•  

    -Hep ticketkë ! M'interpelle le controleur.

    L'on imagine dans quel état je me trouve: en partie haute, je suis en sang et en partie basse à poils !

    Mais le préposé ne me prend nullement en pitié et titubant il vient à moi en réitérant son injonction :

    -Ticketkë !

    Je le repousse rageusement et part à la recherche d'un homme sobre. Après avoir sondé les câles et monté sept étages, je suis bien obligé de me rendre à l'évidence, ils sont tous complétement rincés à bord ! Aussi bien les membres d'équipage que les passagers. Même les enfants, même les clebs, même les belle-mères !

    C'est tout le drâme de ces contrées rigoristes, austères, mal desservies en bonne humeur et fantaisie, corsetées et frigides, au premier rayon de soleil ou quand l'occasion se présente les naturels se lâchent tout à fait et ne se connaissent plus de limites.

    Il faut dire aussi qu'il y a ici trois étages de duty free où le Smörgg la boisson nationale, un alcool fort à base de jus de salami fermenté est en vente libre et fortement détaxée, on gagne facilement 1,67% par rapport aux prix pratiqués chez nos voisins.

    Je parviens néanmoins à gagner la passerelle.

    -Je veux voir le commandant du navire ! Intimai-je au premier gradé que je croise.

    -‘heu cobandant y dort. Me répondit-il en me rôtant à la figure.

    Je ne l'ai point encore signalé mais entretemps la houle a forci et le navire commence à balancer.

    J'écarte le pécore et promptement j'arrive au poste supérieur, un gaillard barbu, qui ne manque pas de prestance dans un charmant ensemble blanc rehaussé d'or se tient à la barre, je dis qu'il s'y tient mais je devrais dire qu'il s'y cramponne.

    -Vous êtes le commandant de ce... vaisseau ?

    -‘y me semble... c'est bien la semaine B? ...'oyons... si c'est la semaine B c'est moi qui suis là sinon c'est Henrietkë... l'est pas là Henrietkë ? Alors c'est pas la semaine A et c'est moi qui suis là !... quand même personne a vu Henrietkë ?

    -Mon commandant la porte arrière est restée ouverte ?

    -Quoi encore ! Mais merde on va re-couler ! Henrietkë il est où ce con-là ? On vous a jamais dit que vous portiez pas de slip ? Ben moi je vous le dis... gare mon garçon ou tu vas te les enrhumer et aussi... aussi vous avez du ketchup là sur la tête... là... et là aussi!  

    -Je vous dis que la porte...

    -Ah ouais la porte... HoHé les gars ordre d'évacuer le navire on va coulo qu'y dit le jeuno... mais... mais qui t'es toi pour me donner des ordres ? T'es même pas Henrietkë. Foutez-moi ce quidam aux fers !

    -Je suis le... le mari de votre reine: Printzip Raoultkë de Nordnmark.

    Il se rappôche, me dévisage, il pue le Smörgg à plein nez :

    -C'est toi Raoultkë Ôg Grotesqtkë !

    L'on pourrait traduire par Raoul le risible, je mets cette remarque déplaisante et ridicule sur le compte de son état... avancé et je réalise  que je n'obtiendrais rien de lui.

    Il ne sera pas dit que mon sacrifice aura été inutile. Je réussis à lui faire décramponner la barre et le pousse dans son fauteuil de commandement où il se met à ronfler. Je n'ai jamais conduit de ferry jusque là mais celui-ci braque mal, il me semble fort peu maniable sans doute à cause de l'état de la mer et de l'eau que nous embarquons sans compter. Nous sommes déjà bien enfoncés.

    Nous allons tout droit vers la haute mer et le naufrage assuré, il me faut dérouter l'animal vers l'île la plus prôche soit Umpingen. Je mets la barre à droite toute à... tribord donc.

    La manœuvre est brutale et l'on commence à tambouriner à la porte du poste de commandement que j'ai pris soin de verrouiller.

    En moins d'un quart d'heure nous arrivons à bon port sur Umpingen haut lieu des festivités.

    Je suis en train de parfaire mon créneau lorsque me parvient l'écho de la voix reconnaissable entre toutes car invariablement mégaphoné de cet imbécile de Thor Dupondsen, le chef des services de sécurité :

    -Monseigneur je vous en prie rendez-nous ce navire et relâchez les 2957 ôtages ! Crie-t-il depuis son hélicoptère tandis qu'à nouveau une pluie d'homme-grenouilles courônnés de bérets verts s'abat tout autour de moi, signe sans doute que le temps est à l'orage !

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    L'on m'a mis dans une chambre que le tapissier est en train de finir de capitonner au modeste hôpital général d'Umpingen lorsque ce saligaud d'Urinald fun Froeben le grand chambellan de la cour vient enfin me chercher:

    -Pardonnez-nous Monseigneur, ces messieurs ont cru que vous aviez... à nouveau... perdu la raison et détourné ce bateau...

    -Navire ! Froeben, l'on dit navire lorsque l'on est marin. Et je n'ai jamais jusqu'à ce jour perdu la raison, que je sache.

    -... vous avez raison Monseigneur: ce navire, ils ignoraient que votre geste avait sauvé la vie de tant de gens...

    -2957 Froeben... pas plus que de 2957... mais pas moins...

    -Une voiture vous attend Monseigneur.

    -Une voiture... oui... oui mais non... je vais un peu rester ici... c'est ici que l'on s'amuse aujourd'hui n'est-ce pas: à Umpingen.

    <o:p> </o:p>

    Devant la sortie de l'hôpital, une foule importante m'attend pour me fêter...

    Des jeunes filles tendant leurs seins dénudées pour que je les leurs dédicacent crient :

    -Raoultkë Tek Lof ! (Traduction : Raoul on t'aime !)

    Dieu de Dieu me voilà populaire... enfin ! Je me jette dans la foule et me laisse engloutir par elle. C'est si bon d'être aimé de son peuple.

    (à suivre...)

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  • Une fois ! A la vérité, je n'ai point compté mais ce fut bien plus que cela, ces filles d'aujourd'hui sont étonnantes de liberté et de santé, remarquai-je en recherchant mon slip de bain perdu dans les roseaux pendant qu'elles continuent de pouffer. Quand je pense qu'elles ont l'âge de ma douce Klopilde ! Oui bon j'arrête très vite d'y penser pour m'évite des embarras de conscience qui pourraient m'empêcher de dormir surtout après le repas trop copieux que nous fîmes. Je mets enfin la main sur mon slip et embarque sur mon canot en agitant mon slip pour leur faire mes Adieux au moment où passe tout prés de moi un énorme car-ferry, il sont fort nombreux dans le coin, il fait un tel remous que je me retrouve à l'eau.

    Grâce au ciel je suis un excellent nageur et je ne mets pas longtemps à rembarquer. Essouflé et réfrigéré, l'eau n'est jamais à plus de 9° dans le coin,  je le regarde s'éloigner, il me semble vadrouiller un peu, l'équipage a du lui aussi faire quelques libations pensai-je quand soudain-je qu'aperçois-je ? La porte arrière est encore relevée comme une soubrette fraîchement troussée. Dieu de Dieu il faut absolument les en avertir. Malheureusement mon téléphone portable est resté dans la poche de mon slip de bain qui gît présentement au fond de la Baltique et après consultation de mes deux plus récentes petites amies, il s'avére que leurs téléphones belgophones ne sont point compatibles avec notre réseau de télécommunications.

    Dans tous les cas il faut agir, je re-saute dans mon canot et met les gazs à fond, le ferry futurement tragique va bon train et file vers le chenal et son submersible destin.

    Je le double, sur la gauche, babord donc, mais comment l'aborder, je fais des signes à des passagers qui vomissent sur le pont, mais très vite ceux qui me remarquent se moquent de ma nudité, j'aurais du emporter une serviette de bain.      

    Je décide d'oser le tout sur le tout et je vais placer mon canot au milieu du chenal.

    Instant périlleux, on en jugera, moi seul juché sur ma courte embarcation et ce bateau énorme qui me vient dessus de toute la force de ses surpuissantes machines.

