insectes, nuisibles et nécessaires, elles ne croient pas plus au Diable qu'au... enfin à la hiérarchie mais quand même il faut croire qu'arrivé à un certain âge, il y a  des souvenirs encombrants dont elles préfèrent se débarrasser. Alors elles vous les ont refilés simplement pour ne plus les avoir sous le nez dans les livres comptables. Ah elles ne veulent plus de nous... elles ne le savent pas ces deux salopes mais leur places sont déjà retenues ici.  
-Mais pourquoi qu'est-ce qui s'est passé ici ?
-Vous êtes vraiment sûr de pas préférer la comptabilité aux souvenirs ?... ça sent quand même meilleur... parfois...
-Cela s'est déroulé pendant l'occupation c'est cela ? Cela a à voir avec la déportation des juifs n'est ce pas ?
Il imaginait déjà l'émission qu'il allait monter pour dénoncer cette nouvelle « compromission de Vichy »... il y aurait des lycéens, beaucoup de lycéens et du... 
-Ah non pas du tout, ça s'est passé entre chrétiens, enfin chrétiens, il y avaient aussi pas mal de cocos dans l'histoire, ‘tendez que je vous raconte :
Les frères Bramaloux travaillaient pour les rosbifs, ils avaient montés une réseau de résistance dés 1940, Jules Piter qu'il s'appelait, voyez l'ironie, ils se prenaient jamais trop au sérieux les frangins, ils aimaient la bonne vie et la rigolade et puis c'était pas que du patriotisme, ils faisaient aussi ça pour le fric, les angliches payaient bien et avec l'imprimerie, ça ne leur avait pas été trop difficile de faire de la fausse-monnaie pour eux et payer leurs agents, ils en prenaient leur part, bref c'était une affaire qui marchait bien, on tournait que la nuit dans les caves fermées, avec une équipe réduite mais les meilleurs qui venaient de l'extérieur et repartaient avant l'embauche, le matin, malgré le ménage, les gars quelques fois se rendaient compte qu'on avait touché à leur bécane mais enfin, on a tenu comme ça pendant deux ans, jusqu'en 43. Un jour Toinard... tiens c'est çui-là, le grand con qui se marre jamais, avec les mauvais yeux et la moustache noire, le sus-dit Toinard vient voir Monsieur Raymond, l'aîné des Bramaloux et il lui met le marché en main, comme quoi il est au courant des travaux nocturnes et du réseau Jupiter et qu'il en veut sa part au nom du Parti, c'était l'époque où les cocos essayaient de rattraper le temps perdu et de faire oublier leur lune de miel avec l'occupant, alors comme il y avait déjà du monde sur le marché en gros de la résistance, ils avaient trouvé plus simple de reprendre les petite affaires de la place de Paris qui marchaient au besoin ils dénonçaient aux allemands les chefs, paraît qu'ils mettaient même un timbre pour la réponse, puis ils gardaient l'enseigne et reprenaient la gérance, ils voulaient Jules Piter, mais les frères Bramaloux il fallait se lever matin pour leur faire un deuxième trou au cul, ils s'étaient déjà gardés des gaullistes ils allaient pas se faire mettre aussi sec par les cocos.
-Comment ont-ils réagi ?
-Oh ils ont fait au plus simple...
Le Chef-Comp' s'était levé il alla jusqu'à la porte :
-Eh Toinard arrive un peu, on cause de toi.
L'autre obtempéra, il avait sans doute fait ça toute sa vie de clébard, tirant sur sa chaîne trop courte, gueulant aux fesses du chemineau libre en se cherchant un maître cruel.
-Raconte un peu ce qu'ils t'on fait les Bramaloux's Brothers.
Sa moustache  tombante se redressa un peu:
-Ils m'ont fait venir un soir ici, soi disant pour s'expliquer, et ils m'ont arrangé, c'était le Raymond qui me tenait et le Charles me saignait avec un serpette, ce que ça a été long, mais ça leur a pas suffit à ces salauds-là et sans doute même que ça les avait mis en appétit...
Il était fier de raconter sa mise à mort tellement rutilante et grand-guignolesque, mais quand même là il eut un hoquet :
-Ces deux ordures m'ont posé sur le plateau du massicot et ils m'ont découpé aussi sec, et encore vivant, au massicot comme on aurait coupé du pain... et puis y m'ont déposé chez Alfred Depeux mon chef de cellule... 77 morceaux dans trois gros sacs à encre en moleskine, c'est le camarade Depeux qui me l‘a raconté il est au dépôt 123 en ce moment... et le pire c'est que ce con-là pour se débarrasser de moi a rien trouvé de mieux que de faire porter la barbaque aux bonnes sœurs de l'hospice Charlebourg, moi un chef communisse boulotté par les bonnes sœurs et les petits vieux édentés de l'hospice ! Ah les charognes y me le paieront !
-Montres-lui Toinard !
Le Toinard baissa les bretelles de son bleu, retira son tricot, il était en effet grossièrement raccommodé, les chairs baillaient même encore un peu.
-‘voyez que je vous mens pas !
JiTé recula devant ce corps disjoint et pourrissant. Il se reprit quand même pour avoir la fin du feuilleton :
-Eh alors qu'ont fait les cocos...  je veux dire les communistes?
-Ils ont pas insisté, sans doute que le Camarade Depeux était végétarien mais les Bramaloux étaient pas sauvés pour autant, z'avaient paré le coup des cocos, écartés les gaullards de leur bizness mais y ‘z'ont sentis leur douleur because leurs légitimes, sans doute qu'ils s'étaient un peu vantés sur l'oreiller, ils avaient du leur donner la recette du connard sauce au sang et ça les avait mise en appétit les deux poufiasses ...
-J'te remercie pour le connard...
-Te formalise pas Toinard, on en est tous là maintenant. Et puis elles savaient y faire les deux salopes et elles avaient aucune envie d'aller prendre leur retraite à Clermond-Ferrand comme ils en rêvaient les frangins pour après la guerre et elles les ont donnés aux chleux. Comme de juste les anglais n'ont rien fait pour les sauver... ils ont été envoyés en Allemagne...
-En Allemagne mais... mais alors ils sont ici ?
-Ah non, pas eux.
-Mais pourquoi ? Enfin ils n'ont pas été affectés ici ? Pourtant c'était des assassins, ils avaient commis des... des crimes et...
-On sait pas dire vous savez ici ça marche tout pareil que la sécurité sociale s'ils vous manquent un formulaire... ils sont morts là-haut en Poméranie y me semb' dan' h'un camp de travail et nous on les a plus jamais revus...
Il y eut un temps de silence, JiTé regardait tous ces damnés à gueule de brave bougre, lui il en aurait eu pitié, maintenant tout cela lui paraissait médiocrement normal, organisé, peut-être efficace et... il sentit la fiche de carton dans sa poche de chemise, il la sortit, la montra au chef comptable :
-Cela veut-il dire que... que je fais partie de l'effectif moi aussi ?
-Montrez voir... ouais, non, remarquez là, votre nom est écrit au crayon, le jour où vous le verrez inscrit à l'encre alors oui, d'ailleurs c'est moi qui suis chargé des écritures, vous avez pas oublié ? Alors ce jour-là c'est moi qui ferait votre inscription.
-Je crois qu'on a frappé à la porte. Fit remarquer Toinard avec modestie en remontant les bretelles de sa cotte.
La lourde porte de métal s'entrebâilla dans un grincement et la vieille folle de la pharmacie de l'autre jour qui avait poursuivi JiTé jusqu'ici, apparut, elle ne gueulait plus, elle était étrangement timide et en combinaison elle s'avançait à petits pas comme une collégienne punie vers cette assemblée d'hommes, à mesure qu'elle s'approchait l'on découvrait son visage et son maquillage défait, sa peinture fraîche avait coulé.
-Messieurs...
Elle les voyait, elle se tourna vers son mari, le chef-comptable qui ressemblait à son fils, ils avaient comme un air de famille inaltérable maintenant, peut-être seulement le côté médiocre.
-Bonjour mon chéri... j'ai... morte tout à l'heure... toute seule ... dans l'appartement... on m'a dit de venir ici...
-Ah ben ma pauvre vieille d'un peu je t'aurais pas reconnue, et comme de juste y z'ont pas voulu de toi là-haut... ah ça c'était couru avec tous les bâtards que tu t'es fait passer... sans parler de...
-Pas devant le monde, pas devant le monde Lucien...
-Ce monde-là tu sais y te verra à poils... et pas plus tard que tout de suite d'ailleurs !
Le chef-comptable avait encore de la rancune ou bien ne savait-il pas pardonner, il déchira la combinaison de la vieille femme, elle criait, mais beaucoup moins fort que l'autre fois dans la rue, elle n'était plus au monde et pas à pas la foule de maudits se referma sur elle.
 JiTé quitta l'usine avec tact, cela ressemblait un peu trop aux programmes télévisés de l'autre... comment déjà ? Son inéfragable moitié... Zé, c'est ça... quand même il avait du mal à voir son visage, trois jours qu'elle était partie et il lui fallait déjà l'imaginer, il fit un effort et se réveilla...
Il avait bien dormi, tant qu'il en avait bavé d'aise comme un nourrisson, mais il n'était pas dans son lit mais couché sur le béton poussiéreux de l'atelier cathédrale, il y avait encore un peu de jour alentours, il avait mal à la tempe, il avait dû heurter l'un des poteaux... il avait rêvé, pas de danseuse au plafond ni d'ouvrier rapiécé.
   Il se leva, s'épousseta, passa la porte, le vieux vélo Mercier était toujours dans la cour, il referma le portail, sa voiture était au coin de la rue, en passant devant la pharmacie, il vit qu'il y avait du mouvement dans l'immeuble, un car de police était stationné devant, la pharmacienne était sur le seuil avec quelques commères, elles commentaient l'arrivée de l'étape du jour, c'était la vieille folle de l'autre jour, la veuve du chef-comptable qui était arrivée détachée, elle reposait sur une civière même pas recouverte d'une couverture, séchée, creuse comme une peau de serpent abandonnée au bord d'une route.
JiTé sentit la fiche de carton dans la poche, il la sortit, son nom était encore inscrit au crayon, il fut rassuré.
 *
 « ...l'émission de ce soir sera toute entière consacrée à une affaire qui s'est déroulée l'année dernière et dont vous vous souvenez sans doute, l'affaire Cabressoles du nom de la principale victime : le chef Cabressoles qui s'est suicidé après une infâme  manipulation suivie d'une campagne de presse qui ne l'était pas moins et dont la conclusion fut un jugement partial. Vous vous souvenez aussi que j'avais été l'un des artisans de tout cela et sans doute l'un des coupables de cette mort, nous allons si vous le voulez bien y revenir ce soir... »
