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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Walter Chéchignac par H.T.Fumiganza | 17 mars 2007

9.
Re-Les sœurs Dartemont.
 C'était visible qu'il la regrettait sa casemate de tir, son confessionnal à double oeilleton le Walter Chéchignac. Il regardait les nièces et sœurs Dartemont à la sournoise.
Tout de suite l'église s'était remplie, c'est qu'il n'y avait pas que les sœurs Dartemont et leurs mômes, il y avait aussi deux maris supplétifs, à notre grand et viril désespoir. Deux maris marqués sur l'état des stocks, et qui ne demandaient sans doute pas tellement à être mis en ligne, le genre cadre supérieur bien formé, bien noté, intelligent, père de famille, officier de réserve mais qui raterait perpétuellement la dernière marche à cause de sa réserve et de sa famille, sans exotisme aucun donc, sans culpabilité prouvée non plus.
Je pris sur moi, de les conduire à l'autel, soit devant les bières.
-Et deux bières à suivre, deux ! Commenta Jean-Pierre en agitant son torchon.
Je leur présentai la première ligne, les notables, dont le Chef ‘von le Gueuzec et monsieur le Consul  Général Walter Chéchignac, qui bredouilla, je n'invente rien, il était encore subjugué par l'apparition et ne vit pas même que l'un des petits garçons venait de lui visser sur son pantalon à hauteur de braguette un cornet de glace désaffecté qui lui faisait un nez de clown en partie basse.
Et puis il y avait ce parfum dont m'avait parlé Walter, c'était vrai les sœurs Dartemont anciennes et modernes, vivantes et défuntes exhalaient un parfum d'inédit et de sensualité puissants.
 Nous passâmes au salon... pardon au cimetière, la chapelle des Dartemont avait encore belle allure avec ses deux fausses cheminées et ses fenêtres en dentelles, transatlantique haut sur l'océan même si la gîte, arthrite des vieux paquebots, commençait de se faire sentir.
Le plus surprenant était sur les inscriptions l'absence complète de prénoms masculins.
-Etonnant le nombre de génération de sœurs Dartemont qui se sont succédées, elles vont toujours par paire, vous les avez comptées ? Demandai-je à Chéchignac qui s'en fichait bien.
-Euh... pardon... les sœurs eh bien oui elles sont deux...
Il fallut leur faire une place puisque maintenant, grâce aux talents botanisateurs de la gendarmerie, elles étaient à nouveau au complet. Le fossoyeur était à peu prés saoul, avec son aide qui partageait toutes ses convictions et rajoutait à l'occasion sa tournée personnelle, il essayait de mettre de l'ordre là-dedans, comme un quincaillier un jour d'inventaire, il cherchait dans les réserves, ressortait les invendus et renversa enfin l'un des plus vieux cercueils qui tel une bûche sèche se fendit en deux par le milieu, laissant voir une morte de 146 printemps en dentelles désuète quoique encore parfaitement conformée de chair et dégageant ce même parfum affolant.
 *
 
