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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Walter Chéchignac 2 par H.T. Fumiganza | 27 janvier 2007

2.
La Maison du druide
 J'avais insisté pour faire un brin de toilette chez eux avant de me présenter à mon comité d'accueil officiel.
Ils y avaient consenti à regrets.
Il fallut faire un détour le couple La Rincée habitait en dehors de la ville en plein marais salant.
-Mon mari a abandonné le métier, trop fatigant et puis ça lui donnait soif ! Pour quoi il travaille en mairie.
-Et il n'a plus soif ?
-Si mais il a une prime. Y a plus que moi qui y travaille encore un peu aux bassins.
Sous la lune et avec la blancheur du sel, ce paysage géométrique prenait des airs de confins.
J'y mis les pieds, avançais mais le gros La Rincée me rattrapa  par le col après quelques mètres d'exploration.
-N'allez pas par là vous allez vous casser la gueule !
-Votre épouvantail... là-bas il est tombé
Je désignais une forme quasi humaine recouverte de sel et en émergeant à demi, un bras levée haut au ciel.
-C'est curieux je ne savais pas qu'il y avait le besoin d'épouvantail dans un marais salant ?
-Béh... béh mais comment don' ! Mais... mais si comme de juste ! ‘Faut bien ça pour éloigner le volatile. Me confirma la Marie Bertalot accourue fort à propos à mon secours... La Rincée va t'occuper de... de l'épouvantail, qu'on risque de rentrer tard ce tantôt.
-L'épouvantail ? Quel épouvantail !
-Mais si là-bas ! Là-bas ! Bouges-toi don' !
Il obéit l'énorme à son énergique moitié avec une lâcheté de fauve trop bien nourrie.
-Bon ben maintenant que vous êtes nettoyé monsieur La Gaspérine  y faudrait p'us tarder on nous attend à la maison du druide !
La maison du druide ? Curieuse destination.
 *
 -... et pourquoi l'appelle-t-on la maison du druide ?
-Rapport à son père Le Grand Vate qui en était un.
-De druide ?
-Tout juste, une vedette, il travaillait dans le music-hall et puis il a épousé sur le tard une américaine, très jeune et très riche et il a fait construire ici face à l'océan rapport que c'était bon pour sa concentration cosmogonique. 
-Et ce Walter Chéchignac est l'enfant de leur union.
-Le père Chéchignac avait soixante-dix ans passés quand il l'a eu, faut dire aussi qu'il est mort centenaire quand à l'autre l'étrangère elle vit toujours à Nice.
-Et le fils a hérité des dons de son père ?
-Lui il est dans la diplomatie, il est consul de ch'ais pas quoi et d'ailleurs... pensez si ça lui laisse du temps ... et puis il fait des affaires... ah pour ça il est bien serviable mais c'est un malouin !
-Un malouin ?
-Comprendre : dans le temps il aurait vécu des nègres, maintenant va savoir ce qu'il trafique.
Un malouin fils de mage  cela promettait.
Je toussotai :
-N'est-ce pas un peu compromettant que de m'aboucher avec...
-Qui c'est qui vous a demandé de coucher avec... et puis c'est le seul au pays qui aye pas peur de Letroncheur et qui veuille bien de vous, alors c'est ça ou l'asile de nuit ! Précisa avec quelque hargne La Rincée.
Dans quel pays étais-je don'tombé ? 
Je me souvenais avec un peu de ressentiment de ce que m'avaient raconté Amédée de La Branlaye et Martial Medpeux le préposé aux sondages et aux études d'opinion :
-Ce coin-là  y a plus qu'à démouler. Taux de chômage au dessus de la moyenne nationale : ça leur met la pression, terre de tradition pour l'alcoolisme et les processions :  obscurantisme et vision double. Dire s'ils croient aux apparitions et aux chiffres officiels de l'inflation ces cons-là ! Et avec ça ils ne jurent que par la pêche et l'élevage autant dire que si on leur coupe les droits à prîme et autres subventions  hasta la vista !
J'avais rendez-vous avec eux chez ce Chéchignac j'allais leur parler du pays.
 Nous débarquâmes chez lui à la nuit. C'était une énorme bâtisse musculeuse, ramassée et tapie sur son promontoire de récifs, guettant la mer comme pour lui mordre l'échine ou lui sauter au cou, cela ressemblait plus à une retraite de... de malouin, précisément qu'à une loge de druide.  
Le mauvais temps donnait dans le coin une représentation très véridique et l'on sentait dans ses fibres et sous ses pieds se déroulait l'acte vengeur.
Une gouvernante sombre, duègne en grand deuil, dentelles dans les tons et bottes jaunes de pêcheur de crevettes vint nous ouvrir :
-Bonjour Dona Chupita  je suis avec le monsieur pour monsieur Walter. Annonça la velue.
Elle prit ses aises dans le grand hall années cinquante, déposant cirés et chapeaux sur les bergères de velours rouge .
