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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net

Walter Chéchignac 4 par H.T.Fumiganza | 08 février 2007

4.
La pêche à la fenêtre
 Nous rentrâmes par la vieille ville de La Conche, le vieux quartier si pittoresque de La Marinière en surplomb de l'océan.
Je m'émerveillais devant toute cette architecture bancale et mal calculée, de colombages et de vieilles pierres :
-La vieille ville a été fort bien restaurée. Fis-je remarquer à Walter Chéchignac qui fumait un énorme cigare bravadien, pensif et songeur, non sans doute plus pensif que songeur.
-C'est votre futur prédécesseur qui s'est chargé de la réfection,  le Lucien Boitel, son côté opérette qui a pris le dessus. 
-Cela aurait été dommage de perdre un tel ensemble, c'est magnifiquement bâti, c'est un torchis de paille avec juste ce qu'il faut de glaise   n'est-ce pas ? Dis-je en caressant un pan de mur.
Walter Chéchignac me répondit avec quelque humeur :
-Non c'est un torchis  de paille ! ... avec juste ce qu'il faut de merde!  Vous savez nos anciens faisaient avec ce qu'ils avaient sous la main, le pays Poncho-Conchain a toujours été un coin d'élevage et de gros chieurs, depuis la nuit des temps statistiques et même un peu avant, le conchois ou le ponchain chie 1/3 de plus que la moyenne nationale, on ne sait pas l'expliquer, la nourriture peut-être ou la proximité du troupeau ? Une manière d'émulation. Alors on a construit à merde d'homme et de bêtes.
Quand il s'est agit de tout remettre en état Lucien Boitel s'est retrouvé dans son élément et suivant les recommandations de  l'architecte en chef des  Monuments Historiques il n'a voulu employer que des techniques traditionnelles, il a fallu former des jeunes mais heureusement il restait quelques vieux artisans conchois ici on les appelle avec quelque respect vous pouvez m'en croire: les chidru'c, enfin pour ce qui est de la matière première il a quand même fallu en faire venir de l'étranger, la production locale n'y suffisant pas...
-Ah oui... ah bien... ah tiens... décidément cette nuit est toute entière placée sous le signe de ...
-Bah il vaut mieux commencer là-dedans une carrière que de la terminer... ‘tention vos pieds !
-Quoi... encore !
-Mais non vous voyez pas les fils par terre.
De fait dans le matin bégayant je distinguais une multitude de fils qui partant des fenêtres, traversaient les rues et s'en allaient pendouiller le long des falaises.
-C'est la pêche à la fenêtre, autre spécialité du pays, antique tradition, un jour vers le 13 ° siècle par là, ils ont décidé de ne plus partir en mer, trop risqué, marre de ne plus pouvoir se consacrer à leurs veuves, ils avaient découverts qu'il y avait un courant chaud qui drainait le poiscaille vers les falaises, et ils se sont dits qu'après tout il suffisait de sortir les gaules, de dérouler du fil et d'être patient en s'occupant de leurs dames.
-Et cela continue, après des siècles.
-Vous n'entendez pas les clochettes quand ça mord ? Tenez écoutez...
Je percevais une multitude d'essoufflements fornicateurs et de tintements s'évadant des pièces et j'aperçus des orteils tressautants, attachés aux fils de pêche et dépassant des bords des fenêtres ouvertes sur la nuit froide.
-Il y a quand même de moins en moins de vocations, le poisson il faut le tirer quand il est ferré, il y a à enrouler, aussi il faut dormir la fenêtre ouvert même en hiver. Et puis les dames hein c'est plus ça... alors il y en a quelques uns qui parlent de reprendre la mer...  Enfin en attendant cela plaît aux touristes.  
-Vous avez l'air de bien connaître le pays Concho-ponchain.
-Des Chéchignac il y en a toujours eu ici, des qui lisaient dans les runes, des qui empilaient la bouse...
-Pour cela que vous êtes partis dans les îles ?
-Tout juste, comme chantait le poète : « ... sacrer d'autres cornards, véroler d'autres veuves... » mais le malheur à l'étranger c'est que l'on finit toujours par comprendre les paroles des chansons, j'ai un ami installateur de télés au Muséum d'histoire naturelle : Lévis-Cooper, enfin il est ethnologue mais il installe des télés chez les ultimes peuplades primitives de Papouasie, pour étude, il me raconte qu'il ne faut pas plus d'un mois pour qu'ils fichent leurs traditions millénaires au panier, mettent en l'air le grand sorcier et s'entre-engueulent pour savoir s'ils regardent les variétés sacrificielles de la une ou la messe footbalistique de la 4.   
-Malgré tout en acceptant de représenter les intérêts des Islas Bravadas y Perditos...
-Bravados y Perditas... d'abord ce n'est pas eux que je représente, ce sont eux qui représentent ma jeunesse, et puis j'ai une dette envers le peuple bravadien et leur estimé président.
-Adamsen Pinocevic ! Mais c'est un horrible dictateur il me semble, un régime qui fait fi des droits de l'homme et de la démocratie.
-Et quand bien même se les mettraient-ils carrément au train que cela ne les propulserait pas beaucoup plus loin mon cher.
-Vous ne croyez donc en rien ?
-Le vœu de monsieur mon père était de faire de moi le quatrième empereur des Gaules. J'y suis résolument engagé, vous pouvez m'en croire  mais en attendant... rassurez-vous la veille du sacre, je me ferai sans doute républicain.
   Nous étions arrivés devant la maison du druide, Chéchignac ouvrit les portes du garage, il était dans les proportions du reste de l'habitation et rempli de véhicules à moteur antiques et modernes. Il extirpa de la cohue en la poussant une voiture très basse et très longue et la mit en marche avec une grande tige pneumatique qu'il lui fourra dans le fion, cela faisait un boucan du diable:
-Venez il faut que j'aille aux commissions, Dona Chupita n'a plus de grattons Spontex...
-C'est que j'avais pensé prendre une douche et me reposer un peu...
-Vous en aurez bien le temps quand vous serez sénateur et puis vous allez faire connaissance comme ça avec vos futurs électeurs.
-Je risque en tout cas de ne pas passer inaperçu là-dedans.
-C'est la version civile de la Porsche 917 .
-C'est commode pour faire les courses le samedi.
-Vous avez raison je vais accrocher la remorque.
-Cher Walter enlevez-moi d'un doute, vous plaisantez.
Il ne plaisantait pas.
 Nous primes la route du bord de mer :
-Elle marche bien ce matin, il y a juste assez d'humidité, elle aime ça.
Pour ma part je surveillais la remorque bâché dans le rétroviseur mais tout vibrait et tremblait tant que j'avais du mal à en suivre toutes les évolutions, je regardais le tachymètre et fus rassuré il indiquait seulement 120...
-C'est l'exemplaire n° 11, je l'ai fait venir spécialement des Etats-Unis.