Nous nous retrouvâmes tous au 12, coin Maurin, dans l'immeuble de l'agence Dartemont Soeurs où Maître Jeanneton devait procéder à l'ouverture du testament, n'y étant point convié, à la différence du Chef ‘von le Gueuzec et de Walter Chéchignac, je patientais en visitant les bureaux de Dartemont Sœurs.
Cela respirait l'humidité, la province bien conduite et le grand siècle... de l'industrie. Rien n'avait sans doute beaucoup changé depuis l'ouverture, 150 ans auparavant, ah si, on avait installé l'automatique à cadran et l'éclairage électrique par lampes à incandescence.
Surtout, et c'était pour moi une grande tentation, ici l'on pouvait se perdre, trouver l'anonymat, ne plus être familier de quiconque hors de soi, et vivre, et l'âge vous recouvrait comme la neige borde et pardonne le voyageur égaré.
Les mômes avaient déjà pris possession de l'immeuble, ils montaient et descendaient les étages criards et vengeurs.
Les maris étaient tricards comme moi et n'avaient pas été invités au tirage.
Je me rapprochais du cruciverbiste. Il faisait des mots croisés en gilet de laine, et soignait à l'occasion, avec une abnégation admirable et sans discrimination aucune les avaries de genoux, les plaies d'âme et les écorchures diverses de toute la progéniture Dartemont mêlée.
-Jean-Marie La Gaspèrine.
-Marcel Belcourt.
Il était charmant, ingénieur chimiste de vocation, il travaillait chez Proctel & Gambler, division armement ménager, à la mise au point de lessives neutroniques et de défoliants de surfaces de nouvelles générations.
J'en appris très vite assez sur le sujet pour faire le vœu solennel de ne plus laver mon slip qu'à la main et au savon de Marseille.
-Dîtes-moi Marcel vous croyez que vous pourriez trouver la cuisine, j'ai besoin d'un bon café.
C'était l'autre gardien titulaire des sœurs Dartemont qui venait de couper court à notre conversation.
-Jean-Marie La Gaspérine.
-Hulme de Chambeulac très heureux.
-Je vais vous conduire à la cuisine, si vous voulez.
Je n'avais bien entendu pas la moindre idée d'où elle se trouvait mais cela ne l'empêcha pas de me suivre fidèlement de la cave au grenier, avec retour en rappel par la terrasse.
-... je voulais vous montrer l'océan.
-Difficile de passer à côté ici, non.
C'est vrai il était agaçant mais j'imaginais qu'à Paris je l'aurais jugé très fréquentable et peut-être même utile.
-... La Gaspérine... vous êtes parent avec l'écrivaine ?
-C'est ma mère.
-Mais alors vous êtes le fils du Président Régis Cardemeule ?
Il connaissait les classiques du répertoire... d'adresses parisiennes.
-Eh oui. 
-Ah bon et qu'est-ce que vous fichez don' ici ? Vacances ?
-Etudes plutôt ne le répétez pas mais je prépare ma campagne électorale, je me présente à la municipalité.
-Ma foi pourquoi pas, l'électeur doit bien venir dans le coin.
-Comme partout il y faut des soins et de l'arrosage.
Il rit sur deux temps, tourna le dos à l'océan et trouva en trois pas la cuisine introuvable.
 Sa conversation était tous comptes faits bien moins enrichissante que celle du parfait petit chimiste, c'était un parisien comme j'en avais tant connus, avocat d'affaire, prétentiard, salonnard, un pue la laque mondain, une parfaite utilité, qui raccrochait son wagon dés qu'on le sifflait et faisait le petit train, l'omnibus sur les voies secondaires des affaires et de la politique.