-Ils sont en bas au théâtre ils écopent. Nous annonça l'ouvreuse en m'éclairant le visage de sa torche.
Le théâtre voilà bien que ce cette demeure rappelait, un théâtre, ou plutôt l'un de ces music-halls de quartier des années cinquante, opulents, nourris de staff et velours rouge.
Le plus étonnant était que l'on s'y sentait fort bien tout de suite, oui chez soi ou plutôt comme en enfance.
Il y avait le long des couloirs des affiches du Grand Vate Chéchignac: voyant, druide, extra-lucide et lanceur de couteaux : un programme à lui seul.
Le théâtre était en dessous et taillé dans la roche, sans doute pourquoi il prenait l'eau, nous arrivâmes par la scène, quelques types en smoking mais  bottés de caoutchouc écopaient dans l'orchestre.
-Bonjour Marie c'est gentil de venir nous voir, tu m'a amené ton homme ça tombe bien les chiottes ont explosés !
La voix venait du trou du souffleur, et malgré la rampe allumée qui nous éblouissait je crus ressentir un regard.
-Vous inquiétez pas Monsieur Walter on va voir ç'qu'on peut faire ! 
La Rincée se mit au travail il se jeta même dedans les pieds joints pendant que Walter Chéchignac abandonnait l'immersion périscopique  et nous rejoignait sur la scène.
Il fit la bise à la Marie Bertalot et me serra la main sans façon :
-Bienvenue au pays monsieur La Gaspèrine, j'espère que vous vous plairez ici. Drôle d'inauguration mais enfin paraît-il que cela porte bonheur. Me dit-il en regardant mes escarpins de parachutiste mondain baignant dans une boue verdâtre et malodorante. 
-C'est de la... ?
-C'en est ? Et de la millésimée ! D'un coup tout est remonté en surface. Secousse tellurique ? Remuement océanique ? Je ne saurais dire. Dans tout les cas un véritable feu d'artifice. Il y a longtemps que j'aurais dû faire curer la fosse.Venez vos amis vous attendent on a presque fini de les dégager, les pauvres, j'avais préparé un petit récital de musique de chambre et en vous attendant je leur faisais visiter le théâtre en prévision de l'une   de vos prochaines réunions, ils ont voulu s'isoler un peu, ne vous inquiétez pas mais l'un des deux semble très choqué, c'est celui qui a actionné la chaîne.
-... pouvais pas prévoir... chialait Martial Médpeux que j'eus quelque mal à reconnaître sous sa gangue qui le faisait ressembler à un Godzilla nourrisson et repentant.
L'altiste s'occupait de lui enlever la croûte du bout de son archet tandis que la pianiste en robe du soir souquait ferme, que le chef d'orchestre dirigeait avec énergie l'andante terrassier et que le ténor officiant réclamait du papier sur l'air de « Gente, gente, all armi, all armi ! ». 
Walter Chéchignac, que je ne vous ai point encore décrit, imaginez un bel homme d'une trente-huitaine d'années qui aurait l'air de se ficher perpétuellement du monde en se lissant la moustache, Walter Chéchignac donc, me prit par l'épaule, j'étais plus grand que lui, et il m'entraîna vers les loges.
-Dîtes-moi cher monsieur La Gaspèrine quelqu'un de vos relations ou collègues vous en voudrait-il ?
-Mais... mais non, je ne sais pas... ici personne ne me connaît.
-Et à Paris ?
Je me rebiffais :
-Non. Bien entendu.
-Bien entendu, bien entendu, nous savons que votre réputation est sans tâche.
On aurait cru qu'il parlait à une chambrière qu'il venait d'engager dont il avait obtenu les meilleurs renseignements de son curé mais ... mais qu'il regrettait maintenant d'avoir choisie.
Etait-ce donc lui qui m'avait choisi ? Ce... fils de mage de music-hall, ce...
-A dire le vrai, mon cher La Gaspèrine il semblerait qu'il ne s'agit point là d'un accident.
Ma colère céda devant ma stupéfaction :
-Vous voulez dire... un attentat.
-Précisément deux livres de Semtek d'appellation contrôlé carrées sous la dunette, heureusement la charge aura basculé dans toute cette masse accumulée depuis des années sauf à quoi la grande famille des cosmonautes compterait deux nouveaux membres.
-Vous... vous croyez que Letroncheur s'amuserait à ça ?
-Letroncheur... c'est un démagogue c'est à dire l'exact contraire d'un manuel mais enfin... pour ne pas laisser la question en suspens je vous proposerai d'aller rendre visite à l'un des amis de mon père qui s'est fait une spécialité de résoudre ce genre d'interrogations.
-Vous voulez dire un... druide c'est ça ?
-Par Dieu non, non un détective privé, vous verrez c'est une personne de qualité, un ancien garde républicain, vous dire si nous sommes en confiance. Enfin que tout cela ne nous empêche pas de bien manger et bien boire.
