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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net

Walter Chéchignac 12 par H.T.Fumiganza | 08 avril 2007

12.
Du progrès sexuel et tout ce genre de choses.
 La vie s'organisait chez Dartemont Sœurs, selon les pires prévisions de Walter Chéchignac et à mon grand amusement, ces dames avaient décidé de mettre en place une manière de tour de rôle à fins de s'initier aux finesses du métier sous la bienveillante et paternelle autorité du Chef ‘von le Gueuzec, la fin de semaine les voyait s'activer concurremment au milieu de leur descendance et ce n'était pas toujours le moins réjouissant tant elles montraient des caractères opposés et secrètement complices.
Dartemont-Belcourt avait pour elle sa vitalité entraînante, des goûts anarchistes et une ingénuité aristocratique et lumineuse que Walter Chéchignac, lui avait tout de suite comptée pour de la grâce.
Elle ne se séparait jamais de ses garçons qu'elle appelait « mes Louis », parce qu'ils étaient tout son or et portait chacun un prénom commençant par Louis : Louis-Hubert, Louis-François, Louis-Edmond, Louis-Germain et Louis-Jacques, comme les quatre mousquetaires ils étaient cinq et turbulaient comme douze, quand on les croisait on avait toujours l'impression qu'ils venaient de brancher un voisin ou de prendre quelque cousin conspirateur en croupe tant ils fomentaient de bruits et d'agitation.
Elle aimait ça de faire des mômes avec son gilet de laine qui montrait donc de l'astuce et de l'application ailleurs que dans ses expériences de chimie amusante.
A noter que Walter Chéchignac bégayait comme un puceau en sa présence, il n'était pas difficile de deviner qu'elle lui faisait grosse impression, pour ma part je m'imaginais mal me consumer d'amour et de désir pour une mère de famille multi- récidiviste et trentenaire, je l'avais plaisanté une fois là-dessus, il me répondit avec douleur:
-Vous pratiquez les filles c'est entendu, mon petit vieux, mais êtes-vous bien sûr d'aimer la femme.
-Bien je crois oui. Dans tout les cas je ne suis pas attiré par les garçons si c'est ce que vous voulez dire.
-Fille ou garçon, cette engeance tutoyante, sincère comme le mouton et asexuée m'indiffère de plus en plus. Je vous parle de la femme de haut-bord pas de vos vide-couilles de port... ou de bureau. Je vous parle de la vraie femme, la seule, celle qui sacre et exauce un destin, pourquoi j'ai le plus grand  respect pour les putes à julots et les épouses et mères.
-Cela n'a pas toujours été le cas.
-Pour se persuader de la force du feu il faut s'y être brûlé la main.
-Et... et le progrès sexuel... et l'égalité des sexes vous vous en fichez bien.
-Je vous l'ai dit c'est là une toute autre discipline où l'on ne traite pas d'égal à égal mais de puissance à puissance.
-Et son destin à elle ?
-Mais mon cher, la femme n'a d'autre destin que de nous dispenser d'avoir à exister. Bonne lunaison La Gaspèrine.
Et il s'éloigna au pas de son père.
On comprendra que par la suite, et en partie par superstition, j'évitais le sujet.
 Dartemont-Chambeulac, quant à elle, usait avec son époux de l'ustensile commode d'un conformisme bourgeois, prétentiard, contemporain et portable, sans doute avait-elle aussi moins d'instinct que sa sœur, même si elle paraissait plus salope sinon mieux exercée. Elle avait deux filles jumelles d'une quinzaine d'années qui étaient déjà deux estimées petites garces.
    *
 Par curiosité j'avais volontiers accompagné le Chef ‘von le Gueuzec quelques fois dans ses enquêtes mais ce jour-là, un samedi donc, ils nous avait conduit dans sa camionnette de fonction jusqu'au marché de La Ponche. Là, j'avais commencé de distribuer des tracts aidé en ce par Marie Berthalot qui tenait ma permanence inaugurée de peu du Quai des Brunes, une ancienne poissonnerie qui avait conservé toute son haleine et que j'évitais donc le plus que je pouvais.