Après tout je faisais partie comme lui et au même étage de la domesticité de la République, mais moi j'avais de réelles espérances alors que lui n'avait plus que de doux espoirs. 
 Enfin Walter Chéchignac  sortit du bureau et il m'entraîna par le bras vers les doublevécés, tout allait par paire ici, je l'ai dit.
Il nous y enferma, tira la chasse d'eau et s'ouvrit à moi :
-Elles sont givrées, les frangines, elles veulent reprendre l'agence de leurs grandes tantes...
-Et vous n'êtes pas satisfait ? Je croyais que vous en teniez plutôt pour la tradition et tout ce genre de choses ?
-Mais enfin mon petit vieux, elles n'y connaissent rien, elles sont... charmantes certes, mais vous voyez deux mères de famille dirigeant une... une agence de détectives privés !
-Je vous étonnerai, mais je n'ai pas trop de mal à l'imaginer. Une affaire provinciale, les histoires de cocu et de comptable félon, cela s'apprend vite non ?
-Il est bien question de cela, il n'y a pas que cela, Dartemont Sœurs c'est... enfin c'est une très vieille maison familiale avec un réseau de correspondants de confiance souvent reconduits de père en fils, je vous ai dit que j'avais des intérêts dans l'affaire, ces demoiselles étaient les héritières d'une certaine tradition française de discrétion et d'accommodement bref elles savaient se rendre utiles et sortir quand c'était nécessaire de ce tout-venant de façade, vous me comprenez La Gaspérine ?
A dire vrai non, je ne le devinais pas mâme, je risquais un :
-Vous voulez dire que c'était des putes ?
-Il n'a rien compris ! Encore qu'à l'occasion... mais ce n'est pas là la question: je veux dire que l'on pouvait leur confier sans crainte certaines affaires plus importantes ou délicates que la chasse au VRP suborneur de bourgeoises.
-Ah oui, mais... mais le Chef ‘von le Gueuzec qu'en dit-il ?
-Elles lui ont proposé de rester et même de lui voter une augmentation.
-Et alors ?
-Il a refusé l'augmentation mais accepté de rester quelque temps pour... « pour les mettre au courant »... ‘manquerait plus que ça !
Là j'avais compris et je jetais triomphant toute ma mise sur la table :
-Au courant de vos affaires malouines cher Valter ? 
Walter Chéchignac se redressa, tapota mon épaule à la manière d'un cavalier faisant ses Adieux à son cheval tombé, me balança un regard hirsute et décloué comme un juron de sorcière, recula de trois pas, écarta le pan de son veston ... et j'eus soudain très peur.
-Mais... mais... mais... tout ça ne me concerne pas bien sûr !
Il renonça, aussi vite, je ne sais à quoi et souhaite ne jamais l'apprendre, il me sourit et revint à lui et vers moi :
-Vous en êtes bien sûr, à la sortie de l'école, vous avez bien été en poste en Afrique à la Banque d'Investissement Concussionnaire de l'Est Africain...  B.I.C.E.A  pour les intimes ?
-Oui, oui sans doute... mais je vous avouerai que durant ces trois années je n'ai trop rien compris à ce que je faisais là-bas et ce qu'était mon emploi... et s'il avait mâme une quelconque utilité...
-Et bien un jour, si vous avez le temps je vous expliquerai combien vous avez été utile.
Je venais de comprendre que le consul d'opérette était un véritable diplomate et sans doute même autre chose de plus...   discret et contaminant. (à suivre...)