... 120... miles per hour! Je fis une rapide conversion et tentais de boucler fébrilement ce qui me semblait être une ceinture de sécurité et se révéla n'être à mon grand désespoir que les manches d'une combinaison de mécano négligent.
-Attention les gen...daaaaaaaaaaarmes!
Nous passâmes si vite que nous les oubliâmes tout de suite mais point eux et deux preux se lancèrent derechef à notre poursuite.
-Ils ne vont quand même pas nous tirer dessus  ces corniauds-là!
-Mais ils auraient le droit et seraient fondés à le faire, je ne sais pas si vous vous rendez compte mais c'est... c'est infiniment grave dans un périmètre d'espace naturel plafonné (P.E.N.P) et un lendemain de dépassement de seuil dépollutoire préventif (D.S.D.P) la vitesse est limitée à 27,57 kilomètres heures... et nous... nous voguons à des 275 kilomètres à l'heure.
J'avais envie de pleurer, dans quoi m'étais-je embarqué ? Ma carrière était fichue ! Letroncheur et la presse locale allaient s'en donner à cœur joie !
    Ils nous rattrapèrent seulement sur le parking de l'hypermarché Edouard Letrouble, pendant que Walter Chéchignac peaufinait son créneau je me cherchais une issue de secours ? Mais quoix ? Peut-être me mettre à la disposition des autorités et le dénoncer d'entrée comme ennemi du peuple, il n'avait pas la tête d'un qui fait son devoir citoyen et met la tête dans le sac  trois fois la semaine pour trier ses poubelles; ou bien alors tout de suite me déshonorer en leur proposant quelques pratiques autrefois tenues pour déshonnêtes mais maintenant et je le dis avec force, heureusement admises et même hautement recommandées.
-Gendarmerie nationale, sortez de là tous les deux !
Ils étaient très décidés, convaincus du caractère sacramentel de leur mission sur terre, les nouveaux templiers: l'extermination du pèlerin contrevenant pourtant quand le premier arrivé mit le casque à la fenêtre il eut un geste étonnant et comme par réflexe se mit le bras devant le visage en disant :
-Vous...  c'est vous... encore... Brigadier c'est lui... c'est le...
Le brigadier qui n'était déjà pas content de faire second, le fut encore moins en découvrant le ci-devant :
-Faîtes escuse mon... mon excellence mais c'était rapport à la remorque bâchée que les collègues qui z'étaient planqués au tournant de la Viradelle se sont mangés dans la tronche ce tantôt...
-Vous direz brigadier à vos petits camarades que c'est très vilain de se cacher, cela dénote une nature sournoise et trompeuse. Bonne après-midi messieurs. Vous venez La Gaspèrine.
J'avais réussi à ramper jusques aux caddies et sans trop rien perdre de dignité, je me redressais.
Tandis que les deux pandores bafoués retentissaient encore derrière nous  de mille imprécations :
-... tire pas Jean-Luc ou qu'on va avoir la guerre !
Walter Chéchignac me prit par l'épaule, une manie :
-Que voulez-vous dans les moments d'égarements la France a toujours chié du képi et du règlement! Aussi et c'est la troisième raison de mon attachement à Las Islas Bravados y Perditas mon cher La Gaspèrine, mon appartenance au corps diplomatique me permet de me garder loin de toute cette fliquerie surnuméraire de moralistes-serre-files, psycho-vopos, hygiénistes compulsifs et autres eschatologistes  du dimanche !
-La vie en société exige des lois.
-Et la vie en cage: des règlements, je sais. Pour résumer: d'être devenu à moitié étranger me permet, comme disent nos ennemis  anglais: de me montrer  tout à fait « gallic » et de rosser le gendarme et  me noircir en conscience quand bon me semble. Venez restons pas là !
De fait derrière nous le plus imbécile dans le grade le moins élevé des deux gendarmes, mal maîtrisé par son chef, avait commencé de tirer en l'air et de sommer les ‘sommateurs pousseurs de caddies.
-Je vais demander à notre maréchal président candidat à vie d'élever une protestation auprès du Quai d'Orsay. S'ils veulent la guerre ils l'auront et c'est pas sûr qu'ils la gagnent ces cons-là !
-Le Maréchal-Président a sûrement un excellent ministre de la Défense Nationale? Ricanais-je patriotiquement.   
-Qué défense? Vous savez là-bas c'est tout pour l'attaque... Mais trêve de géopolitique nous sommes en mission, aux grattons Spontex, mon cher, aux grattons !
 Etait-ce sous l'influence des événements de la nuit et de la matinée, moi qui détestait les foules, je me retrouvais poussant un chariot d'hypermarché, mais éveillé et alerte, attentif tel un chasseur un jour d'ouverture, Walter Chéchignac remplissait mon chariot avec tout et n'importe quoi, lui aussi avait les sens aiguisés, il était incontestablement beaucoup plus animal que moi. Il me raconta qu'il avait beaucoup voyagé au temps de sa jeunesse, avec toujours une dilection particulière pour les banlieues et les quartiers périphériques :
-Je pourrais faire un guide mondial des banlieues anonymes et des terrains vagues ...
 Et ajoutait-il, la première chose qu'il faisait partout où il arrivait c'était de visiter la supérette du quartier et de s'en  allait draguer la ménagère.
-... oui longtemps j'ai vécu d'adultères indigènes et de gaufrettes belges. Dit-il en essuyant une larme tout en nous rechargeant largement en spécialités liégeoises... Mais assez parlé de moi. Mon cher La Gaspérine, alors heureux, vos électeurs ? Ils vous plaisent ?
-Euh... teuh... beuh...
La vérité était que je les détestais déjà, rien que d'imaginer les vins d'honneurs, les inaugurations de crèches, le match de foot du dimanche après-midi, les dépôts de gerbes et le bal des pompiers j'avais envie de pleurer, de toutes les façons je ne me sentais bien qu'à Paris et méprisais la province soumise et reconduite, et tout son pittoresque, et tout son mijoté, j'étais né pour la modernitude pas pour exercer mon droit de cuissage sur la 53° Miss La Conche sur Ponche.
J'eus un soudain haut le cœur devant mon avenir peu ragoûtant et je vomis dans les petits beurres nantais.
-Oui, je vois, on peut même parler de vocation. Tenez essuyez-vous.
J'obéissais, je me mouchais aussi et quand je relevais les yeux ce fut pour découvrir le chef ‘von le Gueuzec qui trônait assis sur les paquets de farine.
-Qu'est-ce qu'il a il est malade ? Demanda-t-il à « son petit Valter ».
-Déception amoureuse. Alors chef votre filature s'est-elle bien passée?
-Bien, très bien j'ai vendu tout mes ballons et les photos sont impeccables... mais... ah mon petit Valter...
Le chef ‘von le Gueuzec tenta de se lever, y réussit enfin, fit trois pas et s'abattit dans les bras de Walter Chéchignac :
-Ah mon petit Valter si vous saviez ce qui m'arrive... mes femmes... mes femmes sont mortes ! (à suivre...)