Avec nous il y avait aussi son mari La Rincée, le gros pue de la gueule de l'autre fois qui était sensé nous apporter un soutien défensif mais se borna très vite à aller poser ses fesses à la terrasse du Bar Tabac du Marché et à se foutre de moi en buvant force anis.  
Il faut avouer que je n'étais pas trop convaincant en militant de base et alors que la Berthalot plaçait ses dépliants sans demander leur consentement aux passants, elle en fourrait dans les cabas, les sacs, les poussettes et jusque dans la bouche d'un retraité des services publics qui voulait apporter la contradiction :
-On en discutera plus tard quand tu l'auras bien chié pépère ! 
Je n'osais, quant à moi, trop balancer mon programme, je crois bien que j'avais honte.
-Bon, bien j'ai une petite affaire à régler, je viendrais vous reprendre à la fin du marché. Vint nous avertir le Chef ‘von le Gueuzec.
Il avait à se rendre à l'hôpital de La Ponche pour y rencontrer l'un de ses amis, le grand médecin légiste parisien Maurice Maurin-Pointard en charge d'autopsier le corps de la femme retrouvée dans le piano de Mademoiselle Br... La famille de Van Der Meuh se méfiait de la justice français aussi avait-elle confié la charge d'une enquête circonstanciée à Dartemont Sœurs.
 *
    Le chef ‘von le Gueuzec arriva à l'hôpital juste pour le dessert et quelle ne fut pas sa surprise en voyant dans  la salle d'anatomie les deux filles de Dartemont-Chambeulac qui contemplait le spectacle en mangeant à deux une glace à une boule (Hulme de Chambeulac comme tout bon bourgeois parisien présentait tous les signes d'une avarice chronique  infectées de solides principes éducatifs) et en passant les instruments à l'officiant.
-Salut Maurice qu'est-ce qu'elles font là les gamines ?
-C'est ton patron qui est passé tout à l'heure...
-Mon patron ?
-Ouais une grande couenne... l'air couenne... qui dit des couenneries...
-Ah je vois oui.
-Il m'a dit qu'il avait préféré se déplacer en personne plutôt que d'envoyer un subordonné.
Il a tenu trois minutes après il a gerbé son petit déjeuner et il est allé prendre un café aux lavatories.
-Et les gamines ?
-Il me les a confiées...
-Quand même tu trouves ça décent ?
-Laisse elles apprennent la vie, elles sont en âge.
-Non je veux dire de les obliger à se partager une glace. Je vais aller leur en chercher deux autres... Et le type avec le blazer et la casquette là-bas dans le coin ? Qu'est-ce qu'il a il est puni ?
-Lui c'est le mari... belle femme... une américaine... plus toute jeune... mais avec du pognon...
-Tu vois ça à l'état des boyaux ?
-Pauv'con, je vois ça au yacht bleu dans l'avant-port, c'est à eux, enfin c'était à elle... léger diabète, trois... non quatre liftings, lippo-succions, curetages...  On compte p'us, rapport sexuel dans les six heures avant l'immersion... l'eau de mer c'est détersif mais j'ai encore bon oeil... 
-Sexuel ! Se marraient les gamines.
Hulme de Chambeulac passa la tête dans la porte, il était mieux assuré :
-Ah ça va mieux, bonjour Fonne Le Gueuzec (Il prononçait à l'allemande).
Il souffla sur son café, regarda la table de dissection où le Maurice mettait au jour un foie corrodé par le whisky et dévidait les intestins, on aurait dit qu'il préparait le cochon après l'avoir égorgé, Hulme de Chambeulac repartit en courant vers les lavatories.
-Béance anale...
-Anal... sluuurp ! Reprenaient les gamines sans lâcher le cornet.