Je n'avais pas beaucoup d'appétit je n'en ai jamais tellement eu, surtout devant de tels buffets pour retour de chasse de notables apoplectiques fin de siècle. Trois étages de charcutaille, de poulaille et de viandailles, augmentées de desserts  turgescents.
-Comment peut-on encore manger à l'aube du XXI° siècle du cervelas vinaigrette ? Cela dépasse mon entendement.Dis-je à mon voisin de table le chef d'orchestre pondéreux qui n'était autre que le Maestro belge Adrian Van Der Meuh .
-‘inaigrette? Pourquoi vous le préféreriez atomique ? Ah ! Ah !
-Eh bien voyez, j'imaginais pas que dé travailler la mierda ça puisse aussi bien ouvrir l'appétit ! Remarqua le ténor, le grand Décato Vafanculi.
J'insistais :
-Mais vous maître pour l'exercice de votre art, vous ne pensez pas qu'une certaine discipline de vie est nécessaire.
-Vous savez, moi, je braque mal dans les adagis, alors j'ai évité de m'en faire une spécialité et pour ce qui est de la discipline et de garder sa ligne je laisse ça aux bonnes sœurs et aux gigolis de palace à tout ceux qui se touchent et se gênent. 
Walter Chéchignac me regardait, avec désolation et sans trop d'appétit.
Martial Médpeu, toujours effondré, faisait des raies avec sa fourchette dans sa purée de marrons en répétant :
-... ‘est pas moi... pouvais pas prévoir... tiré sur la chaîne...
-Ah ça aussi ‘faudra vous y faire, ici c'est pas comme à Paris, on sait encore avoir faim ! Me fit humainement remarqué la velue en reprenant de la geline en croûte.        
Tout ce petit monde serviable, corvéable et artiste faisait un sacré boucan, si bien que l'on n'entendait plus la vieille gueularde dehors, la mer non pas recommencée, mais maintenant radotante et bientôt baveuse et bavouillante.
 Il était quatre heures du matin quand « le récital d'Adieux  et d'hommage à notre hôte » commandé par Van Der Meuh commença sur la grande terrasse surplombant l'océan.
La musique éveillait nos âmes, le calme emplissait nos sens, la salle était immense et la lumière d'un tact infini. Instant inéfragable.
 Nous nous quittâmes sur le pas de la porte, moi sur le même rang que notre hôte :
-Un jour Port-Saïd, le lendemain Tourcoing... la vie d'artiste... Prophétisait tel un indicateur des chemins de fer Vafanculi en consultant son programme.
-Ten v'là que ça me reprend ! Gueula Van Der Meuh. La faim et la tringlette.
-Je me suis permis de vous faire préparer des paniers pour la route. Le rassura Chéchignac. Pour le reste cher maître je ne m'inquiète guère...
-Vous avez raison sitôt arrivé à l'hôtel j'enfile mon assistante...
-Vous oubliez Adrian qu'ils vous l'ont changé... c'est un jeune homme qui vous assiste maintenant, charmant au demeurant ! Lui fit remarquer la pianiste, Mademoiselle Br... polonaise au nom imprononçable.
-Merde c'est pourtant vrai, m'ont foutu un jeune con à la place... bah à la guerre comme à la guerre, et puis c'est formateur ! Cela lui sera fort utile pour sa carrière.
-Divino Walter murmura la grande cantatrice Margaretha Coucourbitowa en rentrant  profondément sa langue dans la bouche de Chéchignac qui n'en demandait pas tant.
Sans être médisant il n'était pas difficile de deviner qu'ils ne se connaissaient pas seulement de la veille. Bref cela commençait à sentir furieusement le sexe, rien ne sent d'ailleurs plus le sexe que la musique d'orchestre, l'effort accompli en commun sans doute qui crée une familiarité d'athlète. Moi-même je bandouillais douillettement, pour ma part c'était cette Mademoiselle Br... pianiste déconcertante dont la simple contemplation de son dos nue, agissant, ondulant, expirant, souplement, m'avait troublé les sangs toute la soirée.
Leur minibus fut enfin chargée, le piano à queue, les pattes en l'air sur la galerie et les artistes sagement sanglés à leur siége comme des mômes en colonie de vacances, c'était Van der Meuh qui conduisait, c'était toujours Van der Meuh qui conduisait et c'était comme ça depuis l'enfance nous assura-t-il avec quelque assurance.
Il vérifia la tension des sandows, plongea la main dans le panier de victuailles puis dans la culotte de la pianiste, fit une drôle de moue en la retirant, se prit une claque et enfin pressé par l'horaire il démarra.
 Après avoir bien agité nos mouchoirs pour saluer leur départ, je me préparais à m'aller coucher à l'imitation de La Branlaye baillant, et de l'inconsolable Medpeu quand Walter Chéchignac me reprit par l'épaule, cela devenait décidément une habitude.
-Bien puisque nous voilà en train, mon cher La Gaspèrine nous allons pouvoir rendre cette visite utile dont je vous entretenais tout à l'heure.
-Vous voulez maintenant ?