    -Es-tu bien sûr Raoul de ne point te fourvoyer ? m'écriai-je mentalement.

    Les calculs sont vite faits: même si le commandant se montre assez avisé pour commander l'inversion des machines, je vais très proprement me faire couper en deux par le milieu.

    Je décide de la jouer autrement, je vais pour redémarrer mon moteur, Saperlupopettkë ! (Nota: expression idiomatique autant qu'interjective et qui est l'équivalent de : Bigre ! chez nous.) il s'y refuse, on imagine le suspens insoutenable que je soutiens pourtant de mes deux bras musclés: le ferry continue sa marche rien moins qu'inexorable pendant que je tire et retire sur la ficelle... qui me claque dans les mains !

    Heureusement j'ai été scout-marin et je parviens à faire un nœud dit de bite ou d'amarrage et retirer prestement sur la ficelle et... enfin le moteur consent à redémarrer.

    Soulagé, je fuis à toute vitesse, fait le tour de l'îsle et réussis à me placer sur l'arrière du ferry, l'on aura compris la manœuvre, mettant les gazs à fond, je me propose de rien moins que de pénétrer par son arrière béant, tel un suppositoire en une course échevelée et que j'espère salvatrice. Il ne manque que le lubrifiant. Il y a bien une différence de niveau entre le plancher bas et la hauteur de l'eau mais je pense qu'en cabrant suffisamment mon embarcation en mettant du trim (l'une de mes spécialités quand je pratique le ski nautique: le dosage du trim. Dans le temps de ma jeunesse j'ai fait Cannes-Propriano à ski nautique... et Propriano-Cannes en hélicoptère-sanitaire après avoir refusé une priorité à un barracuda !) je pourrais lui donner suffisamment d'angle et d'élan pour intromettre le géant des mers et allait m'écraser fort aisément contre une file de Volvo.

    -Boultkë Raoultkë ! m'encourageai-je en fermant les yeux et en tirant la manette.

    Cela fait Vrrroooumfff ! Cela fait Sssssplllaaaashhhh ! Cela fait  Sssshhhbooonggbbliiinttllingkliingg ! Cela fait mal surtout !

    Je viens de me manger le tableau de bord en acajou de mon Riva en harponnant une Saab par le milieu.

    Je me dégage avec difficultés et en pensant :

    « C'est ça que je m'achéterais la prochaine fois, un canot Saab en tôle avec airbags en série plutôt qu'une saloperie de rafiot rital avec des échardes. » (à suivre...)

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  •  

    24 Juin
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    Chic le lendemain de ce jour funeste tombe un 24 Juin, le jour de la Saint Jean, du moins chez nous à Bonpèze, nous la célébrons comme telle, ici dans ces contrées barbarisées de toute antiquité et re-salées par l'hérésie protestante il est hors de question de sacrifier à quelque saint que ce soit alors l'on fête le jour le plus long de l'année le solstice d'été et l'on  bâtit de grands feux, et l'on se saôule de bière, et l'on se vide la vessie et l'on honore sa voisine de palier et l'on partouze en shorts et en chaussettes et l'on revomit sa bière avant de se  re-resservir en bière et en voisine.

    Dans la capitale Upschloüt  il est de tradition d'une année sur l'autre que toute la population de la capitale et de plus loin encore, se rende en bateau dans l'une des deux îsles qui encadrent le front de mer de la capitale, dénommées l'île de droite Umpingen et l'île de gauche Sokialisten. Animé  par un étonnant instinct grégaire alors que rien n'est affiché à l'avance toute la population se retrouve sur la même île et boit, se brûle et partouze gaiement, bruyamment, abondamment et casse des assiettes et jettent leur belle-mêre dans les fournaises.

    Et par je ne sais quel malédiction chaque année je me trompe d'île et me retrouve seul ou dans le meilleur des cas en compagnie d'ouvriers du batîment marocains ou algériens dépourvus semblent-ils tout comme moi de ce sixiéme sens viking.

    Sans doute grâce à cet instinct qu'ils ont découvert l'Amérique avant tout le monde, j'entends les vikings pas les ouvriers magrhébins du batîment qui pour leur part n'ont découvert qu'une chose: on se les géle dans ce foutu pays!

    <o:p> </o:p>

    Cette année, je prends mon élan, bien décidé à ne point me fourvoyer une fois encore. J'ai fait savoir que je continuais de bouder et défectant aux cérémonies traditionnelles je me donne quartier libre

    J'étudie les vents, les données statistiques et les lunaisons avant que de déhaler mon hors bord, nouvelle haquenée et de me lancer dans cette étonnante compétition nocturne. Il est de régle de ne point allumer les feux de son embarcation et au dernier moment, je change de bord, mu par je ne sais quel voix intérieur et délaissant Umpingen  j'aborde sur Sokialisten. Je saute à terre, regarde autour de moi tout en attachant mon bateau.

    -Merde encore gouré ! M'exclamai-je intérieurement (c'est moins bruyant et somme toute plus distinguée.)

    L'île semble déserte... ah si j'aperçois des lumières, du côté des roseaux là-bas.

    Réconforté je me dirige vers elles et je tombe sur une famille de belges les Boeulmans, ils viennent de Liège avec leurs deux garçons, leur grande fille de 17 ans Brigitte et Josy une amie de classe de celle-ci, ils ont garé là  Opel et  caravane pliante et regardent sans envie sur leur tévé portable les grandes fêtes barbares qui se déroulent tout à côté.

    Ils me proposent une bière et me déplient un pliant, je ne crois pas qu'ils soient venus pour partouzer autour de grands feux.

    Malgré tout je passe des instants très agréables, nous dînons fort correctement de harengs sauce en l'air (j'en consigne la recette dans mon carnet, c'est un peu le concept de la crème retournée mais en plus acrobatique... et salissant.) et nous regardons tous ensemble « Intervilles » en belge non sous-titré, ils voyagent avec leur récepteur satellite pliant et leur réserve de bières portable.

    Vraiment une excellente soirée et quand je dévoile mon identité, il faut les voir sortir leur téléphones portables et leurs appareils photos pliants pour immortaliser ces instants vécus auprés d'une altesse.  

    Oh je pourrais certes rejoindre à la hâte les festivités mais je préfére contempler la nature inviolée en admirant le coucher du soleil assis sur mon pliant. Ils sont très bien dans le coin sans doute parce que beaucoup moins nombreux qu'ailleurs, je parle des couchers de soleil pas des pliants.

    Le père Boeulmans est en train de me raconter les difficultés qu'il a à placer des assurance-vie, il est courtier en assurances pour une compagnie belge: la Défaillante de Liége, après quelque temps, je ne sais pourquoi je commence à trouver le temps long, je regarde ma montre il est plus de onze heures du soir et le soleil n'est toujours pas couché, alors je réalise tout soudain que le soleil ne se couche pas et que c'est même le prétexte à ces renouvelées festivités.

    Je me léve pour prendre congé. Les deux charmantes gamines se portent volontaires pour me raccompagner jusqu'à mon canot automobile, j'opine à leur proposition. En chemin elles se montrent mutines à souhait et je surprends même la grande Brigitte murmurer à son amie dans un fou-rire:

    -Et si l'on se faisait une altesse une fois ! (à suivre...)

     

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  •  

    22 Juin (suite)

    Ce garçon, Petcho Larigaïe, n'est que sensibilité, c'est ce que j'apprécie le plus chez lui, rien de l'intellectuel parisien déssiqué, d'abord il y a, sa bonne humeur, un enjouement permanent tout frisé de son accent béarnais. Il n'y a que dans le choix des lectures qu'il fait à la Reine qu'il me désarme un peu, mémoires d'officiers parachutistes, de rescapés du djebel, chroniques de la Légion Etrangère et des troupes de marine, ils nous détaillent même les phylactères d'illustrés en couleurs qu'il prise particulièrement contant les exploits de militaires culturistes et suréquipés oeuvrant à longueurs de bulle pour la survie du monde libre... tout celà à force de répétitions lassent un peu l'auditoire sans représenter exactement toute l'étendue et la diversité de la littérature française je pense quoique la Reine s'en accommode fort bien, tout juste si elle ne demande de temps à autre la signification de quelque expression argotique ou militaire.