Zé était dans la régie et à mesure que l'enquête serrée se déroulait dénonçant les sœurs Bramaloux aussi bien que le notaire marron elle se découvrait de la fierté pour « son fiancé ».
Jité lui aussi avait l'impression d'accomplir une manière de mission et jamais il ne s'était montré aussi professionnel jusqu'au moment où il découvrit sur l'un des bords du plateau Monsieur Jonquet, le chef-comptable qui lui souriait.
Heureusement l'émission se terminait, il courut dans sa loge, retourna sa veste mais le carton de pointage n'y était plus, en revanche monsieur Jonquet était là.
-Vous cherchez votre ticson, cherchez plus c'est moi qui l'ai, je vous avais dit que c'était moi qui m'occupait des inscriptions. 
-Mais... mais je ne comprends pas j'ai été honnête, j'ai ruiné ma carrière pour dénoncer les coupables, je ne me suis pas épargné, j'ai...
-Vous avez dit le mot: dénoncer, tant que vous marcherez à ça: la haine il ne vous arrivera rien de bon, pour vous les méchants sont devenus les gentils et vice-versa, mais les méthodes sont demeurées les mêmes, vous ne jugez même plus, vous condamnez, regardez l'autre là, votre fiancée si elle est fière de vous, elle fonctionne comme vous, et c'est pas réglementaire...  mais va vous inquiétez pas moi aussi je trouve ça grotesque et inutile surtout mais c'est ce qu'ils veulent là-haut : une vraie réforme et avec de la sincérité en plus... alors... tenez je vous rends votre fiche, la date est inscrite dessus, Printemps 2016, si je me souviens bien, vous avez encore du temps, il y a que l'affectation qui soit pas sûre mais si tout va bien vous devriez venir chez nous... alors à se revoir... me raccompagnez pas je vais un peu muser, la comptabilité c'est par où ?
-La... cinquième étage... mais non attendez monsieur Jonquet...
Le comptable avait disparu.
 *
 JiTé mit en vente son usine des cerisiers, le jour où les sœurs Bramaloux  y débarquèrent, elles étaient mortes quelque temps après la diffusion de l'émission, Raymonde la première, sans doute parce que pour une pute de haute tradition la réputation cela compte encore puis Josette la nuit d'après en avalant de l'eau de javel pour rejoindre sa sœur, elles arrivèrent au dépôt en se tenant par la main comme les deux sœurs irréductibles qu'elles avaient été, seules face au monde depuis l'enfance, elles furent violées 1196 jours de suite par l'effectif au complet et sous les yeux de Mesthérétoth qui fit venir des renforts d'autres dépôts, établissant une véritable noria tant le spectacle lui plaisait, il faut comprendre, il les avait connues toutes gamines.    
 Le 1197° jour et alors que chacun reprenait son souffle et que les deux sœurs cherchaient leur slip, il vint un promoteur, très sympathique qui fit l'affaire rapidement, monta un clapier à salariés en fausse pierre de taille véritable et vendit sur plan malfaçons et murs obliques.
Le plus étonnant était l'assemblée générale annuelle des co-propriétaires qui tombait malheureusement le jour de la fête  de Mesthérétoth et des damnées du dépôt 115.
Les co-propriétaires se crurent victimes d'hallucinations, cris et visions,  bacchanales et tueries se succédant entre les murs de la résidence en cette nuit anniversaire. Ils appelèrent... les journalistes, mais l'apparatchik qui avait succédé à JiTé préféra ne pas se déplacer, l'endroit avait sinistre réputation dans la profession.
JiTé travailla quelque temps sur des chaînes du câble: Bestiality TV la chaîne de ceux qui aiment vraiment les animaux où il animait un talc-chaud avec chaque soir un animaux différent ; bête ou homme.
Zé qui avait si bien réussi dans sa tranche horaire ingrate rêvait de Naumachies en Prâme-Taïmeux sponsorisées par Petit Navire aussi le quitta-t-elle par hygiène de carrière.
Il passa sur Pédophilos où il faisait son émission chaque soir en direct d'une maternelle différente, il avait conservé ses grandes qualités professionnelles et éthiques, jamais il ne serait allé deux fois dans la même école, sans compter que c'était plus prudent, en province ils étaient encore tellement arriérés, il fit aussi quelques animations commerciales pour Petit-Bateau. 
Il vieillit en même temps que les autres tenta quelques retours mais les Bécasson télévisuels avaient été supplantés par les Plombzecs une vieille famille de speakerines bretonnes qui avait retrouvé, grâce à la vitalité de la nouvelle génération et à un directeur général natif de Quimperlé, toute son influence et quelques magistratures curules dont la météo, les émissions de contrôle social de seconde partie de soirée et le patinage artistique.
Une boîte de prod' cinghalo-maltaise qu'il ne connaissait pas lui proposa de faire une série de reportages sur des guerres locales en cours, il avait envie de changer de répertoire et il se retrouva sans même l'avoir tout à fait décidé à la frontière du Prukmenistan et du Haut-Tchatcharnik.
La limite frontalière passait au travers d'un hyper-marché Auchiotte que les français avaient réussi à placer au dictateur-résident-samovar à vie juste avant le début du conflit si bien que quelques Prukmens tenaient encore courageusement le rayon lingerie-confection femmes tandis que la contre-offensive Tchatchark s'articulait en un mouvement tournant depuis l'espace parapharmacie jusqu'aux confins petit-déjeuner-biscottiens, c'était encore du classique, de l'artisanal, travail à l'ancienne à l'A.K 47 et couteau de chasse pour les éventrations rapprochées et les finitions.
Le porte-parole Tchatchark qui était le seul parmi les combattants à se balader en costard trois pièces et lunettes d'écailles, il était diplômé de la Londonne Buzinesse Scoul, lança à l'adresse de l'adversaire retranché :
-Shmout, shmout gerobachnik nicklobésonon !
Qui voulait dire à peu prés :
-Rendez-vous chiens prukmens, ou nous vous remettrons  sans grandes précautions dont le ventre infécond de vos ânesses de mères!
Lyrisme paradoxal car oriental et puis il avait fait des études d'économétrie point de zoologie.   
Ce à quoi le chef Prukmen répondit en brandissant pour seul étendard un Wonderbra crevé encore rouge du sang de... la démonstratrice:
-Vas-te faire mettre eh connard je travaille moi !
Il avait fait lui ses humanités à Pantin mais il était bien décidé à mettre la semelle et à n'en rien lâcher.
Sur ce les tac-tac mêmes pas crédibles des fusils d'assaut repartirent. 
Ce que ces humanistes ne voyaient pas et que Jité venait d'apercevoir c'était les deux mômes planqués au rayon jouets c'est à dire entre les deux lignes de feu. Sans doute deux gamins qui n'avaient pu résister à l'envie de réaliser le hold-up du siècle en mettant la main sur deux figurines articulées Baston Man. Ils les avaient encore à la main et se baissait un peu plus à chaque départ de coup, ils n'étaient pas grands, sept ou huit ans tout au plus mais maintenant tellement resserrés qu'ils ne prenaient presque plus de place sur le carrelage.
JiTé en informa le porte-parole qui répondit qu'il saurait se montrer généreux et dédommagerait les familles.
-Je donnerai à chacune deux milliards de Teuros.
C'était la monnaie trans-caucasienne et cela faisait exactement 67 francs et quarante centimes, il payait tout en dollars sauf les dédommagements.
-Il est hors question de retarder l'assaut pour deux petits voleurs.
Je passe sur CNN chez Larry Kong dans deux heures il faut que je rentre à mon hôtel et que je me travaille à la vidéo.
Alors Jean-Thierry Bécasson ressentit l'un de ses frissons d'absolu je m'en foutisme, mélange d'orgueil devant le destin et de puissance intime, tonitruance subite du cocu par quoi s'annonce et se révèle le coupable caractère français et dont on lui avait pourtant appris à se méfier dés sa petite enfance.
Il se leva, dit bouleversé:
-Tous ces gens n'en voulaient donc qu'à mes couilles ! Ah nom de Dieu de bordel de merde ! Pour la France, pour le Roy, Dieu  devant je tâche !
Et il prit un extincteur qui lui tombait sous la main mais cela aurait pu être tout aussi bien un camion 15 tonnes ou une ombrelle fin de siècle et il chargea l'extincteur au clair.
Il enfonça les lignes Tchatcharks et Prukmen cueillit les mômes et traversa le magasin sans même prêter d'attention à la vente flash qui se déroulait au rayon des lance-grenades.  
Ses dernières paroles furent sur le seuil du magasin devant le parking dévasté, semé de trous d'obus et de caddys les roulettes en l'air:
-Voyons les enfants ou est-ce que papa a garé la voiture ?
Et il tomba de tout le poids de son existence sur le carrelage et les deux gamins en furent gênés.
     Il se réveilla devant le portail du dépôt 115, l'avenue des Cerisiers était déserte, mais l'usine éclairée, habitée et tournante comme au meilleur des années quarante, ce n'était pas un rêve mais une vision exacte et détaillée, bruyante même, attestée, d'ailleurs il se sentait assez bien dans cette nouvelle réalité, aussi vérifiable mais sensiblement plus commode car il pouvait faire le tour de son slip sans même faire vibrer ses bretelles de grand reporter.
Il frappa à la porte, mais personne ne vint lui ouvrir, au loin dans la rue, il vit venir une petite troupe de mômes conduites par deux hommes et ils chantaient, en allemand, Jité se rendit compte alors qu'il comprenait l'allemand qu'il n'avait pourtant jamais appris, ils s'arrêtèrent à sa hauteur :
-Vous tenez vraiment à rentrer là-dedans, chez ces cannibales !
L'homme parlait parisien avec l'accent parigot :
-Ben... ben non... mais je...
Et il sortit le ticket de pointeuse.
Le parisien le lui prit et le déchira :
-Plus valable. Je suis Joseph Bramaloux et voilà mon frère Raymond, on a fait comme une sorte de pèlerinage, allez mon gars viens plutôt avec nous on a promis aux mômes de les emmener au cirque et il y en a toujours un qui fait relâche dans le coin sur les bords de Seine.    
-Vous... vous venez de... de longtemps ?
-De Dresde... il y avait un orphelinat... on a pas p'us tous les sauver avec le frangin... soixante ans qu'on marche mais va t'inquiètes pas on est bientôt arrivé mon petit pôte! 

