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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net

Vente flash | 08 septembre 2006

Si vous aimez le ton de Urbane Tattack, découvrez des nouvelles inédites et des romans de H.T.Fumiganza, L.Benayak, Néoletto et bien d'autres sur le site de l'Urbaine des Arts: http://lurbaine.net

Publié par urbane à 01:49:35 dans / La Réclâme Parlée de L'Urbaine des Arts | Commentaires (0) |

Mouloud l'Afghan (suite 1) | 08 septembre 2006

Je lisais beaucoup aussi, mais pas ce qui était au programme, même au lycée Mauriac j'évitais Mauriac, au début il s'appellait François Mauriac, notre lycée, en hômmage au grand homme qui venait de clancher et puis on a fait remarquer à Etienne d'O. que le ci-devant était  quand même bien vérolé gaulliste et catholique même si... et qu'il serait préférable... et Etienne d'O. se l'était pas fait répéter deux fois le sous-entendu, aussi sec il avait cherché un Mauriac qui soye plus présentable y s'était dit que commak il allait faire des éconocroques sur les cérémonies et le ruban et qu'en se démerdant bien il pourrait se les mettre dans la poche les sus-dits éconocroques, vu qu'il avait plus qu'à changer l'initial du prénom et en cherchant bien il en avait trouvé un de Mauriac, Raymond Mauriac, 1922-19..) une gloire locale qui avait écrit des conneries (les bonnes cette fois) et fait des trucs dans la résistance (à la streptomycine) et participé à la libération de Bezons (qui avait été libéré trente-sept fois à la suite en 44 même les allemands avaient eut droit à la médaille commémmorative en partant, on était jumelé avec la ville de Reichenburg et le bourgmestre Herr Wolfhardt qui nous visitait quelques fois était un ancien commandant de U.Boot plutôt nostalgique du plus grand reich. )

Et hop le Etienne d'O. il fait changer le A par un R et le tour est joué et puis manque de pot ce qu'il savait pas c'était que le Raymond il était toujours vivant dans son petit pavillon, poivrot et pétardier et il a insisté pour qu'on se l'inaugure à nouveau l'établissement, en sa présence, fallait voir le festival qu'il nous a fait, il a même tenté d'entrer par effraction dans la surgé. Une petite boulotte, très vacharde, toute rosette qu'on lui avait sans doute jamais coupé le ruban.



  *

 Le plus marrant ça a été quand il a fallu s'appuyer ses œuvres complétes, le Raymond c'était plutôt un beau dégueulasse, il avait bien sûr écrit quelques vastes et pontifiants attendus sur l'état du monde et ousque ça allait nous conduire tout ça ma bonne dame, dés qu'il en avait un coup dans le nez, il virait prétentiard et se lançait dans la vastitude la tête en avant mais pour le reste, sa littérature, c'était pas le nœud de vipères mais plutôt le nœud de Raymond, un luron qui avait fait dans la littérature policière et galante pour voyageur de commerce en attente de correspondance: immortel auteur de : « la fleur de rose expliquée aux jeunes fille, de  choses bues et à boire et de Pompino, garçon d'étage. »
Moi ça me plaisait bien, l'oncle Mostaph qui était de ses lecteurs avait laissé une caisse de ses romans policiers, chouettes bouquins où que les coupab'étaient jamais punis, il pardonnait à tout va le Raymond Mauriac et c'est plutôt rare chez l'écrivaillon, dés que vous donnez un stylo à un type, il se met à écrire dans la marge en rouge, à souligner la prose fautive des autres ou à s'inventer des individus punissab' au chapitre douze qu'ils se magnent de chauffer, d'échauder, d'échaffauder à loisir au chapitre seize et ben, le Raymond non, il pardonnait, pour dire que lui c'était pour de bon un écrivain catholique, y me semble, sans doute bien plus que l'emplumé primé dans les foirails.     
 
Bref, devant les protestations des parents d'éléves, Etienne d'O s'est démerdé pour carrer le Raymond à l'asile, ses œuvres complétes à l'index et il a re-re-baptisé notre lycée : Lycée Molière Marcel (1914-1984) Syndicaliste et conseiller municipal qui avait été son premier adjoint et venait de décéder d'une cirrhose du foie tout ce qu'il y avait de syndical.
Sur ce v'là  pas que la Veuve Mauriac elle a débarqué, et elle lui a fait un scandale à Etienne d'O. à grands coups vissés de sac à main dans la gueule, ça valsait dur.
-‘tain y se fout de moi ce gonze-là ! Qu'elle gueulait !
Ouais remarquez que moi je me suis tout de suite demandé si c'était vraiment sa légitime au père Mauriac. D'abord elle était baisable ce qui est pas souvent chez les veuves d'écrivains catholiques népa, elle avait dans les soixante balais et elle faisait plutôt rombière, ‘acrément blonde et maquillée, en fourrures, perlouses et sac de croco et puis elle tapait fort du droit et quand son chauffeur a sorti une lame, Etienne d'O. qui avait décidément pas le pot il a rembrayé sec et il lui a proposé pour son Mauriac tout son catalogue, et d'abord une caserne de pompiers, la caserne Charles Péguy, c'était le nom d'un pompelard mystico-caporal qui était mort en sauvant un ministre en activité dans une pissotière en feu.
-Vous pouvez vous la carrer au train avec la grande échelle !
Qu'elle gueulait et son chauffeur de demander :
-Madame veut-elle que je le créve ce con-là?
-‘ttendez ! ‘ttendez et une piscine olympique a'c pédiluve tout ce qu'il y a de chouette
Sa pistoche ça lui trottait en tête depuis quéque temps à l'élu, c'était la grande mode à l'époque et puis ça permettait de refiler des emplois de maître-nageurs aux gros bras de son service d'ordre, il avait bien essayé de les distribuer dans les crêches mais il y avait eu des bavures au moment du pipi-popo, des baffes étaient parties, des plaintes étaient revenues, il faut dire qu'outre ses copains du bureau directeur du Parti (y'z'avaient du temps libre maintenant qui y'z'avaient enfin réglé son compte à l'ignob' Guimollet) ils étaient quelques uns dans l'arrondissement, à Paris et jusqu'en basse-Sicile à vouloir lui faire la peau au Député-Merde de Bézons et il en avait bien besoin de sa garde rapprochée.
Son slogan électoral c'était Bézons ensemble mais plus personne voulait monter avec lui.   

 Bon tout ce joli monde s'accorde sur la piscine olympique  Mauriac François, Etienne d'O. ramassant dans l'histoire un joli paquet.
Arrive le jour de l'inauguration, la Veuve Mauriac se pointe en maillot panthére et sac croco, elle a pas beaucoup perdu il faut avouer, elle a beaucoup péché mais la ligne est toujours là.
-Vous auriez pas imaginer hein môsieur le Maire, si je vous disais que je rentre encore dans mes maillots du temps où j'ai été élue Miss Seine et Oise.
Nous les mômes des écoles, on bandouille gentiment sans trop savoir à quoi ça sert et tout en se les caillant un peu, il a économisé sur le chauffage central, le salaud ! 
Sur ce débarque en pleine cérémonie le Raymond évadé du bagne encore en camisole et qui avec le sécateur qu'il tient en main se propose d'opérer notre député-maire des amygdales comme ça su' le plongeoir, olympique.
Il porte les oreilles de ses infirmiers en collier et il brâme comme s'il était en rût, vrai y fout les j'tons.
Même Herr Woolfhardt qui est venu en grand uniforme de sous-marinier rapport à la nouvelle europe nouvelle et à la collaboration franco-allemande reconduite, deux sujets qui lui arrachent toujours des larmes, ouais même lui saute dans le petit bain et le plus con c'est qu'il sait pas nager, l'ex U.Bootiste et on est obligé de lui balancer une planche.
Y a bien deux ou trois maître-nageurs en slip avantageux et claquettes qui tente de l'arrêter le sacrificateur mais le Raymond te les taille au vert et les repousse dans la piscine qui devient vite rouge sang.
Nous on applaudit fort parce qu'on les aime pas ces cons-là.
Alors là ça branle bas, mais très bas, et ça combat peu,  personne n'a trop envie de risquer ses avantages-z'acquis et z'innés pour défendre l'intégrité de l'édile. Quand soudain le sombre Raymond s'illumine :
-Ginette ! Ginette Mourrisseau ! Qu'y gueule en se jetant sur la veuve Mauriac qui après un moment d'hésitation lui ouvrent les bras, les jambes tout ce qu'elle peut ouvrir, un vrai sémaphore ç'te dame-là.  