    Avec le cher Petcho Larigaïe nous marchons quelque temps dans le Parc et je m'ouvre à lui, je sais qu'il peut être de bon conseil.

    -... oh entendez-moi bien, ce que je vous en dis mon cher, ajoutai-je je n'en fais pas une affaire personnelle mais une question de principes. Habeas corpus et tout ce genre de choses, vous voyez, une atteinte à l'intégrité de l'individu pris dans le cas général même si l'on veut faire de moi la victîme sacrificielle autant qu'inaugurale de sordides calculs comptables. Ils admirent les rosbifs, grand bien qu'ils les imitent doncque jusqu'au bout en matière de libertés individuelles et du droit à disposer librement de soi-mâme.

    Après un temps de réflexion, il me dit :

    -Il faut que j'en référe... je veux dire, laissez-moi le temps de la réflexion Monseigneur, je ne voudrais pas m'engager à la lègère dans une affaire aussi grave vous concernant.

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    Malgré tout j'ai fait préparer par le fidéle Pezzolino mon bagage au cas où il me faudrait déménager dans l'urgence, je n'ai aucune envie de sacrifier pour de basses menées démagogiques mes capacités génésiques.

    Quelle n'est pas ma surprise de découvrir mon serviteur de l'autre côté des grilles du Parc attendant le bus devant l'arrêt Palais Royal .

     Il faut voir comme il est fagoté, il porte trois vestons en cheviotte superposés, deux chapeaux de chasse empilés, trois parapluies et de volumineuses et lourdes (je le vois à la courbure de ses épaules) valises en cuir Hermés. Tiens pensai-je ce garçon a la même dilection que moi pour la cheviotte et les bagages Hermés... avant que de réaliser que ce sont mes vestons et mes valises et que le gredin s'enfuit en emportant une bonne part de mon trousseau.

    Je cours sus à lui, ramasse, en passant, un fusil dans la cahute d'entrée de la Garde et je sors dans la rue, marche prestement jusqu'à l'arrêt de bus, je suis en robe de chambre, robe de chambre, habillée certes, mais robe de chambre quand même, il y a un grand nombre d'Upschloutiens employés de bureau ou ménagères qui attendent le bus de 11 heures 24 et l'arrivée en armes du second personnage de l'état, moi-même donc, ne manque pas de les étonner, je pointe l'arme sur Pezzolino qui se jette à genoux puis tout à fait à plat ventre à mes pieds en pleurant d'abondance:

    -Altesse ne me tuez pas j'ai des enfants oh oui tellement d'enfants !

    Tiens première nouvelle il se disait célibataire jusque là!

    Les usagers sont effrayés et c'est un « ÔÔÔÔÔÔ !!! » unanîme mais très vite ils sont agréablement surpris par ma simplicité, après tout le prince consort qui  vient assassiner son prochain en pleine rue comme tout le monde, c'est très démocratique tout ça.

    Il y a quelques flashs qui partent comme en approbation.

    Finalement le vil personnage obtempère à mes objurgations et nous rejoignons le Palais lui devant, les valises à la main, moi derrière pointant mon fusil lorsqu'une escouade d'une vingtaine de policiers municipaux montés et en armes eux aussi nous entourent tout soudain, suivis d'une autre vingtaine mais cette fois ce sont des gardes Royaux toujours à chevaux qui entourent les policiers, bref cela commence à faire de l'uniforme et du crottin sur les trottoirs  :

    -Monseigneur, je vous en prie, rendez-nous ce fusil et relâchez l'ôtage. Crie dans un mégaphone l'un des gradés perchés.

    -Ce n'est pas un ôtage, mais un domestique fautif et c'est une affaire privée captainkë (nota : c'est l'équivalent de commandant chez nous)  Thor Dupondsen (c'est le chef des services de sécurité), j'ai droit de haute et basse justice sur ma domesticité, alors un conseil ne  vous mêlez pas de ça et lâchez cet appareil bruyant vous êtes ridicule !

    Je passe sous les fenêtres de la Reine dans cet équipage étrange et nombreux avec ce crétin qui continue de gueuler dans son mégaphone, je léve les yeux, j'aperçois ce saligaud de Urinald Fun Froeben qui exulte derrière les rideaux.

    Finalement je fais grâce à cet imbécile de rital après l'avoir fait mettre à poils et je regagne dignement mon pavillon de chasse au moment mâme où des parachutistes en tenue d'hommes grenouilles coiffés de bérets verts atterrissent qui, pour les plus chanceux, dans le grand bassin, qui, pour les plus maladroits et nombreux, sur les pelouses.

    Qu'est-ce que ça encore ! Tsss ! Tsss ! Sans doute ce salopard de premier ministre qui prévenu en grand hâte par Urinald Fun Froeben et sa clique aura déclenché je ne sais quel plan Orsektkë d'urgence aussi superfétatoire que ridicule.

    Semaine éprouvante, certes mais où je crois malgré les adversités successives avoir su conserver ce qui me tient le plus à cœur: ma dignité.

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    22 Juin
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    Les journaux du matin parlent d'une tentative d'attentat conte le Palais Royal alors qu'il s'agissait d'une tentative d'anniversaire, qui fut d'ailleurs fort brillamment réussie à mon goût. Le premier Ministre Wöölaf Plöömquist (il est d'origine suédoise, incroyable le nombre de météques qu'il peut y avoir dans ce foutu pays !) est arrivé au Palais dés qu'il a appris la (fausse) nouvelle. C'est le secrétaire du Parti Social Démocrate (PDÖ) actuellement au pouvoir après avoir conclu une alliance avec les Démocrate Sociaux de l'ÖPD,  toujours cette manie du consensus propitiatoire à toutes sortes d'arrangement et de combinaisons avantageuses pour ces messieurs. En cinquante années le PDÖ n'a point exercé le pouvoir que pendant 43 minutes et encore ne fut-ce que parce que le premier ministre de l'époque était demeuré enfermé dans les vouatères du Palais pendant une réception officielle. Je dois confesser d'ailleurs que c'était moi qui l'y avait enfermé exaspéré que j'étais par ces remontrances après que le presse espagnole eut publié des photos de moi en accorte et dévêtue compagnie sur une plage de Marbella. Je n'admets point l'insolence, j'ai le souci de mon rang et de ma charge mais quoi eut-il voulu que je me baignasse en haut de forme et queue de pie. Ces gens-là sont proprement insupportables. J'envoie le fidéle et tarifé Pezzollino espionner à mon profit, la rencontre entre la Reine et le pseudo démocrate en chef.

     Je patiente dans le pavillon de chasse désaffecté au fond du parc ou le grand-père de Gretaetkë le roi Uürald XII recevait dit-on ces conquêtes, un sacré luron. J'en visite les piéces, c'est charmant, décrêpi, mais charmant, dans le style années 30,  vrai l'on se croirait à la campagne, malgré le métro qui passe en dessous, il faudra que je fasse aménager tout ça pensais-je, au moins lorsque les humeurs se seront calmés.

    Pezzolino revient enfin :

    -Alors fidéle serviteur où en sommes-t-on ?

    -Couic ! Me dit cet imbécile d'italien en agitant des ciseaux imaginaires devant mon visage.

    -Ils ne songent quand même pas à me...

    Que je sache la peine de mort n'est plus exercée par ici depuis au moins les années 50, ils ont songé un temps à la rétablir pour les tueurs de rennes et puis ils y ont renoncé.

    Ils ne vont pas la rétablir seulement pour moi, d'autant que je n'ai jamais fait le moindre mal à l'un de ces détestables bestiaux. Un bref instant, je le confesse, je cherche dans ma poche, ma brosse à dents qui ne me quitte plus, depuis le divorce de mes parents, un instant, oui je le confesse, je songe à fuir.

    -Couic ! Couic !

    L'imbécile surenchérit en se mettant les mains sur ses génitoires.