Publié par urbane à 02:43:12 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 3 par H.T.Fumiganza | 31 janvier 2007

3.
Le 10/18
 C'était en bord de nationale, un bâtiment de style psychédélique tardif, années soixante-dix, le 10/18, qui tenait de la boîte à partouze de chef-lieu et du patronage d'arrondissement. Au bar, presque seul, plus que seul, un très grand type d'une soixantaine d'années en sombre et en veston démodé à petits revers, l'on aurait dit un croque-mort, un membre décédé de l'Institut, ou un sauveur de patrie en costume de ville, n'importe quoi d'encombrant, de  passé, de révolu, macromégale pesant, plein d'os surnuméraires, très belle figure du paléolithique, il n'était point difficile de deviner que cet animal-là braquait mal en ville et chauffait dans les embouteillages de conscience.
-Il vous rappelle quelqu'un s'pas ? Si je vous dis qu'il est natif de Bayeux. Cherchez pas c'est le fils naturel d'un général très connu dans les années soixante. Comment est-ce déjà... mais si un type qui a fait une gentille carrière dans la chansonnette patriotarde, le genre cosmique troupier, un qui levait les bras comme personne... le genre calamité agricole... ah zut j'ai tous ses disques à la maison... quand je vous dirai le nom...
-Noooon ! Non ne le dîtes pas !
Je transpirai soudain devant l'énormité de la révélation, comme nombre de mes compatriotes, j'avais fait le pèlerinage à Pigeonney les deux Gogues et visité la grotte miraculeuse:
Je murmurais :
-Vous voulez dire... le général de...
-C'est cela mâme ! D'ailleurs ici pour tout le monde c'est Gaullichon et pour les intimes seulement, dont je m'honore d'être, c'est le Chef ‘von le Gueuzec.
Le fils de grand homme se faisait manipuler à main lasse par une camarade qui n'était guère de plus de deux promotions avant lui.
Cela sentait la sueur et le linge de corps, la chaussette et le Mir vaisselle.
-Ce n'est pas un établissement que je vous recommande mais c'est ici que le chef ‘von le Gueuzec a ses habitudes. Votre moustache, elle se décolle...
Sur mon insistance il m'avait prêté une moustache d'estivant pour passer incognito:
-Essayez de faire bonne impression à Tintin.
-Qui est Tintin ?
-Le chef du bureau local des R.G ?
-Il est ici ?
-C'est le barman en string bedonnant qui est tout occupé à sa vaisselle de verres. C'est quoi ça ? Ajouta-t-il en désignant mon revers.
-Les arts et lettres. Je suis encore jeune mais j'attends le...
-J'essaierai de vous avoir un grand cordon de Los Conchidores de las Islas Bravados y Perditas, c'est rouge et très décoratif avec un petit haut tout simple ça impressionne dans les cocktails dînatoires.
-On m'a dit que le mérite agricole était bienvenue dans les circonscriptions rurales...
-Sans doute mais pour ça il faut intriguer et ce n'est pas notre genre n'est-ce pas... Mes respects chef .
-Tiens Valter quel bon vent...
Il parlait avec une autorité affectée et clapeuse de membre (sans doute encombrant) de l'institut et une voix tellurique, souterraine, vibrante et résonnante.
-La douce brise du matin...
-Il est si  tard.
-Pas loin de six heures.
-Ouh là là, je dois voir notre correspondant à La Ponche et j'ai une filature du côté de Petrose-Duirec... tiens merci mon enfant te fatigue pas va ça viendra plus maintenant.
Il glissa un bifton dans le sous-tif de la dame méritante et artiste qui soulagée, s'en alla soigner en coulisses sa tendinite et répétait sa liste des courses pour le marché.
-Il se fait tôt ! Gueula de sa voix de baryton martin le chef ‘von le Gueuzec.
-Je vous raccompagne Chef ? Proposa Chéchignac.
-Tu es gentil Valter mais j'ai la camionnette dehors. Adieu Tintin.
-A ce soir Chef.
 Sa camionnette de fonction l'attendait, splendide véhicule d'un modèle utilitaire et périmé, laqué de noir, qui annonçait en gros sur les flancs en belles anglaises dorées :
 Dartemont Soeurs
Enquêtes privées et commerciales. Filatures.
Maison de confiance . Fondée en 1856.
12, coin Maurin,12
La Marinière - La Conche sur Ponche.
 -C'est avec ça que vous faîtes vos filatures ? Demandais-je stupéfait par cette démonstration un peu trop évidente de candeur provinciale.
-Béh dame elle est toute équipée. J'ai même la stéréo et la glacière.
-Mais vous ne craignez pas de vous faire repérer. Ajoutais-je avec cet air de supériorité ricanante, vérole de conscrit que j'avais contractée dans certains établissements supérieurs autant que  parisiens, que mes électeurs me reprocheront toujours et dont je conserverai des séquelles toute ma vie, la clinique est définitive là dessus.
-Ba-ba-ba ! Les gens ne font plus attention à rien, ils sont bien trop occupés à leurs petites affaires, toutes les saloperies et les lâchetés, les égoïsmes mijotés qu'ils ont en cours.
Pour ma part je suis franc, j'annonce la couleur, je ne me cache pas plus que nécessaire.
-Quand cela s'avère « nécessaire » le chef ‘von le Gueuzec sait être un véritable Frégolo.
-Sur ce coup, tu vois mon petit Valter j'avais pensé à un petit ensemble de plage, mais pour me mettre en plagiste c'est encore un peu tôt en saison et puis je sors de grippe alors je vais vendre des ballons, multicolores, ça me payera toujours l'essence.
Il avait ouvert la porte arrière et commença de gonfler des ballons. Chéchignac lui prit la roue, ne sachant quelle attitude adoptée, je fis comme eux et nous nous retrouvâmes, tous les trois en bord de départementale à gonfler des ballons multicolores de couleur rouge, il n'avait que ça en magasin.
Le consul Chéchignac en profita quand même pour lui expliquer ma petite affaire.
-Je vois, j'espère que tu n'as pas eu trop de dégâts chez toi mon petit Valter.
Il commençait à m'agacer avec son petit Valter, ma situation était quand même plus préoccupante que la sienne, écœuré, j'arrêtais de gonfler, je manquais  décidément de souffle.
Ils l'avaient remarqué.
-Et forcément ce jeune homme s'inquiète pour son avenir. Ma foi avec Letroncheur en face il y a de quoi. Ce garçon n'a aucun principe moral seulement des principes électoraux.
Malgré tout je l'imagine mal se lancer dans des dépenses somptuaires et puis je ne vois pas comment il pourrait justifier dans ses comptes de campagne le défraiement de deux tueurs boliviens à plein temps, surtout avec tout ce qu'ils ont pu s'envoyer comme mauvais champagne cette nuit au 10/18. Toute la réserve de mousseux de Tintin y est passée et à la suite celle de liquide vaisselle. Il te les a traités grand seigneur à cette heure ils doivent encore faire des bulles.
-Vous les avez vus ?
-Je les ai croisés au buffet de la gare, ils m'intriguaient ces pékins-là et je les ai suivis jusqu'ici... un peu par désœuvrement je l'avoue.
-Et beaucoup par vocation. Et Tintin il est au courant ?
-Mais mon petit Valter tu sais bien qu'il  n'est jamais au courant de rien pourquoi il travaille aux Renseignements Généraux pour pas avoir l'air trop con en ville et être un minimum rencardé sur la marche de son affaire. Si j'avais su qu'ils étaient venus chez toi pour faire du schproum, je te les aurais réglés quand ils ont rembarqué au train de 5 heures 17 pour Paris. Pour le reste j'ai noté leurs identités, j'ai demandé à une des filles de Tintin de me passer leurs passeports le temps nécessaire, je vais me renseigner et je te tiendrai au courant.
Le Chef ‘von le Gueuzec serra la main de Walter Chéchignac, finit d'attacher ses ballons et repartit dans sa camionnette aux armes de Dartemont Sœurs. Il n'avait pas même songé à me saluer. (à suivre...)