Publié par urbane à 04:05:58 dans / JiTé Bécasson présentateur vedette... | Commentaires (0) |

JiTé (Parte tou) | 15 août 2006

JiTé  (Parte tou)  

Le lendemain il prit la décision d'arrêter... la cigarette.
D'abord parce que ça ferait plaisir à... l'autre là... comment déjà ? Mais si la fille qu'il aimait ? Zé voilà ! Et puis parce que la cigarette c'était mal et le tabac une offense à notre sainte mère l'Hygiène.
Il alla chez le pharmacien du bout de la rue des Cerisiers acheter un truc contre, il n'osait pas retourner tout de suite à l'usine.
La pharmacie était moderne, la titulaire, quoique quinquagénaire, souriante, elle discutait avec une vieille dame finement détaillée, un vraie modèle réduit de ce qu'elle avait été, une sorte de chef d'œuvre Jivaro: jeune fille au 1/10° après la cuisson d'une vie.
Elle habitait dans l'immeuble dont la pharmacie occupait le rez-de-chaussée et racontait les malheurs qu'elle venait de rentrer et la pharmacienne écoutait en remettant quelques fois du poivre, enfin elle vit une ouverture avec l'arrivée de JiTé et la raccompagna à la porte.
-... et bien alors bonne journée madame Jonquet.
Ce nom éveilla JiTé qui laissa tomber la contemplation de la gamme des vermifuges Girardin :
-Pardonnez-moi madame vous ne connaissez pas... enfin j'ai racheté l'usine Bramaloux et votre nom... dans un registre quelqu'un de votre famille n'a-t-il pas travaillé là-bas pendant...
-Chez Bramaloux, et comment donc, mon mari y a été employé  trente années de rang, il était chef-comptable.  
-Pourrais-je le voir ?
-Ah ça risque pas le bonhomme est mort en 64 il s'est pendu, le con.
-Oh...  il s'est... pendu... je...  croyez bien que je regrette ...
-Pas moi... la queue et le bec voilà tout ce qui l'occupait celui-là !
Elle prenait à témoin deux sociétaires de son immeuble qui venait d'entrer dans la pharmacie.
Elle était vulgaire et sans doute assez bête et quand JiTé lui demanda :
-Et... depuis... je veux dire... vous ne l'avez pas revu depuis ?
Elle ne lui répondit pas tout de suite, réfléchit un grand coup derrière les oreilles du côté du reptilien puis lâcha comme pour  susciter l'émeute:
-Y me demande si je l'ai vu depuis ! Mais qu'est-ce c'est ce type-là qui se fout du malheur du monde!
Elle n'aurait sans doute pas protesté aussi fort s'il l'avait tringlé direct sur la caisse et elle marchait sur lui en balançant son cabas en avant, pour blesser, la pharmacienne qui ne voulait pas s'aliéner la clientèle de son immeuble ne protestait pas et JiTé se retrouva repoussé sur la frontière puis tout à fait sur le trottoir.
L'autre continuait de l'insulter, son visage blanc de poudre, rechampi de bleu et de rouge, articulé de haine avançait sur lui et il s'en alla à reculons jusqu'à la porte de l'usine qu'il ouvrit dans la précipitation et referma avec soulagement.
 Curieusement il n'entendit bientôt plus les insultes de la vieille femme, mais un grondement qui venait de derrière la porte en bois de l'atelier, quelqu'un lui tapa sur l'épaule, un type en blouse grise qu'il reconnut pour l'un des peintres de Jean-Cé Martignoles, il lui tendait une fiche en carton.
-Oui, oui merci...
Il l'empocha, comme une débutante sa première robe de bal, il craignait par dessus tout de froisser l'ouvrier.
Il essayait de savoir si la vieille folle était toujours là mais le peintre lui désignait une pointeuse accrochée au mur, JiTé lui sourit, l'autre passa une fiche dans la machine, elle délivra un « Schdong ! » tout à fait réglementaire après quoi il planta son carton à côté d'autres dans un tableau à encoches en métal.
JiTé avait entrouvert le portail ce dont profita un collègue du peintre. Un gros bonhomme moustachu, casquetté, essoufflé, portant musette au côté était arrivé à vélo, il sourit à JiTé le salua d'un doigt porté à la casquette descendit de sa bécane la posa contre un mur de la petite cour, enleva ses pinces à vélo puis rejoignit son collègue devant la pointeuse.
La vieille folle était partie c'était bien tout ce qui l'occupait mais quand il se retourna il vit aussi que les peintres étaient rentrés.
Il s'approcha de la pointeuse. Sacré JiCé Martignoles il n'avait pas perdu de temps pour organiser son chantier c'était son côté  social, ne jamais laisser traîner un ouvrier ou égarer un double-mètre, le bénéfice commençait là .
JiTé retira la fiche de sa poche, il allait la jeter quand il vit le numéro d'ordre et en dessous son nom en caractères bâtons, sur la pointeuse aussi il figurait en bonne place, il était maintenant de l'effectif. Il n'eut pas le temps de s'interroger, son téléphone portable le sonna c'était Jicé qui le prévenait que le démarrage du chantier était reporté en début de semaine pour « cause de retard dans les dépassements  sur un autre chantier », JiTé avait poussé la porte, l'atelier était dans le même état que la veille, désert, vacant et désaffecté.
Il retourna dans la cour, le vieux vélo était toujours là, il le veilla jusqu'au soir, assis à même les pavés, la main serrant le garde-boue jusqu'à se blesser, il sentait que quelque chose de sa vie était en train de lui échapper que son destin était la mise mais il ignorait quelle carte jouer non plus que les règles du jeu et si l'on avait le droit de s'aider des mains et quand bien même de tricher...
Non jamais il n'aurait du signer ces papiers chez le vieux notaire.
Voyons comment tout cela avait-il commencé ?
Pas même en répondant à une petite annonce et en laissant faire le hasard.
Non chez les Bécasson on vivait comme des rats toujours à l'affût d'un pot de confiture resté ouvert, d'un couvercle desserré, place de parking aussi bien qu'emploi statutaire tout leur était bon, or le cousin Jean-François après une décevante carrière sportive de branleur nautique et de navigateur épave dans les bars de Saint Pol de Léon, avait été remarqué et vigoureusement introduit par Jean-Thierry Bertaut journaliste sportif puis éphémère présentateur du journal parlé que la majorité parlementaire d'alors avait amené dans ses fourgons mais que le bon peuple avait découvert un soir avec stupéfaction bégayant à l'antenne:
-... po-po-po-poli-ti-ti-tique ét-té-té-trangère...
Malgré quelques lettres de soutien de téléspectateurs zen-zen-zen-thousiastes: « ... fin-fin un pré-pré-zaaaaaaaan-‘tateur qui-qui nous-nous ressemble... » après un interminable trimestre, il avait obtenu un poste de chargé de la communication puis de co-inculpé d'un secrétaire d'état camarade de régiment.
Il était parti mais le premier Bécasson télévisuel lui était resté, il s'était incrusté, beloteur et revendicatif, se faisant élire délégué du personnel et se conduisant depuis comme un représentant aux armées, intrigant, prévaricateur et détestateur, bref un emplumé de première. Surtout il avait ouvert la porte à tous les autres Bécasson, nièces, neveux et cousins et après cinq ans il y en avaient partout même à la météo.
JiTé lui s'était tout de suite senti une vocation sociale, pédagogue et engagé il montait tous les mardi soir sur une chaîne d'état son petit chapiteau forain, émission où il dénonçait en gros plan ce qui n'allait pas, alternant avec un savoir faire de « guépéiste » chevronné reportage consensuel sur la pêche des éponges en baie de somme et dénonciation partisane, photos de vacances et appel au lynchage.
Un jour ces dames Bramaloux l'avaient appelé à « son bureau » pour se plaindre des agissements de l'un de leurs voisins, le chef Cabréssoles un ancien légionnaire devenu historien militaire du premier REP, propagandiste d'idées extrémistes, qui  s'exhibait mi-faune, mi-sapeur dans son jardin luxuriant les soirs de grande inspiration.
-Vous comprenez pour nous qui avons fait la résistance c'est tellement insupportable de penser que cela puisse encore exister le... comment déjà Josette ?...
-Les estrémisses quoi !
JiTé les avait trouvé dignes, admirables, héroïques, encore engagées malgré leur grand âge et il avait accompli aussitôt son devoir citoyen, appelant à manifester contre, et interdire pour, pétitionnant en préfecture bref préparant les fagots, Cabréssoles, passé ci-devant au mérite, avait comparu devant un tribunal populaire de la presse parisienne puis un autre moins administratif qui au vu de ses titres militaires conclut à la préméditation et déchut le médaillé multirécidiviste de sa nationalité... soviétique ainsi que des quelques droits... de timbres qui y étaient attachés.
N'était demeuré dans le jardin touffu, qu'une petite fille, cachée, sa nièce qu'il avait recueillie et élevée sans contraintes et que dans sa grande sagesse le tribunal sus-nommé, débusqua, confia à des éducateurs sociaux qui, par souci de resociabilisation, la mirent sur le trottoir.
Cabréssoles qui avait décidément vocation de cocu se suicida enveloppé dans ses langes républicains, patriote au torchon et les sœurs Bramaloux purent tout à loisir acheter son pavillon et en réunissant les lots engager l'opération immobilière qu'elles avaient en tête et que Maître Jaurigué...bèrégui au meilleur de son vice mena à juste terme.
JiTé, plein d'admiration, voulut les revoir, faire un émission sur leur vie durant « les années les plus sombres de ... » mais soudain elles changèrent de braquet, se firent modestes: cela n'intéressait plus personne et puis elles partaient en vacances, il en appela au devoir de mémoire mais décidément non elles n'étaient pas trop partantes non plus pour les devoirs de vacances, chez elles le supplément ça avait toujours été payant, et puis la mémoire à leur âge, elle était trouée comme un fromage d'alpage disaient-elles ce qui était faux car elles possédaient au contraire une mémoire circonstanciée de taulière, bref il commençait à les emmerder le fonctionnaire de la télé, alors pour s'en débarrasser, elles l'achetèrent, en toute simplicité.
Il ne s'en rendait pas compte mais elles le traitèrent exactement comme elles auraient fait avec un officier d'armée d'occupation, n'importe laquelle, elles n'étaient pas « racisses », muni d'un bon de logement chez l'habitant, et elles avaient une expérience certaine dans le maniement du soldat.
Alors qu'est-ce qui lui ferait plaisir au petit jeune homme ? ‘pas les spécialités qui manquaient à la carte.
Cela n'avait pas été difficile de le savoir, il se déboutonnait facilement  et se confia à ces femmes si maternelles, peut-être même chiala-t-il sur les napperons, au grand désarroi de Josette Bramaloux, elles lui épongèrent l'âme vite fait, il cherchait un « loft »
-Un quoi ? demanda Josette.
-Mais si tu sais bien, un entrepôt.
-Ah ouais comme pour les clandestins turcos de l'autre fois ? Pourquoi il veut se lancer dans la confection lui aussi ?
-Mais non c'est pour en faire un appartement... il y aurait bien... Oui, l'usine des Cerisiers... on lui ferait bon prix.
Une usine de cerisiers à bas prix, JiTé était partant c'était tellement romantique cela plairait à ... comment déjà ? Son inoubliable amour ? L‘autre quoi... à Zé, voilà, merci.
 *
 Il s'agissait de prendre sur soi, ainsi que le lui avait répété Zé, avant de partir en repérages à Rungis, son projet avançait bien, il plaisait car fédérateur, toute la famille décomposée pouvait se retrouver devant de telles scènes d'égorgements et d'orgie.
Alors un dimanche après-midi  JiTé se força à aller à l'usine des Cerisiers. Les derniers mètres furent les plus difficiles mais quand il passa les portes il  vit le vélo oublié toujours enchaîné, il y avait bien attaché une dizaine de cadenas et il sentit cette odeur d'huile de coupe et de graisse brûlée qui étaient les parfums certifiés de l'abandon, il marcha à travers l'atelier, se retrouva dans l'espèce d'appentis cathédrale où étaient resserrés dans d'innombrables casiers travaux en attente et bons de commandes oubliés, il leva les yeux vers la verrière, la danseuse cul de jatte était pendue par le cou à la charpente, elle tirait une langue violacée, énorme et spectaculaire comme une pièce de boucherie à l'étal et d'en dessous l'on voyait sa petite culotte blanche et la corolle du tutu et deux moignons sanguinolents qui gouttaient sur le nez de JiTé.
Il cria, il gueula, il vomit, il fit des bruits qu'il n'imaginait pas avoir en magasin, protestant de la tripe, des boyaux et de la gueule, se pissant, se chiant dessus comme un condamné sur le point de mettre la tête dans la lunette et se découvrant tout comptes faits bien assez innocent et donc hors sujet, et quand il voulut fuir, il entendit un énorme éclat de rire et découvrit autour de lui tout l'effectif de l'usine réuni là, ouvriers en bleu attelés à leur travaux, contremaître en blouse grise, tous hilares, malgré le bruit des machines et enfin tombant du ciel la demi-ballerîne vint lui choir dans les bras avec une grâce de feuille morte des troupes parachutistes.
-Excusez-le c'est encore cet imbécile de chef-comptable qui m'a tuée ! Voulez-vous me lâcher et me poser par terre maintenant grand coquin !   
Voilà JiTé était devenu fou, il en était convaincu : abus d'opiacés ou hérédité parisienne, dans tout les cas ce qui se passait ici sous ses yeux ou dans son imagination n'était point habituel ou normal. Et puis ce qu'étaient tous ces gens, fantômes clignotants, réalistes et musettes, si peu modernes, démodés et malgré tout... oui malgré tout contemporains de lui JiTé Bécasson quatorzième du nom.
Il ferma les yeux, il sentit qu'ils se rapprochaient, leur presse, une forte odeur et puis plus rien, quand il les réouvrit il n'y avait plus personne, l'odeur aussi avait disparu. (à suivre...)

