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Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks
Publié par urbane à 07:33:27 dans / Ségothon 2007 | Commentaires (0) | Permaliens
Une expérience mystique au Monastère de la Pierre qui branle par notre estimé directeur J.P.Chassavagne.
J'étais dans ma voiture, au petit matin, perdu dans la vastitude complantée de la campagne Chauvignonne, et je cherchais un raccourci (que d'ailleurs (après bien d'autres) jamais je ne trouvai), tout semblait m'abandonner, même mon GPS (saloperie de bagnole coréenne !) qui n'émettait plus qu'en coréen des messages incompréhensibles sauf pour le coréen moyen ce que je ne suis point quant à mon téléphone suédois d'un naturel renfermé il demeurait muet, la prochaine fois j'achèterai un italien au moins c'est causant .
Je sortais d'un dîner d'affaire très arrosée qui à ma surprise (générale) s'était poursuivie sous la conduite de la représentante du Syndicat de la Librairie locale en une manière d'expédition punitive dans la boîte à partouzes du chef-lieu. A l'ordinaire je prise peu ce genre de divertissement où l'odeur de chaussettes se marie à celle du parfum à trois balles largement répandue par le tenancier de l'établissement, où les consommations sont hors de prix, les consommées hors d'âge et les bols de cacahuètes plein de poils de provenances diverses .
Dans ma tête embrumée j'eus la vision infernale de la petite madame Chauvirot (Librairie Générale Chauvirot, 27, place de la Mairie au Chauvion ) qui venait à moi quasi nue (sauf les bas à varices et le string enfoui profond ) avec le cervelet et ses environs fourmillant d'arrières pensées offensives envers l'auteur parisien.
Je crois bien qu'elle fut passablement déçue par ma défense un poils trop souple et élastique.
Certains, à me lire, diront que j'avais le plus grand besoin d'un réforme morale. Certes oui j'en ressentais la nécessité mais plus encore celle d'une bonne carte d'état major.
Je ne sais comment, je ne sais pourquoi je me retrouvais sur un chemin de terre où je m'embourbai.
Je poursuivis la route à pied sur deux kilomètres au moins avant d'apercevoir un panneau où il était indiqué: Monastère Confiturien de la Pierre qui branle 3 KM. Retraite spirituelle- Séminaire-Nôces & banquets.
3 bornes de mieux et allez donc, j'arrivais tout boueux et frappais... à l'interphone.
-Oui.
-Je... je suis en panne... et j'aurais voulu...
-Mais bien sûr entrez mon fils.
La porte était électrifiée et l'accueil digne d'une auberge de bon luxe avec bien entendu cette méticulosité des maisons religieuses, ici l'on pouvait sans crainte ni réticence manger à même le carrelages ciré ou comme je faisais se repaître au bar de biscuits apéritifs imberbes, j'en étais à rêver d'une boite à partouzes tenue par des bénédictins, ça aurait été quelque chose, quand le frère portier vint m'avertir que le père supérieur m'attendait dans son bureau.
Marié une fois à l'église mais divorcé deux fois au tribunal, depuis mes études chez les Frères Dévoirant de la rue de Ponssac à Villeneuve, je n'avais plus guère fréquenté les chapelles.
Le supérieur, le Père Marie Charles (nous voilà!) était un type haut et aiguisé, il faisait assez inquisiteur fiévreux, hors les yeux verts et le calme rayonnant.
-Bonjour Monsieur Chassavagne l'on m'a dit que vous aviez des problèmes de voiture ? Voulez-vous que je demande au Frère Barthélemy de voir ce qu'il y a à faire, c'est lui qui s'occupe de notre atelier de mécanique, c'est maintenant un spécialiste des coréennes.
-Je vous en serais reconnaissant mon père...
-Bien, souhaitez-vous, en attendant l'heureuse issue de vos problèmes mécaniques, séjourner un temps parmi nous ?
-Mais... mais j'en serais heureux mon père.
-Re-bien nous pouvons vous proposer des temps d'animation ou de ressourcement spirituels : retraites, récollection, accompagnement, personnellement je vous conseille le stage ressourcement/soins de jours à 899 avec forfait labours intégral et stage poterie grégorienne... voici une brochure vous pouvez la consulter et vous donnerez votre bulletin d'inscription au frère Clémentin.