    -Mais parle donc imbécile !

    Il m'explique que cette petite ordure de Wöölaf  Plöömquist va présenter au parlement une proposition de loi visant à me faire stériliser, il a mis en avant auprés de la Reine que mes prétendues divagations galantes récentes et passées risquaient de me valoir un surcroit de postérité, descendance supplémentaire qui quoique conçue hors les liens du mariage et selon la loi du pays risquait de faire valoir auprés du gouvernement des droits à pension, que la liste civile de la famille royale s'en trouverait sensiblement augmentée et l'ordre de succession rallongé d'autant et qu'il n'était pas plus que ses collégues et encore moins ses électeurs-contribuables disposait à voter de nouveaux crédits ! Et donc selon lui le seul moyen d'y mettre un terme serait de me traiter comme n'importe quel matou de gouttières.

    Non mais a-t-on idée ? Quel jean-foutre !

    Maintenant je ne vois pas comment me sortir de ce mauvais pas ? Il s'agit de manœuvrer promptement et adroitement.

    Voyons quel pourrait-être mon plan de bataille, je réfléchis, longtemps, si longtemps que je m'endors... comme ça en pleine réflexion, cela m'arrive quelque fois, tant peut être grande ma capacité d'abstraction et c'est cet imbécile de Pezzolino qui me réveille, en me faisant les pôches :

    -Eh bien quoi qu'est-ce qu'il te prend ?

    -Excusez-moi Altesse, il faut que je régle le livreur de pizza.

    -Je n'ai pas commandé de pizza !

    -Moi si.

    -Eh bien régle-la avec tes gages plutôt que de me voler !

    -Je ne volais que le pourboire Majesté. C'est bon pour votre publicité de donner de bons pourboires aux livreurs de pizza qui viennent au Palais. Et avec les gages que vous me servez, je ne peux pas.

    -Et si tu y ajoutes tout ce que tu me voles ?

    -Même ce n'est pas encore suffisant.

    Ce garçon a des raisonnements d'une logique toute ancillaire et pratique. C'en est presque alarmant.

    -Eh bien alors prends ce qu'il te faut... mais pas plus.

    Une fois dépouillé, douché, rasé et habillé je vais un peu marcher dans le parc je ne veux pas faire mon retour avant d'avoir mis sur pied un plan de contre-attaque opérationnelle, mais j'ai beau réfléchir tant et plus, je ne trouve rien jusqu'à ce que je bute... sur Pétcho Larigaïe, le lecteur français de la Reine qui ronfle le nez dans l'herbe, pas encore tout à fait remis de notre soirée d'anniversaire.

    -Eh bien l'ami, on paresse ! L'apostrophai-je en lui donnant un amical coup de pied dans les côtes.

    -Merde quel est le con qui a osé ?.... oh pardon Monseigneur.

    Il se frotte les yeux, se redresse, se met au garde à vous, cette manie qu'a ce garçon de se mettre toujours au garde à vous lorsque il me croise, étonnant pour un littéraire non ? Il a publié quelques délicats recueils de poêsie : « Incomplétude II » notamment dont l'on attend avec impatience le premier tome et c'est lors de la présentation de l'un de ses livres à la presse, à l'ambassade de France que nous nous sômmes connus et reconnus pour ce que nous sômmes : deux fiers et bons compagnons.

    Il souhaitait impérieusement s'installer dans notre capitale qu'il jugeait beaucoup plus lancée en matière de vie littéraire que Paris (de fait nous avons reçu l'année dernière la visite de Miss Univers, du Dalaï Lama qui était en transit et de Barbara Cartland qui voyage en cercueil rose depuis une bonne douzaine d'années à travers la planête et ne manque jamais , par volonté testamentaire, de faire hâlte chez nous une fois l'an) mais ne trouvait pas d'emploi selon ses goûts et compétences, je lui ai proposé cette place de lecteur de français de la Reine qui était à l'encan depuis trop longtemps, le français, je l'ai dit, malgré mon apostolat énergique, reste peu prisé et mal enseigné. Il a accepté.

    Les journaux et les mauvaises langues ont tout de suite ragoté et sous entendu que le brave garçon était un agent des services secrets français délégué à la cour pour me surveiller et veiller aux intérêts français, il le décrivait comme un ancien militaire des troupes de marine, passé dans l'espionnage et la barbouzerie, roi du camouflage et du travestissement, se mouvant habilement dans les populations tel un reptile dans une jungle fournie, l'on racontait qu'il avait été marchand de glaces au Tchad pendant les guerres avec la Lybie, vendeur de barbe à papa en Centrafrique au temps de Bokassa et je ne sais quoi encore, bref on le disait un véritable Frégolo. Roman que toutes ces billevesées. Je l'ai aussitôt convoqué et les yeux dans les yeux, je suis capitaine de réserve dans l'armée française (et entre autres adjudant général du Génie rural dans la réserve du royaume), je lui ai posé la question :

    -Est-ce vrai que vous êtes un ancien militaire de carrière mon garçon ?

    -Négatif mon altesse. M'a-t-il simplement répondu.

    Je lui ai tapoté l'épaule, j'ai tout de suite été convaincu de sa sincérité. Je connais les hommes. (à suivre...)

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  •  

    20 Juin
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    « L'épreuve m'a toujours renforcé dans mes choix et mon caractère mâme ! » J'écris fébrilement dans mon journal quelques phrases à la lueur d'une lampe à pétrole, dans l'une des cabanes de jardinier du Parc du château de Huberstbörg qui me sert comme en ultîme refuge, bête blessée, encore saignante et essouflée de la dernière traque. Tous m'ont accablés... non pas tous mon cher Uurtikrn m'a été d'un grand réconfort. Il m'a souri. Il a compris, je lui ai appris que la vie est quelques fois injuste et peu améne mais que c'est alors dans l'épreuve que se distinguent les vrais caractères. Mais les autres... tous les autres.... Ah ingratitude, quand je pense à toutes ces années, mes meilleures, que j'ai données à un pays qui, l'on me pardonnera le mot est le trou du cul hémorroïdaire du monde gelé et a été infoutu même d'inventer la crème glacée. Bien entendu, ce salopard d'Urinald Fun Froeben qui a des espions partout dans le Palais s'est empressé de raconter l'incident de la bibliothécaire à la Reine.

    Ah faible femme je te pardonne, femme que j'ai tant aimée et servie je te pardonnerai encore demain, femme influençable et donc coupable comme tu m'as déçu, (d'ailleurs j'ai toujours pensé que Reine c'était un métier d'homme !... oui enfin l'on m'a compris) et pourtant je te pardonnerai toujours.

    Alors j'ai préféré au scandale et aux éclats, au mots blessants parce que trop sonnants la dignité d'un exil silencieux, temporaire et agreste.

    Et si il le faut demain je rejoindrais mes terres, mon bon village de Bonpèze où notre (voilà que cela me reprend !) nom est respecté depuis des siécles et où je suis aimé de tous. Là-bas les plus anciens se souviennent du mioche  aimable et tant vivant que j'étais, d'ailleurs de cette enfance campagnarde j'ai conservé le surnom de Raoul il cagadou, ce qui veut dire en patois celui qui « fait » partout, que l'on me pardonne la rudesse, l'acreté de notre parler, mais il est si vrai et authentique, il faut dire que dans mon enfance j'étais souvent agité de coliques et il me fallait me soulager un peu n'importe où au gré des champs et des haies et bosquets. Le surnom m'en est resté.

    J'occulte la lampe car j'entends des pas qui s'apprôchent, je ne suis point un brigand pour chercher à me cacher ainsi indéfiniment, mais pour un temps je préfére quand même la discrétion.

    Le silence, comme souvent le silence, sinon pesant à tout le moins pondéreux, on l'aura remarqué, me laissant le temps de me ressaisir et de réfléchir :

    « Cela pue un peu ici, les sacs de fumiers de cheval et d'azote sur quoi je suis assis, sans doute. »

    L'on toque à la porte... ah que n'ai-je emporté avec moi quelque arme ! Ils ne m'auront pas vivant ces sauvages vikings, il retentira une fois encore le nom français à leur faces embierrées et...