Et là y se rendent compte de la méprise, au grand soulagement d'Etienne d'O et au désappointement de l'assistance qui se disait que le grand soir était venu et qu'on allait pourvoir enfin faire l'inventaire de not' député-maire et lui compter les arêtes.
L'explication, elle est simple. La Ginette née native de Bezons s'étant faite déberlinguée et mise sur le trottoir dans sa jeunesse par le Raymond hareng installé et écrivain prometteur, il promettait d'ailleurs plus qu'il ne tenait, puis s'étant exilée aux amériques où elle avait joliment réussi comme taulière  à succursales multiples, la Ginette s'intéressant entre deux comptées aux mots croisés et aux choses de l'esprit ayant appris qu'un Mauriac réussissait gentiment dans la littérature, avait déduit que c'était son Raymond à elle, dont elle avait gardé un souvenir z'ému.
Pour dire si elle communiait dans le souvenir de « son premier » elle avait baptisé toutes ses taules du nom de l'élu, et au Paraguay en Uruguay, en Colombie méridionale bref dans toute l'américa del sul  où elle officiait, on ne disait plus aller au bob mais « al casa Mauriaco »
Il faut dire aussi que je voyais mal le Raymond décrocher le Nobel de littérature... ou alors à la pointe de l'épée.  
-Viens qu'on se calte y me fatiguent ces cons-là ! A lâché sobrement le Raymond.
-Ben ... ben et ma piscine qu'il a dit Etienne d'O. qui c'est qui va me l'inaugurer maintenant ?
A ce moment y a le scaphandrier que les chleux nous avaient prêtés au nom de l'amitié franco-allemande ect..., un camarade de promotion de Herr Woolfhardt qui était calé au fond depuis deux heures et qui était chargé de lâcher des fleurs en plastique multicolores qui seraient venues flotter en surface au moment de l'inauguration, ouais le scaphandrier est remonté, il était bien crevé, pendant l'incident on avait tout bêtement oublié de lui pomper l'air, c'était le genre obéissant, il avait patienté en s'abstenant de respirer tant qu'il avait pu et puis dans un ultime effort il avait réussi à se dégager de ses semelles de plomb mais maintenant il avait le ventre en l'air et sous le hublôt  le visage violacé.
Pour faire diversion on a demandé à Oualtère Choupard notre vice-champion de France de plongeon militaire (il saluait toujours impeccablement avant de s'envoler et il portait un slip à cocarde tricolore de l'Aéronavale) d'éxécuter son fameux saut de l'ange mais il a dû s'emméler dans son plan de vol le plongeur émérite et en fait de saut de l'ange il nous a régalé d'un tombée de bouse du plus bel effet et il est venu s'écraser comme une grosse merde sur le carrelage en éclaboussant les personnalités invitées.
Sans doute qu'il y avait eu des malfaçons de perpétrées, parce que le plongeoir il était pas tout à fait en surplomb du grand bassin on a–t-on fait remarqué à monsieur le Maire.
-Je ferai faire toute la lumière sur de tels agissements ! Il a dit Etienne d'O. pendant que la fanfâre municipale déroutée entônnait :« Veillons au salut de l'empire ! » .



Mais la vérité c'était qu'Etienne d'O. il avait rétréci le grand bain pour toucher un peu plus sur le joint de carrelage et que le plongeoir olympique était maintenant au milieu des terres, sacré farceur.

 * 
Quand même Oualtère Choupard il a eu droit à des funérailles municipales et dans son discours Etienne d'O. il a condamné le rachisme et la montée du facisme, personne a trop bien compris pourquoi, ça aurait été plutôt la descente du fachiste qu'y fallait causer vu qu'il était militaire le Oualtère et sur la fin pas tellement en phase ascentionnelle et pour ce qui était du racisme anti-plongeur j'en avais jamais entendu parler.
Mauriac Raymond, lui,  il est bien parti pour les Amériques, au Chili, pasque là-bas au moins il y avait de l'ordre selon Ginette Mourrisseau qui l'avait embarqué, sur le coup, j'ai pas compris qu'il abandonne tout, son petit pavillon, sa petite pension d'invalidité ( en tant qu'ancien mac déclaré en Préfecture il touchait quelque chose vu qu'il bandait plus qu'à 63°), pour s'en aller là-bas, s'installer chez l'ignob'Pinochet qu'y cause tout le temps à l'école et à la télé, lui, il m'a juste dit :
-Salut môme tu m'excuses mais je les supporte plus tous ces cons-là avec leur sociale en bocal! Et pourtant je suis un homme de gauche, mais un homme bordel de Dieu pas un gardien de stalag !

Il y a vingt ans de ça maintenant mais on continue à s'écrire et à  témoigner l'un pour l'autre comme il dit qu'on est encore vivant et de parole, les connaisseurs auront remarqué que j'ai pris un peu de son style. (à suivre)

       

Publié par urbane à 01:23:54 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

Mouloud l'Afghan | 01 septembre 2006

Mouloud l'Afghan
ou
L'ère du nougat 
Propos recueillis par Lofti Benayak

Maman avait connu M. le modique quand elle était en stage à la Mairie de Bezons.Il venait visiter un de ses bons copains à lui Etienne d'O. le député-maire qui était au bureau directeur de la S.F.I.O, le Parti socialisse de l'époque et qui voulait pas leur rendre le fric de la cantîne du parti. Roger H. qui accompagnait M. le merdique partout, il faut dire il était pas commissaire à l'époque, il lui a pris la tête au député-maire et il l'a flanqué dans le plat de nouilles bouillante de la cantoche parce que la friteuse était pas à température, et il lui a rajouté de la sauce tomate et après il y avait un discours pour l'inauguration d'une statue équestre de Jean Jaurés et le député-maire il a fait tout son discours avec des nouilles dans les cheveux et de la sauce tomate plein le veston et en tremblant de partout et dés qu'il y avait un bruit il se cachait la tête avec le bras. Mais quand même le fric de la cantîne il l'avait rendu, il faut dire aussi il avait eu les chocottes en voyant Gaston D. essayait de démarrer la bétonnière qui était devant le préau en réfection.
-Béhquoi onlecoule j'lemetsdanslecoffre de ma D.S, arrivéà Marseillejeledémoule et onvalemouilleraularge t'enpenses mon ‘françois.

Il parlait comme ça d'une traite comme il aurait pissé contre le vent Gaston D. et souvent quand il avait fini on avait l'impression qu'il s'était tout tâché avec ce qu'il avait raconté. Mais le Gaston D. il avait l'air de s'y connaître en travaux publics  rien qu'à voir comment qu'y portait bien son galure on comprenait qu'il était du batîment.

-Allons, allons mes amis nous sômmes entre gens raisonnables il a fait M. le merdique.


Mais en vérité raisonnable il devait pas l'être tout à fait, y avait qu'à voir comment qu'il godait quand l'autre avait la tête dans le plat de nouilles et que je te rajoute du greuillère et du sel et du poivre dans les yeux mais en loucedé comme il faisait toujours.

 Et donc après les discours avec son œil de teckel il avait repéré Maman, tout le monde banquetait dans la cantôche enfin personne n'avait trop d'appétit parce que les nouilles c'est déjà dégueu alors en plus mariné au député-maire c'est vraiment pas ragoutant.
Sans doute pour ça qu'ils avaient tous forcés sur le rouge, il faut dire aussi du Haut-Brion 47 payé avec la caisse des Ecoles.

V'là que le Miteuxrance il demande oùsque sont-ce les petits coins ? Vrai il causait commak. Pas vieille France, nobles messieurs-gentes dames, plutôt boutiquier, salaisons d'autrefois.

Sûr qu'il y va, y séjourne, y respire une bonne fois l'odeur des chiottes, ça doit lui rappeler le bel autrefois et les branlettes chez les bons pères, toute sa vie tourne autour de la branlette, même quand il baisait çui-là on aurait dit qu'y se branlait d'après maman et puis il se perd  dans les couloirs du Collége Ernest Renan et justement Maman qui à l'époque travaillait à la mairie, parce qu'elle a de l'instruction Maman, elle a son bachot comme elle dit, Maman qui avait tout vu du guet apens des cuisines et n'en était pas encore remise, Maman était en train de faire des heures sup en même temps que des polycopiés pour le député-maire sur le compte du collége. A l'époque les photocopieuses ça n'existait pas mais le Miteuxrance qui sent la caille il va quand même réussir à lui faire le coup de la photocopieuse à maman, un précurseur, mettons qu'il lui a fait le coup de la polycopieuse.