Publié par urbane à 03:28:17 dans / JiTé Bécasson présentateur vedette... | Commentaires (0) |

JiTé | 11 août 2006

  JiTé by H.T. Fumiganza  (part ouane)    

 

Maître Jauriguiberiguéry reprit à JiTé son vieux stylographe à pompe, c'était un notaire de l'ancienne école, un qui ne se faisait pas prendre, il avait passé quatre-vingt dix années délictueuses depuis ses premiers vols de berlingots jusqu'à ses derniers détournements de mineures sans jamais avoir eu à subir une réprimande paternelle ou un blâme confraternel et continuait de prendre le temps, dans l'âge il semblait s'aiguiser encore.
Et puis il avait tant aimé son siècle, ah il en avait besogné du petit épargnant et de la veuve méritante et refilé de la rente et de l'obligation d'état comme autant de véroles à tous ces braves gens. Rien ne l'inspirait mieux que l'honnête et le médiocre.
-Maître Jo je signe pour ma sœur...
-Ah non Ma petite Josette... Raymonde doit signer elle-même... sauf à quoi monsieur Bécasson... Jean-Thierry né le premier avril 1977 à Neuilly sur Seine Hauts de Seine serait fondé le cas échéant et il échoit plus souvent qu'on ne le voudrait... Monsieur Bécasson pourrait en prendre prétexte pour faire annuler la vente.
Bécasson... Jean-Thierry voulut protester de sa parfaite innocuité, mais il n'était pas à son aise dans cette étude sombre, entassée et décrépite et se tut, il n'aimait point trop la promiscuité d'avec les souvenirs d'autrui, et puis tout cet âge accumulé, mis de côté, pour plus tard, pour ailleurs !
Ah l'antique religion de la jeunesse ! Pensa maître Jauriguibériguéry. Il revoyait les petites Josette et Raymonde à dix-huit ans, émancipées, quand montées de Clermont pour entrer en maison chez madame Berthe avec toutes les recommandations nécessaires de leur tuteur et oncle, il avait rédigé, car il était joueur autant que madame Berthe était formaliste, dans les salons de l'impasse Méricourt l'acte de cession de leur fleur à un gros mandataire des Halles qui avait eu les yeux plus gros que le bas-ventre et avait du remettre à quinzaine l'inauguration de la seconde sœur, était-ce Raymonde ou Josette ? Par le jeu d'une clause subrogatoire, sa spécialité, l'abstinence forcée avait produit un gros intérêt dont les deux sœurs lui avaient été reconnaissantes, depuis elles lui étaient demeurées fidèles et elles en avaient fait du chemin ces bestiasses là !
-Mais ce garçon est honnête et respectueux de la parole donnée, cela se voit, nous ne lui aurions pas vendu l'usine sinon... vous pensez bien maître Jo...
Elle l'appelait le vieux basque maître Jo, par paresse pensa JiTé, au vrai elles auraient détesté ne point prononcer correctement son nom et puis ce diminutif le faisait accéder à leur familiarité.   
Maître Jaurigué...ry en regardant les chaussures de Bécasson Jean-Thierry remarqua que selon sa table des compétences celui-là était un imbécile, mais sans solidité, des pieds d'adjudant dans des mocassins italiens.
Un crétin des villes, grégaire et tatillon, sans instinct ni jugement. Il était jeune et la jeunesse était pour lui une vertu et l'âge une endémie, un obscurantisme contre quoi la science saurait un jour vacciner sa génération, cette génération qui était sa seule patrie, nation barbare et cannibale mais puissance débile et sans postérité, trop d'énergie sans élan et d'émotions sans sentiments. Peut-être avait-il raison de s'en méfier de l'âge, il n'en était pas et n'en serait jamais de cette intimité-là ni n'en recevrait la confidence et mourrait à trente sept ans et sept mois avec 774 compagnons d'infortune dans le naufrage de la sanisette H.M.S Mousse Loïc le Nigaudec lors d'une Guaipraïde en 2015 ou 16... un destin de voisin de palier, une vie de complément... voyons mais il lui restait... Maître Jo compta sur ses doigts :12, 13, 14 années à vivre. Diable il n'irait pas au bout de son crédit sur 15 ans et c'était lui qui l'avait recommandé à Jules Bois du Comptoir Immobilier Parisien.
-Avez-vous pensé à prendre une garantie décès pour le remboursement de votre crédit Monsieur Bécasson?
-Cela me semble un peu superflu maître...
-Il est des superfluités nécessaires. Malgré tout pensez-y.
Tant pis pour Jules Bois, il en avait vu d'autres.
 JiTé se laissa happer par le regard gris et baigné comme un huître du vieux maquignon et sentit un frisson lui naître entre les épaules. 
Il n'avait qu'une envie, signer ces papiers qui le rendraient propriétaire de la petite usine d'imprimerie et de façonnage sise Avenue des Cerisiers au numéro 19, et s'en aller boire un crème à la terrasse d'un café au milieu de jeunes gens de son âge .
Il regarda les deux vieilles femmes, elles aussi avaient passé les quatre-vingts ans, étonnant d'ailleurs le bégaiement de l'âge chez ces jumelles, peut-être avaient-elles montrées quelques différences dans leur jeune temps mais aujourd'hui elles étaient redevenues à l'identique, deux sister-ships exactement rouillés.
Leur seule coquetterie était leur deuil tournant.   
Les sœurs Bramaloux étaient toutes deux veuves mais pas du même bonhomme, chacune de l'un des frères Bramaloux, ils avaient disparu en même temps, et c'était déjà Maître Jo qui s'était occupé de la succession, à la satisfaction générale et pourtant l'époque ne s'y prêtait guère, à la satisfaction.
Depuis chacune leur tour, l'une d'entre elles portait pour les deux, une semaine durant le deuil des Bramaloux Bros.
Aujourd'hui c'était le tour de Raymonde, Josette était en coton printanier d'avant-guerre.
L'affaire était réglée et ce fut Maître Jo... qui donna l'ordre de la retraite en reprenant ses cannes anglaises posées de chaque côté de son  imposant fauteuil de cuir crevé d'où s'échappait le crin, Josette s'empressa de l'inviter ainsi que leur vendeur :
-Allons chez le Père Viguier pour arroser l'affaire.
« Arroser l'affaire » elle retrouvait pour dire ça des accents parigots de tenancière modèle la chère Josette.
*
 Quand ils arrivèrent devant le bougnat, Raymonde s'exclama :
-Mais ils ont tout changé !
-C'est le petit-fils qui a voulu faire un bar branché comme il dit. Expliqua le notaire en charge aussi des intérêts Viguier.
C'était gris tombal et vastement moderne, sobre et vacant comme une morgue inaugurée de la veille, il traînait une cacahuète sur le comptoir, on aurait cru une dent en or et le café coûtait une heure de métallo.
JiTé trouva l'endroit tout à fait charmant.
-... une... deux... trois fines à l'eau... et pour vous jeune homme ?
-Pardon ?...moi je... un Diet Coke.
JiTé ne pouvait s'enlever de la contemplation des jambes découvertes de Josette Bramaloux, qui prenait le soleil, longues, galbées à la perfection, sans une varice, des jambes de jeune fille encore en viande.
JiTé bandait pour une antique pute et les deux sœurs octogénaires auxquelles rien de ces choses n'échappait s'échangèrent une œillade connaisseuse, car dans leur tour de rôle celle qui n'était pas en deuil était en charge de porter haut les couleurs de leur jeunesse coupable.
*
 -... quelque chose de sobre surtout... et moderne, tu vois ?
-Gris granit et très scénique?
-Parfait.
C'était ce qu'il y avait de bien avec JiCé Martignoles il comprenait tout de suite ce que voulait JiTé, ils avaient les mêmes goûts, c'était l'architecte qui avait refait dans de jolis tons de gris printanier l'agence de com' du père de JiTé.
-Et surtout tu ouvres l'espace en grand !
-Tu me fais confiance... bon je t'envoie les peintres demain pour le gras.
Il le raccompagna jusqu'à sa grosse bavaroise grise métallisée, le crépuscule estival retentissait de chants d'oiseaux, il referma le lourd portail en métal rouillé et entra dans l'usine éclairée.