Publié par urbane à 19:22:15 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 2 par H.T. Fumiganza | 27 janvier 2007

2.
La Maison du druide
 J'avais insisté pour faire un brin de toilette chez eux avant de me présenter à mon comité d'accueil officiel.
Ils y avaient consenti à regrets.
Il fallut faire un détour le couple La Rincée habitait en dehors de la ville en plein marais salant.
-Mon mari a abandonné le métier, trop fatigant et puis ça lui donnait soif ! Pour quoi il travaille en mairie.
-Et il n'a plus soif ?
-Si mais il a une prime. Y a plus que moi qui y travaille encore un peu aux bassins.
Sous la lune et avec la blancheur du sel, ce paysage géométrique prenait des airs de confins.
J'y mis les pieds, avançais mais le gros La Rincée me rattrapa  par le col après quelques mètres d'exploration.
-N'allez pas par là vous allez vous casser la gueule !
-Votre épouvantail... là-bas il est tombé
Je désignais une forme quasi humaine recouverte de sel et en émergeant à demi, un bras levée haut au ciel.
-C'est curieux je ne savais pas qu'il y avait le besoin d'épouvantail dans un marais salant ?
-Béh... béh mais comment don' ! Mais... mais si comme de juste ! ‘Faut bien ça pour éloigner le volatile. Me confirma la Marie Bertalot accourue fort à propos à mon secours... La Rincée va t'occuper de... de l'épouvantail, qu'on risque de rentrer tard ce tantôt.
-L'épouvantail ? Quel épouvantail !
-Mais si là-bas ! Là-bas ! Bouges-toi don' !
Il obéit l'énorme à son énergique moitié avec une lâcheté de fauve trop bien nourrie.
-Bon ben maintenant que vous êtes nettoyé monsieur La Gaspérine  y faudrait p'us tarder on nous attend à la maison du druide !
La maison du druide ? Curieuse destination.
 *
 -... et pourquoi l'appelle-t-on la maison du druide ?
-Rapport à son père Le Grand Vate qui en était un.
-De druide ?
-Tout juste, une vedette, il travaillait dans le music-hall et puis il a épousé sur le tard une américaine, très jeune et très riche et il a fait construire ici face à l'océan rapport que c'était bon pour sa concentration cosmogonique. 
-Et ce Walter Chéchignac est l'enfant de leur union.
-Le père Chéchignac avait soixante-dix ans passés quand il l'a eu, faut dire aussi qu'il est mort centenaire quand à l'autre l'étrangère elle vit toujours à Nice.
-Et le fils a hérité des dons de son père ?
-Lui il est dans la diplomatie, il est consul de ch'ais pas quoi et d'ailleurs... pensez si ça lui laisse du temps ... et puis il fait des affaires... ah pour ça il est bien serviable mais c'est un malouin !
-Un malouin ?
-Comprendre : dans le temps il aurait vécu des nègres, maintenant va savoir ce qu'il trafique.
Un malouin fils de mage  cela promettait.
Je toussotai :
-N'est-ce pas un peu compromettant que de m'aboucher avec...
-Qui c'est qui vous a demandé de coucher avec... et puis c'est le seul au pays qui aye pas peur de Letroncheur et qui veuille bien de vous, alors c'est ça ou l'asile de nuit ! Précisa avec quelque hargne La Rincée.
Dans quel pays étais-je don'tombé ? 
Je me souvenais avec un peu de ressentiment de ce que m'avaient raconté Amédée de La Branlaye et Martial Medpeux le préposé aux sondages et aux études d'opinion :
-Ce coin-là  y a plus qu'à démouler. Taux de chômage au dessus de la moyenne nationale : ça leur met la pression, terre de tradition pour l'alcoolisme et les processions :  obscurantisme et vision double. Dire s'ils croient aux apparitions et aux chiffres officiels de l'inflation ces cons-là ! Et avec ça ils ne jurent que par la pêche et l'élevage autant dire que si on leur coupe les droits à prîme et autres subventions  hasta la vista !
J'avais rendez-vous avec eux chez ce Chéchignac j'allais leur parler du pays.
 Nous débarquâmes chez lui à la nuit. C'était une énorme bâtisse musculeuse, ramassée et tapie sur son promontoire de récifs, guettant la mer comme pour lui mordre l'échine ou lui sauter au cou, cela ressemblait plus à une retraite de... de malouin, précisément qu'à une loge de druide.  
Le mauvais temps donnait dans le coin une représentation très véridique et l'on sentait dans ses fibres et sous ses pieds se déroulait l'acte vengeur.
Une gouvernante sombre, duègne en grand deuil, dentelles dans les tons et bottes jaunes de pêcheur de crevettes vint nous ouvrir :
-Bonjour Dona Chupita  je suis avec le monsieur pour monsieur Walter. Annonça la velue.
Elle prit ses aises dans le grand hall années cinquante, déposant cirés et chapeaux sur les bergères de velours rouge .
-Ils sont en bas au théâtre ils écopent. Nous annonça l'ouvreuse en m'éclairant le visage de sa torche.
Le théâtre voilà bien que ce cette demeure rappelait, un théâtre, ou plutôt l'un de ces music-halls de quartier des années cinquante, opulents, nourris de staff et velours rouge.
Le plus étonnant était que l'on s'y sentait fort bien tout de suite, oui chez soi ou plutôt comme en enfance.
Il y avait le long des couloirs des affiches du Grand Vate Chéchignac: voyant, druide, extra-lucide et lanceur de couteaux : un programme à lui seul.
Le théâtre était en dessous et taillé dans la roche, sans doute pourquoi il prenait l'eau, nous arrivâmes par la scène, quelques types en smoking mais  bottés de caoutchouc écopaient dans l'orchestre.
-Bonjour Marie c'est gentil de venir nous voir, tu m'a amené ton homme ça tombe bien les chiottes ont explosés !
La voix venait du trou du souffleur, et malgré la rampe allumée qui nous éblouissait je crus ressentir un regard.
-Vous inquiétez pas Monsieur Walter on va voir ç'qu'on peut faire ! 
La Rincée se mit au travail il se jeta même dedans les pieds joints pendant que Walter Chéchignac abandonnait l'immersion périscopique  et nous rejoignait sur la scène.
Il fit la bise à la Marie Bertalot et me serra la main sans façon :
-Bienvenue au pays monsieur La Gaspèrine, j'espère que vous vous plairez ici. Drôle d'inauguration mais enfin paraît-il que cela porte bonheur. Me dit-il en regardant mes escarpins de parachutiste mondain baignant dans une boue verdâtre et malodorante. 
-C'est de la... ?
-C'en est ? Et de la millésimée ! D'un coup tout est remonté en surface. Secousse tellurique ? Remuement océanique ? Je ne saurais dire. Dans tout les cas un véritable feu d'artifice. Il y a longtemps que j'aurais dû faire curer la fosse.Venez vos amis vous attendent on a presque fini de les dégager, les pauvres, j'avais préparé un petit récital de musique de chambre et en vous attendant je leur faisais visiter le théâtre en prévision de l'une   de vos prochaines réunions, ils ont voulu s'isoler un peu, ne vous inquiétez pas mais l'un des deux semble très choqué, c'est celui qui a actionné la chaîne.
-... pouvais pas prévoir... chialait Martial Médpeux que j'eus quelque mal à reconnaître sous sa gangue qui le faisait ressembler à un Godzilla nourrisson et repentant.