Il faut dire elle était jeune maman et ‘achement tentante, j'ai des photos et M. le Modique, il avait une manière de vous mettre qu'on s'en apercevait seulement qu'après et encore pas toujours, c'était pas le genre volumineux, passage en force, plutôt joueur de fifre et littéraire.

Alors il l'a inaugurée Maman, comme ça sur la table de la salle des professeurs et vrai elle s'est pratiquement rendue compte de rien.

Quand il a eu fini, comme il était pas jalmince et plutôt farceur, il est arrivé Pierre B. et il lui a proposé Maman, Maman elle a un peu renaudé pasque c'était quand même pas des manières et qu'elle avait pas le permis transport de troupes, mais aussi elle avait bien remarqué qu'ils étaient tous pas mal mûrs et elle s'en méfiait des alcoolos depuis que le pépé, Marhmoud l'ancien, avait foutu toute sa marmaille à la porte un soir de beuverie et puis comme elle dit : elle aimait bien la bite de ce temps-là et le Pierre B. s'y est collé sauf qu'il avait les chaussettes qui lui tombaient su' les chevilles et il bandait pas lerchouille, alors Charles H. a pris sa place :

-Laisse-faire les hommes tu veux...


Ah çui-là y baisait comme un gendarme à ce qu'il paraît.

Gaston D. était vraiment trop bourré et il tirait sur son nœud avec un rien de nostalgie mais rien ne venait, sinon Jack L. par derrière qui a essayé de le mettre très proprement:

Mais ça l'a tellement secoué le vieux Gastounet qu'il en a paumé son chapeau dans la polycopieuse.  

-‘nonmaisç'vapasenoualadesmanières !‘tainfran'oissurveilleun peutes danseuses!

A ce moment Roger H. qui avait tout cafté et qui aimait déjà ça de jouer les flics est arrivé avec Pierre J., un grand con avec des cheveux frisés en boule comme un black panther américain que l'on viendrait de retirer juste à point de la chaise électrique, Pierre J. il s'est mis à gueuler comme quoi que c'était un scandale:

-Et avec une jeune arabe bien entendu ! Non mais vous vous conduisez comme des paras... des fassistes ! Vrai François voilà que cela vous reprend ! On se croirait revenu au temps de Guimollet !

Guimollet c'était un socialisse maudit dont y z'avaient tous honte y z'en parlaient comme d'une vieille vérole dont ils essayaient tout le temps de se débarasser mais qui s'accrochait à leurs bites malgré tous les remédes de conscrit qu'ils avaient essayé. Chaque fois qu'ils se réunissaient d'ailleurs ceux-là c'était pour décider de quand ils allaient enfin défenestrer ou noyer le Guimollet.


Et pendant que le Pierre J. leur faisait une leçon de conduite de classe et qu'il distribuait les punitions, le député-maire Etienne d'O. s'est pointé avec un polaroïd, et il a pris vite fait une photo de tous ces mecs le bénouze en bas qui venaient d'inventer la tournante parlementaire et il est allé s'enfermer dans les chiottes en gueulant que si on lui rendait pas l'argent de la cantine du parti il ferait paraître la photo en première page de l'Echo du Val d'Oise ou il la revendrait très cher à Roger F. le ministre de l'intérieur de l'époque qui était collectionneur à ce qu'on disait.

 2.  


Et neuf mois après je suis né, entre temps Maman avait prévenu M. le Modique qu'elle était enceinte et sans doute de lui vu qu'il était le premier, il lui a fait répondre par un motard de l'assemblée nationale, ils ont toujours correspondu par des motards d'abord de l'assemblée puis de la présidence, il n'avait confiance que dans les motards M. le merdique, ouais une croyance très ancienne dans le motard.

Qu'il m'a expliqué plus tard : « ce sont des gendarmes y sont donc très cons et obéissants et surtout pas curieux et puis la plupart ne savent pas mâme lire ! » Ce qu'il méprisait le petit peuple l'homo-gauchens c'était émouvant à voir. 

 Oui donc dans sa lettre portée il lui répondait que rien ne lui aurait fait plus plaisir que d'avoir un enfant de maman mais que dans la précipitation des événements l'on pouvait craindre que l'enfant ne ressemblât à l'un ou l'autre des nombreux participants et qu'il ne voyait pas la nécessité pour aucun d'entre les autres d'engendrer à nouveau ou de se reproduire enfin et que pour sa modeste part c'était déjà fait avec des résultats qu'il ne pouvait que déplorer.

Certes il était opposé par principe à l'avortement mais comme par principe aussi il se refusait à imposer ses principes à d'autres même d'autres qui en auraient été démunis, de principes, il voulait dire les pauvres, il lui refilait deux billets de cinquante sacs et une adresse de bonne clinique suissesse où il avait son spéculum mis et table d'opération ouverte à l'année à son nom comme tous les bons bourgeois queutards et parisiens de l'époque.     

Maman elle lui a écrit à nouveau qu'elle me gardait parce que c'était un pêché de ne pas respecter ma vie et sûr qu'à l'époque et sans trop le gueuler, pas oublié que j'étais en location, j'ai dû être soulagé et elle lui demandait de choisir un prénom pour leur enfant .

Par retour de motard il lui a répondu qu'il lui faisait confiance et que l'islam ne manquait pas de saints hommes, pour le reste il s'en foutait bien. Maman elle aimait Jean comme prénom chrétien, elle s'y connaissait un peu, nous les kabyles on a quand même changé de religions une bonne dizaine de fois au cours et au décours de l'histoire, dire si on a fait le tour de la question, mais comme disait vieux Bob la religion c'est la vague sur la plage mais la foi c'est le tréfonds de l'océan, et elle a ajouté Mostapha en hommâge à mon oncle Mostaph qui venait de mourir à trente ans sur un chantier écrasé par une tonne à eau et qui était un mec bien, le seul qui nous avait nourri la gamelle pendant longtemps.


Alors toutes ces formalités accomplies, je suis né, sous Pompidou, en 9 avant F.M. à Bezons comme tout le monde.

  * 

J'ai pas été élevé dans une cité, je sais que ça ferait mieux dans le tableau mais Maman elle en a jamais voulu d'une place en H.L.M. pourtant il y en avait une juste en face de chez nous : la Cité Félix Dzjerzinski c'était Etienne d'O. qui l'avait faite construire une fois où il était à court d'électeurs, ce qu'il était dépensier ce type-là, pas croyab', entre deux élections il en perdait toujours pas mal des électeurs mais il en empruntait ou en faisait venir de nouveaux, je crois bien qu'il se faisait élire à crédit.

Oui on aurait pu y aller mais maman les trucs collectifs ça a jamais été son truc, ouais à part la ‘touze inaugurale où j'ai été conçu, j'entends, mais là elle y pouvait trop rien népa ?

Sinon elle avait sa petite bagnole, souvent des trucs forains, jaunes et rouges avec des hauts-parleurs sur le toit que lui refilait  Gomez y Gomez un gitan qui se disait grand d'Espagne et qui en mouillait pour elle, il vivait avec sa famille, encore plus nombreuse que la nôtre dans un terrain vague pas loin de chez nous, elle avait aussi son petit pavillon,  maman, qu'elle avait acheté à crédit à une vieille dame chez qui elle avait travaillé qui avait son unique fils qui s'était fait tué en Algérie mais qui était pas rancunière, il faut dire aussi que c'était les gendarmes français qui l'avaient tué parce qu'il était  de l'O.A.S et puis maman époussetait la photo du fiston deux fois par jour pour lui faire plaisir à la mémé.


Maman elle faisait son jardin, ses fleurs et son potager, on a vite était une dizaine là-dedans avec le beau-père, Marcel Shrezbnszky qui était chauffeur routier chez Mazzolini après avoir été CRS au début de sa carrière. Lui aussi il aurait bien voulu faire motard mais il était trop gros, et puis il savait lire.