-... le pot n'était pas tout neuf, la grosse révision des 60 berges avait  été effectué récemment, marques d'électrode,  pas mal de jeu dans la direction, tendance à la dépression endogène, goût pour les opiacés, et grosse consommation de cocaïne...
-C'est toujours le problème avec les ricaines la conso... et la tenue de route fit remarquer avant de s'éclipser, le Chef ‘von le Gueuzec, qui s'y connaissait en américaines. 
 Il revint avec des glaces pour tout le monde, c'était une nature généreuse, il y en avait même pour le veuf, déguisé en armateur à boutons dorés et Rolex en or massif, qui déserta enfin son coin.
Tableau étonnant que de voir tout ces vivants léchant, touristes et badauds, leur cornet de fraise au dessus du cadavre déroulée, ouvert, préparé, paré, mariné et sans doute assassiné de cette pauvre femme.
Le mari ramassa quelques centimètres de boyaux qui était tombé à terre, en s'apitoyant... presque:
-Ah c'est sûr là elle marque pas trop bien...
Il balançait les bouts de barbaque n'importe où en faisant floc ! floc ! et en s'essuyant les mains à son blazer:
-... mais vous l'auriez connue il y a cinq ans elle avait encore de l'allure et du chien.
-Vous... vous n'êtes pas citoyen américain ? S'étonna le... slurp... Chef ‘von le Gueuzec.
-Béh non... Je suis de Marseille, de la Belle de Mai... là qu'on s'est connu sur La Canebière, elle relâchait, elle cherchait des matelots, son plat préférée, une luronne et même avec l'âge ça lui était pas passée... slurp... fallait voir à assurer avec Méméne... je l'appelais comme ça... sur la fin elle voulait que je l'appelle mum', son vrai nom c'était Susan Scrotom, il lui fallait de la bite sans quoi elle vous débarquait aussi sec... slurp... ‘ai tenu cinq ans mais sur la fin j'y allais sans respirer et sans trop regarder.
-De la bite ... slurp... pouffèrent les gamines le nez dans la fraise!
-Vous n'étiez donc pas... slurp... mariés ?
-Ah j'aurais bien voulu, au moins pour la retraite, mais pas folle la guêpe... il faut dire que des maris elle en avait eu cinq
-Et c'est comme ça qu'elle avait fait fortune, dans le veuvage à succursales multiples ?
-Sûr elle épousait rien à moins de 50 millions de dollars.  D'ailleurs le dernier, le père Scrotom avait fait fortune avec The Real French Strawberry Mustard, la moutarde à la fraise j'invente pas, il est encore su' le bateau, en cale dans le congélo où il stockait ses échantillons de moutarde, il est mort à Port-Saïd, il y a quinze jours, il voulait être enterré en Normandie où il avait débarqué dans les années... cinquante... par là je crois, alors on remontait doucement, mais si vous croyez que de savoir son défunt en dessous, ça l'empêchait de baiser...  ah la... slurp...'alope !
-La salope hi hi...
-Bon ben monsieur le commissaire je peux y aller maintenant ?
-Je ne suis pas commissaire mais je pense que les collègues... slurp... enfin la gendarmerie va vouloir vous interroger. Ils sont pas encore passés Maurice ?
-Je les attends pour onze heures, je me suis dit que comme ça t'aurais le temps de faire le tour et de prendre des notes... slurp... Tiens je te passe mon rapport.
-Merci Maurice, on se voit à ton hôtel ce soir ?
-Avec plaisir. J'en ai des nouvelles à te raconter.
-Je te présenterai une dame très bien... une veuve... slurp... une comme tu les aimes. Bon vous venez mesdemoiselles.
En quittant la pièce, les demoiselles Dartemont se débrouillèrent pour soupeser les couilles du gigolo sans doute pour parfaire leurs leçons d'anatomie et en regrettant à voix haute que la viande sur pied fut si chère en cette saison.
Il leur glissa son tarif collectivité et une main au train, une pour chacune, c'était lui aussi une nature généreuse. (à suivre ...)