L'altiste s'occupait de lui enlever la croûte du bout de son archet tandis que la pianiste en robe du soir souquait ferme, que le chef d'orchestre dirigeait avec énergie l'andante terrassier et que le ténor officiant réclamait du papier sur l'air de « Gente, gente, all armi, all armi ! ». 
Walter Chéchignac, que je ne vous ai point encore décrit, imaginez un bel homme d'une trente-huitaine d'années qui aurait l'air de se ficher perpétuellement du monde en se lissant la moustache, Walter Chéchignac donc, me prit par l'épaule, j'étais plus grand que lui, et il m'entraîna vers les loges.
-Dîtes-moi cher monsieur La Gaspèrine quelqu'un de vos relations ou collègues vous en voudrait-il ?
-Mais... mais non, je ne sais pas... ici personne ne me connaît.
-Et à Paris ?
Je me rebiffais :
-Non. Bien entendu.
-Bien entendu, bien entendu, nous savons que votre réputation est sans tâche.
On aurait cru qu'il parlait à une chambrière qu'il venait d'engager dont il avait obtenu les meilleurs renseignements de son curé mais ... mais qu'il regrettait maintenant d'avoir choisie.
Etait-ce donc lui qui m'avait choisi ? Ce... fils de mage de music-hall, ce...
-A dire le vrai, mon cher La Gaspèrine il semblerait qu'il ne s'agit point là d'un accident.
Ma colère céda devant ma stupéfaction :
-Vous voulez dire... un attentat.
-Précisément deux livres de Semtek d'appellation contrôlé carrées sous la dunette, heureusement la charge aura basculé dans toute cette masse accumulée depuis des années sauf à quoi la grande famille des cosmonautes compterait deux nouveaux membres.
-Vous... vous croyez que Letroncheur s'amuserait à ça ?
-Letroncheur... c'est un démagogue c'est à dire l'exact contraire d'un manuel mais enfin... pour ne pas laisser la question en suspens je vous proposerai d'aller rendre visite à l'un des amis de mon père qui s'est fait une spécialité de résoudre ce genre d'interrogations.
-Vous voulez dire un... druide c'est ça ?
-Par Dieu non, non un détective privé, vous verrez c'est une personne de qualité, un ancien garde républicain, vous dire si nous sommes en confiance. Enfin que tout cela ne nous empêche pas de bien manger et bien boire.
Je n'avais pas beaucoup d'appétit je n'en ai jamais tellement eu, surtout devant de tels buffets pour retour de chasse de notables apoplectiques fin de siècle. Trois étages de charcutaille, de poulaille et de viandailles, augmentées de desserts  turgescents.
-Comment peut-on encore manger à l'aube du XXI° siècle du cervelas vinaigrette ? Cela dépasse mon entendement.Dis-je à mon voisin de table le chef d'orchestre pondéreux qui n'était autre que le Maestro belge Adrian Van Der Meuh .
-‘inaigrette? Pourquoi vous le préféreriez atomique ? Ah ! Ah !
-Eh bien voyez, j'imaginais pas que dé travailler la mierda ça puisse aussi bien ouvrir l'appétit ! Remarqua le ténor, le grand Décato Vafanculi.
J'insistais :
-Mais vous maître pour l'exercice de votre art, vous ne pensez pas qu'une certaine discipline de vie est nécessaire.
-Vous savez, moi, je braque mal dans les adagis, alors j'ai évité de m'en faire une spécialité et pour ce qui est de la discipline et de garder sa ligne je laisse ça aux bonnes sœurs et aux gigolis de palace à tout ceux qui se touchent et se gênent. 
Walter Chéchignac me regardait, avec désolation et sans trop d'appétit.
Martial Médpeu, toujours effondré, faisait des raies avec sa fourchette dans sa purée de marrons en répétant :
-... ‘est pas moi... pouvais pas prévoir... tiré sur la chaîne...
-Ah ça aussi ‘faudra vous y faire, ici c'est pas comme à Paris, on sait encore avoir faim ! Me fit humainement remarqué la velue en reprenant de la geline en croûte.        
Tout ce petit monde serviable, corvéable et artiste faisait un sacré boucan, si bien que l'on n'entendait plus la vieille gueularde dehors, la mer non pas recommencée, mais maintenant radotante et bientôt baveuse et bavouillante.
 Il était quatre heures du matin quand « le récital d'Adieux  et d'hommage à notre hôte » commandé par Van Der Meuh commença sur la grande terrasse surplombant l'océan.
La musique éveillait nos âmes, le calme emplissait nos sens, la salle était immense et la lumière d'un tact infini. Instant inéfragable.
 Nous nous quittâmes sur le pas de la porte, moi sur le même rang que notre hôte :
-Un jour Port-Saïd, le lendemain Tourcoing... la vie d'artiste... Prophétisait tel un indicateur des chemins de fer Vafanculi en consultant son programme.
-Ten v'là que ça me reprend ! Gueula Van Der Meuh. La faim et la tringlette.
-Je me suis permis de vous faire préparer des paniers pour la route. Le rassura Chéchignac. Pour le reste cher maître je ne m'inquiète guère...
-Vous avez raison sitôt arrivé à l'hôtel j'enfile mon assistante...
-Vous oubliez Adrian qu'ils vous l'ont changé... c'est un jeune homme qui vous assiste maintenant, charmant au demeurant ! Lui fit remarquer la pianiste, Mademoiselle Br... polonaise au nom imprononçable.
-Merde c'est pourtant vrai, m'ont foutu un jeune con à la place... bah à la guerre comme à la guerre, et puis c'est formateur ! Cela lui sera fort utile pour sa carrière.
-Divino Walter murmura la grande cantatrice Margaretha Coucourbitowa en rentrant  profondément sa langue dans la bouche de Chéchignac qui n'en demandait pas tant.
Sans être médisant il n'était pas difficile de deviner qu'ils ne se connaissaient pas seulement de la veille. Bref cela commençait à sentir furieusement le sexe, rien ne sent d'ailleurs plus le sexe que la musique d'orchestre, l'effort accompli en commun sans doute qui crée une familiarité d'athlète. Moi-même je bandouillais douillettement, pour ma part c'était cette Mademoiselle Br... pianiste déconcertante dont la simple contemplation de son dos nue, agissant, ondulant, expirant, souplement, m'avait troublé les sangs toute la soirée.
Leur minibus fut enfin chargée, le piano à queue, les pattes en l'air sur la galerie et les artistes sagement sanglés à leur siége comme des mômes en colonie de vacances, c'était Van der Meuh qui conduisait, c'était toujours Van der Meuh qui conduisait et c'était comme ça depuis l'enfance nous assura-t-il avec quelque assurance.
Il vérifia la tension des sandows, plongea la main dans le panier de victuailles puis dans la culotte de la pianiste, fit une drôle de moue en la retirant, se prit une claque et enfin pressé par l'horaire il démarra.
 Après avoir bien agité nos mouchoirs pour saluer leur départ, je me préparais à m'aller coucher à l'imitation de La Branlaye baillant, et de l'inconsolable Medpeu quand Walter Chéchignac me reprit par l'épaule, cela devenait décidément une habitude.
-Bien puisque nous voilà en train, mon cher La Gaspèrine nous allons pouvoir rendre cette visite utile dont je vous entretenais tout à l'heure.
-Vous voulez maintenant ?