-Bah il n'est que cinq heures... nous avons bien le temps... (à suivre...)

Publié par urbane à 00:55:02 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 1 par H.T.Fumiganza | 19 janvier 2007

1.
vé.vé.vé.taartagle.com !
 Je fus parachuté sur La Conche sur Ponche au tout début du mois de Juin, de nuit bien entendu, l'on craignait une défense opiniâtre des ultimes défenseurs de la Section locale.
J'atterris sur l'antenne du bistrot « Au Père Brouillard », glissais tout le long de la toiture, passais au travers de la véranda et pris place fort bruyamment sur une banquette de moleskine en bout de salle qui amortit éloquemment ma chute.
Malgré le bruit, malgré l'explosion des vitres, et ma tenue hétéroclite, partie costume de ville, partie toile de parachute, harnais et cordages, les trois ivrognes de faction et le patron sentinelle admirable, sans doute grisé par le devoir inlassablement accompli au long des tournées, ne remarquèrent rien et civilement le Père Brouillard, qui méritait bien son nom, vint me servir:
-C'est ben vous qui avez demandé un Saumur ?
-Euh... oui tout à fait... articulai-je en retirant les bouts de verre de ma chevelure chauve, soit de mon cuir plus tellement chevelu.
-Tiens le temps se couvre, commence à faire froid pour la saison. Météorisa le vieux père à point en contemplant sans l'apercevoir sa véranda crevé. Vous avez du jus de tomate sur vot' cravate.
Il regagna son comptoir tandis que je tentais de remettre en marche mon poste émetteur.
-Allô Charlie Bravo Tango champignons pommes  de terre appelle la base... sui' t'arrivé... heu' répète... sui't'arrivé...
-... shrruuunnk... shruuuunnnk... où z'êtes vous Charlie patate...
-‘tendez que je fasse le point... je vais vous donner ma position je répète... je vais...
-Shruunk... Mais on s'en fout de ta position donne nous plutôt ton numéro de portable eh grosse truffe! shrruuunk... shruuunk...  
De fait tout l'appareillage de cosmique troupier dont m'avait pourvu Amédée de la Branlaye, le chargé des circonscriptions au parti m'apparut soudain, hors de saison et superflu, je livrais à mon correspondant le numéro attendu et sortit mon téléphone portable, tout mon être aiguisé, aux aguets en ce pays hostile, quasi ennemi.
Il ne se passa pas trois minutes avant que l'appareil ne sonnât et que ne surgissâssent devant moi trois cirés jaunes hilares.
-Ah béh le v'là ce con dit le plus massif !
Tandis qu'une militante velue se précipitait vers moi une mallette à croix-rouge de premiers secours à la main.
-Ah j'ai bien fait de prendre la trousse à pharmacie... on était au rendez-vous, on a entendu l'avion mais quoi vous n'avez pas vu nos feux dans la clairière ?
-Non le pilote n'était pas très aimable, il a dit qu'il ne voulait pas perdre son temps et je crois bien... mais je me souviens mal à cause de la chute... enfin oui il me semble qu'il m'a poussé dehors...
-Il vous a jeté comme ça n'importe où ? Ah c'est bien des parisiens ça ! ‘tendez  ‘va' vous soigner... me rassura la velue.
-Pu... pu... purquoi je suis blessé ?
-Tiens don' regardez vous plutôt dans la glace là-bas, vous êtes pas beau à voir !
Je me regardais, j'étais non seulement blessé mais ridicule, mon costume et ma cravate en haillons enroulé, emmailloté dans la toile du parachute comme en des langes de nouveau-né, mon attaché case pendant ouvert et répandu, le tout baignant dans ma sauce d'écorché.
-Qu'est-ce y z'ont besoin de nous envoyer des parisiens ces cons-là ? C'était le massif armoricain qui avait tonné. Il semblait s'être spécialisé dans les réflexions de bon sens proférées sans hygiène de bouche à l'endroit des parisiens.
Mais le bon sens provincial ne m'impressionnait pas plus que les odeurs corporelles.
-Ecoutez-le pas il est un peu déçu parce que lui il en avait pour Letroncheur comme pas mal de chez nous. Il travaille à la mairie et dans le temps il lui faisait le chauffeur. Me susurra la tendre poilue qui me soignait et m'enveloppait de coton et de bandes velpeau.
-Chère Madame...
-Appelez-moi Marie... Marie Bertalot...
-Chère Marie s'il me fallait écouter tous les imbéciles du pays je n'en finirais pas!
-Je dis pas pour çui-ci vu que c'est mon mari, La Rincée qu'on l'appelle dans le pays, mais pour les autres il faudra, c'est un métier vous savez, pour ça Lulu y savait y faire.
-Lulu, quel Lulu ?
-Le Lucien Boitel... votre prédécesseur... quel dommage... son accident...
Le sus-dit Boitel Lucien, représentant des (basses) côtes du nord s'était benoîtement estronché contre un calvaire en revenant d'une sauterie électorale. Belle mort laïque et républicaine face à la réaction cléricale la plus érective.
Dans le parti auquel j'appartenais l'Union pour le Rassemblement, il était membre comme moi du courant majoritaire: le Cercons (Cercle Européen Républicain Consternant et Social), le bureau directeur ayant décidé de remplacer poste pour poste, après moult détours et retours l'investiture du Parti m'était revenue au grand désappointement du régional de l'étape et député le déjà nommé Jean-Pierre Letroncheur qui depuis ne décolérait pas et fomentait au su et au vu de tout le monde un coup de force contre ma candidature.
-Venez maintenant on va vous évacuer vers un endroit sûr, il faut pas qu'on sache que vous êtes déjà en ville.  
-Et pourquoi don' je vous prie ?
-Rapport à ce que les types de la Section ont dit s'ils vous trouvaient z'en ville: y n'ont promis de vous enfermer dan' h'un casier à zomards et de s'en aller vous mouiller au large ! Précisa en rigolant le gros va de la gueule dit La Rincée.
Se rincer il savait faire c'était se laver qu'il ne savait pas.
-Z'alors partons mon cher!
N'ayant aucune envie de prendre la mer par un temps pareil je me ralliais à la proposition d'un repli tactique sur des bases que j'espérais préparées de longtemps à l'avance... (à suivre) 

Publié par urbane à 00:03:11 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