Publié par urbane à 03:08:55 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 8 par H.T.Fumiganza | 10 mars 2007

8.
Chez Jean-Pierre...& Fils.
 La pluie fut très bien, le curé beaucoup moins. Il voulait qu'on l'appelle Jean-Pierre, aussi le Walter Chéchignac, qui bien que représentant d'une démocratie (fort peu démocratique) populaire (et tout autant impopulaire) me semblait dans l'ensemble d'un tempérament passablement réactionnaire, lui donnait du « Monsieur l'abbé » à n'en plus finir.
L'enterrement se passait au naturel comme en province. La seule note triste était l ‘absence de la famille des sœurs Dartemont hors le grand mâle boisé.
-Je comprends pas, j'ai prévenu les petites elles devraient être là !
Il s'inquiétait le chef ‘von Le Gueuzec, libre penseur, il ne professait qu'un culte, celui des convenances. 
Jean-Pierre avait emménagé vers les années soixante-dix et meublé sa petite église gothique dans un goût astucieux pas cher, c'est à dire qu'il avait arraché tout ce qu'il pouvait arracher, monté en étagères les sarcophages mérovingiens, installé des néons partout et une cuisine intégrée prés de l'autel, avec un lave-vaisselle pour faire la vaisselle eucharistique et un four à micro-onde où réchauffer les Hosties, il avait découvert qu'elles étaient bien plus digestes comme ça et moins caloriques :
-Vous devriez essayer avec de la tomate c'est encore meilleur mon père et ça enlève le petit arrière-goût. Lui fit remarquer  Walter Chéchignac qui lui en voulait un peu de saccager avec ses croquenots d'imbécile et sa bonne conscience en lin cordé des Vosges une part, la plus rêveuse mais non la moins active, de sa jeunesse.
-Ah vous aussi vous l'avez remarqué... l'arrière-goût, ça me fait ça depuis quelque temps déjà et c'est pas notre fournisseur, il livre tout le diocèse et il y a que chez moi qu'il y a cet arrière-goût de brûlé, j'en suis à me demander si je vais pas les remplacer pour la messe du matin par des chipsters Belin... goût béconne... allégés s'entend... surtout que ça attire des curieux et des connaisseurs le petit goût de brûlé et toutes les vieilles superstitions ressurgissent, on connaît le pays ils vous cloueraient sur la porte du presbytère comme un rien ces ânes-là !
-Et le confessionnal mon père ?
-Le confessionnal, je l'ai mis dans la cour, il sert de clapiers aux lapins. Pour ce que ça sert ces trucs-là de nos jours!
Il fallut toute la mâle énergie du Veuf Double pour empêcher Walter de se payer Jean-Pierre.
Pour le reste, par souci œcuménique il sous-louait sa crypte à des bonzes de Ploumanac'h  qui tapaient avec un balai quand il faisait trop de bruit pendant l'élévation et son jardin de curé aux adorateurs de la fraise cosmogonique de Plougastel.
Sur l'autel il avait posé une toile cirée à grandes fleurs, c'était quand même plus commode pour desservir et mettre un coup d'éponge à la suite.
Dona Chupita en voyant cela, se signa une quinzaine de fois à toute vapeur, et donna un grand coup de coude à Walter Chéchignac qui, fort à propos, fit:
-Oumph !
-Ché mierda ! ‘è troppos stoupidos !
Comme elle était du genre à payer comptant, Dona Chupita en guise de mortification quitta l'église sur les genoux et retourna comme ça à la maison, c'était toujours un taxi d'économisé.
La messe se poursuivait sans elle, et chaque fois que Jean-Pierre disait Jésus a dit, il fallait se tourner vers son voisin et se taper dans les mains, tout allait de ce pas médiocre et processionnaire quand elles entrèrent.
-FoutreDieu ! S'oublia le Chef ‘von le Gueuzec en les reconnaissant.
Walter Chéchignac tomba dans une manière d'extase collégienne, l'âme comme investie d'une lumière surnaturelle, enfin c'était peut-être les néons qui faisaient ça, dans tout les cas l'assistance mâle partageait son émotion, il n'y avait que Jean-Pierre qui ne se rendait compte de rien et continuait de nous mouler une tourte sur la cause sacrée de la lutte contre le tabac et l'insécurité routière réunis, le Bossuet du journal de vingt heures auraient pourtant pu s'illustrer en chaire:
-Ces demoiselles Dartemont sont mortes ! Et par Jésus crucifié et par le Dieu vivant ces demoiselles Dartemont nous sont ressuscitées !
Car les sœurs Dartemont étaient là ! Et elles étaient venues rajeunies et en nombre, il y avait bien une demi-douzaine de mômes autour d'elles, des mômes enchocolatés et ligueurs, solidement et de longtemps établis dans le bonheur.   ( à  suivre...) 

Publié par urbane à 03:46:31 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 7 H.T.Fumiganza | 04 mars 2007