Publié par urbane à 03:08:30 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Votez Mitterrand | 07 avril 2007

Permanence au Funérarium de Bagneux.

Publié par urbane à 02:17:52 dans / Votez Mitterrand | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 11 par H.T.Fumiganza | 01 avril 2007

11.
Mon programme.
 Quelques jours se passèrent que j'employais utilement à dessaouler mes deux experts parisiens, ils se tenaient maintenant devant moi en pyjamas rayés, baillant et mal rasés, ils avaient oubliés tout souci de décence depuis qu'il fréquentait le petit personnel du 10/18 et maquillaient leurs notes de frais là-bas en ingurgitant quantité de liquide vaisselle millésimé.
Nous tînmes donc une réunion dans l'un des jardins suspendus de la maison de Chéchignac, creusé dans le rocher, d'où si vous descendiez un escalier de même provenance comptant 187 marches, vous vous retrouviez sur une plage charmante complantée de genêts, de cytises, de massifs d'hortensias et de pneus de brouettes.
-Messieurs.Vous allez peut-être enfin vous décider à vous montrer utiles et à faire ce pour quoi vous êtes grassement rétribués. Nous allons commencer par les axes de ma campagne... quels peuvent-ils être ?
-Criez pas,  ‘mal à la tête...  Marmonna La Branlaye pendant que Martial Medpeu, ouvrait la bouche pour se délivrer d'une énorme bulle de savon.
-Je vous rappelle, messieurs, que j'ai en ma possession certaines pièces comptables ainsi que divers documents photographiques qui risquent fort de compromettre votre avenir parisien...
Et dans le même temps j'exhibais des photos non retouchés de leurs amours stipendiées et compulsives.
Ils retrouvèrent aussitôt une certaine concentration.
-Les grands axes donc...en ce moment y a qu'un truc qui marche c'est la méthode Maîtresse Helga...
-C'est à dire ? Développez cher ami.
-Y faut les emmerder un max, terroriser l'électeur, avant on leur promettait l'eau à la pile et le progrès pour eux et pour leurs mômes maintenant faut leur montrer qu'on les tolère tout juste, comme l'escargot. L'électeur ‘doit plus pouvoir sortir de sa coquille sinon un coup sur les antennes !
-Y faut qu'y z'en bavent, se sentent bien merdeux... la planche à clous !
-Ouais ouais c'est ça qu'y chialent et qu'y vous demandent pardon après vous avoir élu... la régressive intégrale !
-C'est quoi la régressive intégrale ?
-Rien leur passer, les culpabiliser, leur pourrir la vie, ils en raffolent... tiens on pourrait commencer par te leur foutre un tramway comme dans le temps, à la fin de l'avant-dernier siècle, sacré progrès, c'est moche, ça marche pas, ça bute du cycliste et du retraité, ça défonce les vitrines, ça coûte une fortune à installer et à faire fonctionner, rien que pour les travaux y z'ont au moins pour trois ans à se faire chier jour et nuit et je vous parle pas des embouteillages...
-Et des interdictions et des limitations partout. Ah ouais c'est bon ça les embouteillages, on va revoir toute la voirie, tout resserrer et leur installer des giratoires inversés et des culs de sac...
-Et des piloris sur les placettes pour ceux qu'y ramassent pas la merde de leur clébard c'est bon ça... leur faire honte...
-Vous êtes sûrs que ça va plaire ?
-Mais ouais y z'adorent ça qu'on leur mette la pression, ils l'ont au boulot avec le chômage, ils l'ont à la maison quand y regardent la tévé en chaussettes et qu'y se rendent compte qu'y z'ont encore un devoir de mémoire à se taper, ils l'ont avec leurs pouffiasses d'active déguisée en sergent de semaine qui te leur fout un motif... de divorce pour un oui ou un non et les engraisse aux surgelés et à l'aliment pour bétail pré-digéré... y faut qu'ils en chient aussi avec l'élu du coin, les conditionner, ‘pas qu'y relèvent la tête et après y voteront là où on leur dira de faire ou alors ils s'abstiendront mais ça on s'en fout bien, ça nous concerne pas!
-Mais Letroncheur va appliquer la même méthode et je me ne...
-Letroncheur c'est dépassé, c'est un romantique...
-Ah béh tiens... ah ça alors je n'avais pas remarqué !
-Mais ouais, il travaille à l'ancienne, il flatte l'électeur, il les fait rêver, matins radieux, investissements productifs, conquêtes sociales avec juste ce qu'il faut de sang sur le paveton, et les couilles du patron dans le bénitier pour la dimension religieuse. C'est un élégiaque.
-Le collègue a raison il en est resté au temps des patinoires olympiques, des vacances pour les mômes tubards à la montagne et des conservatoires de musique...
-Une déchetterie ! S'illumina Médepeu.
-C'est ça une déchetterie géante, une aux normes européennes de 2062, le truc visionnaire qu'y fonctionnera jamais, complètement carrelée, en marbre rose, qu'y comprenne bien ce salaud-là que non seulement il nous emmerde mais qu'en plus il cochonne tout comme un goret... vrai entre le tramway et la déchetterie on endette la ville pour cinquante ans et alors là il aura vraiment pas intérêt à la ramener sinon...
-La liste d'otages ! Parfaitement la liste d'otages et les affichettes jaunes placardées dans toute la ville. Avec l'entente franco-allemande et l'Europe nouvelle qu'y causent à la tévé, on peut même se trouver  un chleu... ‘ utain mieux que ça : un écolo schleu !
-Avec le casque à pointe... d'asperge ! Et te le nommer gouverneur de la place, il vous les tiendra, ayez confiance y savent y faire, non mais qu'est-ce y se croivent ces salauds-là ! Electeurs ! Electeurs de mes couilles ouais ! Ch'ten foutrais ! Au poteau l'électeur !
 On en conviendra, sur le point de l'éthique il n'y avait rien à redire et je fis mien ce programme tout imbibé... de modernitude citoyenne. ( à suivre...)