    -Ouvre quoi Raoul fais pas le couillon !

    Cette voix, je la reconnais, cette voix amie c'est celle du Père Fulmance des Emplettes, mon confesseur et directeur de conscience.

    Il me faut là aborder la question religieuse, né dans la seule et vraie religion catholique et romaine, il m'a fallu embrasser la foi réformée à l'occasion de mon mariage, éh sans quoi l'affaire ne se faisait pas tout simplement, c'est qu'ils sont tolérants les parpaillots mais dans la limite du tolérable.

    Troublé par cette exigence, j'avais pris le conseil à l'époque d'un  jésuite  qui m'avait enseigné dans mon jeune temps: le père Fulmance des Emplettes.

    Suivant sa recommandation je me fis donc Calvinien.... Ou Luthériste ? Je ne sais plus, il m'avait confirmé ce que je pensais que ce n'était là que puériles formalités et que je serais plus utile pour notre sainte église et la vrai foi auprés de la Reine qu'à Paris où je n'étais qu'un étudiant, désargenté et même passablement endetté et sans grandes espérances, monsieur mon père venant de se  remarier pour la cinquiéme fois à une meneuse de revue d'un music hall parisien où il avait ses habitudes, compte ouvert et sa bouteille de champagne au frais.

    Il va de soi que je n'ai jamais pris très au sérieux cette religion d'épicier mais malgré tout pour m'assurer l'âme j'emmenais dans ma suite mon directeur de conscience. La Reine n'a jamais voulu le recevoir au Palais, elle le craint je crois, comme un menteur la vérité, assurément.            

    Souvent après m'être confessé à lui le Père Fulmance m'interroge :

    -Bon mon garçon, dans la vérité de ton cœur les choses sont bien fixées, ton attachement à la seule vraie doctrîne chrétienne: la catholique j'entends, reste entier malgré tous les simulacres auxquelles tu as du te plier ? Dans le tréfonds j'entends ?

    -Dans le tréfonds mon père ?... eh ben je vous avoue que ça tourne un peu. Lesquels sont damnés, les luthéristes ou les calviniens ?

    -Mais Bon Dieu tous, ils le sont tous ! Ce sont des hérésies commerçantes et commodes, nées pour faciliter le commerce et la bonne conscience usuraire de ces messieurs ! Mais bien entendu que tous le seront !

    -Et même ma Poupetkë... et les mômes ?

    -Ah là il ne tient qu'à toi qu'ils ne le soient pas, Raoul, et tu sais comment. Allez apprôche-toi mon grand que je te donne ma bénédiction.

    J'ai mis mon influence et mon charisme au service de notre sainte mère l'église mais jusque là je n'ai réussi à convertir qu'une très lointaine cousine de la Reine 1875° dans l'ordre de succession au trône et encore la victoire ne me fut point confirmée car elle abjura très vite sa religion nouvelle pour se faire mahométane et épouse en second d'un émir polygame.

    -Allez ouvre enfin quoi merde, je sais que tu es là  petit con!

    L'homme a son franc parler, on en jugera. De fait Le Père Fulmance a sur moi une réelle autorité morale. J'ouvre donc la porte.

    -Joy-eux-z-anni-ver-saire Tétesse !

    Mon Dieu ils sont tous là derrière la porte, soit maintenant exactement devant moi, tous mes bons amis, outre le père des Emplettes, le cher John Branke accompagné de l'orchestre symphonique de Manchester de passage dans notre capitale, l'attaché culturel russe le vice-colonel d'artillerie Vassilli Merdakov, venu avec un corps de ballet au complet et en unifôrme encore, actuellement en voyage d'étude dans notre base sous-marine modèle de Uughsborg qu'il a tenu à leur faire admirer et pour quoi je lui ai obtenu un permis de visite, Pétcho Larigaïe, le lecteur de français de la Reine dont je parlerais plus loin et que j'ai élevé au rang de véritable ami de nous-même, la grosse Lottie, une belge qui tient une maison fort accueillante dans le quartier chaud de la capitale et qui est venue avec quelques unes de ses pensionnaires et tant d'autres compagnons d'interminables régates (en brise glace), camarades de polo (sur chenilles), ce sport si démocratique où tout le monde me tutoie, (sauf les chevaux et les palefreniers bien entendu !) et joueurs de golf (des neiges, il faut parfois quinze jours pour retrouver sa balle ou attendre la fonte) amis que je veux remercier ici et qui ne tiennent point tous ensemble dans mon île d'Elbe improvisée, cette modeste cabane de jardiniers.

    Nous festoyons pendant des heures, heureuses et inoubliables heures, au matin l'orchestre symphonique gît désaccordé et ronfleur sur les pelouses, dans la grande piéce d'eau le corps de ballet, avec à sa tête le cher Vassilli, affronte en de renouvelées naumachies, la troupe de la chère Lottie commandée par le non moins cher John Branke. J'ai du mal à ouvrir les yeux mais je me demande bien où ils ont pu trouver leurs bateaux, lorsque je réalise que ce sont les guérîtes des gardes du Palais qu'ils ont dérobés (nuitamment cela va sans dire), sciées, reclouées et armés en bataille.

    Je cherche le Père Fulmance et le découvre enfin sous les fenêtres de la Reine, ma Poupetkë est levée, malgré l'heure matinale et elle regarde avec quelque surprise la paire de fesses que lui soumet le jésuite passablement éméché et assez vindicatif à son endroit pour lui montrer ainsi son envers (si j'ose dire.) :

    -FoutreDieu ! Ah tu veux pas me voir ! Et bien au moins tu auras vu mon cul !

    Je vais pour remettre un peu d'ordre dans les esprits, malgré mon mal de tête, lorsque la cabane de jardinier explose (sans doute la lampe à pétrole que j'ai oublié sur les sacs d'azote, il faudra que je me renseigne) et je vois l'édicule propulsé à une belle hauteur dans les airs et retomber sur la statue monumentale d'Albert le Moyen, qui le représente signant un accord cadre sur la réduction de la durée du temps de massacre hebdomadaire avec le Roi de Prusse, qu'il coiffe littéralement.

    Quel chouette anniversaire en vérité. (... à suivre...)

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  •  

    19 Juin
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    Je profite de mon exil bibliographique pour mettre un peu d'ordre dans les 50 000 volumes, en rangeant les collections du grand-père je découvre toute une ancienne série des Pieds Nickelés je m'en régale tout en dégustant la pizza que j'avais commandée au fidéle Pezzollino et qu'il m'a fait livrée sans tarder. Brave garçon ! Quand même il faudra que je vérifie les pouboires qu'il donne aux livreurs... et les compositions et provenances des sus-dîtes pizzas, celle-ci me semble partculièrement poilue, cela ne prouve que davantage sa latinité certes mais quand même  je préfére la pizza imberbe.  

    Je suis affalé sur mon canapé, en robe de chambre, les doigts plein de tomate quand une petite jeunasse, toute en blondeur clignotante et jupette d'été entre dans la piéce, je replie mon clic-cl...aïe à la con... hâte, m'essuie les doigts sur ma robe de chambre :

    -Excusez-moi Monseigneur je viens prendre mon service. Je suis la nouvelle bibliothécaire adjointe.

    -Mais ce n'est plus Mademoiselle Huurlmondborg. L'interrogeai-je, vivement intéressé par ce mouvement de personnel indépendant de ma volonté mais auquel je donne volontiers mon assentîment tant la vieille Huurlmondborg était chignognesque et détestable à tous points de vue.

    -Non elle a pris sa retraite la semaine dernière Monseigneur, vous nous aviez fait le grand honneur d'assister à la fête pour son départ et sa Majesté lui avait remis la croix d'écuyer de l'Ordre d'Albert le Moyen pour ses trente sept années de service au Palais.

    Quand je pense que cette vieille schnoque a été décorée et que moi-mâme on me chipote... enfin !

    -Je suis mademoiselle Shupettsen.