  * 

L'école j'ai pas aimé, parce que c'était loin de la maison et Maman, qui avait son bachot, m'avait appris à lire et à compter avant que j'y entre. Pourtant j'avais de bons copains, Patrick Fiochi, Thierry Vaugrand dit Veaugras ou Hervé Pomallo qu'on appelait pomme à l'huile, il y avait qu'à la piscine que j'avais des problêmes parce que j'avais pas la même bite que les autres, tous ils se foutaient de moi, même Pomme à l'huile et Veaugras, pour faire comme tout le monde jusqu'au jour où il y en a un qui a dit :

-C'est pas sa faute il est circonscrit, c'est un juif !

Merde ‘manquait plus que ça je m'ai dit, v'là que j'étais juif ça arrangeait pas mes bidons mais en même temps j'étais flatté vu que des juifs il y en avait pas tant que ça, à l'école Léon Blum, je crois bien que j'étais le seul, j'ai gardé ça pour moi, j'en ai parlé à personne et pendant deux ans je me suis mis juif à mon compte, j'ai lu tout ce je trouvais là-dessus et ça m'allait bien, faut dire, la race élue, la solitude mais à plusieurs contre les gentils qui sont méchants et au milieu de tout ça entre les coups de trafalgar et les branlements de tonnerre, la mer rouge qui s'ouvre devant vous mieux qu'un tapis dans les tons, vrai je me prenais pour Charlatan Hestonne.

C'est quand il est arrivé Moktar, un marocain à l'école et qu'y s'est foutu à poils à la piscine, que j'ai découvert que j'étais beaucoup moins juif que lui et autant arabe. Vrai ça m'a refoutu un coup.

Pour moi les arabes c'était des emmerdeurs, les mecs qui sonnaient au portail pour nous vendre des tapis que maman leur achetait jamais, elle leur offrait le thé à la menthe, pas la piéce, à quoi bon blesser leur susceptibilité et puis basta. 


Maintenant que j'étais plus juif, j'étais redevenu comme tout le monde, y en a bien un qui a essayé de me traiter de raton une fois mais ça a pas plu à Moktar qui était plutôt du genre encombrant et l'«un » a remballé son matériel en s'excusant.  (à suivre...)

Publié par urbane à 02:24:37 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

JiTé (Parte fri) | 18 août 2006

JiTé (Parte fri)