 7.
Letroncheur devant l'histoire... et à droite du local à poubelles.
 J'étais entre La Branlaye et le Martial Medpeu, une idée du crétin dernier cité que de nous déguiser en barbus et de nous envoyer au premier métinge de campagne de l'ennemi pour étude et édification:
-Il paraît que c'est quelque chose ce type dans une réunion publique ! Béaient-ils déjà tout prêt à mouiller leurs culottes devant l'idole des Basses Côtes du Nord, une vraie groupie.
-Sans compter, ajouta pédagogue Médpeu à mon intention, que cela vous permetttra de faire connaissance avec l'électeur.
Qu'il prononce seulement encore un fois ce mot et je lui vomissais dessus le demi de bière et l'andouillette poilue que j'avais dû me farcir au buffet de la gare après la réunion du bureau de la section locale du parti, les loyalistes, ceux du moins qui n'avaient pas fait sécession et qui était menés par La Bertalot.
Il entra enfin, la sono était à fond et jouait « La gagnure. » le dernier tube du grand Jaunie, des projecteurs tournaient autour de lui, il était grand, pesant, mais là il sautillait d'aise et puis il bougeait les bras, histoire de pas se faire un claquage à son V gaullien inaugural.
Il se laissait touché, peloté, emmené par la foule, il faisait un bout de chemin avec elle avant que de se faire propulser par elle sur la scène à la manière d'un maillot jaune facile qui enroule dans une étape de plaine.
Il était sur scène, maintenant, se refit homme de bien le caressant, rassurant pour saluer la rangée d'adjoints, de notabilités, qui tous craignaient un peu qu'on leur lâche les chiens, pas trop rassurés quand même devant cette meute de cons à fourches bref d'électeurs en puissance.  
Letroncheur se retourna, et leva les bras enfin, petite grimace soudaine qui me réjouit l'âme, il n'était pas assez chaud, il s'était fait mal, mais non il re-re-sourit et commença d'en raconter, sur moi bien sûr :
-... ce petit monsieur parisien qui veut mettre ses escarpins de cour dans nos bons vieux sabots concho-ponchains...
-Trop littéraire ! Jugea La Branlaye.
Bien heureusement, on l'aura compris la littérature ne dura pas longtemps, très vite il mit le feu à sa chemise en allumant une cigarette, il n'avait aucune hygiène de vie et ne craignait pas même de blasphémer contre la sainte écologie apostolique et berlinoise et toutes les choses du Culte, et les gens gueulaient et soufflaient tous ensemble  pour l'éteindre comme ils auraient faits devant un gâteau d'anniversaire, il s'aspergea d'eau et chacun de s'essuyer le front, il se laissa tomber dans la foule et la foule unanime, élastique et complice le renvoya sur le ring,
-Le-Tron-Cheur-Le-Tron-Cheur-Le-Tron-Cheur-Le-Tron...
-Putain je les aime ! Je veux les baiser ! Gueulait-il en balançant son veston.
Alors il replongeait dans la foule et cette fois la foule consentait,  il sortait sa bite et il rentrait là-dedans, je l'ai vue de mes yeux, baiser une foule, d'estoc et de taille, avançant là-dedans, ange exterminateur, fornicateur et pacificateur, il ouvrait une voie dans la foule vierge, la voie Letroncheur, c'était de la folie, à côté de ça un concert des Rollingues Stones ressemblait à un thé de chaisières ou une séance de loto chez des retraitées de La Baule, on était dans le Sabbat, la grande transe, le culte vaudou d'arrondissement, des femmes sacrifiaient des coqs, d'autres se foutaient à poils, les prolétaires descendaient les bretelles pour tringler de la tricoteuse, c'était beau c'était républicain, la démocratie des grands ancêtres enfin proclamée: la partouze universelle sous les yeux de l'être suprême c'est à dire du pompier de service.
Enfin il revint sur scène, à peu prés rhabillé, survivant de sa propre connerie, le pantalon baillant, la chemise plombée, laissant voir son cul et un bon bout de son âme :
Alors il leva les bras en l'air comme prévu et gueula :
-Concho-ponchains... je vous l'ai bien mis !
Et en face la déflagration, le départ de flak et une ruée d'applaudissements qui emporta la tribune comme un tsunami japonisant.
    Quand nous en ressortîmes, vivants mais encore égarés par les derniers coups de sono qu'ils avaient balancés sur nos arrières et en particulier une Marseillaise que l'on aurait facilement  pu requalifier en voies de fait, la Branlaye me dit avec quelque reproche en empochant sa barbe : 
-Ah certes... ah je vous avais prévenu que ce n'était pas gagné d'avance, ah ce n'est pas une circonscription facile, il est très bien implanté, n'est-ce pas, et puis il travaille le terrain, vous avez vu comme il laboure...
-La bourre ? Oui, oui j'ai vu merci...
-C'est un professionnel que voulez-vous.
-On peut appeler cela comme ça...
-Enfin vous vouliez voir la mer... vous l'avez vue...
-Et maintenant quoi ? Je peux remballer les tréteaux ?
-Je ne dis pas ça, il a des failles, c'est connu... il conceptualise pas terrible et il raffole des petites filles pré-pubères... je peux me renseigner, après tout vous avez l'investiture du parti...
Martial Medpeu intervint à son tour en recrachant un bout de sa barbe qu'il avait avalé par mégarde:
-Dans tout les cas il faudra soigner votre déclaration de candidature... vous l'avez préparée ?
Je la sortais de ma poche, elle m'avait donnée du mal, une semaine que je travaillais dessus.
-Je vous la lis ?
-Marchez mon cher, marchez...
Nous étions tous trois arrêtés devant un banc du square « Albert Gueuvignon 1912-1987 Double-Recordman de l'heure d'éthylisme sportif. Adjoint à la jeunesse de 1947 à 1987. », on ressemblait plus à une conspiration de clochards guignant le litron qu'à autre chose de trop recommandable. Je montais sur le banc histoire de gagner en hauteur et qui sait en inspiration :
-Agglomérées, Agglomérés...
Cette fois Medpeu l'avait avalée pour de bon, sa barbe.
-Je vous demonde pardan ? Erupta La Branlaye.
-Vous m'avez dit de ratisser le plus possible, alors j'ai pensé qu'il fallait pousser au moins jusqu'à l'agglomération... permettez, je reprends :
Agglomérées, agglomérés...  ( à suivre...)
 