-Bah il n'est que cinq heures... nous avons bien le temps... (à suivre...)

Publié par urbane à 00:55:02 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 1 par H.T.Fumiganza | 19 janvier 2007

1.
vé.vé.vé.taartagle.com !
 Je fus parachuté sur La Conche sur Ponche au tout début du mois de Juin, de nuit bien entendu, l'on craignait une défense opiniâtre des ultimes défenseurs de la Section locale.
J'atterris sur l'antenne du bistrot « Au Père Brouillard », glissais tout le long de la toiture, passais au travers de la véranda et pris place fort bruyamment sur une banquette de moleskine en bout de salle qui amortit éloquemment ma chute.
Malgré le bruit, malgré l'explosion des vitres, et ma tenue hétéroclite, partie costume de ville, partie toile de parachute, harnais et cordages, les trois ivrognes de faction et le patron sentinelle admirable, sans doute grisé par le devoir inlassablement accompli au long des tournées, ne remarquèrent rien et civilement le Père Brouillard, qui méritait bien son nom, vint me servir:
-C'est ben vous qui avez demandé un Saumur ?
-Euh... oui tout à fait... articulai-je en retirant les bouts de verre de ma chevelure chauve, soit de mon cuir plus tellement chevelu.
-Tiens le temps se couvre, commence à faire froid pour la saison. Météorisa le vieux père à point en contemplant sans l'apercevoir sa véranda crevé. Vous avez du jus de tomate sur vot' cravate.
Il regagna son comptoir tandis que je tentais de remettre en marche mon poste émetteur.
-Allô Charlie Bravo Tango champignons pommes  de terre appelle la base... sui' t'arrivé... heu' répète... sui't'arrivé...
-... shrruuunnk... shruuuunnnk... où z'êtes vous Charlie patate...
-‘tendez que je fasse le point... je vais vous donner ma position je répète... je vais...
-Shruunk... Mais on s'en fout de ta position donne nous plutôt ton numéro de portable eh grosse truffe! shrruuunk... shruuunk...  
De fait tout l'appareillage de cosmique troupier dont m'avait pourvu Amédée de la Branlaye, le chargé des circonscriptions au parti m'apparut soudain, hors de saison et superflu, je livrais à mon correspondant le numéro attendu et sortit mon téléphone portable, tout mon être aiguisé, aux aguets en ce pays hostile, quasi ennemi.
Il ne se passa pas trois minutes avant que l'appareil ne sonnât et que ne surgissâssent devant moi trois cirés jaunes hilares.
-Ah béh le v'là ce con dit le plus massif !
Tandis qu'une militante velue se précipitait vers moi une mallette à croix-rouge de premiers secours à la main.
-Ah j'ai bien fait de prendre la trousse à pharmacie... on était au rendez-vous, on a entendu l'avion mais quoi vous n'avez pas vu nos feux dans la clairière ?
-Non le pilote n'était pas très aimable, il a dit qu'il ne voulait pas perdre son temps et je crois bien... mais je me souviens mal à cause de la chute... enfin oui il me semble qu'il m'a poussé dehors...
-Il vous a jeté comme ça n'importe où ? Ah c'est bien des parisiens ça ! ‘tendez  ‘va' vous soigner... me rassura la velue.
-Pu... pu... purquoi je suis blessé ?
-Tiens don' regardez vous plutôt dans la glace là-bas, vous êtes pas beau à voir !
Je me regardais, j'étais non seulement blessé mais ridicule, mon costume et ma cravate en haillons enroulé, emmailloté dans la toile du parachute comme en des langes de nouveau-né, mon attaché case pendant ouvert et répandu, le tout baignant dans ma sauce d'écorché.
-Qu'est-ce y z'ont besoin de nous envoyer des parisiens ces cons-là ? C'était le massif armoricain qui avait tonné. Il semblait s'être spécialisé dans les réflexions de bon sens proférées sans hygiène de bouche à l'endroit des parisiens.
Mais le bon sens provincial ne m'impressionnait pas plus que les odeurs corporelles.
-Ecoutez-le pas il est un peu déçu parce que lui il en avait pour Letroncheur comme pas mal de chez nous. Il travaille à la mairie et dans le temps il lui faisait le chauffeur. Me susurra la tendre poilue qui me soignait et m'enveloppait de coton et de bandes velpeau.
-Chère Madame...
-Appelez-moi Marie... Marie Bertalot...
-Chère Marie s'il me fallait écouter tous les imbéciles du pays je n'en finirais pas!
-Je dis pas pour çui-ci vu que c'est mon mari, La Rincée qu'on l'appelle dans le pays, mais pour les autres il faudra, c'est un métier vous savez, pour ça Lulu y savait y faire.
-Lulu, quel Lulu ?
-Le Lucien Boitel... votre prédécesseur... quel dommage... son accident...
Le sus-dit Boitel Lucien, représentant des (basses) côtes du nord s'était benoîtement estronché contre un calvaire en revenant d'une sauterie électorale. Belle mort laïque et républicaine face à la réaction cléricale la plus érective.
Dans le parti auquel j'appartenais l'Union pour le Rassemblement, il était membre comme moi du courant majoritaire: le Cercons (Cercle Européen Républicain Consternant et Social), le bureau directeur ayant décidé de remplacer poste pour poste, après moult détours et retours l'investiture du Parti m'était revenue au grand désappointement du régional de l'étape et député le déjà nommé Jean-Pierre Letroncheur qui depuis ne décolérait pas et fomentait au su et au vu de tout le monde un coup de force contre ma candidature.
-Venez maintenant on va vous évacuer vers un endroit sûr, il faut pas qu'on sache que vous êtes déjà en ville.  
-Et pourquoi don' je vous prie ?
-Rapport à ce que les types de la Section ont dit s'ils vous trouvaient z'en ville: y n'ont promis de vous enfermer dan' h'un casier à zomards et de s'en aller vous mouiller au large ! Précisa en rigolant le gros va de la gueule dit La Rincée.
Se rincer il savait faire c'était se laver qu'il ne savait pas.
-Z'alors partons mon cher!
N'ayant aucune envie de prendre la mer par un temps pareil je me ralliais à la proposition d'un repli tactique sur des bases que j'espérais préparées de longtemps à l'avance... (à suivre) 