Il appuya sur un bouton, un tonsuré hilare passa la tête par la porte.
-Le frère Clémentin va vous montrer votre chambre.
L'entretien était terminé.
En fait de chambre, il s'agissait d'une ancienne cellule chaulée remise aux normes civiles et donc tout à fait confortable, il ne manquait pas même le mini-bar ou la salle de bains, et la haute fenêtre donnait sur un beau parc méticuleusement entretenu.
Mes valises arrivèrent après quoi le Frère Barthélemy vint me prévenir qu'il avait trouvé la panne mais qu'il n'avait pas la pièce et que le repas du soir allait être servi dans le réfectoire.
Cette salle immense du réfectoire me rappelait d'assez pénibles souvenirs purée-poulet mais les effluves bienvenus qui venaient des cuisines n'avaient rien des relents de rata que j'avais respirés des années durant chez les Frères et les confitures, spécialités de l'ordre depuis sa fondation en 1134 étaient délicieuses.
Mon voisin de droite était un architecte connu : Jean Ressent, il traversait une crise existentielle, juste récompense pensai-je pour l'ensemble de son œuvre, à force de couvrir la France de murs de chiottes fissurés il inclinait à se prendre pour une grosse merde prétentiarde, mon voisin de gauche était un avocat de gauche, Maître Watefer, franc maçon et combinard, spécialiste des affaires de presse et qui avait l'habitude de venir ici après chaque contrôle fiscal autant dire qu'il avait son couvert mis à l'année, il lui aurait été sans doute plus simple de changer de comptable ou de se faire résident monégasque mais il préférait les complications métaphysiques, tous deux avaient comme moi choisi le stage ressourcement/soins de jour et dés matin nous nous retrouvâmes dans les champs du monastère où nous nous exerçâmes sous la conduite de frère Clémentin à tracer des sillons, nous pouvions en tracer autant que nous le désirions (forfait intégral), c'est fatigant certes, surtout derrière une mule rétive et qui braque mal, mais je découvrais combien à force de tourner tout son esprit et je dirais mâme tout son être vers un travail aussi noble ( le sillon ça connote tout suite germination, naissance de la vie, droiture du geste et de l'esprit, la terre qui ne ment pas, Maréchal nous re-voilà... qu'est-ce que je raconte moi !) l'on s'extrait de nos sédimentations quotidiennes et médiocres ; bref à la fin de la matinée nous étions tous également crottés et bienheureusement éreintés.
Frère Clémentin, toujours rigolard, en nous distribuant nos paniers repas nous rassura en nous disant que l'après-midi serait toute assise car consacrée à la poterie grégorienne.
Maître Watefer protesta qu'il voulait encore en tirer une dizaine (des sillons ) à fins d'en avoir un bien rectiligne.
-Au début je m'inscrivais au stage terrassement/gros œuvre/rétroplanningue minceur mais je n'ai jamais été foutu de monter un mur droit et puis on imagine pas combien c'est fatigant ! Me confia l'architecte en mordant dans son pain.
Nous tournâmes de la glaise tout l'après-midi, l'architecte voulu emmener son ouvrage un bol à balayette de style corinthien pour l'offrir à sa maman à la prochaine fête des mères, je laissais pour ma part mon œuvre sur l'étagère de la postérité anonyme.
Le soir vint, apaisant et bienvenu. Dans le réfectoire, marchant au pas des autres, avec tous les autres, je ressentis soudain comme un rassemblement de tout mon être, mais je ne repris pas de confitures au grand désappointement de frère Clémentin. A dire le vrai, je sentais confusément que l'affaire devenait sérieuse, je me rendais compte que toute ma vie j'avais cherché cette sérénité confiante que je venais de découvrir au détour d'une colonne, à cet instant je formai le projet de demeurer ici le restant de mon existence, loin de ce Paris chaque jour un peu plus grotesque, babylonien light, Sodome hypocalorique.
Oui, je me couchais enfin apaisé et conscient.
