• Mouloud l'Afghan (suite 1)

    Je lisais beaucoup aussi, mais pas ce qui était au programme, même au lycée Mauriac j'évitais Mauriac, au début il s'appellait François Mauriac, notre lycée, en hômmage au grand homme qui venait de clancher et puis on a fait remarquer à Etienne d'O. que le ci-devant était  quand même bien vérolé gaulliste et catholique même si... et qu'il serait préférable... et Etienne d'O. se l'était pas fait répéter deux fois le sous-entendu, aussi sec il avait cherché un Mauriac qui soye plus présentable y s'était dit que commak il allait faire des éconocroques sur les cérémonies et le ruban et qu'en se démerdant bien il pourrait se les mettre dans la poche les sus-dits éconocroques, vu qu'il avait plus qu'à changer l'initial du prénom et en cherchant bien il en avait trouvé un de Mauriac, Raymond Mauriac, 1922-19..) une gloire locale qui avait écrit des conneries (les bonnes cette fois) et fait des trucs dans la résistance (à la streptomycine) et participé à la libération de Bezons (qui avait été libéré trente-sept fois à la suite en 44 même les allemands avaient eut droit à la médaille commémmorative en partant, on était jumelé avec la ville de Reichenburg et le bourgmestre Herr Wolfhardt qui nous visitait quelques fois était un ancien commandant de U.Boot plutôt nostalgique du plus grand reich. )

    Et hop le Etienne d'O. il fait changer le A par un R et le tour est joué et puis manque de pot ce qu'il savait pas c'était que le Raymond il était toujours vivant dans son petit pavillon, poivrot et pétardier et il a insisté pour qu'on se l'inaugure à nouveau l'établissement, en sa présence, fallait voir le festival qu'il nous a fait, il a même tenté d'entrer par effraction dans la surgé. Une petite boulotte, très vacharde, toute rosette qu'on lui avait sans doute jamais coupé le ruban.



      *

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Le plus marrant ça a été quand il a fallu s'appuyer ses œuvres complétes, le Raymond c'était plutôt un beau dégueulasse, il avait bien sûr écrit quelques vastes et pontifiants attendus sur l'état du monde et ousque ça allait nous conduire tout ça ma bonne dame, dés qu'il en avait un coup dans le nez, il virait prétentiard et se lançait dans la vastitude la tête en avant mais pour le reste, sa littérature, c'était pas le nœud de vipères mais plutôt le nœud de Raymond, un luron qui avait fait dans la littérature policière et galante pour voyageur de commerce en attente de correspondance: immortel auteur de : « la fleur de rose expliquée aux jeunes fille, de  choses bues et à boire et de Pompino, garçon d'étage. »
    Moi ça me plaisait bien, l'oncle Mostaph qui était de ses lecteurs avait laissé une caisse de ses romans policiers, chouettes bouquins où que les coupab'étaient jamais punis, il pardonnait à tout va le Raymond Mauriac et c'est plutôt rare chez l'écrivaillon, dés que vous donnez un stylo à un type, il se met à écrire dans la marge en rouge, à souligner la prose fautive des autres ou à s'inventer des individus punissab' au chapitre douze qu'ils se magnent de chauffer, d'échauder, d'échaffauder à loisir au chapitre seize et ben, le Raymond non, il pardonnait, pour dire que lui c'était pour de bon un écrivain catholique, y me semble, sans doute bien plus que l'emplumé primé dans les foirails.     
    <o:p> </o:p>
    Bref, devant les protestations des parents d'éléves, Etienne d'O s'est démerdé pour carrer le Raymond à l'asile, ses œuvres complétes à l'index et il a re-re-baptisé notre lycée : Lycée Molière Marcel (1914-1984) Syndicaliste et conseiller municipal qui avait été son premier adjoint et venait de décéder d'une cirrhose du foie tout ce qu'il y avait de syndical.
    Sur ce v'là  pas que la Veuve Mauriac elle a débarqué, et elle lui a fait un scandale à Etienne d'O. à grands coups vissés de sac à main dans la gueule, ça valsait dur.
    -‘tain y se fout de moi ce gonze-là ! Qu'elle gueulait !
    Ouais remarquez que moi je me suis tout de suite demandé si c'était vraiment sa légitime au père Mauriac. D'abord elle était baisable ce qui est pas souvent chez les veuves d'écrivains catholiques népa, elle avait dans les soixante balais et elle faisait plutôt rombière, ‘acrément blonde et maquillée, en fourrures, perlouses et sac de croco et puis elle tapait fort du droit et quand son chauffeur a sorti une lame, Etienne d'O. qui avait décidément pas le pot il a rembrayé sec et il lui a proposé pour son Mauriac tout son catalogue, et d'abord une caserne de pompiers, la caserne Charles Péguy, c'était le nom d'un pompelard mystico-caporal qui était mort en sauvant un ministre en activité dans une pissotière en feu.
    -Vous pouvez vous la carrer au train avec la grande échelle !
    Qu'elle gueulait et son chauffeur de demander :
    -Madame veut-elle que je le créve ce con-là?
    -‘ttendez ! ‘ttendez et une piscine olympique a'c pédiluve tout ce qu'il y a de chouette
    Sa pistoche ça lui trottait en tête depuis quéque temps à l'élu, c'était la grande mode à l'époque et puis ça permettait de refiler des emplois de maître-nageurs aux gros bras de son service d'ordre, il avait bien essayé de les distribuer dans les crêches mais il y avait eu des bavures au moment du pipi-popo, des baffes étaient parties, des plaintes étaient revenues, il faut dire qu'outre ses copains du bureau directeur du Parti (y'z'avaient du temps libre maintenant qui y'z'avaient enfin réglé son compte à l'ignob' Guimollet) ils étaient quelques uns dans l'arrondissement, à Paris et jusqu'en basse-Sicile à vouloir lui faire la peau au Député-Merde de Bézons et il en avait bien besoin de sa garde rapprochée.
    Son slogan électoral c'était Bézons ensemble mais plus personne voulait monter avec lui. <o:p> </o:p> 

