• Mouloud l'Afghan (suite 3)

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    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p> On s'est tous présenté les uns aux autres, il y avait un peu de tout, mais surtout du bourge provincial, fils de notaire, de comptable assermenté, de concessionnaires Peugeot (je savais pas qu'il était Peugeot à mort le grand homme.), rejetons de conservateur des hypothéques, d'archiviste départemental ou de receveur des Postes et Télégraphes,  ce qu'il avait pu sauter de petits fonctionnaires .
    Bref une carrière.
    Et chacun de raconter comment que le Mitérance il avait calcé sa daronne.
    C'est Pointrenaud Robert dont le père, enfin le titulaire du poste, était quincailler à Maubeuge, qui a commencé.
    M.le Modique était allé faire campagne après la guerre là-haut, une place qui se libérait pour cause d'inéligibilité, c'était la mode à l'époque, la mère de Pointrenaud était la seule militante du parti qu'il avait fomenté avec quelques hardis compagnons  et qui comptait plus de députés que de militants.<o:p> </o:p>Maubeuge ça lui avait pas tellement plu au vrai, il était arrivé le matin par le train du soir, de mauvaise humeur, forcément à cause du retard, il avait visité la Cathédrale pas chauffé, ( deux magnifique retable du XIII° de Boulard le jeune représentant l'un une descente... de police, l'autre une partie de boules, c'est à voir), donné une interviouve très anti-communiste au Maubeugeois Libéré, avait sauté maman Pointrenaud sur le couvre-lit de reps de la chambre 26 de l'Hôtel du Port, (si, si il y a un port à Maubeuge mais il reste très sous-estimé), et il s'était taillé au moment de tenir sa réunion électorale, en découvrant que les cocos savaient lire et qu'ils  voulaient lui faire la peau malgré le cordon de gardes mobiles : « Ouh là ‘sont trop cons ces cons-là, non j'ira pas ! » Paroles historiques retranscrites ainsi par le Maubeugeois Libéré :

    Alors le candidat s'avance entre les huées et un étrange silence s'accomplit  sous nos yeux quand il prend la parole :-Non, ne comptez pas sur moi messieurs, en prévision de quelle aventure quand l'Allemagne pense déjà à réarmer et que l'on entend les moteurs des chars soviétiques ? Alors, non messieurs, ne me comptez pas des vôtres  pour faire verser encore le sang français ! Ce soir... je vous dis : mes amis, mes amis réunissons-nous et tous ensemble crions : Vive Maubeuge ! Vive la République ! Vive la France !...  à quelle heure mon train déjà?
    Et la salle de reprendre émue, conquise et pacifiée :
    -A quelle heure son train déjà?
    Il en rigolait Poitrenaud, c'était son père qui lui avait raconté l'épopée :
    -Vu qu'il était dans la salle le cocu du jour. De toutes les manières c'était pas le genre à se formaliser pour ces choses-là, mon vieux, et quand je me suis annoncé, que Maman a bien été obligé de lui raconter la chose, y avait beau temps qu'y couchaient plus ensemble pour pas se dépenser inutilement et laisser tomber le chiffre d'affaire, il a sablé le champagne, pensez il avait enfin un successeur pour la quincaillerie, sans compter qu'il était pas le seul à avoir rentré du bois dans la circonscription, vu que le candidat on l'a jamais revu... Ouais il est mort l'hiver dernier p'pa et y me manque sacrément.
    Il a conclu Pointrenaud nostalgique.<o:p> </o:p>
    Il y avait de l'ambiance maintenant, chacun d'y aller de son histoire et même le Blanzillac de la Hure, authentique baron de la III°, dont la Mitérance avait déshonoré la mère du temps où il était ministre des Colonies, il faut dire aussi que le papa, conseiller général de Bergerac avait pris pour habitude commode d'envoyer sa femme toujours en éclaireur dans les affaires délicates et dangereuses, et c'était comme ça que les allemands, puis les américains l'avaient eu pour même pas la moitié du prix catalogue la baronne, comment elle avait fini sous l'excellence la reine-mère, ça restait embrouillé :
    -Je crois une histoire de détaxe pour du tabac importé non déclaré... en tout cas une belle affaire.