Le chef-comptable homicidaire à répétition? Il n'était pas loin, il le retrouva dans son bureau, il boudait le cache-col serré et le nez dans les livres de compte de la boîte de Prod' de JiTé.
-Excusez-moi je n'ai pas pu m'en empêcher, la comptabilité, vous savez c'est un vice et à propos de vice le votre de comptable en manque un peu. Il déclare de trop, on se croirait à confesse, c'est indécent.
-Je ne veux pas avoir d'ennuis avec le fisc.
-Alors le meilleur moyen c'est de leur en faire un maximum. C'est quand ils trouvent plus charognes qu'eux qu'ils se découragent. Ils détestent la concurrence sans quoi ils ne se seraient pas faits fonctionnaires mais chercheurs d'or ou pêcheurs de requins.
-Vous n'avez pas l'intention de passer à travers le mur dans l'immédiat?
-Pas le matin, rarement le matin, pourquoi vous me demandez ça ?
-Vous pourriez peut-être m'expliquer ?
-La comptabilité, vous voulez apprendre, ah ça ça me fait plaisir, je savais bien que vous y viendriez, un garçon intelligent et rangé comme vous... eh bien commençons par...
-Je me fous de la comptabilité ! Qu'est-ce que ça signifie? Cette femme pendue ?
-Oh ça... c'est un jeu entre nous, je me suis déjà retrouvé trois fois dans la chaudière... et je me plains pas...c'est rapport au fait que ... enfin quand elle est morte en 46 c'est moi qui conduisait la bagnole, c'était ma maîtresse de l'époque, j'étais passé la chercher elle faisait dans les bobinards un numéro de danse burlesque et réaliste, c'est h'une artisse, mais elle couchait avec son partenaire pas seulement pendant le travail, un noir américain monté comme un âne, alors on s'est engueulée, elle est descendue de la voiture s'est engouffrée dans une bouche de métro, je l'ai rejointe sur le quai, et au moment où la rame arrivait, je l'ai poussée sur la voie, elle a eu les deux jambes sectionnées, je la revois encore l'imperméable ouvert, dessous elle était en tutu, elle avait pas le temps de se rhabiller entre deux passages, elle est décédée dans l'ambulance...
-Mais je ne comprends pas comment vous vous êtes retrouvés ici ?
-Vous voyez le grand noir là-bas qui rigole tout le temps, c'est lui son ricain, elle lui avait dit de m'attendre pour me buter dés que je rentrerai, je suis rentré que le lendemain matin vu que j'avais passé la nuit au bob histoire de me changer les idées et entre-temps ce grand con avait dessoudé monsieur Pasquelet Léon mon voisin de palier que vous apercevez là-bas... mais si le petit vieux à barbiche... lui s'il est là c'est à cause des petites filles, en 37 il en avait même enterrées deux sous la fosse à charbons ce cachottier...
-Et alors tous ces gens sont... je veux dire ils sont comme lui... ce sont des....
Il parlait de la foule fantôme de tout à l'heure mais quand il se retourna, il la vit, le nez contre les vitres du bureau, assemblée, patiente, paisiblement féroce comme n'importe quelle foule badaude.
Le comptable s'approcha de la vitre, la tapota, souriant aux ouvriers comme il aurait fait devant les singes, en visitant une ménagerie.
-Ce qu'ils sont et bien comme moi... des damnés, une bonne part des damnés du département de la Seine et Oise promotion 1837-1912. Et oui mon petit bonhomme vous avez acheté une manière de caserne avec toute la garnison qui va avec, entre nous on s'appelle le dépôt 115, ah vous avez fait une bonne affaire, elles vous ont bien eu les Bramaloux's sisters ! Oh c'est pas qu'elles y croient tellement d'ailleurs à tout ça, elles sont venus trois fois ici depuis vingt ans, on leur a fait avec les camarades un ramdam terrible, le spectacle complet, elles se tenaient en alerte mais  ça ne les impressionnait pas plus que ça, la dernière fois elles étaient avec Méstérétoth, mais si leur notaire, vous connaissez, c'est un gradé chez nous, lui qui s'occupe de plusieurs dépôts et bien il était plus effrayé qu'elles et il lui en faut à lui.
Ouais ce sont de drôles de fumelles, femelles de quoi on sait pas dire au juste, des insectes, nuisibles et nécessaires, elles ne croient pas plus au Diable qu'au... enfin à la hiérarchie mais quand même il faut croire qu'arrivé à un certain âge, il y a  des souvenirs encombrants dont elles préfèrent se débarrasser. Alors elles vous les ont refilés simplement pour ne plus les avoir sous le nez dans les livres comptables. Ah elles ne veulent plus de nous... elles ne le savent pas ces deux salopes mais leur places sont déjà retenues ici.  
-Mais pourquoi qu'est-ce qui s'est passé ici ?
-Vous êtes vraiment sûr de pas préférer la comptabilité aux souvenirs ?... ça sent quand même meilleur... parfois...
-Cela s'est déroulé pendant l'occupation c'est cela ? Cela a à voir avec la déportation des juifs n'est ce pas ?
Il imaginait déjà l'émission qu'il allait monter pour dénoncer cette nouvelle « compromission de Vichy »... il y aurait des lycéens, beaucoup de lycéens et du... 
-Ah non pas du tout, ça s'est passé entre chrétiens, enfin chrétiens, il y avaient aussi pas mal de cocos dans l'histoire, ‘tendez que je vous raconte :
Les frères Bramaloux travaillaient pour les rosbifs, ils avaient montés une réseau de résistance dés 1940, Jules Piter qu'il s'appelait, voyez l'ironie, ils se prenaient jamais trop au sérieux les frangins, ils aimaient la bonne vie et la rigolade et puis c'était pas que du patriotisme, ils faisaient aussi ça pour le fric, les angliches payaient bien et avec l'imprimerie, ça ne leur avait pas été trop difficile de faire de la fausse-monnaie pour eux et payer leurs agents, ils en prenaient leur part, bref c'était une affaire qui marchait bien, on tournait que la nuit dans les caves fermées, avec une équipe réduite mais les meilleurs qui venaient de l'extérieur et repartaient avant l'embauche, le matin, malgré le ménage, les gars quelques fois se rendaient compte qu'on avait touché à leur bécane mais enfin, on a tenu comme ça pendant deux ans, jusqu'en 43. Un jour Toinard... tiens c'est çui-là, le grand con qui se marre jamais, avec les mauvais yeux et la moustache noire, le sus-dit Toinard vient voir Monsieur Raymond, l'aîné des Bramaloux et il lui met le marché en main, comme quoi il est au courant des travaux nocturnes et du réseau Jupiter et qu'il en veut sa part au nom du Parti, c'était l'époque où les cocos essayaient de rattraper le temps perdu et de faire oublier leur lune de miel avec l'occupant, alors comme il y avait déjà du monde sur le marché en gros de la résistance, ils avaient trouvé plus simple de reprendre les petite affaires de la place de Paris qui marchaient au besoin ils dénonçaient aux allemands les chefs, paraît qu'ils mettaient même un timbre pour la réponse, puis ils gardaient l'enseigne et reprenaient la gérance, ils voulaient Jules Piter, mais les frères Bramaloux il fallait se lever matin pour leur faire un deuxième trou au cul, ils s'étaient déjà gardés des gaullistes ils allaient pas se faire mettre aussi sec par les cocos.
-Comment ont-ils réagi ?
-Oh ils ont fait au plus simple...
Le Chef-Comp' s'était levé il alla jusqu'à la porte :
-Eh Toinard arrive un peu, on cause de toi.
L'autre obtempéra, il avait sans doute fait ça toute sa vie de clébard, tirant sur sa chaîne trop courte, gueulant aux fesses du chemineau libre en se cherchant un maître cruel.
-Raconte un peu ce qu'ils t'on fait les Bramaloux's Brothers.
Sa moustache  tombante se redressa un peu:
-Ils m'ont fait venir un soir ici, soi disant pour s'expliquer, et ils m'ont arrangé, c'était le Raymond qui me tenait et le Charles me saignait avec un serpette, ce que ça a été long, mais ça leur a pas suffit à ces salauds-là et sans doute même que ça les avait mis en appétit...
Il était fier de raconter sa mise à mort tellement rutilante et grand-guignolesque, mais quand même là il eut un hoquet :