 Elle n'avait pas beaucoup changé depuis les années 70, les machines Heidelberg noiraudes, les casiers, les outils, et les meubles, lampes et classeurs d'avant-guerre étaient regarnis en graisse et poussière comme des soldats au bivouac empesés de la crasse et de la fatigue de leur route mais encore sur le qui vive, tout aurait pu reprendre dans l'instant et la vie se retendre, repartir, comme elle s'était détendue, arrêtée une trentaine d'années  auparavant.
JiTé remontait l'enfilade de bureaux vitrés pour atteindre l'interrupteur général qui se trouvait dans la pièce du fond, en passant il flânait, heureux de son acquisition malgré tout, découvrant, dans ces vitrines d'un passé quotidien, un vieux ticket de Pari Mutuel Urbain dans un sous-main, décrochant du mur une carte postale de vacances :
« Arcachon 22 Août 1969, le retour approche alors on en profite, ici on respire le bon air de la mer et des forêts de pin, il y a plein de balades à faire et on s'en prive pas avec la 404 toute neuve, salut aux collègues restés parisiens et à bientôt. Jeanjean Teulade. »
Il allait atteindre la pièce du fond qui était la comptabilité comme indiqué sur la porte : Gilet Chef-Comptable quand il sentit une présence, il vit la veste posée sur le dossier de la chaise et un type en gilet de laine bordeaux assis à un bureau, il avait tombé la veste et posé son écharpe à carreaux, il devait avoir dans les soixante ans, mais c'était du sexagénaire ancien modèle, très las et essoufflé et il lisait en rigolant un gros livre comptable.
-Monsieur? Je peux vous demander ce que vous faîtes là... et d'abord comment êtes-vous entré ?
-Entré ? Eh bien par la porte, je crois bien cette fois comme tout le monde, j'ai les clefs.
-Vous... vous êtes un ancien de la maison Bramaloux?
-Ah ça oui, on peut le dire, Alfred Jonquet... jusqu'en 1964, j'ai travaillé là-dedans... trente années de maison, la comptabilité ça a toujours été une passion, ah va ils ont fait des progrès, aujourd'hui c'est plus tout à fait pareil même si l'on s'y fait quand même, il faudrait que je m'y remette ...
Ce qui lui semblait du dernier cri en matière de comptabilité Grand Tourisme était le livre-journal de 1973.
-...bah c'est comme le vélo ça s'oublie pas. Trente années... oui vous me direz à côté de... c'est rien du tout... mais quand même.
-Vous étiez entré très jeune ici ?
-A vingt-deux ans, au retour de l'armée.
Vingt-deux ans en 34, JiTé fit le calcul... Non ce type ne pouvait  avoir quatre-vingt-dix ans passés.
-Ah te voilà toi, je te cherche depuis une heure, partout dans cette foutue taule !
JiTé avait d'abord remarqué la voix de la personne qui venait d'entrer dans le bureau et en baissant les yeux il put observer un étonnant spectacle: une danseuse étoile en bandeau et tutu blancs monté sur un petit chariot de cul de jatte municipal, et se propulsant à l'aide de deux fers à repasser en fonte.
Elle n'avait plus de jambes donc et son tutu ressemblait à un œillet blanc passé à la boutonnière d'un cantonnier. 
Et ils sortirent sans même prendre la peine d'ouvrir la porte, ils passèrent très simplement à travers le mur du fond et s'éloignèrent, le vieux comptable tenant conjugalement la main de la moitié de danseuse.
*
 JiTé avait quitté l'usine en emportant avec son volumineux 4X4 une partie de son portail, se promettant de ne plus jamais  remettre les pieds chez lui,  enfin « chez eux ».
Il était pourtant amateur de films d'épouvante et de science-fiction, il se sentait moderne c'est à dire, normal, américanoïde, mais peut-être croyait-il à l'épouvante mais non aux rêves.
Et puis tout cela était tellement... tellement « franchouillard », et Dieu sait qu'il se méfiait de sa nature coupable.
Comme un curé rationaliste qui découvrirait que le type qui lui sert son petit noir chaque matin est bien l'archange Gabriel en personne et qu'il sait aussi bien rendre la monnaie que n'importe lequel de ses collègues garçons de café, il eut peur jusqu'au  tréfonds de l'âme, non mettons qu'il eut peur jusqu'à la semelle incluse, une vieille peur paysanne, tellurique qui lui redressa les vertèbres.
 -C'est toi JiTé ?
Il mit un peu de temps à retrouver un réflexe quotidien, la voix venait de la cuisine ouverte, c'était Marie-Laurence dite Zé, « sa fiancée » qui s'affairait au comptoir et à ce moment il aurait voulu être tout à fait homosexuel, il hésitait encore il sentait que son sens du devoir autant que le souci du progrès qu'ils avaient dans la famille depuis des générations le poussait vers la pédérastie mais quand même avec les filles ça faisait moins mal.
-Qui veux-tu que ce soit ?
-Oh là là il est encore de mauvaise humeur le JiTé ! Allez tu vas être content je t'ai fait une tarte au citron !
-J'espère que tu l'as bien décongelée, j'ai pas envie d'y laisser un plombage comme l'autre fois.
Marie-Laurence dite Zé vint à lui, elle n'avait trop rien de maternelle, les cheveux plats et courts, la silhouette longue et sans reliefs remarquables ni monuments érigés, peu de points de vue étonnants ou haltes apaisantes, une campagne rase mal distribuée pour les embusqués, rien de consolant donc, sinon une autorité qui pouvait être bienveillante et grand-fraternelle. Oui quelque chose d'amicale mais encore fallait-il ne pas oublier de la décongeler tout à fait.
Il avait lu, on lui avait répété que rien n'était plus émouvant qu'un homme qui pleure, alors il se laissait aller à l'occasion devant son chef de corps, depuis quelque temps, étaient-ce les soucis professionnels, il en avait abusé et Zé s'en était lassée de  ce grand type lourd qui se chialait dessus mais elle était ce jour-là d'une particulière bonne humeur ayant obtenu l'imprimatur d'une chaîne de télévision nationale pour la production le dimanche matin en complément du « jour du Saigneur » d'un nouveau jeu dont elle avait elle-même défini le concept: une grande arène,  du côté de Rungis, partenariat à définir, ouverte et télévisée, des spectateurs triés sur le volet et autant que possible consentants, armés de tartes à la crème lâchés au milieu de quelques fauves très exercés, elle avait mis du temps à parfaire son projet car sur le plan de « l'éthique » un problème l'avait longtemps troublé: soumettre les bêtes à un régime trop riche: chrétien plus crème au beurre était-ce éthiquement correct ?
Son assistante avait trouvé la solution: un diététicien allégé, un traiteur aux édulcorants intenses et un psychochose breveté d'état-major seraient en charge de veiller au bien être des fauves.   
Bref l'avenir s'annonçait radieux, au moins pour les fauves et pour elle, mais elle n'avait pas décidé si dans cet avenir-là il y aurait encore place pour JiTé. 
Si seulement il arrêtait de renifler ce corniaud-là !
-Mais qu'est-ce que tu racontes, j'y comprends rien à tes histoires de comptabilité !
Il raconta mieux, il raconta tout, elle écouta à peu prés en pensant à ses futurs tarifs annonceurs et rendit son verdict sans délibéré :
-Tu auras trop fumé de pétards, je t'ai dit que tu exagérais la semaine dernière.
-Tu... tu crois ?
Il n'y avait pas pensé :
-Mais oui, mais c'est bien sûr!
-Ben tiens c'est comme pour tout, c'est naturel mais il ne faut pas en abuser !
Il voulut s'allumer une cigarette.
-Ah non pas de ces saloperies! Embrasses-moi plutôt.
Elle avait envie d'être aimée, il en profita mais quand il voulut la prendre comme un garçon elle refusa :
-C'est bien un truc de mec ça !
Au matin il s'endormit, il garderait toujours un regret au cœur: il ne serait jamais un enculeur. (à suivre...)
 