    C'était le principal, l'honneur des Blanzillac de la Hure était à ce prix... hors-taxe.
    -Et moi ! Et moi ! Il entre au Bureau de la Ferté-Andenis où Maman était receveuse, il demande Paris, le temps qu'il obtienne la communication, c'était fait... faut dire aussi qu'il y avait de l'attente pour Paris à l'époque.
    On faisait du bruit, moi le premier, je gueulais plus fort que tous, peut-être pour qu'il m'entende? On était toujours comme des mômes dans un réfectoire de pension de province, mais le pion était parti et quand le maître d'hôtel a annoncé le dessert :
    -Blanc-manger aux cerises !
    Alors là ça a été l'explosion.
    D'abord on attendait la bûche et puis pensez du fromage blanc. J'ai eu vite fait de lui faire prendre l'air au mien. Tout le monde s'y est mis, même Padillac.
    Soudain la porte s'est ouverte et « il » a passé la tête, et sans doute qu'il a regretté tout de suite son geste, l'auguste, pasque qu'est-ce qu'y s'est pris dans la tronche, blanc de Suisse qu'il était revenu et il s'est retiré aussi sec, s'il l'avait fait plus tôt et tout au long de sa carrière vaudevillesque, il aurait pas eu à se démaquiller ce soir.<o:p> </o:p>
    Probable qu'il nous en a voulu parce qu'on l'a plus revu de la journée et un conseiller est venu nous conseiller d'aller nous faire conseiller ailleurs.
    -C'est comme ça que ça se passe d'habitude ? J'ai demandé à un ancien.
    -Ah non, on peut dire que tu as mis de l'ambiance toi... non d'habitude, il arrive quand on est encore au dessert, il fait son petit tour d'inspection, il nous regarde d'assez prés comme il visiterait une ménagerie, nous on la ferme parce qu'on est intimidé, lui il dit rien, nous refile à chacun une photo de lui...
    -Dédicacée ?
    -Surtout pas ! Et il se casse satisfait. Tu vois ça fait quatre ans que je viens et tout ce que je peux te dire de ce mec-là, qui est mon père, c'est qu'il sent de la gueule. <o:p> </o:p>

    *

    <o:p> </o:p> C'est un peu après que j'ai quitté l'école pour de bon, classe de la classe, je manquais vraiment trop de conscience de classe, et puis ça virait un peu trop jeune garde, mes mauvaises fréquentations je préférais me les choisir moi-même parce qu'entre amis on ne marche pas au pas, jamais, népa.
    On était pourtant pas loin de la chute du mur mais ils voyaient pas les fissures, les malfaçons, pire ils étaient comme des petits fonctionnaires qui seraient passés à côté de leur vocation d'artisse et reporteraient toutes leurs espérances sur le fiston : tu feras homme nouveau mon fils !
    J'ai glandé quelques mois, ça plaisait pas trop à Maman :
    -Le mur y tient tout seul pas besoin de toi pour le soutenir. Cherche un peu à t'occuper mon fils, trouve-toi un métier...
    Je visais plus haut, une vocation.
    J'aurais pu faire dealer à Félix Dzjerzinski, mais les Mokhrane et les Mhetlaoui qui tenaient la cité m'appréciaient peu, ils disaient que j'étais un branleur, eux se prenaient pour des buzinaissemane parce qu'il roulaient en Béeuhm et avaient racheté la moitié de Casa, mais pour la drogue tous les cons sont bons, y suffit de pas avoir de moralité et de marcher avec le Diable, eux y touchaient même des subventions de la mairie pour leur assocs de réinsertion, pourtant l'ainé des Mokhrane  savait même pas lire et il avait pissé dans sa culotte jusqu'à ses quinze ans révolus.
    Pour pas désespérer maman que je suis entré dans la carrière diplomatique et sans piston encore.
    Je suis devenu Ambassadeur... du tri des poubelles à Bezons dans le cadre de la campagne nationale :  « Et zou je me la mets dans le bon trou ! » puis Ambassadeur de la propreté et des merdes de chien à Paris, campagne: « A la chienne citoyenne ». 