-Ces deux ordures m'ont posé sur le plateau du massicot et ils m'ont découpé aussi sec, et encore vivant, au massicot comme on aurait coupé du pain... et puis y m'ont déposé chez Alfred Depeux mon chef de cellule... 77 morceaux dans trois gros sacs à encre en moleskine, c'est le camarade Depeux qui me l‘a raconté il est au dépôt 123 en ce moment... et le pire c'est que ce con-là pour se débarrasser de moi a rien trouvé de mieux que de faire porter la barbaque aux bonnes sœurs de l'hospice Charlebourg, moi un chef communisse boulotté par les bonnes sœurs et les petits vieux édentés de l'hospice ! Ah les charognes y me le paieront !
-Montres-lui Toinard !
Le Toinard baissa les bretelles de son bleu, retira son tricot, il était en effet grossièrement raccommodé, les chairs baillaient même encore un peu.
-‘voyez que je vous mens pas !
JiTé recula devant ce corps disjoint et pourrissant. Il se reprit quand même pour avoir la fin du feuilleton :
-Eh alors qu'ont fait les cocos...  je veux dire les communistes?
-Ils ont pas insisté, sans doute que le Camarade Depeux était végétarien mais les Bramaloux étaient pas sauvés pour autant, z'avaient paré le coup des cocos, écartés les gaullards de leur bizness mais y ‘z'ont sentis leur douleur because leurs légitimes, sans doute qu'ils s'étaient un peu vantés sur l'oreiller, ils avaient du leur donner la recette du connard sauce au sang et ça les avait mise en appétit les deux poufiasses ...
-J'te remercie pour le connard...
-Te formalise pas Toinard, on en est tous là maintenant. Et puis elles savaient y faire les deux salopes et elles avaient aucune envie d'aller prendre leur retraite à Clermond-Ferrand comme ils en rêvaient les frangins pour après la guerre et elles les ont donnés aux chleux. Comme de juste les anglais n'ont rien fait pour les sauver... ils ont été envoyés en Allemagne...
-En Allemagne mais... mais alors ils sont ici ?
-Ah non, pas eux.
-Mais pourquoi ? Enfin ils n'ont pas été affectés ici ? Pourtant c'était des assassins, ils avaient commis des... des crimes et...
-On sait pas dire vous savez ici ça marche tout pareil que la sécurité sociale s'ils vous manquent un formulaire... ils sont morts là-haut en Poméranie y me semb' dan' h'un camp de travail et nous on les a plus jamais revus...
Il y eut un temps de silence, JiTé regardait tous ces damnés à gueule de brave bougre, lui il en aurait eu pitié, maintenant tout cela lui paraissait médiocrement normal, organisé, peut-être efficace et... il sentit la fiche de carton dans sa poche de chemise, il la sortit, la montra au chef comptable :
-Cela veut-il dire que... que je fais partie de l'effectif moi aussi ?
-Montrez voir... ouais, non, remarquez là, votre nom est écrit au crayon, le jour où vous le verrez inscrit à l'encre alors oui, d'ailleurs c'est moi qui suis chargé des écritures, vous avez pas oublié ? Alors ce jour-là c'est moi qui ferait votre inscription.
-Je crois qu'on a frappé à la porte. Fit remarquer Toinard avec modestie en remontant les bretelles de sa cotte.
La lourde porte de métal s'entrebâilla dans un grincement et la vieille folle de la pharmacie de l'autre jour qui avait poursuivi JiTé jusqu'ici, apparut, elle ne gueulait plus, elle était étrangement timide et en combinaison elle s'avançait à petits pas comme une collégienne punie vers cette assemblée d'hommes, à mesure qu'elle s'approchait l'on découvrait son visage et son maquillage défait, sa peinture fraîche avait coulé.
-Messieurs...
Elle les voyait, elle se tourna vers son mari, le chef-comptable qui ressemblait à son fils, ils avaient comme un air de famille inaltérable maintenant, peut-être seulement le côté médiocre.
-Bonjour mon chéri... j'ai... morte tout à l'heure... toute seule ... dans l'appartement... on m'a dit de venir ici...
-Ah ben ma pauvre vieille d'un peu je t'aurais pas reconnue, et comme de juste y z'ont pas voulu de toi là-haut... ah ça c'était couru avec tous les bâtards que tu t'es fait passer... sans parler de...
-Pas devant le monde, pas devant le monde Lucien...
-Ce monde-là tu sais y te verra à poils... et pas plus tard que tout de suite d'ailleurs !
Le chef-comptable avait encore de la rancune ou bien ne savait-il pas pardonner, il déchira la combinaison de la vieille femme, elle criait, mais beaucoup moins fort que l'autre fois dans la rue, elle n'était plus au monde et pas à pas la foule de maudits se referma sur elle.
 JiTé quitta l'usine avec tact, cela ressemblait un peu trop aux programmes télévisés de l'autre... comment déjà ? Son inéfragable moitié... Zé, c'est ça... quand même il avait du mal à voir son visage, trois jours qu'elle était partie et il lui fallait déjà l'imaginer, il fit un effort et se réveilla...
Il avait bien dormi, tant qu'il en avait bavé d'aise comme un nourrisson, mais il n'était pas dans son lit mais couché sur le béton poussiéreux de l'atelier cathédrale, il y avait encore un peu de jour alentours, il avait mal à la tempe, il avait dû heurter l'un des poteaux... il avait rêvé, pas de danseuse au plafond ni d'ouvrier rapiécé.
   Il se leva, s'épousseta, passa la porte, le vieux vélo Mercier était toujours dans la cour, il referma le portail, sa voiture était au coin de la rue, en passant devant la pharmacie, il vit qu'il y avait du mouvement dans l'immeuble, un car de police était stationné devant, la pharmacienne était sur le seuil avec quelques commères, elles commentaient l'arrivée de l'étape du jour, c'était la vieille folle de l'autre jour, la veuve du chef-comptable qui était arrivée détachée, elle reposait sur une civière même pas recouverte d'une couverture, séchée, creuse comme une peau de serpent abandonnée au bord d'une route.
JiTé sentit la fiche de carton dans la poche, il la sortit, son nom était encore inscrit au crayon, il fut rassuré.
 *
 « ...l'émission de ce soir sera toute entière consacrée à une affaire qui s'est déroulée l'année dernière et dont vous vous souvenez sans doute, l'affaire Cabressoles du nom de la principale victime : le chef Cabressoles qui s'est suicidé après une infâme  manipulation suivie d'une campagne de presse qui ne l'était pas moins et dont la conclusion fut un jugement partial. Vous vous souvenez aussi que j'avais été l'un des artisans de tout cela et sans doute l'un des coupables de cette mort, nous allons si vous le voulez bien y revenir ce soir... »
Zé était dans la régie et à mesure que l'enquête serrée se déroulait dénonçant les sœurs Bramaloux aussi bien que le notaire marron elle se découvrait de la fierté pour « son fiancé ».
Jité lui aussi avait l'impression d'accomplir une manière de mission et jamais il ne s'était montré aussi professionnel jusqu'au moment où il découvrit sur l'un des bords du plateau Monsieur Jonquet, le chef-comptable qui lui souriait.
Heureusement l'émission se terminait, il courut dans sa loge, retourna sa veste mais le carton de pointage n'y était plus, en revanche monsieur Jonquet était là.
-Vous cherchez votre ticson, cherchez plus c'est moi qui l'ai, je vous avais dit que c'était moi qui m'occupait des inscriptions. 
-Mais... mais je ne comprends pas j'ai été honnête, j'ai ruiné ma carrière pour dénoncer les coupables, je ne me suis pas épargné, j'ai...
-Vous avez dit le mot: dénoncer, tant que vous marcherez à ça: la haine il ne vous arrivera rien de bon, pour vous les méchants sont devenus les gentils et vice-versa, mais les méthodes sont demeurées les mêmes, vous ne jugez même plus, vous condamnez, regardez l'autre là, votre fiancée si elle est fière de vous, elle fonctionne comme vous, et c'est pas réglementaire...  mais va vous inquiétez pas moi aussi je trouve ça grotesque et inutile surtout mais c'est ce qu'ils veulent là-haut : une vraie réforme et avec de la sincérité en plus... alors... tenez je vous rends votre fiche, la date est inscrite dessus, Printemps 2016, si je me souviens bien, vous avez encore du temps, il y a que l'affectation qui soit pas sûre mais si tout va bien vous devriez venir chez nous... alors à se revoir... me raccompagnez pas je vais un peu muser, la comptabilité c'est par où ?
-La... cinquième étage... mais non attendez monsieur Jonquet...
Le comptable avait disparu.
 *