    -Mais oui, je me souviens, émouvante cérémonie. Très bien, très bien... alors bienvenue au Palais mademoiselle Shupettsen. J'étais justement en train de compulser quelques vieux traités d'archéologie carthaginoise...

    Je suis devenu un spécialiste de l'archéologie carthaginoise le jour où j'ai découvert que le royaume en était fort dépourvu.

    -J'ai passé mon doctorat sur le sujet de la représentation de la figure du sacré dans l'art mosaïcal des pédiluve anté-hamilcarien.

    Une spécialiste des bains de pieds carthaginois convenons-en c'est pas de pot.

    -Ah... bien, bien nous pourrons en deviser ensemble à l'occasion alors... dis-je tout en songeant-je qu'il allait me falloir réviser sérieusement la chose parce que je ne sais pas même où se trouvait Carthage. En Afrique et quelque... ce me semble ?

    Enfin c'est l'une de ces filles qui ont la particularité de parler longtemps et sans respirer, si bien qu'elle arrivent au bout de leurs idées à peu prés asphyxiées et prêtes à cueillir.

    -Mais asseyez-vous Mademoiselle Shuppetsen.

    Elle s'assoit en confiance sur ma pizza encore chaude, se reléve vivement, maculée (déjà !) le fondement tout peinturluré, c'est charmant.

    -Quand je travaille, je ne prends pas le temps de dîner, je grignote n'importe quoi.

    Elle apprécie mon côté simple et sans façon, de fait je suis très accessible, pourvu qu'elle le soit autant. Je prends ma pochette de soie pour lui nettoyer galamment la partie maintenant la plus rutilante de sa personne et pas la moins avenante, certes non.

    Elle se laisse faire, souriante, accommodante, je me fais plus pressant, elle ne recule ni ne proteste, après tout va très vite:

    -Je... je vais demander à mon majordôme de vous faire monter une robe... voulez-vous ? Lui demandai-je en appuyant sur la sonnette d'appel.

    Elle acquiésce, je l'aide à retirer sa jupette.

    -Le slip aussi Monseigneur ?

    Allez hop faîtes monter un slip !

    -Aaarrrhh les français sont fous ! Murmure-t-elle béante de désir.

    Dans nos emportements sensuels nous ne remarquons point le groupe de scolaires qui sous la conduite de leurs professeurs et du guide viennent d'entrer dans la bibliothéque, nous sommes lundi jour de visite du Palais Royal.

    -... à gauche vous avez les collections de grimoires et incunables de feux les rois Hourrald XII et Youppiald XIII... à droite vous pouvez apercevoir le Prince consort Raoultkë de Nordnmark en train de troncher la nouvelle bibliothécaire adjointe du Palais Mademoiselle Shuppetsen...

    -ÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔ !!!

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    18 Juin
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    Je suis toujours planqué retiré dans la bibliothéque, j'y ai passé la nuit, j'y ai installé sans en avertir la Reine un clic-clac que je suis allé acheter nuitamment chez Ike-aïe !  la grande chaîne de grands magasins de meubles scandinaves en kit, il faut dire que par ici la nuit dure six mois et que les magasins soient ne ferment pas, soient n'ouvrent plus selon les options philosophiques et commerciales de chacun. Il est certain que ce   n'est pas facile de se lever le matin quand on ne s'est pas couché le soir surtout si le matin ressemble au soir et vice versa.

    Donc j'ai passé une bonne partie de la nuit à monter le canapé convertible aidé par Pezzolino mon fidéle valet de chambre, un ex-pizzaiolo, je l'ai rencontré il y a une dizaine d'années dans une pizzeria grecque du quartier albanais de la capitale, je l'ai pris à mon service et il me sert depuis avec astuce, constance et même quelques fois de la loyauté.

    Au matin il est arrivé avec les journaux, mon petit déjeuner et un acte d'abdication en trois exemplaires de ma charge et dignité de prince consort.

    -Alors l'ami où on sommes-t-on ? Demandai-je au brave Pezzolino avec un détachement stoïque en beurrant mon rôtie.

    -A qué chidenté Monsignore !

    De fait les journaux ne sont pas tendres, et bien entendu il y a une grande part d'exagération et de fabrication là dedans, ils truquent et soutiennent sans vergogne que j'ai tenté de défenestrer un vieillard diminué.  Sur les photos, je saigne du nez, j'ai les lunettes de travers, le visage déformé par la colère je ressemble à une fin de série de tueur en série au moment de son arrestation.

     Raoultkë Ôg viok defenestratortkë !

    Je traduis pour les non polyglottes :

    Raoul le défenestrateur de personnes âgées!

    Un surnom qui a tout le moins, s'il devait rencontrer quelque vogue serait fort dommageable à l'image que j'entends laisser à la postérité.

    En ces instants je ne le cache pas, je chancelle sur ma rôtie  mal beurrée lorsque en mon for enfiévré retentissent soudain les trompettes... de la reléve de la garde.

    Dieu sait qu'à l'ordinaire c'est un rituel qui m'insupporte: il faut dire aussi qu'à l'ordinaire à six heures je dors, mais là, dans le moment, ce retentissement cuivré me redonne du courage, je me dresse dans mes pantoufles et j'ouvre la fenêtre qui donne sur la cour d'honneur  en grand, préparé à tout affronter et même les lazzis d'une populace hostîle.

    Est-ce mon autorité naturel, rien ne vient, derrière les grilles de la cour d'honneur quelques regards se tournent vers moi mais sans que j'y lise de désapprobation, au contraire des flashs partent, on me photographie, je fais bonne figure je crois, en robe de chambre mais très vite je m'ennuie à faire face, la bonne humeur chez moi n'étant jamais trop longtemps exilée, je ramasse les billes d'un jeu de solitaire en marbre posé sur un guéridon, je m'en remplis les poches et je retourne à mon balcon,  accoudé à la rambarde du balcon, très sportsman dans  l'épreuve, je vise les bonnets à poils (ils les ont adoptés pour la Garde Royale sur le modéle, une fois encore, des anglais qui nous en avaient chipés l'idée après Vaterloo à l'imitation de notre Garde Impériale !) que je surplombe et laisse tomber les billes une à une. La bille quand elle atterrit se met à tourner sur le plafond du shako rond, il parait que lorsque l'on est dessous c'est à devenir dingue ! Mais ils n'ont pas le droit de bouger sinon ils ont un gage et quinze jours de prison. Tordant non ? Je suis en pleine visée lorsque j'entends la grande porte de la bibliothéque qui s'ouvre, je me retourne : c'est mon petit Uurtikrn !

    Outre ma fille chérie l'adorable et douce Klopilde qui parfait ses études supérieures en Floride, j'ai deux fils: Koonradt qui tient beaucoup de sa mère et qui est à l'Ecole Navale et puis le jeune Uurtikrn, c'est tout moi, vaillant et impulsif, je prends du temps sur mes obligations pour le former au mieux à ses futurs fonctions de... de Poulidor, d'héritier en second.

    -Papatkë !

    -Viens là mon petitkë.

    Il va sur ses dix-huit ans, autant notre koonradt est sanglé comme sa mère autant mon Uurtikrn est artiste comme son père. En ce moment il porte une crête d'iroquois arc en ciel qui fait jaser les gazettes à scandales, c'est dire si comme moi ils détestent les plumitifs.

    Il me rejoint sur le balcon, je pose mon bras paternel sur son épaule encore toute filiale:

    -Il ne faut pas vous occuper de ce que disent les journaux Papatkë.

    -Que veux-tu voilà ce que c'est qu'une monarchie parlementaire ! Rien du tout, le néant ! Un ornement bourgeois ! Le char de l'état transformé en taxi ! Et si l'on proteste un peu ou que l'on veuille se conduire en maître chez soi les boutiquiers vous menacent de vous couper les vivres et de vous supprimer votre liste civile, et ces messieurs de débattre de ce qu'ils vont nous donner comme traitement et étrennes ! Les concierges de la mémoire nationale voilà ce que nous sommes !

    Je ne rate jamais une occasion de lui donner quelques leçons d'absolutisme.