    Je prenais du grade, pensez la ville lumière pour un diplômate, à mon âge, ce qu'il y avait de plus chiant c'était tous ces petits bourges merdeux en patins à roulette qui me félicitaient de mon action, surtout qu'il y avait pas mal de tantes parmi eux, faut dire que Paris ça ressemblait de plus en plus à l'hiver dans les îles grecques.
    Après j'ai décroché un emploi jeune: cireur de pompe à Caracas... pardon Roissy-Charles de Gaulle-Etoile, il y avait même une formation qualifiante de six mois, sauf que j'ai toujours été un peu daltonien et que ça donnait mal en couleurs, mes coups de brosse à reluire.
    Bien sûr que le petit blanc sec qui avait inventé toutes ses conneries dans un arrière boudoir de ministère nous chiait dessus comme il avait méprisé nos pères ou mon oncle Mostaph, pour autant est-ce qu'il payait pas ses impôts rectum et militait pas large contre la bête immonde qui monte, qui monte... j'avais pas à me plaindre, y avait qu'à voir mes copains gaulois, les Fiocca, Vaugrand et Pomallo qui avaient eux aussi lâché l'école, ils pressaient des oranges gare du nord dans le cadre de l'opération: « Toujours ça de moins dans les statistiques. » <o:p> </o:p>

    *

    <o:p> </o:p> Et puis un jour j'ai tringlé par hasard une gonzesse qui bossait dans la télé, et c'est méritoire parce qu'il y a pas beaucoup de place dan' une télé.
    La seule gonzesse que j'ai jamais réussie, ma seule victoire homologuée mais alors ce qui s'appelle réussir, elle arrêtait pas de crier, de mordre, de griffer et de fuir par tous les orifices, on se serait cru sur le Titanic mais sans la réserve britiche.
    D'ordinaire ça venait pas toujours aussi bien, quand j'étais môme je me démerdais pour que maman me fasse dispenser de gynastique, alors la culture physique même passionnel, dire que ça a jamais été tellement mon truc, mais enfin là avec ce qu'elle se dépensait, s'emmanchait, se démanchait, la virtuose de la plomberie, j'avais plus rien à faire, juste garder le chalumeau au chaud, l'azimut à zéro et penser à l'Angleterre.
    Le mec qui pense à bander, tenir bien ferme les poignées, conserver l'allure, surveiller la mature, border le phoque (pour qu'il dorme bien), moi ça m'épate, on y pense pas mais c'est un vrai métier de terrassier, enfin comme ça se pratique aujourd'hui par ceux de la soif, parce que le Mauriac Raymond qui était une belle feignasse comme souvent les barbeaux surtout s'ils sont aussi écrivains (ou l'inverse), lui il avait sa méthode bien lingée:
    -Jamais plus de dix coups de lime, ça doit venir tout seul, c'est folie de mettre une frangine sur l'établi tant qu'elle a pas été  tracée, préparée, travaillée et lubrifiée correctly, sans quoi l'homme à s'époumonner sur le beafsteak, il y perd la santé et le respect de la dame.
    A l'époque je faisais dans le social, je l'ai jamais écrit à Mauriac Raymond mais j'ai eu une courte période sociale dans ma vie, je faisais médiateur de terrain à Pantin, ça voulait dire que je me prenais des coups de boule en m'interposant dans des histoires d'autoradios volés, dont j'avais rien que foutre vu que j'écoute pas la radio.
    Marie-Ange Cruchon elle s'appellait, la fille de la tévé, Marie-Vidange ils l'appelaient les petits merdeux de sa boîte parce qu'elle vous vidangeait une braguette entre deux départs d'ascenseur.
    Elle m'a présenté à son chef d'escâle, un jeune con qui portait des couettes, c'était la mode cette année-là, ils avaient commencé avec le genre catogan et puis ça avait dérivé vers les nattes.
    Ch'ais pas si vous vous souvenez, mais ça faisait drôle tous ces mecs déguisés en Sheila.