Publié par urbane à 00:03:11 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

(Gros) Lard Premier Suite et Fin | 29 décembre 2006

(Gros)Lard Premier 2/2 par G.M.Néoletto 

Le sorcier se penche sur mon camarade, lui tâte le ventre, lui ouvre la gueule et dit :
-Distrentetroisjetepleasemonpote !
-La-bré-té-lla ! Murmure faiblement Jésuilto.
Le sorcier s'agenouille prés de lui et approche son oreille du visage, rutilant et comme énervé et presque en colère, de l'indien qui lui murmure encore quelques mots avant de défunter très sobrement.
Vraiment quelle dignité chez ces indiens !
-Pauvre garçon? Constaté-je
-Putain mais vous êtes français ? S'exclame le sorcier dans un parisien très pur.
-Euh oui... en effet... Jean-Jacques Beursec je suis chercheur associé au CNRS
-CNRS-SS ! Non rien c'est une saillie. Choupard Marcel du Muséum... enfin maintenant je dois être rayé des rôles... longtemps que j'ai pas eu de nouvelles des collègues...
Je demeure, stupéfait, sans quoi je crois bien que je crierais de joie mais ma rigueur scientifique me commande de recouvrer mon sang froid, je regarde ma montre il est 19 heures zéro quatre heure GMT nous sommes le premier Avril 2008...
Choupard, lui, ajoute en contemplant mon porteur hors d'usage.
-Ses derniers mots ont été pour vous, il a dit :  « Ce con-là a raté la bretelle de sortie le troisième jour ! C'est vrai que c'est couillon ça vous aurait évité cinquante-trois jours de marche et votre collé que aurait pas claboté...
-Ce n'était pas un collègue mais seulement un porteur.
-... vous voyez l'échangeur en béton sur l'autre versant c'est moi qui l'ait fait bâtir, c'est mon côté vieux scout il faut que je m'occupe les mains et que j'aide le monde avec ça on est direct.
  Je me re-stupéfie sur place (il faudra que je surveille cela, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude pouvant entraver mes observations du milieu et tout ce genre de choses.)
-Vous voulez dire que vous avez désenclavé l'une des dernières tribus indiennes originelles !
-Eh ouais on s'est donné bien du mal. Et des fois on se demande si ça a servi à quéque chose... regardez ces types de « l'équipamenté » ! Ça fait des années que je leur dis de te me foutre un panneau ! Ah on est bien con de se donner du mal pour tous ces cons-là !
Du mal il s'en était donné, il tenait absolument à me faire visiter le village et « ses installations ».
 

A la stupéfaction succéda la plus complète désolation, Marcel Choupard avait fait des derniers représentants de la grandiose civilisation Chochoptiméque des beloteurs en marcel, cirrhotiques, boulistes et franchouillards, vrai on se serait cru dans un reportage en Gévacolor sur la France des années cinquante avec l'épicerie-buvette, la station-service Azur, le bar-tabac, le charbonnier en noir et le crémier en blanc, la boucherie chevaline qui débitait du lama à la strogonoff et la boulangerie, et les concierges à spécialités... et les ménagères au milieu de leur marmaille et les odeurs de soupe aux choux et...  
-Mais c'est délirant il manque qu'un PMU et ce sera complet! Me stupéfiai-je une troisième fois dans la journée (oui je sais cela devenait inquiétant et pas tellement éthique.)
-Mais on l'a le PMU, on parie sur les courses de lama, c'est la grosse poilade y vont jamais droit ces bestiaux là, y a pas plus con qu'un lama. Attendez que je vous raconte. Le sorcier quand je suis arrivé un vrai sâle con çui-là, il pensait qu'à une chose c'était sacrifier le monde, vrai incroyab', son truc c'était les belles-mères, il disait qu'elles avaient le mauvais œil, bien simple il en restait que deux et elles se planquaient dans des grottes vous imaginez l'effet sur la natalité béh dame elles réfléchissaient avant de marier leur fille et de virer ennemi du peuple ou bétail à sacrifice. Il a ouvert un bar-tabac-PMU à la sortie du village, c'est son fils Jacky qui le tient. Gentil le Jacky, bien brave, un peu lunaire... comme son père mais brave.
-Mais... mais ils portent tous des prénoms... européens ?
-Au début je m'y retrouvais pas dans les Thésualpalmal et les Chlomosapchopec... alors j'ai fait venir un brave curé parisien le père Laviole et il te les a baptisés à tour de bras, c'est pas que j'y crois , à titre personnel je suis libre penseur mais c'est quand même plus commode pour s'y retrouver, tu trouves pas ? On se tutoie entre collègues. Sinon tu peux m'appeler l'ancien ou le père Choupard c'est comme ça qu'on m'appelle ici, allez viens on va se prendre l'apéro... tiens chez Jacky tu feras connaissance. 
 