Publié par urbane à 03:20:34 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Momo dealer chauffagiste par G.M.Neoletto 1/2 | 29 mars 2007

Momo dealer-chauffagiste par G.M.Néoletto 1/2

  

A l'époque je dealais à la Cité Léonide Brédz-Néfles à Quimper c'est le fief des Mokrani, ils viennent de Casa.  Avec l'aîné Katoubi on était très  pôte. Il m'avait même prêté une fois sa Merko 960 SL, il disait qu'il y avait que le roi du Maroc qui avait la même. A l'intérieur c'était tout en cuir de canari, c'est encore plus chère que l'autruche, rien que pour une bagnole il faut 42589 canaris mais c'est trop la classe, c'est lisse comme une capote lubrifiée, un peu emmerdant dans les virages où on fait zuiiip ! zuiiip ! Mais mauve et jaune  avec les flammes vert pomme comme ça ouais elle jetait un max. C'est lui aussi qui m'a repassé la foi, un jour il m'a dit :

-Momo tu peux pas continuer à zoner comme ça tu dois faire quelque chose de ta vie, le Retentissant t'a pas mis sur terre pour rien foutre !

-Tu crois Katoub ?

-Comme je te dis, ce soir tu vas aller à la mosquée et tu verras le saint homme...

Le saint homme c'était son frangin Meklouf qu'avant son départ pour la Bosnie on appelait Meklouf le louf parce qu'il butait tous les chats qu'il trouvait à cause que le prophète les aimait pas parait-il. Mais depuis son retour il s'était vachement calmé ... avec les chats, même si ça le reprenait parfois. Maintenant son truc c'était la guerre sainte, c'était l'imam de la mosquée Al Savashié de notre cité, il était entré chez les Frères (les frères musulmans) et il balançait tous les deux jours une fatwa contre Monsieur El Kawa qui tenait la supérette parce qu'il vendait encore du porc, fumait des gauloises et traitait les barbus de petits enculés prétentiards, il faut dire qu'il les aimait pas les FM because il était égyptien et que là-bas il disait qu'ils avaient bien foutu la merde.

Entre deux fatwas ça l'empêchait pas de s'occuper aussi du service après-vente pour les portables, les scooters, les flingues et tous les trucs que Arzim un autre Mokrani vendait dans la cité.

Les armes le saint homme il s'y connaissait vachement, il pouvait démonter une kalachnikov rien qu'avec la langue et les dents rapport à son entraînement en Bosnie mais moi je préférais aller chez Darty et pas leur acheter trop de trucs parce que pour la garantie ils étaient pas très larges les Mokrani Bros et ils sortaient tout de suite les ya dés qu'on essayait de passer derrière le comptoir ou de réclamer.

Tout ça pour dire que causer avec Meklouf le louf ça me disait trop rien :

-Tu crois vraiment que c'est nécessaire Katoub.

-On peut pas vivre sans religion c'est haram et toi t'as pas de religion ?

-Ben je sais pas je m'en suis pas trop occupé, ma mère a pas voulu me faire baptiser par le curé pasqu'elle a dit que comme ça je choisirai mieux quand je serai grand !

-Sûr qu'elle aura confondu avec le catalogue de La Redoute. Bon on attendant je vais te trouver une occupation

Katoubi il faisait du discount de shit, c'était l'Edouard Leclerc du shit il fournissait même les caddys à l'entrée des caves il avait fait des études d'économétrie pratique à la Lonedonne Biziness Scoule et d'afghani balistique à la Peshmerga University of Kabul.