    Soudain il a eu une illumination:
    -... tiens mais j'y pense à Canaille Paluche, ils cherchent des  ar... des types de son genre... enfin des gens comme ça.
    Sûr que lui aussi il voulait bien faire et de fait, ils m'ont pris là-bas, j'avais les qualités requises, j'étais suffisament ar... et donc supposément analphabête et possiblement sta... giaire.<o:p> </o:p>

    *

    <o:p> </o:p> Très vite j'ai découvert que c'était Noël toute l'année dans le coin, il y avait de la neige et des putes (stagiaires) partout et tout le monde se payait tout le temps des cadeaux, des montres Rolex et des Porsches avec l'argent du contribuable, pardon de l'abonné, un miracle: la transformation du tribuable en abonné forcé, une rafle télévisuelle, la razzia monstre digne de Morgan le pirate ou plutôt des frères de la côte.
    Le marché noir institutionnel, ils avaient organisé la pénurie on pouvait plus sortir de fric de France et même on commençait la distribution des cartes et des ticksons, ça ressemblait de plus en plus à l'Albanie septentrionale et la télé d'état nous passait un mache de foot seulement les veilles d'élections ou pour commémorer le grand soir: le 10 Mai  et clac d'un coup la manne divine!
    -Vous voulez des pneus de traction, du chocolat suisse et du foteballe et en prîme une petite branlette ça vous direz, venez icigo c'est 200 balles le tickson !
    On était tous comme en taule, la France se mettait sur les pointes pour voir l'aube nouvelle du socialisme et cantinait pour s'offrir sa branlette mensuelle.
    Ouais c'est de là que la France s'est mise à fantasmer et à se branler à sec et elle a plus jamais arrêté depuis.
    C'est ce qui me fait marrer de penser qu'y a quelque part dans un... un cabinet, ben tiens pensez don', un conseiller à la communication en charge de la branlette nationale, du menu du jour.
    Il y a eu la branlette anti-Flan-National, anti-racisses, anti-tabacquirendsourd, anti-Paponpetitpatapon, anti-antipédés, anti-tomobilisses,  chaque semaine y avait un sujet d'affiché dans la presse et à la télé et y fallait s'y mettre (façon de parler), normalement la branlette ça demande un minimum d'adhésion, nous on a inventé la branlette répulsive ça colle aux doigts tout pareil, et pouah c'est dégoutant  et ça rend con mais on y revient toujours comme chez Félix Potin avant-guerre.<o:p> </o:p>
    Nous à la maison on osait pas dire à maman qu'on aurait bien voulu l'avoir Canaille paluche, mais ça coûtait chérôt... mais quand même je sais pas comment elle a fait, mais elle nous l'a offert pour Noël.
    Je crois que c'est Perez y Perez qui nous avait bricolé une carte pirate, parce qu'avec ses cousins il s'était mis sérieusement à « L'électricité pratique ou comment entuber ces gros-là en vingt leçons » à preuve, chaque fois qu'on allait le voir ils s'éclairaient à la bougie parce que les plombs arrêtaient pas de sauter dans leur caravane.<o:p> </o:p><o:p> </o:p>

    *

    <o:p> </o:p>C'est là, dans les bureaux, que j'ai retrouvé Pontdezig et Du Pouët deux de mes demis-frères, parce qu'il y avait des places réservées ici pour les batards de M. le Modique.
    -Comment t'étais pas au courant ?
    -Ben non, pourquoi il y a eu une circulaire d'imprimé, moi j'ai rien reçu sans quoi je serais venu plus tôt.
    Et c'était vrai qu'on avait pas eu de visite de motard depuis quelque temps.
    -Enfin merde ton traitant des R.G aurait pu te renseigner.
    -Mon quoi ?
    Alors là ils m'ont expliqué que chacun d'entre nous avait un inspecteur des Renseignements Généreux  qui nous drivait, nous conseillait (c'était le côté « renseignements », ils avaient tous un guide de Paris dans la poche) en même temps qu'ils nous surveillaient, histoire qu'on fasse pas trop de conneries ou qu'on se répande pas dans la presse ( ça c'était le côté « généreux »).