Publié par urbane à 01:27:48 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Votez Bééééh...rou ! | 02 mars 2007

Nous avons fait un rapide sondage auprés de quelques auteurs de Urbane Tattack et le résultat est éloquent, ils vont tous voter Béééhh...rou!
H.T.Fumiganza:
je voterai Béééhh...rou parce que Mééééhh...haignerie ne se présente pas.
L.Benayak:
Voter Bééééh...rou c'est bien parce qu'on s'en met partout! Non vrai ça dégouline et on en a tout de suite plein les doigts... et en plus ça colle!

G.M. Néoletto:
Je voterai Béééhh...rou parce que c'est un grand résistant, peu de gens savent qu'aprés le premier tour de la présidentielle en 2002 sous le nom de Commandant Jaunard il avait monté un maquis 

dans le 5° arrondissement avec Pierre Arditi (Colonel Morbleu) et Elise Lucet (Aspirante Pompette) sans une panne de Traction ils auraient pris d'assaut le siége du Flan National à Saint Cloud.

J-P.Chassavagne: Je vote Béééh...rou d'abord parce que ça me rappelle ma jeunesse: c'est "le bon choix" et puis c'est un homme neuf et un rebelle né: agrégé rebelle, députaillon rebelle, ministrouille rebelle... président rebelle... merde il y a déjà eu Chirac!

A.Sottos: Votez Béééh...rou parce qu'il représente des idées originales et qui ont fait leurs preuves:  le centrisme mollasse et bourgeois en phase gazeuse qui a toujours été le marchepied des totalitarismes ( France/duc d'Orléans en 1789, Russie/Kérenski en 1917, Allemagne/Centrum en 1933, Chili/Frei en 1971) Si vous rêvez d'une bonne guerre civile dans quatre ans y a pas mieux!
 

Publié par urbane à 03:43:57 dans / Votez Béééh...rou | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 6 par H.T.Fumiganza | 25 février 2007

6.
Le Grand Vate.
 J'allais enfin me coucher, deux jours que je n'avais pas dormi.
Pourtant, je n'avais pas sommeil et puis il y avait les bruits de bacchanales qui venaient de l'autre bout du couloir, l'orgie trop hospitalière qui se perpétuait autour et au dessus du veuf double.
Et aussi les maniements nocturnes du neveu de Dona Perdita, le fier Conchito, qui était insomniaque et donc permanent  et montait une garde de chaque instant auprès de son maître Walter Chéchignac.
Drôle de garde du corps, toujours vêtu de costumes sombres et trop étroits dans quoi il resserre à grand peine sa musculature de culturiste néandertalien, une oreillette à l'oreille branchée sur « Eeertéeeeel ! », tout hérissé d'antennes, de matériel d'écoute et de protection rapprochée, tel est le terrible Conchito dont l'imbécillité n'est pas que du matin.
Il est aussi le maître des chiens de la propriété, enfin à dire le vrai, son autorité devant le fauve est rien moins que formelle et quand il les emmène promener sur la plage dans sa fourgonnette, il en ressort souvent  rancunier... et ensanglanté :
-Salopérias de bestias ! Ençoulados... mierda mes clefs !
Et quand il y retourne, car il est téméraire, le neveu, c'est un étonnant spectacle que celui de la fourgonnette secouée pendant de longues minutes et de ses jurons proférés au milieu des abois.
Il en ressort toujours ensanglanté... et encore plus rancunier.
 