Avec les stocks qu'ils avaient les Mokrani ils risquaient pas de manquer. Un jour où ils avaient eu un gros arrivage du Maroc c'était leurs oncles qui cultivaient  le shit au pays, ils ont réquisitionnés toutes les caves de la Cité pour entreposer leur came, il a fallu que tout le monde débarrasse  sa cave et remonte ses affaires, ça a duré tout l'après-midi, personne a protesté et même le flic du bâtiment 6 H il a fait comme les autres. Pour dire s'ils sont respectés les Mokrani.

 

Et c'est comme ça que j'ai commencé à  aller à la mosquée le soir  et à dealer l'après-midi, Katoub m'avait trouvé une place dans un bistrôt prés du collège  Philippe Delerm.

Moi j'ai un CAP de plombier chauffagiste, enfin je l'ai raté, dont deux fois de peu, mais comme artisan–dealer je suis « autodidak » comme ils disent à la chambre des métiers, faut dire que le bizness ça m'a tout de suite plu je me suis fait une clientèle chez les p'tits bourges, ces petits pédés qui écoutent du Carla Bruni ( ch'ais pas comment ils font moi j'entends rien quand elle chante) achètent des jeans neufs déjà tachés et troués et militent écolo en dégonflant des pneus.

C'est sûr y a des trucs que je ferais pas comme trafiquer des cigarettes, ça c'est vraiment dégueulasse mais la drogue c'est pas pareil, c'est le progrès, c'est moderne, y a qu'à voir y n' ont prennent tous à la Tévé, une fois j'ai même servi une startévé de passage à Quimper, Jean-Luc Hardiçon il venait faire une animation pour l'inauguration d'un Shopi et il était à court, il m'en a tellement pris que le coffre de son quat-quat était plein'il a fallu que j'aille au réassort en urgence, heureusement ce coup ci je l'avais pas coupé, je me suis dit qu'il allait peut-être me faire de la pub à Paris, je voulais le mettre sur la camionnette comme les épicemards ils font chez les britiches avec la reine d'Angleterre dés qu'ils lui ont refilé une livre de pommes mais Katoub y m'a dit qu'il valait mieux pas.

Les affaires ça marchaient bien, je me suis acheté une camionnette et avec Josy ma fiancée on s'est loué un petit pavillon.

J'avais ma clientèle, je payais les taxes, quand même qu'est-ce qu'y nous prennent, j'avais même pris deux compagnons que la chambre des métiers m'avait envoyés pour les former au métier de dealer demi-gros/ détail.

Oh la vie était pas non plus facile, on a eu des problèmes avec Josy, la vie d'un artisan c'est pas facile de nos jours avec les règlements qui changent tout le temps un exemple avant on faisait dans le cannabis c'était notre spécialité alors vous imaginez les problèmes  quand on a eu quand il a fallu passer à la coke à cause de la dépé (dépénalisation) du cannabis, on était pas trop bien formé on en vendait bien un peu, aux parisiens de passage surtout comme j'espliquais mais sinon ici on en avait pas la vente les bretons y préférent se mettre dans le nez l'air du large, en plus y fallait s'équiper pour être aux normes européennes, là encore le syndicat et les fournisseurs nous ont aidés, y nous ont envoyés de la doc technique mais c'était en colombien pasque les Mokrani ils s'étaient associés avec des colombiens, la coke y faisaient pas ça au bled.

Enfin grâce à la préfecture on a eu droit à des subventions de réorientation-formations, aussi on a bossé de not' côté faut pas croire et c'est comme ça que j'ai eu le label Qualicoke et Snifelec, bon le shit ça se vend toujours comme produit d'appel prés des maternelles mais on fait plus rien dessus.

Sinon mon plus gros client  celui qui m'en prenait le plus c'était un copain d'enfance Jean-Claude Merguéze, enfin un copain, je l'avais connu à l'école, on a avait été tout mômes ensemble mais lui ses parents y z avaient de la thune, je l'avais toujours détesté pour ça et aussi pasqu'il était premier partout, les autres lui cassaient souvent la gueule à la récré et moi non mais par paresse alors il m'avait pris pour son copain. Maintenant il avait viré bouddhique, il écrivait des poésies, faisait des bouquins  inutiles et jouait le concerto pour piano de Mozart à longueurs de journée, il avait jamais travaillé de sa vie ce mec-là, pourtant les profs disaient qu'il était promis à un bel avenir ! Un parasite quoi. Moi je suis peut-être qu'un petit artisan dealer mais je suis un travailleur, le taf ça me fait pas peur.