(Gros) Lard Premier Suite et Fin | 29 décembre 2006

(Gros)Lard Premier 2/2 par G.M.Néoletto 

Le sorcier se penche sur mon camarade, lui tâte le ventre, lui ouvre la gueule et dit :
-Distrentetroisjetepleasemonpote !
-La-bré-té-lla ! Murmure faiblement Jésuilto.
Le sorcier s'agenouille prés de lui et approche son oreille du visage, rutilant et comme énervé et presque en colère, de l'indien qui lui murmure encore quelques mots avant de défunter très sobrement.
Vraiment quelle dignité chez ces indiens !
-Pauvre garçon? Constaté-je
-Putain mais vous êtes français ? S'exclame le sorcier dans un parisien très pur.
-Euh oui... en effet... Jean-Jacques Beursec je suis chercheur associé au CNRS
-CNRS-SS ! Non rien c'est une saillie. Choupard Marcel du Muséum... enfin maintenant je dois être rayé des rôles... longtemps que j'ai pas eu de nouvelles des collègues...
Je demeure, stupéfait, sans quoi je crois bien que je crierais de joie mais ma rigueur scientifique me commande de recouvrer mon sang froid, je regarde ma montre il est 19 heures zéro quatre heure GMT nous sommes le premier Avril 2008...
Choupard, lui, ajoute en contemplant mon porteur hors d'usage.
-Ses derniers mots ont été pour vous, il a dit :  « Ce con-là a raté la bretelle de sortie le troisième jour ! C'est vrai que c'est couillon ça vous aurait évité cinquante-trois jours de marche et votre collé que aurait pas claboté...
-Ce n'était pas un collègue mais seulement un porteur.
-... vous voyez l'échangeur en béton sur l'autre versant c'est moi qui l'ait fait bâtir, c'est mon côté vieux scout il faut que je m'occupe les mains et que j'aide le monde avec ça on est direct.
  Je me re-stupéfie sur place (il faudra que je surveille cela, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude pouvant entraver mes observations du milieu et tout ce genre de choses.)
-Vous voulez dire que vous avez désenclavé l'une des dernières tribus indiennes originelles !
-Eh ouais on s'est donné bien du mal. Et des fois on se demande si ça a servi à quéque chose... regardez ces types de « l'équipamenté » ! Ça fait des années que je leur dis de te me foutre un panneau ! Ah on est bien con de se donner du mal pour tous ces cons-là !
Du mal il s'en était donné, il tenait absolument à me faire visiter le village et « ses installations ».
 

A la stupéfaction succéda la plus complète désolation, Marcel Choupard avait fait des derniers représentants de la grandiose civilisation Chochoptiméque des beloteurs en marcel, cirrhotiques, boulistes et franchouillards, vrai on se serait cru dans un reportage en Gévacolor sur la France des années cinquante avec l'épicerie-buvette, la station-service Azur, le bar-tabac, le charbonnier en noir et le crémier en blanc, la boucherie chevaline qui débitait du lama à la strogonoff et la boulangerie, et les concierges à spécialités... et les ménagères au milieu de leur marmaille et les odeurs de soupe aux choux et...  
-Mais c'est délirant il manque qu'un PMU et ce sera complet! Me stupéfiai-je une troisième fois dans la journée (oui je sais cela devenait inquiétant et pas tellement éthique.)
-Mais on l'a le PMU, on parie sur les courses de lama, c'est la grosse poilade y vont jamais droit ces bestiaux là, y a pas plus con qu'un lama. Attendez que je vous raconte. Le sorcier quand je suis arrivé un vrai sâle con çui-là, il pensait qu'à une chose c'était sacrifier le monde, vrai incroyab', son truc c'était les belles-mères, il disait qu'elles avaient le mauvais œil, bien simple il en restait que deux et elles se planquaient dans des grottes vous imaginez l'effet sur la natalité béh dame elles réfléchissaient avant de marier leur fille et de virer ennemi du peuple ou bétail à sacrifice. Il a ouvert un bar-tabac-PMU à la sortie du village, c'est son fils Jacky qui le tient. Gentil le Jacky, bien brave, un peu lunaire... comme son père mais brave.
-Mais... mais ils portent tous des prénoms... européens ?
-Au début je m'y retrouvais pas dans les Thésualpalmal et les Chlomosapchopec... alors j'ai fait venir un brave curé parisien le père Laviole et il te les a baptisés à tour de bras, c'est pas que j'y crois , à titre personnel je suis libre penseur mais c'est quand même plus commode pour s'y retrouver, tu trouves pas ? On se tutoie entre collègues. Sinon tu peux m'appeler l'ancien ou le père Choupard c'est comme ça qu'on m'appelle ici, allez viens on va se prendre l'apéro... tiens chez Jacky tu feras connaissance. 
 