Je finis par réussir à m'endormir et ce fut le silence qui me réveilla vers 4 heures du matin.
Enfin le silence, dans cette maison défiée par l'océan, il n'était jamais complet. 
Reposé, la faim commençait de me gagner le ventre et je décidais de tenter une offensive nocturne vers les cuisines que je savais largement munitionnées mais que j'espérais peu défendues.
 Arrivé au bout du couloir j'ouvris la porte de la chambre du Chef ‘von le Gueuzec, le spectacle était ignoble comme attendu, au centre, prés du lit renversé, reposait dans une odeur de chaussette une espèce de mille feuilles humain, ou le chargé de communication parisien alternait avec la pute provinciale, quand au chef ‘von le Gueuzec il ronflait, le nez dans la chatte de l'une de ces dames et quand il ne s'étouffait pas à demi, ou recrachait des poils, il réussissait à en sortir de très étonnants sons.
Quel scandale ! Le sexe, en tant que pratique sociale éminente mérite quand même un peu plus de sérieux et un minimum d'application il me semble !
Nous avions réfléchi au Cercons à une proposition de loi concernant la création d'un Conseil Supérieur du Sexe d'Etat (CSSEXE), composés d'usagers (hors d'usage), de travailleurs et travailleuses du sexe (en disponibilité) et de magistrats (pédophiles), afin de mettre en place une réglementation sur les pratiques sexuelles épanouissantes obligatoires en agglomération (PSEOA), quand on sait ce que  représente en coût d'usage pour la collectivité (stress, inhibition des fonctions sociales, moindre rendement au travail, frais de teinturerie) une fellation bâclée l'on comprend qu'il est temps d'encadrer tout cela, d'ailleurs au Cercons nous passions notre temps à encadrer ce qui l'était déjà et à conditionner le reste, soit pour l'essentiel le contrevenant, passé, présent et futur.   
 Quand j'entrais dans la cuisine, il y avait quelqu'un, je crus reconnaître le gros bonhomme qui commandait le chalutier de Walter Chéchignac, le capitaine Kelbonbec, c'était sa folie, ce chalutier, il était fier d'être le seul Concho-Ponchain qui prit encore la mer. Il n'allait certes jamais très loin, mais comme il disait : ce n'était pas pour autant que le retour n'en était pas difficile.
Oui, c'était bien lui, d'ailleurs il portait une casquette sur une figure bourrue de marin.
-Bonjour capitaine.
-Mon gars.
Il ne mangeait, ni ne buvait, regardait ses doigts, ses mains ridées et tachées comme font les vieillards pour bien se convaincre de leur âge, et autour la pièce, et moi aussi, mais non je ne l'intéressais pas plus que cela et il revenait à ses doigts épais.
Il se leva, enfin, il m'intimidait, c'était une présence ç't'homme-là, large, trapu, la voix charnue, profonde et lointaine, avec des intonations parigotes, aussi je n'étais pas mécontent de le voir faire mouvement et il alla ouvrir une grande armoire peinte en grise qui était encastrée dans le mur derrière lui.
L'intérieur était garni de bas en haut et de droite à gauche, de paquets de gris et de gauloises sans filtre modèle troupier. Sans doute les stocks de guerre de Walter Chéchignac.
-Bon, ben vous lui direz que je suis passé.
-« direz... » Mais à qui don' ?
-Béh à mon fils bien sûr, mon petit Voualtère. Allez bonne lunaison mon gars.
Le « capitaine » se remplit les poches avec les paquets de gris et de gauloises et quitta la pièce le plus simplement du monde en passant à travers le mur.
 *