 JiTé mit en vente son usine des cerisiers, le jour où les sœurs Bramaloux  y débarquèrent, elles étaient mortes quelque temps après la diffusion de l'émission, Raymonde la première, sans doute parce que pour une pute de haute tradition la réputation cela compte encore puis Josette la nuit d'après en avalant de l'eau de javel pour rejoindre sa sœur, elles arrivèrent au dépôt en se tenant par la main comme les deux sœurs irréductibles qu'elles avaient été, seules face au monde depuis l'enfance, elles furent violées 1196 jours de suite par l'effectif au complet et sous les yeux de Mesthérétoth qui fit venir des renforts d'autres dépôts, établissant une véritable noria tant le spectacle lui plaisait, il faut comprendre, il les avait connues toutes gamines.    
 Le 1197° jour et alors que chacun reprenait son souffle et que les deux sœurs cherchaient leur slip, il vint un promoteur, très sympathique qui fit l'affaire rapidement, monta un clapier à salariés en fausse pierre de taille véritable et vendit sur plan malfaçons et murs obliques.
Le plus étonnant était l'assemblée générale annuelle des co-propriétaires qui tombait malheureusement le jour de la fête  de Mesthérétoth et des damnées du dépôt 115.
Les co-propriétaires se crurent victimes d'hallucinations, cris et visions,  bacchanales et tueries se succédant entre les murs de la résidence en cette nuit anniversaire. Ils appelèrent... les journalistes, mais l'apparatchik qui avait succédé à JiTé préféra ne pas se déplacer, l'endroit avait sinistre réputation dans la profession.
JiTé travailla quelque temps sur des chaînes du câble: Bestiality TV la chaîne de ceux qui aiment vraiment les animaux où il animait un talc-chaud avec chaque soir un animaux différent ; bête ou homme.
Zé qui avait si bien réussi dans sa tranche horaire ingrate rêvait de Naumachies en Prâme-Taïmeux sponsorisées par Petit Navire aussi le quitta-t-elle par hygiène de carrière.
Il passa sur Pédophilos où il faisait son émission chaque soir en direct d'une maternelle différente, il avait conservé ses grandes qualités professionnelles et éthiques, jamais il ne serait allé deux fois dans la même école, sans compter que c'était plus prudent, en province ils étaient encore tellement arriérés, il fit aussi quelques animations commerciales pour Petit-Bateau. 
Il vieillit en même temps que les autres tenta quelques retours mais les Bécasson télévisuels avaient été supplantés par les Plombzecs une vieille famille de speakerines bretonnes qui avait retrouvé, grâce à la vitalité de la nouvelle génération et à un directeur général natif de Quimperlé, toute son influence et quelques magistratures curules dont la météo, les émissions de contrôle social de seconde partie de soirée et le patinage artistique.
Une boîte de prod' cinghalo-maltaise qu'il ne connaissait pas lui proposa de faire une série de reportages sur des guerres locales en cours, il avait envie de changer de répertoire et il se retrouva sans même l'avoir tout à fait décidé à la frontière du Prukmenistan et du Haut-Tchatcharnik.
La limite frontalière passait au travers d'un hyper-marché Auchiotte que les français avaient réussi à placer au dictateur-résident-samovar à vie juste avant le début du conflit si bien que quelques Prukmens tenaient encore courageusement le rayon lingerie-confection femmes tandis que la contre-offensive Tchatchark s'articulait en un mouvement tournant depuis l'espace parapharmacie jusqu'aux confins petit-déjeuner-biscottiens, c'était encore du classique, de l'artisanal, travail à l'ancienne à l'A.K 47 et couteau de chasse pour les éventrations rapprochées et les finitions.
Le porte-parole Tchatchark qui était le seul parmi les combattants à se balader en costard trois pièces et lunettes d'écailles, il était diplômé de la Londonne Buzinesse Scoul, lança à l'adresse de l'adversaire retranché :
-Shmout, shmout gerobachnik nicklobésonon !
Qui voulait dire à peu prés :
-Rendez-vous chiens prukmens, ou nous vous remettrons  sans grandes précautions dont le ventre infécond de vos ânesses de mères!
Lyrisme paradoxal car oriental et puis il avait fait des études d'économétrie point de zoologie.   
Ce à quoi le chef Prukmen répondit en brandissant pour seul étendard un Wonderbra crevé encore rouge du sang de... la démonstratrice:
-Vas-te faire mettre eh connard je travaille moi !
Il avait fait lui ses humanités à Pantin mais il était bien décidé à mettre la semelle et à n'en rien lâcher.
Sur ce les tac-tac mêmes pas crédibles des fusils d'assaut repartirent. 
Ce que ces humanistes ne voyaient pas et que Jité venait d'apercevoir c'était les deux mômes planqués au rayon jouets c'est à dire entre les deux lignes de feu. Sans doute deux gamins qui n'avaient pu résister à l'envie de réaliser le hold-up du siècle en mettant la main sur deux figurines articulées Baston Man. Ils les avaient encore à la main et se baissait un peu plus à chaque départ de coup, ils n'étaient pas grands, sept ou huit ans tout au plus mais maintenant tellement resserrés qu'ils ne prenaient presque plus de place sur le carrelage.
JiTé en informa le porte-parole qui répondit qu'il saurait se montrer généreux et dédommagerait les familles.
-Je donnerai à chacune deux milliards de Teuros.
C'était la monnaie trans-caucasienne et cela faisait exactement 67 francs et quarante centimes, il payait tout en dollars sauf les dédommagements.
-Il est hors question de retarder l'assaut pour deux petits voleurs.
Je passe sur CNN chez Larry Kong dans deux heures il faut que je rentre à mon hôtel et que je me travaille à la vidéo.
Alors Jean-Thierry Bécasson ressentit l'un de ses frissons d'absolu je m'en foutisme, mélange d'orgueil devant le destin et de puissance intime, tonitruance subite du cocu par quoi s'annonce et se révèle le coupable caractère français et dont on lui avait pourtant appris à se méfier dés sa petite enfance.
Il se leva, dit bouleversé:
-Tous ces gens n'en voulaient donc qu'à mes couilles ! Ah nom de Dieu de bordel de merde ! Pour la France, pour le Roy, Dieu  devant je tâche !
Et il prit un extincteur qui lui tombait sous la main mais cela aurait pu être tout aussi bien un camion 15 tonnes ou une ombrelle fin de siècle et il chargea l'extincteur au clair.
Il enfonça les lignes Tchatcharks et Prukmen cueillit les mômes et traversa le magasin sans même prêter d'attention à la vente flash qui se déroulait au rayon des lance-grenades.  
Ses dernières paroles furent sur le seuil du magasin devant le parking dévasté, semé de trous d'obus et de caddys les roulettes en l'air:
-Voyons les enfants ou est-ce que papa a garé la voiture ?
Et il tomba de tout le poids de son existence sur le carrelage et les deux gamins en furent gênés.
     Il se réveilla devant le portail du dépôt 115, l'avenue des Cerisiers était déserte, mais l'usine éclairée, habitée et tournante comme au meilleur des années quarante, ce n'était pas un rêve mais une vision exacte et détaillée, bruyante même, attestée, d'ailleurs il se sentait assez bien dans cette nouvelle réalité, aussi vérifiable mais sensiblement plus commode car il pouvait faire le tour de son slip sans même faire vibrer ses bretelles de grand reporter.
Il frappa à la porte, mais personne ne vint lui ouvrir, au loin dans la rue, il vit venir une petite troupe de mômes conduites par deux hommes et ils chantaient, en allemand, Jité se rendit compte alors qu'il comprenait l'allemand qu'il n'avait pourtant jamais appris, ils s'arrêtèrent à sa hauteur :
-Vous tenez vraiment à rentrer là-dedans, chez ces cannibales !
L'homme parlait parisien avec l'accent parigot :
-Ben... ben non... mais je...
Et il sortit le ticket de pointeuse.
Le parisien le lui prit et le déchira :
-Plus valable. Je suis Joseph Bramaloux et voilà mon frère Raymond, on a fait comme une sorte de pèlerinage, allez mon gars viens plutôt avec nous on a promis aux mômes de les emmener au cirque et il y en a toujours un qui fait relâche dans le coin sur les bords de Seine.    
-Vous... vous venez de... de longtemps ?
-De Dresde... il y avait un orphelinat... on a pas p'us tous les sauver avec le frangin... soixante ans qu'on marche mais va t'inquiètes pas on est bientôt arrivé mon petit pôte! 