Mes observations se ressentent, je le crains, de cette déambulation guidée à travers les commerces de la ville, le Jacky en question nous sert une vieille prune qu'il tient de monsieur son père, pour lequel il semble garder un réel attachement, et qui est faite de cancrelats écrasés et... d'autre chose, partout le Père Choupard est fêté et les consommations ne sont jamais pour lui. Quelle déchéance ! Quand je l'interroge sur la civilisation Chochotptiméque dont il demeure malgré tout le meilleur observateur et historien il me répond par des calembours ou des aperçus de chauffeur de taxi rassis :
-Quoi le mou tu m'emmerdes avec ces histoires de mou ?
-Je disais que de fait et d'après vos ouvrages dans la civilisation Chochotptiméque tout tourne autour du mou, le Guchu ! Guchu ! Le questionnement du mou est primordial, fondateur et quelque peu castrateur.
-Oui quelque peu ! Tu l'as dit mon pote Guchu ! Guchu ! Et puis le mou tous les jours ça va bien, on est pas des greffiers non plus ! Un steack-frites de lama ça ouais d'accord !
-Mais enfin qu'est-ce qui a bien pu pousser un scientifique tel que vous à leur faire sacrifier leurs si magnifiques traditions ?
-Magnifiques, non mais vous rigolez, des sauvages voilà ce qu'ils étaient ! Ils en foutaient pas une rame, passaient leur temps à se mesurer la bite et à se livrer à des jeux de cons : leur Foutbolec manière de foutebale néolithique c'était avec une tête de belle doche qu'ils le pratiquaient... des vicelards et des bons à foutre. Avec ça un flicage permanent et bien entendu ils se choisissaient le plus dégueulasse comme chef. Et le sorcier chauve de huit heures qui tous les soirs faisait son allocution présentait les nouvelles du jour, en trafiquant les choses pour faire monter la pression sur tel ou tel pauvre type ou le village voisin.
La civilisation Chochotptimeque une belle saloperie oui ! Un pays de cannibales, ils bouffaient leurs nouveau nés, butaient les vieux.  Leurs dames  passaient la matinée à raconter des saloperies devant la machine à café... ouais je veux dire la machine à battre le mou elles se tenaient comme des putes prétentiardes et n'élevaient pas leurs mômes, les hommes ne foutaient rien, z'étaient tous devenus moitié tarlouzes, moitié gendarmes, se réunissaient tous les samedis soir pour mater le spectacle des sacrifices humains, mangeaient de la merde et passaient leurs soirées le nez dans les ordures à trier leurs poubelles... leurs fistons... enfin ceux qu'ils avaient pas butés à la naissance, fumaient des plantes hallucinogènes et bouffaient des champignons qui l'étaient pas moins en se trémoussant comme des sauvages tout le véquende alors qu'ils avaient des hectares d'un magnifique tabac meilleur que du Havane qui poussaient tout seul mais que les sorciers avaient déclarés tabous ! 
Non rien de respectable là-dedans !
Moi pour les faire changer je leur ai préparé la rouste du siècle j'ai fait monter la pression avec une tribu des bords du lac : les indiens Braouzec c'est des marins de la montagne, c'est dire s'ils ont du poil aux dents, mes bonshommes ils ont voulu jouer les caïds et ils se sont fait torcher dans la largeur, il a fallu se calter recto et j'ai établi le village ici, mais les règles c'était moi qui les donnait, le culte du mou finito...
-Et alors ?
-Alors ils se sont mis à chier dur !

 


Je compris alors qu'il me fallait pour sauver la civilisation Chochotptiméque la débarrasser de la funeste influence de cet apôtre de la franchouillardise la plus repoussante.
-Mais vous n'avez pas envie de revoir votre épouse ?
-Ah tiens elle vit toujours cette conne ?
-Elle a milité toute sa vie, c'est une femme remarquable, une combattante, une...
-Une emmerdeuse ! Quelle chieuse ! Pour ça que je suis pas revenu en 58 ? A l‘époque elle était stalinienne plein temps ! Qu'est-ce qu'elle a pu m'emmerder avec sa conscience de classe celle-là !

-Et revoir votre village natal ? Vous avez encore de la famille...
--Ah je dis pas revoir Saint Gonfflant c'est tout à côté de Ploermel ! De là que je viens. J'y ai encore ma sœur, le beau-frère... Mais d'un autre côté il paraît que ça a bien changé le pays, le père Gondelec qui vient le dimanche pour la messe, lui qui a succédé au père Laviole... ouais je te disais y me rapporte des Paris-Macheux, ça me fait plus tant envie la France ! Cela ressemble plus trop à rien hein ?
-Le progrès des esprits et la modernitude.
-Si je comprends bien ici y faut pas toucher aux traditions mais là-bas y faudrait les piétiner et chier dessus ! Pas logique ton truc mon p'tit pôte... Jacky remets-nous ça c'est le CNRS qui paye !
 
 


A force d'intrigues administratives et par des moyens aussi détournés que compliqués (Jacky le fils du sorcier me prêta son téléphone portable) je parvins à éloigner Choupard du village et à le faire rentrer en France.
Si tous les habitants vécurent son départ comme un déchirement je compris très vite que je possédais en Jacky un allié fidèle et tout dévoué à mes desseins qu'il partageait d'enthousiasme : remettre la civilisation Chochotptiméque sur les rails millénaires qu'elles n'aurait jamais dû quitter, lui faire retrouver ses usages, sa fierté, ses traditions.
Jacky me montra les dépôts clandestins de son père où le vieillard nostalgique avait remisé appareils à battre le mou, pése-couilles ornés, tronquezobs sculptés et couteaux à égorgement, des objets magnifiques et qui témoignaient encore de la... oui de la vitalité de la civilisation Chochotptiméque.
Après quoi il reprit son véritable nom : Pédzoltec ce qui en Chochotptimec veut dire : le fils de celui qui nous casse les bonbecs.
 


Puis peu à peu après nous être débarrassés des zélateurs les plus bruyants du père Choupard par quelques sacrifices humains bien spectaculaires en praïme taïme  de soirée nous imposâmes le retour aux traditions les plus remarquables de la civilisation Chocotptiméque et en particulier le tri des poubelles, rite initiatique s'il en est et qui marque le passage de l'homme adulte au con manipulable.
 



Après quoi et afin de faire taire les dernières réticences nous décidâmes avec Jack... pardon Pedzoltec d'attaquer une tribu voisine, les Guilvinecs du haut plateau. Malheureusement ils étaient en train de regarder le foot à la tévé quand nous arrivâmes à poils tout repeints en guerre et la lance à la main et rendus furieux par notre intervention, peut-être un peu précipitée, je le concède, à tout le moins intempestive,  ils se mirent en colère et nous repoussèrent avec leurs fusils de chasse Blazer full chokes.
-La prochaine fois on regardera le programme tévé avant ! Concéda Pédzoltec qui parlait  et saignait du nez maintenant comme un vrai chef.
 

A la suite il y eut des plaintes et il nous fallut fuir la policia en s'enfonçant dans la jungle, les vivres manquèrent, nous bouffâmes les nouveaux-nés et nous allions entamer nos provisions de belles-mères, mais alertées sans doute elle aussi par la tradition orale elles s'enfuirent dans des grottes dans la montagne.
Nous nous réunîmes avec Pedzoltec et deux  guerriers :
-Ce qu'il faudrait maintenant pour redonner le goût de se battre aux guerriers Chochotptimecs ce serait...
Mais j'avais deviné sa pensée et je l'approuvais :
-... un bon plat de mou !
Et il m'assomma trés proprement avec sa hache en pierre.
 
Quand je me réveillais les femmes avaient sortis les appareils à battre le mou et je barbotais dans une marinade très épicée et odorante, une certaine exaltation me gagnait et me réchauffait le coeur, à moins que ce ne fut le bouillon que l'on avait allumé sous ma marmite en terre foulée, je parvins néanmoins à murmurer encore à Pédzoltec venu recueillir mes dernières paroles car telle était la tradition :
-Surtout... surtout pas de bouquet garni dans le plat de mou... c'est une invention de missionnaire !
 
Fin des observations.

Publié par urbane à 06:19:14 dans / (Gros) Lard Premier | Commentaires (0) |

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