Mes observations se ressentent, je le crains, de cette déambulation guidée à travers les commerces de la ville, le Jacky en question nous sert une vieille prune qu'il tient de monsieur son père, pour lequel il semble garder un réel attachement, et qui est faite de cancrelats écrasés et... d'autre chose, partout le Père Choupard est fêté et les consommations ne sont jamais pour lui. Quelle déchéance ! Quand je l'interroge sur la civilisation Chochotptiméque dont il demeure malgré tout le meilleur observateur et historien il me répond par des calembours ou des aperçus de chauffeur de taxi rassis :
-Quoi le mou tu m'emmerdes avec ces histoires de mou ?
-Je disais que de fait et d'après vos ouvrages dans la civilisation Chochotptiméque tout tourne autour du mou, le Guchu ! Guchu ! Le questionnement du mou est primordial, fondateur et quelque peu castrateur.
-Oui quelque peu ! Tu l'as dit mon pote Guchu ! Guchu ! Et puis le mou tous les jours ça va bien, on est pas des greffiers non plus ! Un steack-frites de lama ça ouais d'accord !
-Mais enfin qu'est-ce qui a bien pu pousser un scientifique tel que vous à leur faire sacrifier leurs si magnifiques traditions ?
-Magnifiques, non mais vous rigolez, des sauvages voilà ce qu'ils étaient ! Ils en foutaient pas une rame, passaient leur temps à se mesurer la bite et à se livrer à des jeux de cons : leur Foutbolec manière de foutebale néolithique c'était avec une tête de belle doche qu'ils le pratiquaient... des vicelards et des bons à foutre. Avec ça un flicage permanent et bien entendu ils se choisissaient le plus dégueulasse comme chef. Et le sorcier chauve de huit heures qui tous les soirs faisait son allocution présentait les nouvelles du jour, en trafiquant les choses pour faire monter la pression sur tel ou tel pauvre type ou le village voisin.
La civilisation Chochotptimeque une belle saloperie oui ! Un pays de cannibales, ils bouffaient leurs nouveau nés, butaient les vieux.  Leurs dames  passaient la matinée à raconter des saloperies devant la machine à café... ouais je veux dire la machine à battre le mou elles se tenaient comme des putes prétentiardes et n'élevaient pas leurs mômes, les hommes ne foutaient rien, z'étaient tous devenus moitié tarlouzes, moitié gendarmes, se réunissaient tous les samedis soir pour mater le spectacle des sacrifices humains, mangeaient de la merde et passaient leurs soirées le nez dans les ordures à trier leurs poubelles... leurs fistons... enfin ceux qu'ils avaient pas butés à la naissance, fumaient des plantes hallucinogènes et bouffaient des champignons qui l'étaient pas moins en se trémoussant comme des sauvages tout le véquende alors qu'ils avaient des hectares d'un magnifique tabac meilleur que du Havane qui poussaient tout seul mais que les sorciers avaient déclarés tabous ! 
Non rien de respectable là-dedans !
Moi pour les faire changer je leur ai préparé la rouste du siècle j'ai fait monter la pression avec une tribu des bords du lac : les indiens Braouzec c'est des marins de la montagne, c'est dire s'ils ont du poil aux dents, mes bonshommes ils ont voulu jouer les caïds et ils se sont fait torcher dans la largeur, il a fallu se calter recto et j'ai établi le village ici, mais les règles c'était moi qui les donnait, le culte du mou finito...
-Et alors ?
-Alors ils se sont mis à chier dur !

 


Je compris alors qu'il me fallait pour sauver la civilisation Chochotptiméque la débarrasser de la funeste influence de cet apôtre de la franchouillardise la plus repoussante.
-Mais vous n'avez pas envie de revoir votre épouse ?
-Ah tiens elle vit toujours cette conne ?
-Elle a milité toute sa vie, c'est une femme remarquable, une combattante, une...
-Une emmerdeuse ! Quelle chieuse ! Pour ça que je suis pas revenu en 58 ? A l‘époque elle était stalinienne plein temps ! Qu'est-ce qu'elle a pu m'emmerder avec sa conscience de classe celle-là !

-Et revoir votre village natal ? Vous avez encore de la famille...
--Ah je dis pas revoir Saint Gonfflant c'est tout à côté de Ploermel ! De là que je viens. J'y ai encore ma sœur, le beau-frère... Mais d'un autre côté il paraît que ça a bien changé le pays, le père Gondelec qui vient le dimanche pour la messe, lui qui a succédé au père Laviole... ouais je te disais y me rapporte des Paris-Macheux, ça me fait plus tant envie la France ! Cela ressemble plus trop à rien hein ?
-Le progrès des esprits et la modernitude.
-Si je comprends bien ici y faut pas toucher aux traditions mais là-bas y faudrait les piétiner et chier dessus ! Pas logique ton truc mon p'tit pôte... Jacky remets-nous ça c'est le CNRS qui paye !
 
 


A force d'intrigues administratives et par des moyens aussi détournés que compliqués (Jacky le fils du sorcier me prêta son téléphone portable) je parvins à éloigner Choupard du village et à le faire rentrer en France.
Si tous les habitants vécurent son départ comme un déchirement je compris très vite que je possédais en Jacky un allié fidèle et tout dévoué à mes desseins qu'il partageait d'enthousiasme : remettre la civilisation Chochotptiméque sur les rails millénaires qu'elles n'aurait jamais dû quitter, lui faire retrouver ses usages, sa fierté, ses traditions.
Jacky me montra les dépôts clandestins de son père où le vieillard nostalgique avait remisé appareils à battre le mou, pése-couilles ornés, tronquezobs sculptés et couteaux à égorgement, des objets magnifiques et qui témoignaient encore de la... oui de la vitalité de la civilisation Chochotptiméque.
Après quoi il reprit son véritable nom : Pédzoltec ce qui en Chochotptimec veut dire : le fils de celui qui nous casse les bonbecs.
 


Puis peu à peu après nous être débarrassés des zélateurs les plus bruyants du père Choupard par quelques sacrifices humains bien spectaculaires en praïme taïme  de soirée nous imposâmes le retour aux traditions les plus remarquables de la civilisation Chocotptiméque et en particulier le tri des poubelles, rite initiatique s'il en est et qui marque le passage de l'homme adulte au con manipulable.
 



Après quoi et afin de faire taire les dernières réticences nous décidâmes avec Jack... pardon Pedzoltec d'attaquer une tribu voisine, les Guilvinecs du haut plateau. Malheureusement ils étaient en train de regarder le foot à la tévé quand nous arrivâmes à poils tout repeints en guerre et la lance à la main et rendus furieux par notre intervention, peut-être un peu précipitée, je le concède, à tout le moins intempestive,  ils se mirent en colère et nous repoussèrent avec leurs fusils de chasse Blazer full chokes.
-La prochaine fois on regardera le programme tévé avant ! Concéda Pédzoltec qui parlait  et saignait du nez maintenant comme un vrai chef.
 