Je me réveillais au milieu de la nuit, nulle bruit autour de moi, mais comme une présence, je me dressais et vis sur le mur crayeux une figure resplendissante, souriante et...barbue :
-Est-ce vous Seigneur ? Murmurai-je sans même je crois bien articuler les mâchoires.
Il était là ! La réponse était là, elle me faisait face... juste au dessus du mini-bar.
-Seigneur ô Seigneur que dois-je faire ?
-Dé-gage !!!Bon le lendemain je réglais ma note, avec les suppléments plus la réparation, la pièce étant arrivée assez miraculeusement au matin, leur véquinde d'animation spirituelle m'avait coûté la peau des fesses.
Publié par urbane à 07:08:29 dans / Une expérience mystique au Monastère de la Pierre qui Branle... | Commentaires (0) | Permaliens
Certes l'addition était modique mais cela n'excusait pas tout et surtout pas l'inexcusable : le doigt dans le bouillon. Nous rejoignîmes nos vélos respectifs avec chacun en tête la même obsession: faire cesser ce scandale au plus tôt ! En passant devant un restaurant thaïlandais je regardais songeur et à regrets la carte des spécialités traditionnelles, je connaissais bien la Thaïlande dés que j'avais un week-end prolongé j'en profitais pour aller y passer trois semaines. Peuple admirable, parmi les premiers à avoir initié le tri sélectif, je me souviens encore d'un restaurant le Radada Patpang qui servait un délicieux Shapout Durom à base de Bergasol fermenté aux poils de foune, eh bien il y avait toujours deux poubelles à l'entrée l'une pour les déchets de cuisine et l'autre pour le plat du jour en libre service. Le lendemain au bureau je me mis au travail délaissant la rédaction d'un rapport pourtant fort important que j'avais en cours sur le développement d'une pédagogie sociale contraignante à l'égard des locataires non fleurisseurs de rebords de fenêtre qui par leur indifférence voire leur hostilité à une pratique sociale pourtant gratifiante défavorisent les insectes butineurs et participent par là-même au réchauffement climatique sus-mentionné (annexe III G). J'envisageais un barème de sanctions et damendes ainsi que des stages de rééducation en milieu fermé (camps dans des deltas marécageux, Camargue par exemple) et je préconisais dans le même temps une grande politique de prévention des chutes de pélargoniums en pot qui avait l'année dernière occasionné une moyenne (corrigée bien entendu des variations saisonnières et des entrées maritimes) de 8.79 décès pour 100000 habitants. Peut-être même pouvait on envisager une campagne de sensibilisation et d'éducation auprès des populations de pélargoniums urbains voire des stages parachutistes.
Je commençais par interroger différents fichiers centralisés courants à fins de savoir si mon auvergnat y figurait :
Le fichier des détenteurs de sacs de caisse en matière plastique, des obèses et consommateurs de corps gras, des chasseurs de Bougrindubourg et autres espèces protégées, des délateurs assermentés de conjoint divorcé, des auteurs de conduites sociales à risques (exemple: tourner les pages d'un magazine est une conduite sociale à risques : on peut enrhumer son voisin !), des individus sujet à addiction (exemple : regarder tous les jours le feuilleton de la 3 à 20 heures est une addiction (et aussi un signe de couennerie ! note de la rédaction)) des détenteurs de poêle sans queue (milieux sado-maso), des détenteurs de queue sans poils (cabinets ministériels), aussi le fichier des non-téléspectateurs de plus de dix-huit ans ayant fait l'objet d'une non condamnation pour non consommation de ménagères de moins de trente ans dans les vingt-sept derniers mois enfin le fichier central des personnes n'émargeant à aucun fichier : FICPNAAF (elles ne sont plus que 114 actuellement sur le territoire mais sont tenues pour particulièrement dangereuses : déviance d'évitement social et sont donc particulièrement surveillées .)