    J'avançais dans l'immense chambre de Walter Chéchignac, éclairée seulement par les porte-fenêtres ouvertes sur la nuit  mousseuse et valsante qui se jouait au dehors, j'aurais voulu parler, articuler au moins mais je n'y arrivais pas, trop impressionné ou plutôt comme soudainement dépressurisé par le trou d'air qu'avait été pour moi la vision de cet homme, son père le druide, le revenant, le maçon traversant, j'allais vers Walter Chéchignac comme un môme en colonie de vacances, qui s'est pissé dessus au milieu de la nuit, va réveiller son instit :
-Walter... cher Walter...
J'avais enfin réussi à parler mais ce n'était pas lui que j'avais éveillé mais la Fée Morgane qui dormait prés de lui, si, si, rousse, blanche, irréelle, elle se dressa tel un spectre et je me jetais dessus en criant :
-Oh ma fée ! Ma Fée! Sauvez-moi bonne dame!
Et là je reçus le plus beau coup de genou dans les couilles de toute ma carrière, déjà longue, de récipiendaire de coups bas féminins.
Elle avait une technique irréprochable ma bonne fée.
-This man is crazy! Go ahead I Am going to blush yours ass sucker !
-Eh béh quoi on t'a mordu ma belle? Mais qu'est-ce qu'il arrive ici ?
Walter avait allumé la lampe de chevet et me regardait me tordre de douleur sur ses tapis pendant que sa compagne de lit toujours à poils mais bien réelle, je pouvais en témoigner, lui résumer notre récente entrevue.
-C'est votre bonne fée qui vous a transformé en serpent La Gaspérine ?
-Arrêtez de vous marrer et aidez-moi merde.
-Gisela, compresses please, varm vater, do you understand my sweatie ?
-Oh yeah.
Dés cet instant elle se montra parfaite et maternelle, cette touriste américaine que Walter avait rencontrée sac au dos dans l'un des inénarrables cocktails portuaires qu'il hantait de sa présence diplomatique et où il représentait aussi bien ses affaires, ses trafics  que ceux de son pays d'adoption.
-Un malentendu mon pauvre vieux, mais si ça pressait autant, j'aurais pu vous arranger le coup c'est une chic fille...
-Mais non c'est pas ça, je peux encore lever une fille tout seul, c'est après l'autre... j'ai un peu bu... après qu'il soit parti...
-Mais qui ça, expliquez-vous mon vieux ?
-Mais votre père merde quoi !
-Ah papa est passé, vous auriez pu me prévenir et comment va-t-il ?
-Il va... comme un mort... ou plutôt un vivant... ou plutôt... il va et vient à travers les murs !
-Ah ça c'est son côté farce...
-Enfin merde, il est mort ou il est vivant ?
-En principe il est mort, mais lui-même il n'est pas trop fixé, alors il apparaît et disparaît, un mort il faut que ça montre de la conviction, lui il muse, visite, il commente, il vient chercher du gris, c'est ce qu'il lui manque le plus, sa gauloise matinale en regardant la mer... pour ça que j'en garde des quantités pour lui...
-Mais vous pensez vous qu'il est mort ?
-J'aime pas penser à des trucs tristes et puis ça porte malheur, je pense que tant qu'il voudra bien venir, je serai content, après, on verra, j'essaierai de me faire une raison, une raison rationnelle et obtuse avec des principes de base et des présupposés, une loi intime dans le genre de vos poulets du Cercons, si vous voyez : ...tout stationnement dans les parties privatives de la conscience au delà de 22 heures ect... Je suis abonné, j'ai toute la collection, votre bulletin est une merveille... 
 Mais il se foutait carrément de mon travail !
De fait j'avais été pendant trois ans, le fondateur puis le principal rédacteur du Bulletin du Cercons, c'était même moi qui en avait trouvé le titre : « modernétude ». Avec un petit  trait comptable là où il fallait et plein de sous entendus référencés. D'ailleurs c'était un ex-jésuite, ex-trotskiste, ex-lacanien, une espèce de parfait honnête homme du XX° siècle qui était mon secrétaire de rédaction. (... à suivre...)

Publié par urbane à 02:37:45 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

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