Publié par urbane à 03:17:27 dans / JiTé Bécasson présentateur vedette... | Commentaires (0) |

La question franchouillarde | 28 juillet 2006

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Voir l'intellectuel

Extrait du Journal de Bertrand Henri Sfinckelmerd dit BHS.  Intellectuel parisien. (e.r)



Aujourd'hui 11 heures nous sommes allés à Roissy recevoir Soupalodong Ragoualodong qui lutte dans son pays contre la junte militaire au pouvoir. Elle est la petite fille de Soupogazodong qui proclama l'indépendance de son pays et le dirigea démocratiquement (il était marxiste et mis en œuvre notamment cinq réformes agraires d'importance s'étant marié cinq fois) jusqu'à sa mort 49 années plus tard. Ce nous semble être une personne intelligente et raisonnable, elle parle un anglais convenable mais avec un fort accent valaisan, ses parents ayant des attaches là-bas. Au naturel c'est une petite boulotte assez autoritaire.


L'une de ses servantes ayant égaré une dizaine de paires de chaussures elle a demandé au douanier de la faire fouetter. Le fonctionnaire franchouillard a eu du mal à lui faire comprendre qu'il n'était pas équipé pour cela. Puis lors de la conférence de presse elle demandera par deux fois de faire bastonner le journaliste du Figaro qu'elle qualifiera de fassiste après qu'il l'eut interrogé sur de prétendus avoirs bancaires suisses, ce qui fut fait, le centre de presse de Roissy venant d'être heureusement modernisé selon les normes de la Mosquée de Paris.
Pour ce que j'en ai compris l'essentiel de son programme politique tourne autour de l'émasculation promise au Général Goulashalodong le chef de la junte qui serait son cousin et bien sûr du respect des droits de l'homme... et du secret bancaire.
Je la salue au nom des intellectuels français en lui disant que nous serons toujours à ses côtés contre,  je la baise... aux joues et je ne sais quelle mouche la pique... elle me saute dessus, déchire ma chemise blanche, me prend la bouche et me met la langue et tout ça devant les photographes.
Il faut que Jean-Thaule intervienne pour la faire lâcher prise : 
-Putain la braise ! Me dit-il avec son accent pied-noir.
 


Que ferais-je sans ce cher Jean-Thaule Empauven, mon plus sûr ami, que d'aucuns veulent absolument faire passer pour  mon éminence grise ou plus triste encore: mon manageure, certes il m'est indispensable car il possède toutes les qualités que je n'ai pas : il est... il est ponctuel. Il n'y a que son prénom ridicule qui me gêne, quand je l'ai interrogé là-dessus, il m'a répondu que Saint Thaule était connu pour guérir les rages de dents.
  Il me rappelle que je dois donner avant mon départ une conférence de presse afin d'annoncer ma conférence de presse de retour, en effet j'embarque pour le Povmekistan où les événements se précipitent et réclament ma présence, il me faut savoir si mon engagement dans ce conflit aux côtés des gentils Gromeks musulmans à cols sport  qui ne demandent qu'à vivre pacifiquement chez leurs voisins les méchants Povmeks à nuque raides catholiques et fassistoïdes est réel et complet, j'ai a vivre, à écrire, à penser là-bas auprès d'eux, pour eux et... et puis Marielle Tombale, ma compagne et même... et oui, mon épouse, avec elle ça chiffre tout de suite, répète à longueurs de journée, à la maison, elle doit donner à l'Olympia une série de récitals à la rentrée et à la longue la vie avec une cantatrice très... comment dire ?... Oui très aiguisée n'est pas de tout repos et peut même se révéler assez éprouvante.
Et puis il y a ces touristes japonais qui défilent sans cesse devant mes fenêtres du boulevard Saint Germain dans leur car à étage, j'habite un duplex au premier, et encore à ceux là je peux encore pardonner, la civilisation japonaise a des côtés admirables, non le pire ce sont  tous ces franchouillards qui viennent sonner avec leur petit papier pour avoir un autographe et « voir l'intellectuel » ceux là  je les vomis!