Publié par urbane à 04:05:58 dans / JiTé Bécasson présentateur vedette... | Commentaires (0) |

JiTé (Parte tou) | 15 août 2006

JiTé  (Parte tou)  

Le lendemain il prit la décision d'arrêter... la cigarette.
D'abord parce que ça ferait plaisir à... l'autre là... comment déjà ? Mais si la fille qu'il aimait ? Zé voilà ! Et puis parce que la cigarette c'était mal et le tabac une offense à notre sainte mère l'Hygiène.
Il alla chez le pharmacien du bout de la rue des Cerisiers acheter un truc contre, il n'osait pas retourner tout de suite à l'usine.
La pharmacie était moderne, la titulaire, quoique quinquagénaire, souriante, elle discutait avec une vieille dame finement détaillée, un vraie modèle réduit de ce qu'elle avait été, une sorte de chef d'œuvre Jivaro: jeune fille au 1/10° après la cuisson d'une vie.
Elle habitait dans l'immeuble dont la pharmacie occupait le rez-de-chaussée et racontait les malheurs qu'elle venait de rentrer et la pharmacienne écoutait en remettant quelques fois du poivre, enfin elle vit une ouverture avec l'arrivée de JiTé et la raccompagna à la porte.
-... et bien alors bonne journée madame Jonquet.
Ce nom éveilla JiTé qui laissa tomber la contemplation de la gamme des vermifuges Girardin :
-Pardonnez-moi madame vous ne connaissez pas... enfin j'ai racheté l'usine Bramaloux et votre nom... dans un registre quelqu'un de votre famille n'a-t-il pas travaillé là-bas pendant...
-Chez Bramaloux, et comment donc, mon mari y a été employé  trente années de rang, il était chef-comptable.  
-Pourrais-je le voir ?
-Ah ça risque pas le bonhomme est mort en 64 il s'est pendu, le con.
-Oh...  il s'est... pendu... je...  croyez bien que je regrette ...
-Pas moi... la queue et le bec voilà tout ce qui l'occupait celui-là !
Elle prenait à témoin deux sociétaires de son immeuble qui venait d'entrer dans la pharmacie.
Elle était vulgaire et sans doute assez bête et quand JiTé lui demanda :
-Et... depuis... je veux dire... vous ne l'avez pas revu depuis ?
Elle ne lui répondit pas tout de suite, réfléchit un grand coup derrière les oreilles du côté du reptilien puis lâcha comme pour  susciter l'émeute:
-Y me demande si je l'ai vu depuis ! Mais qu'est-ce c'est ce type-là qui se fout du malheur du monde!
Elle n'aurait sans doute pas protesté aussi fort s'il l'avait tringlé direct sur la caisse et elle marchait sur lui en balançant son cabas en avant, pour blesser, la pharmacienne qui ne voulait pas s'aliéner la clientèle de son immeuble ne protestait pas et JiTé se retrouva repoussé sur la frontière puis tout à fait sur le trottoir.
L'autre continuait de l'insulter, son visage blanc de poudre, rechampi de bleu et de rouge, articulé de haine avançait sur lui et il s'en alla à reculons jusqu'à la porte de l'usine qu'il ouvrit dans la précipitation et referma avec soulagement.
 Curieusement il n'entendit bientôt plus les insultes de la vieille femme, mais un grondement qui venait de derrière la porte en bois de l'atelier, quelqu'un lui tapa sur l'épaule, un type en blouse grise qu'il reconnut pour l'un des peintres de Jean-Cé Martignoles, il lui tendait une fiche en carton.
-Oui, oui merci...
Il l'empocha, comme une débutante sa première robe de bal, il craignait par dessus tout de froisser l'ouvrier.
Il essayait de savoir si la vieille folle était toujours là mais le peintre lui désignait une pointeuse accrochée au mur, JiTé lui sourit, l'autre passa une fiche dans la machine, elle délivra un « Schdong ! » tout à fait réglementaire après quoi il planta son carton à côté d'autres dans un tableau à encoches en métal.
JiTé avait entrouvert le portail ce dont profita un collègue du peintre. Un gros bonhomme moustachu, casquetté, essoufflé, portant musette au côté était arrivé à vélo, il sourit à JiTé le salua d'un doigt porté à la casquette descendit de sa bécane la posa contre un mur de la petite cour, enleva ses pinces à vélo puis rejoignit son collègue devant la pointeuse.
La vieille folle était partie c'était bien tout ce qui l'occupait mais quand il se retourna il vit aussi que les peintres étaient rentrés.
Il s'approcha de la pointeuse. Sacré JiCé Martignoles il n'avait pas perdu de temps pour organiser son chantier c'était son côté  social, ne jamais laisser traîner un ouvrier ou égarer un double-mètre, le bénéfice commençait là .
JiTé retira la fiche de sa poche, il allait la jeter quand il vit le numéro d'ordre et en dessous son nom en caractères bâtons, sur la pointeuse aussi il figurait en bonne place, il était maintenant de l'effectif. Il n'eut pas le temps de s'interroger, son téléphone portable le sonna c'était Jicé qui le prévenait que le démarrage du chantier était reporté en début de semaine pour « cause de retard dans les dépassements  sur un autre chantier », JiTé avait poussé la porte, l'atelier était dans le même état que la veille, désert, vacant et désaffecté.
Il retourna dans la cour, le vieux vélo était toujours là, il le veilla jusqu'au soir, assis à même les pavés, la main serrant le garde-boue jusqu'à se blesser, il sentait que quelque chose de sa vie était en train de lui échapper que son destin était la mise mais il ignorait quelle carte jouer non plus que les règles du jeu et si l'on avait le droit de s'aider des mains et quand bien même de tricher...
Non jamais il n'aurait du signer ces papiers chez le vieux notaire.
Voyons comment tout cela avait-il commencé ?
Pas même en répondant à une petite annonce et en laissant faire le hasard.
Non chez les Bécasson on vivait comme des rats toujours à l'affût d'un pot de confiture resté ouvert, d'un couvercle desserré, place de parking aussi bien qu'emploi statutaire tout leur était bon, or le cousin Jean-François après une décevante carrière sportive de branleur nautique et de navigateur épave dans les bars de Saint Pol de Léon, avait été remarqué et vigoureusement introduit par Jean-Thierry Bertaut journaliste sportif puis éphémère présentateur du journal parlé que la majorité parlementaire d'alors avait amené dans ses fourgons mais que le bon peuple avait découvert un soir avec stupéfaction bégayant à l'antenne:
-... po-po-po-poli-ti-ti-tique ét-té-té-trangère...
Malgré quelques lettres de soutien de téléspectateurs zen-zen-zen-thousiastes: « ... fin-fin un pré-pré-zaaaaaaaan-‘tateur qui-qui nous-nous ressemble... » après un interminable trimestre, il avait obtenu un poste de chargé de la communication puis de co-inculpé d'un secrétaire d'état camarade de régiment.
Il était parti mais le premier Bécasson télévisuel lui était resté, il s'était incrusté, beloteur et revendicatif, se faisant élire délégué du personnel et se conduisant depuis comme un représentant aux armées, intrigant, prévaricateur et détestateur, bref un emplumé de première. Surtout il avait ouvert la porte à tous les autres Bécasson, nièces, neveux et cousins et après cinq ans il y en avaient partout même à la météo.
JiTé lui s'était tout de suite senti une vocation sociale, pédagogue et engagé il montait tous les mardi soir sur une chaîne d'état son petit chapiteau forain, émission où il dénonçait en gros plan ce qui n'allait pas, alternant avec un savoir faire de « guépéiste » chevronné reportage consensuel sur la pêche des éponges en baie de somme et dénonciation partisane, photos de vacances et appel au lynchage.
Un jour ces dames Bramaloux l'avaient appelé à « son bureau » pour se plaindre des agissements de l'un de leurs voisins, le chef Cabréssoles un ancien légionnaire devenu historien militaire du premier REP, propagandiste d'idées extrémistes, qui  s'exhibait mi-faune, mi-sapeur dans son jardin luxuriant les soirs de grande inspiration.
-Vous comprenez pour nous qui avons fait la résistance c'est tellement insupportable de penser que cela puisse encore exister le... comment déjà Josette ?...
-Les estrémisses quoi !
JiTé les avait trouvé dignes, admirables, héroïques, encore engagées malgré leur grand âge et il avait accompli aussitôt son devoir citoyen, appelant à manifester contre, et interdire pour, pétitionnant en préfecture bref préparant les fagots, Cabréssoles, passé ci-devant au mérite, avait comparu devant un tribunal populaire de la presse parisienne puis un autre moins administratif qui au vu de ses titres militaires conclut à la préméditation et déchut le médaillé multirécidiviste de sa nationalité... soviétique ainsi que des quelques droits... de timbres qui y étaient attachés.
N'était demeuré dans le jardin touffu, qu'une petite fille, cachée, sa nièce qu'il avait recueillie et élevée sans contraintes et que dans sa grande sagesse le tribunal sus-nommé, débusqua, confia à des éducateurs sociaux qui, par souci de resociabilisation, la mirent sur le trottoir.
Cabréssoles qui avait décidément vocation de cocu se suicida enveloppé dans ses langes républicains, patriote au torchon et les sœurs Bramaloux purent tout à loisir acheter son pavillon et en réunissant les lots engager l'opération immobilière qu'elles avaient en tête et que Maître Jaurigué...bèrégui au meilleur de son vice mena à juste terme.
JiTé, plein d'admiration, voulut les revoir, faire un émission sur leur vie durant « les années les plus sombres de ... » mais soudain elles changèrent de braquet, se firent modestes: cela n'intéressait plus personne et puis elles partaient en vacances, il en appela au devoir de mémoire mais décidément non elles n'étaient pas trop partantes non plus pour les devoirs de vacances, chez elles le supplément ça avait toujours été payant, et puis la mémoire à leur âge, elle était trouée comme un fromage d'alpage disaient-elles ce qui était faux car elles possédaient au contraire une mémoire circonstanciée de taulière, bref il commençait à les emmerder le fonctionnaire de la télé, alors pour s'en débarrasser, elles l'achetèrent, en toute simplicité.
Il ne s'en rendait pas compte mais elles le traitèrent exactement comme elles auraient fait avec un officier d'armée d'occupation, n'importe laquelle, elles n'étaient pas « racisses », muni d'un bon de logement chez l'habitant, et elles avaient une expérience certaine dans le maniement du soldat.
Alors qu'est-ce qui lui ferait plaisir au petit jeune homme ? ‘pas les spécialités qui manquaient à la carte.
Cela n'avait pas été difficile de le savoir, il se déboutonnait facilement  et se confia à ces femmes si maternelles, peut-être même chiala-t-il sur les napperons, au grand désarroi de Josette Bramaloux, elles lui épongèrent l'âme vite fait, il cherchait un « loft »
-Un quoi ? demanda Josette.
-Mais si tu sais bien, un entrepôt.
-Ah ouais comme pour les clandestins turcos de l'autre fois ? Pourquoi il veut se lancer dans la confection lui aussi ?
-Mais non c'est pour en faire un appartement... il y aurait bien... Oui, l'usine des Cerisiers... on lui ferait bon prix.
Une usine de cerisiers à bas prix, JiTé était partant c'était tellement romantique cela plairait à ... comment déjà ? Son inoubliable amour ? L‘autre quoi... à Zé, voilà, merci.
 *
 Il s'agissait de prendre sur soi, ainsi que le lui avait répété Zé, avant de partir en repérages à Rungis, son projet avançait bien, il plaisait car fédérateur, toute la famille décomposée pouvait se retrouver devant de telles scènes d'égorgements et d'orgie.
Alors un dimanche après-midi  JiTé se força à aller à l'usine des Cerisiers. Les derniers mètres furent les plus difficiles mais quand il passa les portes il  vit le vélo oublié toujours enchaîné, il y avait bien attaché une dizaine de cadenas et il sentit cette odeur d'huile de coupe et de graisse brûlée qui étaient les parfums certifiés de l'abandon, il marcha à travers l'atelier, se retrouva dans l'espèce d'appentis cathédrale où étaient resserrés dans d'innombrables casiers travaux en attente et bons de commandes oubliés, il leva les yeux vers la verrière, la danseuse cul de jatte était pendue par le cou à la charpente, elle tirait une langue violacée, énorme et spectaculaire comme une pièce de boucherie à l'étal et d'en dessous l'on voyait sa petite culotte blanche et la corolle du tutu et deux moignons sanguinolents qui gouttaient sur le nez de JiTé.
Il cria, il gueula, il vomit, il fit des bruits qu'il n'imaginait pas avoir en magasin, protestant de la tripe, des boyaux et de la gueule, se pissant, se chiant dessus comme un condamné sur le point de mettre la tête dans la lunette et se découvrant tout comptes faits bien assez innocent et donc hors sujet, et quand il voulut fuir, il entendit un énorme éclat de rire et découvrit autour de lui tout l'effectif de l'usine réuni là, ouvriers en bleu attelés à leur travaux, contremaître en blouse grise, tous hilares, malgré le bruit des machines et enfin tombant du ciel la demi-ballerîne vint lui choir dans les bras avec une grâce de feuille morte des troupes parachutistes.
-Excusez-le c'est encore cet imbécile de chef-comptable qui m'a tuée ! Voulez-vous me lâcher et me poser par terre maintenant grand coquin !   
Voilà JiTé était devenu fou, il en était convaincu : abus d'opiacés ou hérédité parisienne, dans tout les cas ce qui se passait ici sous ses yeux ou dans son imagination n'était point habituel ou normal. Et puis ce qu'étaient tous ces gens, fantômes clignotants, réalistes et musettes, si peu modernes, démodés et malgré tout... oui malgré tout contemporains de lui JiTé Bécasson quatorzième du nom.
Il ferma les yeux, il sentit qu'ils se rapprochaient, leur presse, une forte odeur et puis plus rien, quand il les réouvrit il n'y avait plus personne, l'odeur aussi avait disparu. (à suivre...)

Publié par urbane à 03:28:17 dans / JiTé Bécasson présentateur vedette... | Commentaires (0) |

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