Je me foutais bien de sa gueule, qu'est-ce qu'il a pu se mettre dans le nez grâce à moi, je lui coupais sa came avec tout ce que je trouvais, du débouche-chiottes à la poudre à récurer, n'importe quoi qui me tombait sous la main et chaque fois qu'on se voyait il me souhaitait un avenir des plus « propitiatoires » et des conneries comme ça, moi je pensais qu'il se foutait de moi et je lui rongeais un peu plus la tronche, et le plus marrant c'est qu'il venait me supplier encore de lui en refiler.

Il a perdu ses vieux, à la fin il était pas beau à voir, c'est marrant pasqu'à la tévé ça leur réussit plutôt la drogue, bon de temps en temps y en a bien un  de présentateur vedette qui se met en torche, viole une hôtesse de l'air ou détourne un car de CRS, mais je veux dire ils présentent bien quand même et ben lui c'était tout le contraire il perdait ses dents, il maigrissait même des oreilles, pourtant il était pas bien vieux, mon âge quoi : 28 ans maximum. Un matin on l'a retrouvé cané, tout seul dans son grand pavillon de banlieue, parait qu'il était cardiaque en plus, et ça de tout môme, le lendemain j'ai reçu une lettre de lui, enfin une lettre juste un mot c'était écrit : « Je te souhaite un avenir des plus pouacres ! »

Au début je m'en ai foutu de sa bafouille, j'avais mon boulot et puis quand même ça me travaillait, j'ai cherché ce que ça voulait dire : « pouacre ». J'ai cherché mais dans mon Larousse, pourtant en couleurs, y z'en parlaient pas, je suis allé à la bibliothèque municipale j'ai demandé à la bibliothécaire le rayon des dictionnaires mais elle m'a dit que ça existait plus, que maintenant il y avait Internet pour ça mais qu'elle venait de recevoir le dernier livre de Philippe Delerm. Je l'ai traité d'enculée de mal baisée et je m'ai barré. (... à suivre...)

Publié par urbane à 17:33:49 dans / Momo dealer chauffagiste | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 10 par H.T.Fumiganza | 24 mars 2007