Je suis d'ailleurs en train d'écrire un livre: "La question franchouillarde" où je révèle que si les français ont été battus en 1940 c'est parce qu'ils l'ont fait exprès à fins de pouvoir collaborer tout leur soûl avec le régime national-socialiste qu'ils avaient eux-mêmes fomenté par transmutation  idéologique; le cher Robert Paxtonne avec toute la rigueur et l'honnêteté intellectuelles qui l'animent a d'ailleurs écrit de très belles pages dans son prochain livre (Froggies and others assholes!) sur des essais de télétransportation des panzers allemands par le deuxiéme bureau français dès 1938, je l'ai lu sur épreuves c'est confondant.  
  Je croise dans le salon d'honneur ce cher Bernard qui revient d'Afghanistan, il est assez dépité car les Baloutches du nord, lui ont retourné ses 65 tonnes de riz Unkeule Bintz (il a un contrat d'exclusivité avec la marque) et de pâtes Lustucru (je sais ça fait assez franchouillard mais le pauvre a pris ce qu'il a trouvé au Franprix de la rue du Bac) sous le prétexte que la marchandise s'était en partie avariée à la suite de trop nombreuses manipulations :
-Tu ne sais pas à qui je pourrais refiler ça? Six mois que je les trimballe, j'en ai marre... sans compter les frais... et les sacs plein la baignoire... Christine commence à me faire des remarques...
Je lui demande des nouvelles de notre chère Christine qui a signé un magnifique éditorial dans Tricot Magazine sur le massacre des Gromeks et l'engagement citoyen qu'il réclame de la part de tous et même des autres, elle a aussi proposé une taxation du point de croix, c'est bien le minimum.
-Alors pour mes nouilles ?
-Viens avec moi tu les livreras aux réfugiés. Ils seront contents après trente six heures de tracteur d'avoir de quoi bouffer.
-Bonne idée... je vais leur mettre aussi mes 18 tonnes de sauce carbonara, elle est un peu hors délais mais... Ah oui mais... c'est ennuyeux on avait prévu un week end en amoureux avec Christine en Tasmanie orientale.
-Tu sais je crois que la situation est grave là-bas... et même quasi génocidogêne...
-Ouais j'ai entendu aux infos : les Etats-Unis parlent de charniers itinérants et d'un demi-million de morts rien que pour la journée de samedi, qui était certes un véquende de départ d'épuration ethnique et donc classé rouge, mais ces chiffres me semblent quand même quelque peu exagérés, les américains en font toujours trop !
-Bon va-t'occuper des formalités de douane. Lui dis-je assez paternaliste. 
Quant à moi je téléphone au Dalaï-lama pour faire retarder le vol, le temps que Bernard puisse embarquer sa marchandise, nous en profitons pour discuter un peu de l'avenir du monde et tout ce genre de choses, il me dit qu'il pleut en ce moment dans le Valais et que cela lui rappelle un peu son... Tyrol, il a une dilection particulière pour le Tyrol où il a fait des études de Philologie Germanique, précieux ami. Nous nous promettons de nous revoir cet hiver à Gstaad. C'est un très bon descendeur. 
 Ma surprise est grande lorsque je découvre que nous allons voyager en charter sur Povmek's Airways, j'attrape Jean-Thaule :
-Mais tu n'as pas téléphoné à la Présidence pour avoir un avion ?
-Sûr que j'ai téléphoné mais ils étaient tous réservés pour un séminaire gouvernemental de trois jours en Tasmanie orientale.
-Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à me faire chier avec leur putain de Tasmanie !
-L'office de tourisme Tasmanien qui arrose à tout va en ce moment, ils balancent nuits d'hôtel et safaris gratis aux pipoles alors tout le monde en profite. Si ça te dit t'as reçu des invites je les ai refilés au concierge mais je peux...
-Mais je me fous de la Tasmanie ! Et toi tu pouvais pas prendre une compagnie américaine en classe affaire !
-Tout était complet je te dis !
Je suis bien certain qu'il ne me livre que la moitié de la vérité, cet imbécile de Jean-Thaule veut absolument me faire faire des économies. Enfin je suis à l'heure actuel le plus gros actionnaire personnel des conserves Saupiquet, je monte en puissance chez William Saurin sur les conseils de notre cher Alinminque et cet imbécile me fait voyager dans un bouic ! 
 J'entre dans l'avion, un vieil Iliouchine, je sens tous ces visages hostiles qui se portent vers moi, c'est plein de marmaille et de vieilles femmes, de travailleurs calleux et moustachus qui retournent au pays, ce pays avec lequel je suis personnellement en guerre, je calme prudemment ma haine pour ce peuple tellement coupable qu'il en devient presque... oui presque  franchouillard, j'arrache son imperméable, ses lunettes noires, son écharpe et son bouquin de Bellemare à ce crétin de Jean-Thaule, qui au fond vit à mes crochets depuis des années et je vais me réfugier dans les lavabos, très vite j'y suis rejoins par le cher Bernard en loden et cache-nez :
-Non mais tu réalises, on va voyager dans un zinc de la compagnie nationale de ces fassistes de Povmeks, s'ils nous reconnaissent on va se faire lyncher, ah je le retiens ce connard d'Empauven, mais qu'est-ce que tu fiches avec un type comme ça c'est vrai on se demandait l'autre fois avec Christine, ses souvenirs de petit blanc oranais, c'est proprement insupportable. Ah si j'avais pas chargé la marchandise et si les Gromeks n'avaient pas besoin de mes nouilles, tu peux me croire...T'aurais pas des lunettes noires en trop ?
-Demande à l'hôtesse.
Malgré nos craintes le voyage se passe à peu près normalement, s'il faut compter pour normal le grill qu'ils installent dans l'allée avec l'assentiment de l'hôtesse et sur quoi ils font griller saucisses et côtelettes, qu'ils arrosent abondamment, équipage compris, de lampées d'alcool détaxé.
Tenons aussi pour « traditionnel » le détour que fait le commandant de bord vers son village natal, et la nostalgie bruyante qui prend tous ces gens : faux sentimentaux, slaves ignobles et pogromesques, à l'évocation qu'il entonne de ses souvenirs d'enfance à la radio de bord, avec Bernard nous sommes obligés de partager saucisses et souvenirs mais je profite très vite de leurs ronflements pour écrire mon éditorial de la semaine prochaine,  qui tient plus de l'ordre de mobilisation contre cette race punissable et maudite que de la chronique familière.   
 Quand nous arrivons à l'Aéroport Mikhaïl Platinov de Povmekograd et alors que je me précipite vers la coupée, l'hôtesse qui vient d'ouvrir la porte et s'apprête à saluer les passagers et rendre les poules égarées à qui de droit, s'incline devant ce cher Bernard qui est pourtant parvenu à acheter des lunettes de soleil détaxée pendant le vol et lui dit en un français hétéroclite et roucoulé :
-Le commandant Besenik et son équipage se tiennent fiers d'avoir transporté à leur utile destination des français aussi pondéreusement célèbres et renommés que vous-mêmes messieurs et nous vous souhaitons la bonne venue dans notre pays aimé.
Maintenant il nous faut rejoindre Pinovica (prononcez Pinovitcha) puis Pennecu (prononcer Peigne... non prononcez rien.) Bernard est comme moi toujours aussi remonté contre tous ces gens :
-Ils n'auront pas mes nouilles murmure-t-il orgueilleusement entre ses dents.
Il parvient à louer des camions dont deux citernes pour la sauce carbonara et nous voilà partis... en car.
-Tout ce que tu as trouvé Jean-Thaule tu pouvais pas louer des 4x4 ?
-Purée t'es fou t'as vu ce que ça consomme ! Dit-il en sortant sa carte orange et en commençant de négocier auprès du contrôleur des réductions pour Intellectuels assis.
Je... déteste ce type... je... je hais ce petit blanc mal blanchi, ce... ce métèque ! 
 Un peu avant d'arriver sur la ligne de front un nouvel incident a lieu, coups de feu, explosions violentes, j'ai tout juste le temps de me coucher dans l'allée centrale, lorsque je relève la tête, le contrôleur et les voyageurs me regardent en souriant et m'expliquent que c'est juste des mômes qui fêtent le nouvel an local, ils démarrent l'année le 26 Août ces crétins-là ! Comment peut-on tolérer des gens comme ça, des gens qui sont simplement pas comme nous.
Je me relève mais le répit est de courte durée, Jean-Thaule s'exclamant presque aussitôt :
-Putain le con de fils de sa mère j'ai oublié le dossier avec les noms pour passer la ligne et prendre contact avec les Gromeks.
Je suis sur le point de l'étrangler lorsque le moustachu assis à côté de nous qui a une cage à poules sur les genoux nous dit :
-Le commandant de secteur Gromek est un cousin je vais l'appeler pour lui dire que vous arrivez. 
  De fait cela cousine pas mal dans le coin et le passage se déroule au mieux, il n'y a que les citernes de sauce carbonara de ce cher Bernard qui inquiètent un peu les autorités des deux côtés, il faut dire qu'avec le soleil, elle commence à puer terriblement, il explique au nouveau ministre des exactions rituels qui vient nous accueillir que c'est une nouvel arme défoliante, une manière d'agent orange... mais rouge.
 

Les autorités Gromeks ont fier allure dans leurs costumes rayés, arborant lunettes noires et Montres Rolex et le nouveau ministre de la culture me propose deux de ses nombreuses nièces afin de m'accompagner au mieux dans les formalités administratives, cet imbécile de Jean-Thaule n'en obtient qu'une, des filles charmantes et modernes au demeurant qui ne demandent qu'à s'employer pour nous être agréable. Quand je vois les Porsche et les Béhemvés qui sillonnent les rues de Pennecu je ne peux m'empêcher de sourire à l'évocation des propos de nos adversaires qui soutiennent que les Gromeks sont des fanatiques rétrogrades ? Ils me semblent au contraire extrêmement ouverts à la modernitude.
Je passe l'après-midi à visiter les charniers qu'ont laissé ces salauds de Povmeks, c'est très éprouvant, je téléphone à Tony Blair en direct de l'un d'eux, il est aussi ému que moi et me dit de faire attention où je mets le pied et qu'il ira à Gstaad dés que son épouse aura accouché. C'est un excellent grimpeur.
Jean-Thaule plus fouille-m... que jamais à l'issue de la photo-souvenir et du reportage me tend une pancarte qu'il a déterrée :
-Ce qui est écrit là dans leur foutue langue : c'est Cimetière des Chiens de Pennecu.
-Et tu en déduis ?
-Qu'on se fout de nous !
-C'est peut-être un peu plus compliqué que cela.
-Sans doute... sans doute après tout c'est toi l'intellectuel en chef me dit-il en me tendant un collier pour chien marqué Medorov qu'il vient de retirer d'un tas d'os sur quoi les vaillants combattants Gromeks posent hilares.
Après quoi l'on nous présente des femmes violées, c'est très émouvant la journaliste de Rustica pleure et jure qu'elle va faire un éditorial vengeur, l'une de ces pauvres filles expliquent que ces ordures de soldat Povmeks sont partis sans même payer les consommations, le ministre de la Kultur lui met une baffe :
-Tagole salopovna riturnir al bordellito !
Je téléphone à Gisèle Halimi mais son répondeur m'indique qu'elle est en Tasmanie Orientale pour le véquende.
Je murmure entre les dents :
-Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Jean-Thaule arrive triomphant :
-Bon j'ai tout arrangé, tu vas être content l'Elysée t'attend demain matin à dix heures pour une entretien sur la situation au Povmekistan et il t'envoie un avion cette nuit.
-Demain à dix heures c'est peut-être un peu tôt ?
-C'est la bonne heure. Le président n'a plus qu'une heure de lucidité par jour.
-Il est en progrès pendant son premier mandat je ne me souviens pas de l'avoir vu lucide une minute.
-Ouais hein. Il paraît qu'il a un nouveau kiné qui lui fait travailler les ischios-jambiers, c'est là que tout se tient chez l'homme !
-Jean-Thaule arrête tes conneries.
-Mais c'est pas des conneries je l'ai lu dans un livre de Jean-Michel Larqué.
Il va vraiment falloir que je m'en sépare, je vais essayer de le faire élire à l'Académie Française.
 