A la suite il y eut des plaintes et il nous fallut fuir la policia en s'enfonçant dans la jungle, les vivres manquèrent, nous bouffâmes les nouveaux-nés et nous allions entamer nos provisions de belles-mères, mais alertées sans doute elle aussi par la tradition orale elles s'enfuirent dans des grottes dans la montagne.
Nous nous réunîmes avec Pedzoltec et deux  guerriers :
-Ce qu'il faudrait maintenant pour redonner le goût de se battre aux guerriers Chochotptimecs ce serait...
Mais j'avais deviné sa pensée et je l'approuvais :
-... un bon plat de mou !
Et il m'assomma trés proprement avec sa hache en pierre.
 
Quand je me réveillais les femmes avaient sortis les appareils à battre le mou et je barbotais dans une marinade très épicée et odorante, une certaine exaltation me gagnait et me réchauffait le coeur, à moins que ce ne fut le bouillon que l'on avait allumé sous ma marmite en terre foulée, je parvins néanmoins à murmurer encore à Pédzoltec venu recueillir mes dernières paroles car telle était la tradition :
-Surtout... surtout pas de bouquet garni dans le plat de mou... c'est une invention de missionnaire !
 
Fin des observations.

Publié par urbane à 06:19:14 dans / (Gros) Lard Premier | Commentaires (0) |

Communiqué de la Halde | 12 décembre 2006

Achtung !
Communiqué de Pervenche Pernard-Ricod du Bureau B12.Libertés civiles und jeux de plage (surveillés) à la HALDE
 Si vous souhaitez par esprit de tolérance faire interdire  Urbane Tattack et que ses auteurs soient déchus de leur nationalité soviétique veuillez noter les points suivants : (pour noter n'employer qu'un crayon de couleur mais sans s'occuper de sa couleur (oui sauf le jaune ça se voit pas) et surtout pas de bic !
-Kuommang ça lieu jaune çia se ne sé voit pas ?
-Excusez-moi monsieur Li mais il faut que je referme la parenthése c'est l'heure de la pause, mais bien entendu il est possible d'employer un crayon de couleur jaune... sur papier noir par exemple.)
-Et c'est quoi encore cette histoire de bic qu'on doit pas employer !
-Mais rien du tout monsieur El Biar, c'est seulement que ça bave... je veux dire l'encre du stylo-bille... pas le... alors... je... je peux poursuivre mon communiqué ? S'il vous plait c'est important, c'est rapport à la tolérance aux droits de l'homme et tout ce genre de choses... merci je continue donc :
Attention pour les formulaires de délation s'adresser en Préfecture et non pas à votre Kommandantur local les permanences ne sont plus assurées.
Vous pouvez aussi vous rendre sur le site :


http://jedenoncemonvoisinquitriepassespoubellesetpensepaspareilquàlatévé.gouv.enc.

Ou utiliser le numéro vert...
-Pou'quoi vé' ? Il n'y a pas de numé'os de couleu's, tous les numéros sont pa'eils ! C'est de la disc'imination !
-Bien sûr monsieur M'Talo mais... mais l'appel est gratuit... il est parti ?... merde je me souviens plus du numéro avec ce con qui...
-Quoi ce con c'est de moi que tu pa'les face de c‘aie !
-Mais non, mais non... ah Herr   Schweitzer je disais  justement à ces messieurs que...
-J'ai tout entendu mademoiselle prenez vos affaires et suivez-nous !

Publié par urbane à 06:03:13 dans / Communiqués | Commentaires (0) |

(Gros) Lard Premier | 12 décembre 2006

(Gros)Lard premier par G.M.Neoletto
  Pour tous ceux qui l'ont côtoyé Marcel Choupard demeure un mythe, cet anthropologue compagnon des jeunes années de Claude Lévi-Strauss fut en effet le découvreur de la civilisation Chochotptimec, je me permets de citer ici quelques lignes inédites de son journal intime que m'a confiée Germaine Choupard-Boistard sa veuve :
« ...Avec Claude nous nous donnions rendez-vous dans divers établissements parisiens, c'était les années 46/48, nous prenions le métro séparément, Claude arrivait toujours en retard ou il n'arrivait pas, jamais je n'ai vu quelqu'un se perdre avec un si bel entrain et une telle régularité. Il marchait dans les rues de Paris en short anglais serrant entre les dents un invraisemblable calumet de 50 cm de long qu'il avait rapporté d'une expédition aux Puces de Saint Ouen et qu'il pensait avec sérieux être un authentique calumet amérindien alors que j'vais découvert sur le culot un « souvenir de Gérardmer «  qui laissait peu de place au doute quant à ses origines. Ce jour-là j'allais le repêcher devant une cahute de la Loterie Nationale qu'il avait prise à la grande fureur de la tenancière pour une pissotière. Il était de belle humeur ce qui était rare chez lui car il venait de boucler le budget de l'expédition qu'il avait proposé au comité du Muséum et tout en se rebraguettant il m'entretint des dernières nouvelles.
-... et bien sûr tu viens avec moi !
Il voulait explorer les bouches de l'Escaut en remontant par les estaminets  jusqu'à Anvers... on connaît la suite.
Par prudence je déclinais l'invitation et décidais de partir à l'opposé parce que ce serait plus court et que j'aurais ainsi quelque chance de ne point le croiser.
-On a pas idée un dégueulasse comme ça ! Fut la conclusion de la dame de la Loterie.
Et c'est ainsi que par défiance envers un collègue, au demeurant fort estimable je fis la découverte de la grandiose civilisation Chochotptimeque.
 Tout Choupard, homme rare fait de modestie et d'humanité tient dans ces lignes, aussi n'est-ce pas sans une certaine émotion que nous avons accueilli au printemps dernier la proposition de l'un de nos jeunes chercheurs : J.J. Beursec de partir à la recherche de la quatrième Expédition Choupard-Brimoux, qui comme on le sait a disparu en 1958. En effet la civilisation Chochotptimeque demeure pour nous en grande part et malgré les efforts de nos collègues disparus un mystère et lors de l'inauguration du Musée qui branlait... quai Branly nous n'avons pu exposer que deux pése-couilles d'époque tardive et un appareil à battre le mou (circa 13° siècle) rapporté par Marcel Choupard, qui fut d'ailleurs très longuement admiré par le président Chirac, fin connaisseur, et qui est certes très emblématique de la culture chochotptimec mais qui ne saurait la définir toute entière.
Voici donc le Journal de bord de J-J.Beursec Anthropologue tel qu'il nous est parvenu:
 