10.
Le retour de Mademoiselle Br...
 -Mais enfin on ne bute pas tout un orchestre de chambre comme ça ! Ils  étaient si mauvais que cela mon petit Valter ?
-Oh certes ils avaient un peu baissé mais pas au point de... et puis à tout le moins lorsque l'on on s'attaque à la musique de chambre et quelques fois l'on peut avoir des motifs nobles pour  se laisser aller à de telles extrémités, c'est que l'on croit à la responsabilité collective et l'amateur éradiquera alors la formation fautive au complet, il me semble non ?
-A-t-on seulement affaire à un connaisseur véritable mon petit Valter ? Qui sait de nos jours... nous sommes dans le règne du n'importe quoi... un tueur en série impatient de faire du chiffre ? Mais tu veux dire qu'il en manque.
-La Coucourbitowa et le ténor le grand Décato Vafanculi !
-Ces deux-là Fred Meuleens notre correspondant en Belgique les a  logés, ce soir-là leurs collègues les ont accompagnés seulement jusqu'à la gare de La Conche, ils sont présentement en tournée à Maubeuge.
-Ah bien, ça m'aurait fait de la peine... pour le cher Décato... ah si dîtes-moi Chef il y avait aussi l'accompagnatrice de la pianiste...
-Il y avait donc une pianiste ?
-Souvent dans les orchestres de chambre.
-Comment s'appelle-t-elle ?
-La pianiste ? Mademoiselle Br...
-Drôle de nom ?
-Elle s'appelle Brrrzzczinskaïak... et encore j'ai du en oublier, alors tout le monde l'appelle Mademoiselle Br..., c'est l'agent de Maragaretha Coucourbitowa qui me l'avait conseillée, la seule condition était de lui fournir une accompagnatrice et d'amener jusqu'au lieu du concert son piano, elle se déplace toujours et partout précédée paraît-il de son Graffenberg châssis long, un splendide piano à queue laqué bleu sombre...
-Tu n'aurais pas l'immatriculation ?... fais effort mon petit Valter c'est important.
-Voyons, il avait une immatriculation suisse... non luxembourgeoise je pense... enfin je crois me souvenir... 
Nous étions attablés devant un fastueux plat de fruits de mer, sur le port de La Ponche, au Café le Baltec, moi-mâme, le Chef ‘von le Gueuzec, Walter Chéchignac, Conchito le neveu de Donâ Chupita, garçon charmant qui je l'ai dit servait à Walter de chauffeur-garde du corps, attaché culturel et vice-consul d'active.
Curieusement le spectacle des exmaraisons successives de chacun des membre du Quintette Van Der Meuh, altiste, violoniste, hautboïste, flûtiste, d'entre l'eau sale du bassin n° 8, ne nous avaient point coupé l'appétit jusque là.
Peut-être parce que quoique morts et sans doute même  profondément assassinés, ils avaient conservés une certaine élégance statuaire dans leur tenue de soirée agrémentées d'algues et capotes usagées. 
Soudain, le brigadier de gendarmerie fit signe d'amener au grutier qui aidait les hommes-grenouilles à sonder le port. Et ce fut le gros Van Der Meuh mon voisin de table de l'autre jour qui apparut, il avait au moins doublé de volume et  beaucoup perdu de ses couleurs naturelles, le belge, de le voir ainsi accroché tout en haut du câble comme un apprenti-nageur, bras et jambes ouvertes, la chemise en torche, nous fit grande impression et Walter Chéchignac repoussa avec dignité la mayonnaise.
-Dieu du ciel quelle vilaine mort on lui a fait !
Il y avait maintenant de la colère chez mon hardi compagnon.
Un long temps de silence et de recueillement passa.
 
-Pourquoi je t'ai tout de suite prévenu mon petit Valter, comme instigateur de leur venue à La Conche, on risque de vouloir te mêler à tout ça.
-Ah ça alors !
Je m'étais levé de surprise, le grutier venait de déposer sur le quai à la suite de tous les autres et à côté de Van der Meuh le magnifique piano bleu nuit.
Un dépanneur-mécano de la Préfecture, en bleu lui aussi, mais tâché de graisse noire vint procéder aux constatations d'usage, il  donna quelques coups de chaussures dans les roues du piano après quoi il ouvrit le capot, à l'intérieur une morte reposait.
-C'est... c'est elle ? Me demanda Walter.
Je chaussais à nouveau les petites jumelles du Chef ‘von le Gueuzec, je me souvenais très bien de cette Mademoiselle Br... qui m'avait fait si grande impression aussi fus-je catégorique :
-Non !
-Alors c'est l'accompagnatrice ?
-Non même pas... celle-là je la connais pas. 
-Et l'immatriculation ? Insista le Chef ‘von le Gueuzec.
Je tournais ma casquette pour m'appliquer à la visée périscopique. L'avant du piano portait prés des deux autocollants rouges réglementaires (une initiative heureuse du Cercons pour limiter les accidents dans les intégrales de Bach au moment des grands départs en vacances) de limitation de vitesse: 50 coups de doigts à la minute (cdgts/min) dans les staccati et 80 dans les forzaïtali, une plaque d'immatriculation.
-Elle est luxembourgeoise. Confirmai-je.
Walter me prit les lunettes des mains et après une longue mise au point il annonça avec quelque triomphe :
-Mais le bidule a été repeint, à la va vite il y a des traînées noires sur la carrosserie.
Le Chef ‘von le Gueuzec retrouva derechef de l'appétit et se réapprovisionna en palourdes avant que de nous annoncer son plan de campagne :
-Elle n'aura pu se résoudre à immoler son piano. Votre Mademoiselle Br... ne doit pas être pour rien dans cette sale histoire. Après il suffira de retrouver le Graffenberg châssis long bleu nuit et de la cueillir.
Le raisonnement était imparable, aussi Walter ne chercha-t-il pas à le parer et nous resservit-il tous généreusement en muscadet.
Je crois pourtant que nous étions déjà bien assez saouls comme ça.  (à suivre...)

Publié par urbane à 03:33:43 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

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