Nous passons la soirée avec un détachement de l'ONU, dans l'ancienne MJC du coin, ce sont des Zambiens, ils sont venus avec leurs sœurs et les sous-louent à un autre détachement composé de jamaïcains. Très vite le local est enfumé et nous sortons pour respirer un peu:
Bernard ému, me pousse du coude :
-Et jamais malgré leurs souffrances ils ne perdent la foi non plus que leur esprit de tolérance. Me dit-il en désignant les ouvriers qui bâtissent à la nuit la mosquée avec les pierres de l'église.
-C'est émouvant.
Je téléphone à Zapateros, je le réveille mais nous parlons longuement de cette admirable civilisation andalou.
En raccrochant je pense : quel dommage qu'il ne sache pas skier.  
 Le lendemain en sortant de l'Elysée, après l'entretien et la remise de mon rapport où je recommande l'envoi de forces de l'Otan et des frappes sur le Povmekistan et sur sa capitale Povmekograd, je n'ai qu'une hâte: retrouver le calme de mon appartement du boulevard Saint Germain.
Mais quand Meklouf, mon maître d'hôtel m'ouvre la porte ce sont les aigus de Marielle Tombale ma compagne qui m'accueille et j'ai bien envie de battre en retraite et de me trouver une petit hôtel tranquille :
-Bonjour Meklouf. Madame répète de plus en plus tôt le matin.
Il enlève ses boules Quiés et approuve avec ce fatalisme oriental qui souvent me trouble.
-Dîtes au cuisinier de me préparer une collation légère... ah et puis que le nouveau chauffeur aille me chercher les journaux.
-Le courrier personnel , Monsieur.
Je reçois énormément de courrier les gens me lisent surtout à la télé et après ils regardent mes livres dans les transports en commun, ce cher Alinminque me dit que c'est la même chose pour lui. Aussi ma secrétaire fait-elle le tri et répond personnellement à ces gens en joignant une photo dédicacée, une photo de moi s'entend... mais dédicacée par elle.
-Bon je vais voir les chevaux.
Marielle Tombale a fait aménager une écurie et un terrain de polo sur les toits de l'immeuble, elle aime à monter le matin . Pour ma part je ne pratique pas, je ne sais jamais par quel bout les prendre.
Dans l'épais paquet je découvre une lettre de Maman, elle m'écrit de ... Tasmanie, elle me dit qu'elle y a rencontré mon concierge et qu'elle n'y retournera pas, je lis en caressant distraitement les chevaux... mais pas par le bon bout, il faut croire et je me prends un coup de sabot : quelle saloperie ces bestiaux là !Je me relève avec peine et boîte jusqu'à l'ascenseur, la lettre de maman se termine par un notabéné qui me foudroie sur place, enfin juste à côté : «... mon grand tant que te tiens je dois te confier un petit secret : ton papa n'était pas ton vrai papa, mais je te rassure tu es le fruit d'une superbe histoire d'amour quand même, quand j'ai connu Jean-Claude il faisait son service militaire en Algérie dans la gendarmerie, malheureusement nous venions de milieux trop différents son père était tôlier-chaudronnier, tu imagines ? Et puis hier à Hobart en faisant du shopping qui je rencontre ce cher Jean-Pierre, nous avons un peu parlé, non décidément je n'y retournerai pas, il m'a laissé son adresse, je te l'écris si cela peut t'intéresser... »
 
Je n'ai pas pu dormir de la nuit, non pas seulement à cause des vocalises de Marielle, elle travaille trop il faudra que je le lui dise. Ce matin j'ai voulu rencontrer cet homme, il habite un pavillon modeste à La Garenne-Bezons, une femme avec des bigoudis sur la tête et en peignoir m'a ouvert :
-... vous voulez voir Jean-Claude, il est pas trop en état, hier il avait un match au Parc... c'est important... vous voulez vraiment que je le réveille.
-Oui c'est important.
-Bon, après tout je m'en fiche, je vais h-aux courses, moi.
Il est arrivé, il était grand et lourd malgré son âge avancé, il portait un maillot du PSG, il m'a offert une bière. Tout de suite il m'a appelé « fiston » et parlé de sa carrière. Après son service il s'est engagé dans les troupes parachutistes coloniales puis dans la police, il y a fait toute sa carrière, il est devenu brigadier-chef  de CRS... et il en est fier.
-Si tu veux fiston cette après-midi on sort ensemble, avec les copains.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai accepté et je suis allé vomir sa bière dans le jardin.
L'après-midi nous sommes allés avec « ses copains »aux BBR c'est la fête du Flan National, il en est membre, j'ai vomi plusieurs bières. Ce fut un moment effroyable au milieu de tous ces franchouillards fiers de l'être. Et puis soudain dans l'allée principale mon... mon « père »  s'est exclamé, je crois qu'il était assez saoul, ses amis aussi :
-Putain les mecs on s'est encore gouré c'est la fête de l'Huma ! Chaque année on fait pareil tu vois fiston, faut dire que quand on a vendu des vignettes pendant trente ans, difficile de pas avoir encore le réflexe.
Il a salué d'anciens copains à lui ouvriers chez Michelin et on est tous allés vomir des bières aux BBR. 
Voilà maintenant ils sont tous dans mon salon et ils regardent un match de danse classique sur Arte depuis l'Opéra Bastille à la tévé en buvant de la bière.
-Bébert encore de la bière... c'est chouette chez le fiston hein ! Et alors ce couscous il arrive !
Je vais à la cuisine Razul mon cuisinier est en train de pisser dans la semoule :
-Ne vous dérangez pas Razul je prends juste de la bière dans le frigo.
Pour me donner une contenance j'ouvre la radio, Conserves Saupiquet a encore perdu 15 points. Quel con cet Aliminque !
Je vais pour refermer la porte quand une explosion secoue tout l'arrondissement et Jean-Thaule fait son entrée, assez exalté.
-Oh putain fils tu vas encore m'engueuler, j'ai fait une belle connerie, hier à l'Elysée j'ai échangé les dossiers, et à la place de ton rapport d'envoyé spécial de la Présidence au Povmekistan, je leur ai refilé ton plan média avec ton planning... Dis c'est normal que ton cuisinier pisse dans la semoule ?
-Oui, oui... c'est normal... tout va bien.
A ce moment un car de touristes japonais passe juste à hauteur de la fenêtre de la cuisine, nous sommes pourtant au second étage, Jean-Thaule se penche à la fenêtre et commente :
-Ah les salauds ils ont rajouté un étage à leur car !
Un missile Tomahawk file au ras de l'immeuble suivi d'une seconde explosion :
-Tu veux dire que...
-Ouais c'est exactement ça : l'OTAN est en train de bomber sévère le 5°, le 6° et le 8° arrondissements de Paris, Europe 1 est en feu. Maintenant ils devraient taper le petit restau japonais en bas de chez toi que tu aimes bien : Okokdorychu et après c'est Téhéfhun... ouais remarque ça aura au moins servi à quelque chose.
-Mais tu ne peux pas arrêter ça, téléphone à l'Elysée !
-Tu penses bien que c'est ce que j'ai fait en premier mais le président est sur le pot et on peut pas le déranger.
Soudain Marielle recommence à chanter, c'est... c'est  simplement insupportable, je prends un couteau en gueulant :
-Je vais la buter, putain je la bute si elle la ferme pas cette conne !
Jean-Thaule essaye bien de me ceinturer mais je le bouscule et court jusqu'à sa chambre, j'ouvre la porte et je découvre ma femme sous Raffit le nouveau chauffeur.-C'était pour ça... pour ça qu'elle gueulait tout le temps ! 
Je réfléchis un instant, j'ai recouvré mon calme :
-Continuez ! Continuez ! Vous dérangez pas pour moi ! Bon ça c'est réglé ? Plus à la baiser c'est déjà un souci de moins.
Dans les tribunes... je veux dire dans mon salon ils gueulent :
-Bébert avec nous ! Bébert avec nous !
Ainsi j'étais de cette race immonde et collaborateuse, je leur appartenais. J'en étais z'un.

Publié par urbane à 05:42:33 dans / B.H.S. intellectuel parisien... | Commentaires (0) |

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