    -Imagine-t-on Louis XIV laisser imprimer de telles saloperies mais tu peux me croire que le soir mâme le photographe, eut été mené en place de gréve pour y être roué tout vif. Il est où le respect qui m'est... Qui nous est dû ! Allez maintenant va à l'école mon grand !

    Il fait des études de... de quoi déjà ? Il faudra que je lui demande. Il me quitte et je reprends mes occupations ludiques quoique assez vaines, j'ai presque entiérement garni tous mes bonshommes  lorsque la porte s'ouvre à nouveau et la Reine entre, elle est en robe d'audience, une petite couronne de ville en diamants sur la tête, la tenue de bureau quoi, elle est suivi par cette petite ordure d'Urinald fun Froeben qui porte une pile de journaux :

    Elle en prend un, le léve bien haut :

    -Avez-vous signé ?

    Je quitte le balcon à grands pas et  claque la porte au nez de fun Froeben :

    -Ecoute il faut qu'on parle... je vais t'expliquer ma Poupetkë !

    -Jé né zuis pas votre Poupée Mounsieur ! 

    -Ah c'est comme ça !

    Le coup de sang me prend et je te la balance sur le canapé comme une serveuse de relais routier. Elle crie, se débat et proteste... Ah Dieu du ciel voilà bien un achat utile que ce clic-clac-paf ! que j'ai inauguré cette nuit et qu'avec la Reine nous baptisons derechef du beau nom d' « entente renouvelée ». (c'est une figure de style assez bien amenée, je crois ?)

    Notre réconciliation fait du bruit et au moins un déçu. Dans ces moments, Gretaetkë si réservé dans le quotidien est du genre extraverti, j'imagine le Urinald fun Froeben, l'oreille collé à l'huis et je redouble d'activité.

    Quand la Reine se reléve, je suis pardonné.

    Je reboucle ma robe de chambre, elle rajuste sa courônne et va sur le balcon, elle se penche pour regarder la garde descendante qui s'éloigne, de fait elle s'éloigne mais ce qu'elle voit d'abord et surtout ce sont toutes ces billes qui tournent de plus en plus vite sur le dessus des chapeaux et les têtes des gardes royaux qui par réflexe décrivent un mouvement circulaire comme pour mieux encourager la rotation, c'est poilant littéralement, John-Branke goûterait la farce mais elle visiblement n'y souscrit pas, elle se retourne vers moi :

    -Konnartkë !

    Et elle s'en va.

    Un coup pour rien pensai-je avec quelque effronterie... mais je t'aurais ma fille ! (à suivre...)

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  •  

    17 Juin
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    De quoi je peux causer un Vendredi 17 Juin, c'est pas toujours facile de tenir un journal, de trouver des trucs intéressants à dire mais enfin je suis un écrivain! Allons reprends-toi Raoultkë c'est aussi pour l'Histoire que tu écris!

    Encore ce serait un lundi, je suis plein de séve, moi, le lundi et le mardi et comme ça au moins jusqu'au mercredi, à partir du jeudi je plonge, j'ai toujours été ainsi les mes professeurs eux-mêmes l'avaient remarqué dans mon jeune temps: le jeune Raoul, déjà pas brillant dans l'effort, se laisse aller tout à fait et cela ne va plus du tout!, à l'époque je faisais des morpions solitaires sur mes cahiers, j'en couvrais des pages entières tant grande est la faculté que j'ai à m'abstraire et m'évader du monde, pareillement aujourd'hui une certaine indolence me gagne, j'inaugure floralies, jeux d'eaux et centre d'aide à la jeunesse coupable avec entrain jusqu'au jeudi et puis là je deviens mou du ruban, j'ai le coup de ciseaux moins définitif, ce matin encore nous inaugurions (« nous » c'est moi seul dans l'accomplissement des devoirs de ma charge, dans l'intimité littéraire et « artiste » d'un journal je reviens au « je » moins... sacerdotal !) un foyer pour vieillards onanistes dans le centre ville, je ne dis pas c'est une œuvre sans doute utile, mais je préfére inaugurer en grand uniforme, je le confesse, je dirais que c'est plus pédagogique, ce que j'incar... ce que nous incarnons de tradition saute aux yeux émerveillés des enfants, et je ne déteste pas non plus les beaux regards clairs et ouverts (quoique souvent un peu vacants) de leur maman

    Mais revenons à ce matin, je portais donc un petit costûme de ville en cheviotte, j'aime ça la cheviotte pour inaugurer, c'est un peu mon bleu de travail parce que c'est léger et en même temps chaud et par ici il faut veiller à rester couvert, en toutes occasions. J'inaugure donc, rappelons nous la scéne: moi ou plutôt nous: les lunettes noires (je boude toujours eu égard à de certains événements récents, voir plus haut !), la cheviotte, le ruban tricolore (bleu, bleu, bleu, les couleurs nationales, je précise: ce sont trois bleus différents. Encore qu'il faille quand même mettre le nez dessus pour voir la différence !) que je coupe et « zzzdaaanggg ! » Ce foutu ruban qui me revient dans la figure avec les glands qui y étaient suspendus, à croire que ce salopard de Urinald fun Froebeun, le grand Chambellan du Palais, (il ne m'aime pas, c'est définitif et je le lui rends bien, il rêvait d'avoir un maître allemand car il appartient à la minorité allemande du royaume qui est là depuis un raid des chevaliers teutoniques  qui cherchaient une location dans le coin après s'être fait virer de Lituanie par les polaks !), avait mis une élastique de slip comme ruban inaugural, mes lunettes noires qui valsent dans les airs, je saigne du nez (je suis sujet à de fréquentes épistaxis* (*comme ça que ça s'écrit, ‘faudra que je vérifie dans mon petit Robertkë !) et voilà pas que l'un des pensionnaires de l'établissement un zigoto octogénaire sort son machin turgescent et tire dessus jusqu'à éclabousser ma cheviotte. Alors là, c'est vrai dans ces moments-là mon tempérament latin prend trop souvent le dessus, je te l'ai pris au col le vieux dégueulasse et je te l'ai balancé dans le monte-charge !

    Cela a été un « ÔÔÔÔÔ !!!!» unanîme de désapprobation, il n'y a que les scandinaves pour en sortir des comme ça, aussi bien réglés et désapprouver tous en même temps comme au signal, suivi d'un « clang !blang !tring ! bling ! » tout aussi parlant  il faut dire que le monte-charge était plein d'assiettes.

    Ils vont passer du temps à lui enlever tous les éclats de vaisselle qu'il a au dargeot l'autre vieux saligaud.

    En attendant j'attends, retiré dans la bibliothéque du Palais les compte-rendus de la presse avec une certaine angoisse. (à suivre...)

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  •  

    16 Juin
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    Grande réception au Palais d'Hubertsbörg. Je me décide pour ma tenue de gala, bleu pâle à ramages argentées, de vice Amiral de 2° classe. C'est son côté comptable de devoir qui est le plus agaçant chez ma Poupétkë, c'est le petit nom que je donne à la Reine Gretatkë XVI dans l'intimité, avec elle l'avancement se fait à l'ancienneté, 15 ans que je suis Vice-Amiral de seconde classe, de quoi j'ai l'air quand je me pointe à une revue navale dans le cadre de l'OTAN et qu'ils ont tous deux fois plus d'étoiles que moi !

    Au moins elle pourrait me faire passer première classe, d'autant qu'avec mon passé de régatier, j'ai été sélectionné olympique dans la discipline, je n'ai pas pu prendre le départ parce que je me suis trompé de plan d'eau mais quand même j'avais de solides chances de bien figurer, et puis nous sommes une famille de marins un Bonpéze de la Hurlute aurait pu être aux côtés de Villeneuve à Trafalgar s'il ne s'était pas lui aussi trompé de plan d'eau, il avait calculé que le grand raout se passerait aux Baléares.