Vers dix heures du soir (la première fois que je restais aussi tard au bureau mais c'était une veille de véquinde et j'en profitais pour faire connaissance avec un monde étonnant que je ne soupçonnais même pas: le concierge sri-lankais aidé de ses nombreux cousins avec la rapidité et l'organisation d'une unité du Génie avait transformé les bureaux en atelier de chaudronnerie où un personnel nombreux et incessant s'affairait déjà à la réparation de mécaniques Toyota. Je le félicitai pour son sens de l'initiative et son esprit d'entreprise. Décidément ces non-français sont formidables !), oui je disais donc que j'avais découvert enfin quelque chose : un signalement de l'auvergnat. Fait par un agent de la circulation officiant devant l'école de ses enfants et qui avait remarqué que le cadet qui accompagnait l'aîné dans les bras de son père jusqu'à la porte du collège ne portait point de chaussettes malgré les froideurs de Novembre, le fonctionnaire de police avait suspecté de possibles maltraitances et envoyé un signalement circonstancié en trois exemplaires (trois fois le même mail au même service concerné quoi ! Oui il y a encore du travail de formation à la modernitude à faire dans la police.) Des enquêtes de voisinage et de paramétrage social avait été diligentées par les services sociaux durant 17 mois, le père fautif convoqué, son domicile perquisitionné et une réserve conséquente de chaussettes pour enfants découverte, ce qui l'innocentait en partie d'autant qu'il avait pu prouver qu'il s'était garé juste à côté de l'école. Bien heureusement le dossier du signalement n'avait point été « déconservé » car une autre conduite antisociale grave avait été relevée: il avait garé sa camionnette sur les clous. Mais là encore déception il avait réglé son amende et même fait son autocritique publique et dénoncé son beau-frère au cours d'un stage de récupération de points.
Je relisais l'épais dossier (14064 pages quand même !), j'avais quelque mal à me concentrer à cause du bruit et de la musique et puis la porte s'ouvrit et trois filles blondes déboulèrent dans mon bureau enroulées autour d'un type à peu prés saoul :
-C'est bien ici la Bombita ! Dit l'une des filles en allumant une cigarette... la boîte de nuit quoi ?
Je demeurais coi mais elle me désignait d'un doigt insistant l'enseigne lumineuse et clignotante de trois mètres de haut que le concierge venait d'installer au troisième étage.
-Eh bien on dirait... C'est au troisième ?... c'est à la Compta... mais... mais éteignez cette cigarette il est interdit de fumer dans les bur...
Ils étaient déjà partis et dans le même temps où ils claquaient la porte j'eus comme une illumination :
-La route du mégot il faut couper la route du mégot !
Je tenais mon auvergnat.
J'avertis dés le lundi matin les collègues de la Brigade Antifumage à la Préfecture de police, je les mis au courant de l'industrie coupable exercée par l'auvergnat ils firent une descente un samedi soir le restau était plein, c'était tous des clients qui attendaient leur soupe au mégot. On saisit plusieurs cartouches de Gauloises chez lui dont certaines entamées, son beau frère le dénonça ainsi que son plus jeune fils qui venait de subir un entraînement de dix jours à la lutte anti homophobique anti tabagisme anti poêles qui collent et bouchons dans l'œil à l'école Maternelle Cyril Collard de la rue Charlie Gaul.
L'auvergnat essaya bien de négocier mais en vain. Fermé six mois, à la réouverture, à peu prés sevré, il proposa « une soupe aux bonbons mentholés à l'ancienne », mais sans grand succès il exhuma une vieille recette de « soupe au panaris mariné du commis à ma façon. » mais ce n'était plus ça, les habitués ne retrouvaient plus l'ambiance un peu clandestine et coupable que l'on appréciait lorsque l'on venait s'encanailler ici dans le temps, quelques fois on retrouvait même dans ses préparations culinaires une patcheux anti tabac flottant sur le bouillon, bref c'était vraiment devenu n'importe quoi.
Finalement l'auvergnat reçut le coup de grâce avec un courrier du fisc qui lui demandait le remboursement d'un trop perçu à la suite d'un trop payu :
-Fumiers de fonctionnaires !
Il venait de comprendre que son monde n'existait plus et se pendit au réverbère devant son restaurant avec l'un des bas de sa femme.