 Arrivé à 11 heures du matin GMT : relevé topographique après 26 jours de marche à travers la jungle la plus hostile, mon guide Jésuilto a les fièvres et délire depuis dix jours, mes porteurs ont fuit sauf trois qui guignent mon équipement, mon guide n'arrive à articuler que :
-Bre-te-lla ! Bre-te-lla !
La place du village est déserte, toutefois après un instant d'observation, je perçois des ronflements, un indien sort enfin de sa case, il se gratte les testicules en baillant, je l'aborde :
-Tepé guchu guchu?
Il me regarde un peu étonné avant de murmurer dans une langue chochotptimeque mal accentuée très dégradée et presque incompréhensible :
-Guchu guchu àtoiaussimonp'titpôte.
Et de se rendre dans un édicule au milieu de la place du village où il soulage sa vessie à grand bruits avant que ne retentisse un bruit de trombe d'eau.
Tout de suite d'autres habitants l'imitent et vont à leur tour se livrer au même exercice libératoire. J'en livre en annexe une transcription et un dessin. (a.323b)
Puis des attroupements se forment et enfin la population mâle se retrouve presque au complet devant quelques  huttes, ils s'assoient sur des sortes de chaises en paille et une homme sans doute un esclave vient leur servir un liquide caramel qu'ils allongent d'eau :
Je pense avec une certaine émotion qu'il y a de cela exactement 50 ans Marcel Choupard abordait pour la première fois la grandiose civilisation Chochotptimeque et nous livrait son ouvrage inoubliable: Chochotptimec : la civilisation matricielle. La disparition toujours inexpliquée de ce grand scientifique causa un grand vide dans l'ethnologie parisienne, depuis le peuple Chochoptimec et ses cultes initiatiques magiques n'a plus jamais pu être abordé et encore moins étudié, il demeure une énigme vivante, je suis donc le deuxième parisien  qui touche à ces merveilleux rivages.  
L'indien qui m'avait parlé vient à moi son verre à la main, ils savent donc souffler le verre, j'observe une inscription effacée sur le verre à offrande cela ressemble un peu à nos lettres : R-I-C-A-R... mais liées en une graphie savante et sans doute ésotérique, non seulement ils savent souffler le verre mais ils le gravent et l'ornent d'une manière originale, c'est magnifique.
-L'apasl'aird'allerbienfortvot'p'titpôtelà ? Me dit-il en désignant mon guide qui continue de murmurer dans son délire :
-... la bré-té-la...
Je sors mon dictionnaire Chochoptimec-Français établi par Walter Brimoux et Marcel Choupard (le fameux Choupard & Brimoux), mais sa prononciation est tellement défectueuse que je finis par l'interroger par signes :
-Folameneràlosto ... me répond-il.
Je crois qu'il veut le conduire au sorcier de la tribu, après tout pourquoi non, c'est une expérience à tenter, d'autant qu'il a l'air bien mal en point et que cela pourrait me permettre d'observer au plus prés leurs rîtes de socialisation de la maladie et qui sait si j'ai un peu de chance leurs cérémonial funéraire.
Le sorcier est dans une grande case fermée, une femme derrière une sorte de table haute grillagée semble comme en prière, je tousse :
-Cépourquoa ?
Je m'avance, elle se récrie :
-Onpassepasdérriéreleguiché !
Sans doute viens-je de violer quelque tabou vénérable car multiséculaire, j'en suis honteux comme je voudrais posséder leur merveilleuse langue, le plus étonnant est que tous parlent entre leurs dents sans ouvrir trop les lèvres, je désigne ce pauvre Jésuilto qui n'a vraiment pas l'air bien.
Elle me fait signe de garer un peu mieux la civière pour pas encombrer le passage je pense et je comprends aux signes qu'elle fait à destination d'un grand barbu un peu voûté que le sorcier vient d'arriver :
« Putainmêmeàlacantîneonpeutpasàboireuncafépeinard !Qu'estceyaencore ! » (à suivre...)

Publié par urbane à 05:26:11 dans / (Gros) Lard Premier | Commentaires (0) |

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