    -... mais si t'en as sûrement un, écoute t'as dû tomber sur un pudique, un timide...
    -Ou alors il a des consignes pour pas se faire connaître à cause que t'es arabe.
    -Ah tu crois que ça joue...
    -Ouais, ouais tout compte, ça reste l'administration, voilà ce qu'on va faire, le mien est pas bien vaillant il est à deux ans de la retraite, il pense qu'à sa gaule et à la pêche en rivière, je vais le lâcher gentiment ce soir et je te filerais en douce, je suis sûr qu'on pourra faire lever le tien.
    Sympa les demi-frérôts, népa, on était vraiment une grande famille.     
     Le soir Pontdezig et Dupouët m'ont donné rendez-vous dans un café :
    -Ah ben pour pas le voir celui-là, il faut que tu sois bigle, un gros con du sud-ouest, l'inspecteur Jean Jean, qu'il s'appelle, pas difficile à retenir, tiens, tu vois c'est çui-là... là-bas au rade, le gros lard qui boit une bière.
    J'ai regardé vers le bar, le type était un costaud, il tenait du fils Mazzollini mais en plus mûr, rougeaud, sanguin, habillé en confection mais dans le genre soyeux, technico-commercial, il vendait quoi lui, des baffes et des fers à souder au porte à porte, représentant en farces d'état et attrapes diverses, quatre collections dans l'année, travail au coupon et au chalumeau, et que du premier choix, pur couenne.
    -D'après ce que le mien m'a dit, c'est pas vraiment le raisonnement scholastique qui l'anime le tien, il aurait même fait pas mal de bavures dans le passé, le genre qui frappe d'abord et qui oublie de raisonner après.
    -Tu veux que je te dise, a ajouté Dupouët m'est avis que tu leur fous les chocottes, sans quoi y t'aurait pas refilé un type comme ça, c'est un primaire, il marche à la culture orale, on peut pas lui passer la consigne par écrit, il sait pas lire, c'est pas le genre compromettant parce qu'on peut toujours l'abandonner en forêt comme un clébard en cas de coup dur, mais lui on est sûr qu'il retrouvera pas son chemin .
    On parlait fort et on se marrait bien tous les trois en dévisageant le gros con, et c'était pas difficile de deviner que l'autre avait du mal à se contenir, ah ils nous auraient bien allumés s'il y avait pas eu cette putain de consigne !
    -Vous voulez dire que c'est un tueur ?
    -Ben, à l'occasion, oui sans doute, paraît qu'avant il était à la mondaine et il avait trois tapins au bois en multipropriété avec des corses. A ta place je me méfierai de ce mec, c'est ni un vrai flic ni un vrai truand, il cherche encore sa vocation mais ça m'étonnerait fort qu'il finisse à la grande Chartreuse.
    -Et je vais me le coltiner longtemps ?
    -Ah ça, au moins jusqu'au sixiéme mandat de Dieu le père. Oh je dis pas que les nôtres soient tellement mieux mais ils ont le côté rassurant du fonctionnaire... tiens regarde le mien, c'est le petit gros qui lit Paris-Turf, l'inspecteur Durcasse, dit Dudu, y pense qu'à ça le turf, mais c'est pas le genre flambeur, il joue petit jeu trois fois la semaine et le reste du temps il recompte ses points retraite.
    -Le mien c'est le grand maigre à moutaches qui cause avec le patron, un auvergnat lui aussi, y a que la pêche qui compte pour lui et le plus marrant c'est qu'il a jamais pêché un poiscaille de sa vie, mais il sait tout sur les moulinets et les vifs, il a décidé que la pêche c'était sa terre promise et qu'une fois à la retraite il s'y mettrait huit heures par jour, c'est un môme rêveur... de cinquante–cinq balais...
    -Ouais c'est sûr j'échangerais bien.
    -Crois pas ça c'est les mecs comme ça qui sont souvent les plus dangereux, un coup de panique ici et il te flingue la dame-pipi. Au fond t'as peut-être pas tiré le mauvais numéro, avec du fric on doit pouvoir s'arranger avec le tien.