Je crois pouvoir dire aujourd'hui que cette affaire fut rondement menée et j'en aurais retiré une pleine, entière et légitime satisfaction si son dénouement heureux n'avait été quelque peu gâchée par ce qui s'ensuivit : d'abord la découverte que je fis au cours de mon enquête en croisant, la routine, les fichiers des détenteurs de produits d'épargne indexés en roubles convertibles avec celui des inscrits maritimes du 18° arrondissement : Jean-Nick, dont la famille est d'origine bretonne, apparaissait sur les deux fichiers, poursuivant mes investigations je découvris qu'il achetait régulièrement des insignes militaires allemands du troisième Reich sur des sites wouébes russes et les revendait avec force bénéfice à de pauvres occidentaux inconscients, je fus dans l'obligation de faire un signalement aux services concernés.
Jean-Nick est actuellement détenu à la quatrième section, cellule 478 de la prison de Fresnes.
J'occupe la cellule 480, juste avant d'être incarcéré, Jean-Nick avait découvert que j'étais un lecteur régulier d'Urbane Tattack et il avait fait un signalement aux services concernés (non pas les mêmes, d'autres, mais tout aussi concernés !) et je suis en attente de mon jugement, j'espère qu'ils seront assez sévères, c'est pas des trucs à faire, d'ailleurs pour m'occuper je travaille à une campagne de sensibilisation contre.
Publié par urbane à 06:14:35 dans / La vraie soupe au mégot parisienne. | Commentaires (0) | Permaliens
18.Publié par urbane à 04:46:40 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) | Permaliens
La dernière lettre de Guy Hoquet à lire dans les écoles (de commerce) :Bon vous direz à bonne maman de dire à Tati Loulette d'enlever les juifs du grenier de la Rue de Constantine pour les mettre au sous sol de l'appartement du square Montholon en leur demandant un supplément parce qu'il y a l'électricité dans la cave.
Quand même j'ai bien du regret de faire « fusillé » alors que j'aurais tellement voulu faire « agent immobilier ». Non mais imaginez rien qu'avec les armées d'occupation le passage qu'il y a quand je pense qu'on annonce les américains, ils ont débarqué en Normandie à ce qu'on dit, sans doute qu'ils vont chercher à se loger ces gens-là, normal non et j'ai justement en portefeuille une kommandantur impeccable à Caen avec 75 chambres et une reprise minimum si l'affaire est faite rapidement, les anciens locataires qui sont là depuis quatre ans sont très Korreks eux aussi parce que c'est rudement bien installé: tout confort moderne, baignoires même dans les caves, piscine, barbecue et batterie de D.C.A dans le jardin, il y a juste à refaire les peintures (vert de gris pas terrib') et changer quelques tableaux.
Ah oui si j'avais vécu je serai monté à Paris, je crois qu'il doit y avoir de l'avenir là haut! J'ai jamais compris pourquoi ils voulaient tous habiter dans cette ville de suicidé mais je te leur aurais loué, moi, à tous ces couillons des deux pièces sur cour cafardeuse au prix d'un château en Auvergne giboyeuse. Ah vrai c'était la fortune assurée.
Au lieu de quoi il faut que je me choisisse un mur, d'un autre côté comme ça je reste un peu dans l'immobilier. Je crois que je vais prendre le grand en briques qui est juste en face de la cathédrale, c'est passant et il est bien exposé, il y a pas de frais à faire et il conviendrait très bien à une jeune couple de résistants jeune mariés communisses ou à un martyre héroïco-gaullard comme moi. Ah merde c'est vrai il y aura ces cons de Grenot, à quatre de face on risque de devoir se tasser et forcément je serai moins héroïque!
Bon je les entends qui arrivent, c'est pour nous, ma dernière pensée aura été: finalement j'ai bien fait de prendre le chandail à trous que m'a tricoté bonne maman sans ça j'aurais pas su quoi mettre je sais toujours pas si c'est une exécution habillée ou pas et comme c'est ma première... et ma dernière...
Merde !... mais... on dirait... mais c'est plus les allemands... ouais c'est les américains ! Bon, je vous quitte, bises à tous.
Votre petit Guy qui pense à vous.
De ce jour Guy Hoquet n'a plus jamais écrit... il s'est fait installer le téléphone.
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Publié par urbane à 05:42:39 dans / La dernière lettre de Guy Hoquet avant d'être fusillé | Commentaires (0) | Permaliens
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