    Et du côté de Mère, mon grand-père un La Flahuterie de la Haussière, capitaine de vaisseau qui commandait le Dépotant un sous marin d'attaque s'est sabordé parmi les premiers à Toulon en 38, certains ont insinué par la suite qu'ils avaient par mégarde ouvert une écoutille en voulant aller prendre l'apéritif sur la passerelle, oublieux de ce que son batiment était alors en plongée, mais Mère était intimement persuadée que c'était là un acte volontaire et visionnaire de résistance commis cinq ans avant tous ses collégues et par temps de paix et mer calme, d'autant que argumentait-elle :"Père ne prenait jamais d'apéritif !"

    Bref, gagné par une certaine irritation, je suis un latin moi pas l'un de ces gros veaux de mer nordiques sur quoi elle régne administrativement, je m'accroche la plaque de Grand Aigle d'Albert le Moyen.

    L'ordre d'Albert le Moyen est la plus haute décoration du pays, il faut avoir moyenné pendant vingt cinq ans, de préférence dans une administration de l'état pour l'obtenir. Autant dire que je peux toujours me l'accrocher pour la décrocher, malgré mes dix huit ans d'ancienneté sur le trône! Eh oui j'ai un trône à moi, certes beaucoup plus bas et moins volumineux que celui de la Reine, mais enfin j'ai su le rendre confortable, je l'ai comment dire un peu bidouillé, vieil instinct français, j'ai installé la radio, la stéréo, un bar avec un petit frigo et une télé intégrée, c'est bien utile et commode lors des interminables cérémonies de voeux du début d'année ou pendant les présentations diplomatiques qui n'en finissent pas.

    Au moment de prendre mon bras, la reine décroche la plaque de Grand Aigle d'Albert le Moyen de mon uniforme et la passe au Chambellan de la cour, toujours comme à son habitude planqué dans les rideaux, en me disant :

    -Décidément vous resterez toujours  un enfant !

    Elle m'agace, ‘pas croyab' ce qu'elle peut m'agacer dans ces moments-là !

    Après de tels gestes, vexatoires, l'on en conviendra, au début de notre mariage, je boudais pendant trois jours, enfermé dans la grande bibliothéque du Palais, je faisais mine de me consacrer à la rédaction de l'un de mes ouvrages, je suis écrivain aussi mais de cela j'en reparlerais plus longuement et plus tard, à la vérité je lisais la collection de livres et revues de fesses du grand papa de Gretatkë, le défûnt roi Üurald XII, ça a toujours été l'une des grandes spécialités du coin : le sexe. Je crois bien que ce sont eux qui l'ont inventé dans les années soixante. Entendons-nous je ne parle pas de la bagatelle, et même de la tringlette, et même encore tranchons le mot : de la bonne baise dont nous français sommes d'indiscutables spécialistes, non eux c'est LE SEXE en tant qu'activité sociale reconnue, tarifée, exploitée, professionnalisée,  bref ils ont fait d'un loisir d'amateur, somme toute agréable et divertissant une industrie de labeur et de rendement.

    Mais maintenant plutôt que des bouderies interminables, je préfére le lendemain m'exhiber partout avec des lunettes noires sur le nez.

    Avec ma petite moustache dans les tons je les terrorise, dans leur schéma de pensée de nordique évolué, de protestant cadenassé, je ressemble à leur hantise: un dictateur latin, un pronunciamentiste bougnoule, un caudillo en puissance et ils me soupçonnent des pires arrières-pensées antidémocratiques, de préparer un coup d'état militaire et je ne sais quoi encore.

    Oh je ne dis pas que l'idée ne m'effleure jamais de leur faire le coup, très en usage en France, de l'homme providentiel, de te les secouer une bonne fois tous ces constipés de l'âme mais franchement moi un simple vice-amiral de seconde classe dans une junte militaire, de quoi j'aurais l'air vraiment ! (à suivre...)

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    Addendum au 13 Juin ( Je le date du 15 Juin... tiens qu'est-ce que j'ai fait le 14 ?)
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    Il faut dire que si je montre une réelle mansuétude et affection  à sir John-Brank Strikeman c'est parce qu'il a connu bien des miséres dans son existence. C'est un homme de la terre comme moi. Il est né dans une très honorable famille d'éleveur de fraises du Plumbercestershire (3500 hectares de fraises quand même !), il a gardé, comme moi pour mes vignes de Bonpéze, un réel et touchant attachement pour ses fraisiers, écolier turbulent et farceur, il entra, sur la recommandation d'un oncle amiral, au Foreighn Office.

    Il atteignit très vite eu égard à ses réelles qualités et grâce à l'influence d'un grand oncle politicien à son premier poste consulaire d'importance, nommé gouverneur des îles Tsilonga, il se voyait lancé le cher Brank !

    Il arrive là-bas et une série d'attentats revendiqués par un front d'indépendance local d'inspiration marxisto-albanaise secoue la capitale et trouble son installation. L'ami Strikeman déteste que l'on dérange son confort, il convoque derechef le leader du mouvement qui travaille au Royal Mail de l'île, où il donne toute satisfaction d'ailleurs dans le service, il s'appelle N'Gutu N'Gutu (je ne sais pas dans quel ordre viennent le prénom et le nom), il le morigéne d'importance, puis en référe à Londres qui lui confirme qu'il a fait une boulette d'importance, que les attentats avaient été convenus d'avance et que si l'on l'a envoyé là-bas c'est pour régler l'affaire au plus vite et refiler l'indépendance et les clefs du territoire à qui les réclamera le premier.

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    L'affaire est vite conclue, l'indépendance est proclamée le premier jour du mois d'Avril,  date décrétée: fête nationale de l'indépendance et de la libération de l'impérialisme britannique, le sus nommé N'Gutu N'Gutu prend la tête du gouvernement révolutionnaire comme leader à vie, notre cher John-Branke est confirmé comme ambassadeur du Royaume Uni.

    Quelques journées de massacres se passent sans grand dommages sauf pour les massacrés accusés d'avoir collaboré avec la puissance coloniale occupante et puis le 16 soit quinze jours après la proclamation de l'indépendance un séisme de belle importance raye très naturellement les îsles Tsilonga du planisphère.

    Sir John-Branke a juste le temps d'embarquer à bord d'un contre torpilleur anglais qui mouillait dans le port, et les insulaires survivants, le N‘Gutu N'Gutu en tête, sur des radeaux de bidons. C'était atroce parait-il, les places étant chères sur ces embarcations de fortune et les requins presqu'aussi voraces que les indigênes sus-libérés.

    Après en avoir à nouveau référé à Londres, il recueille les quelques insulaires encore vivants une semaine aprés, le temps de la réflexion, ils sont à peine 47 sur une population initiale de 189000 tsilongais, manque de chance le leader N'Gutu²  en fait parti. Depuis de poste en poste le cher John Branke  se trimballe les survivants, ses ex-admiistrés, qui se sont quelque peu multipliés, ils sont une bonne centaine maintenant avec toujours à leur tête le leader N'Gutu N'Gutu plus revendicard que jamais. Le pauvre John Brank porte sa croix. Et elle commence à lui peser d'importance.

    C'est pendant le cocktail, après avoir présenté ses lettres de créances à la Reine, qu'il m'a raconté son histoire, ému j'ai fait mettre à sa disposition un terrain à quelques kilométres de la capitale, comme ça il peut aller les visiter le week-end. Je l'ai accompagné une fois, à l'occasion de la fête nationale tsilongaise, un premier Avril donc, je peux témoigner que le N'Gutu N'Gutu n'a rien perdu de sa virulence, c'est le genre de grand noir à lunettes qui vous balance sa noiritude à la tête comme un fermier afrikaner affichait sa blanchitude de protestant anciennement persécuté et nouvellement persécuteur, un type imbuvable et prétentiard ! Il a fait un discours d'une grande violence et d'une belle sottise dénonçant les horreurs commises par l'ancienne puissance coloniale et oubliant de mentionner qu'en quinze jours il ensanglanta plus ses îsles que n'avaient su le faire en deux siécles la vieille Albion, ce qui ne l'a pas empêché de faire honneur au somptueux buffet qu'avait fait préparer l'améne John-Brank. Maintenant si Calina est partie pour de bon, je crains que la célébration de la prochaine fête nationale ne soit pas aussi somptuaire.   (à suivre...)

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