    -Ouais mais manque de bol j'en ai pas, je suis smicard stagiaire, ça fait pas lourd.  
    -T'as de la tchatche, tu peux faire carrière à la télé si tu veux bien te déguiser en vendeur de souk, c'est comme ça qu'ils vous voient en ce moment. Ouais tu peux réussir, regarde Choupetta, le trou du cul qui présente la météo sur la chaîne, il est de la famille lui aussi.
    -Je l'ai pas vu à l'arbre de Noël des batards.
    -Il était excusé, maintenant qu'il est un peu connu, y a des précautions à prendre.
    -C'est une vraie salope ce mec, sans doute son côté vicelard qui a plu à l'engendreur.
    L'engendreur c'était comme ça que Dupouët l'appelait notre père. 
    -Tu sais y a pas mal de vedettes de l'actualité et du spectak qui viennent comme ça de la couille gauche de Jupiter.
    -Ah ouais, et qui ça par esemple ?
    -Ch'ais pas moi, tiens Zootlmelk, ancien vainqueur du tour, l'engendreur, à l'époque, en 51, il avait suivi trois étapes du tour dans la bagnole de Félix Lévitan, un soir à l'étape, il avise un petite belge boulôtte et crac il te l'enjambe dans la voiture-balai, elle était stagiaire distributrice d'échantillons pour la lotion Pédibus, tu peux te renseigner, Joop en haut-flamand ça veut dire: « le fils du petit chef blanc qui tronche les stagiaires à l'arrière des camionnettes Citroën ». Et dans les trente années plus tard le fiston lui-même faisait le pèlerinage de la sueur sur les pentes du Tourmalet où il avait été conçu et j'ajoute: fidélité émouvante au souvenir, l'engendreur qui est un grand marcheur comme tu le sais par Paris-Macheu il utilise toujours la Lotion Pédibus contre la sudation excessive des pieds...
    -Et le Jaunie, le grand Jaunie Alité, l'idole des moins jeunes devenus des vieux cons, la maman faisait un numéro de cirque, contorsionniste, comme ça qu'il s'est choppé une sciatique le vieux.
    J'en revenais pas ! Quoixe le grand Zoutelmelk dont j'avais tous les disques à la maison !
    -Allez arrêtez ça, vous déconnez !
    -Qui sait ? Tu veux qu'on demande à l'Inspecteur Jean-Jean.
    Le Jean-Jean il en était à sa quatriéme Gueuze, et c'était visible qu'il avait la bière mauvaise, il voyait bien qu'on se foutait de lui, à un moment il a fait mouvement vers nous, tout fumasse.
    -Ah le con ! a murmuré Pontdezig.
    L'inspecteur Jean-Jean venait de sortir son 357/6 pouces de chez Manhurin et fils.
    Aussitôt tous les trois, et dans un mouvement simultané, chorégraphique, un peu à la manière des clodettes, nous serrâmes unanimement les fesses, en attendant le pire, la bavure d'anthologie, mieux que le coup du roi, la triplette impériale, le... 
    Pas le temps de servir au lecteur mon ultîme pensée, le pèpère à Dupouët, le Dudu, la rondeur qui s'appuyait Paris-Turf sans qu'on s'en gaffe  lui avait sauté dans les jambes, l'avait plaqué, ceinturé, accommodé à sa façon et c'était pas facile tant le gros bœuf il était fumaga, mais il avait ses prises à lui, brevetées d'état-major, l'Inspecteur Dudu, vrai il était beau à voir dans l'effort, plus rien du turfiste, tout du professionnel.
    -Venez les mecs c'est le moment de se tirer ! A décrêté Dupouët.<o:p> </o:p>
    On a pas mis longtemps à se retrouver sur le boulevard et sauter dans un taxi :
    -Putain ça a été juste ! A dit Pontdezig. Dis donc t'es assez fouteur de merde dans ton genre, toi!
    -C'est vous aussi avec vos conneries! Je me suis défendu.
    -Remarquez que les consos sont pour eux ! A rigolé Dupouët.
    -Allez les mecs pour vous remettre de vos émotions on va partouzer a proposé Pontdezig.
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