     Bon tout ce joli monde s'accorde sur la piscine olympique  Mauriac François, Etienne d'O. ramassant dans l'histoire un joli paquet.
    Arrive le jour de l'inauguration, la Veuve Mauriac se pointe en maillot panthére et sac croco, elle a pas beaucoup perdu il faut avouer, elle a beaucoup péché mais la ligne est toujours là.
    -Vous auriez pas imaginer hein môsieur le Maire, si je vous disais que je rentre encore dans mes maillots du temps où j'ai été élue Miss Seine et Oise.
    Nous les mômes des écoles, on bandouille gentiment sans trop savoir à quoi ça sert et tout en se les caillant un peu, il a économisé sur le chauffage central, le salaud !<o:p> </o:p>
    Sur ce débarque en pleine cérémonie le Raymond évadé du bagne encore en camisole et qui avec le sécateur qu'il tient en main se propose d'opérer notre député-maire des amygdales comme ça su' le plongeoir, olympique.
    Il porte les oreilles de ses infirmiers en collier et il brâme comme s'il était en rût, vrai y fout les j'tons.
    Même Herr Woolfhardt qui est venu en grand uniforme de sous-marinier rapport à la nouvelle europe nouvelle et à la collaboration franco-allemande reconduite, deux sujets qui lui arrachent toujours des larmes, ouais même lui saute dans le petit bain et le plus con c'est qu'il sait pas nager, l'ex U.Bootiste et on est obligé de lui balancer une planche.
    Y a bien deux ou trois maître-nageurs en slip avantageux et claquettes qui tente de l'arrêter le sacrificateur mais le Raymond te les taille au vert et les repousse dans la piscine qui devient vite rouge sang.
    Nous on applaudit fort parce qu'on les aime pas ces cons-là.
    Alors là ça branle bas, mais très bas, et ça combat peu,  personne n'a trop envie de risquer ses avantages-z'acquis et z'innés pour défendre l'intégrité de l'édile. Quand soudain le sombre Raymond s'illumine :
    -Ginette ! Ginette Mourrisseau ! Qu'y gueule en se jetant sur la veuve Mauriac qui après un moment d'hésitation lui ouvrent les bras, les jambes tout ce qu'elle peut ouvrir, un vrai sémaphore ç'te dame-là.<o:p> </o:p> 

    Et là y se rendent compte de la méprise, au grand soulagement d'Etienne d'O et au désappointement de l'assistance qui se disait que le grand soir était venu et qu'on allait pourvoir enfin faire l'inventaire de not' député-maire et lui compter les arêtes.
    L'explication, elle est simple. La Ginette née native de Bezons s'étant faite déberlinguée et mise sur le trottoir dans sa jeunesse par le Raymond hareng installé et écrivain prometteur, il promettait d'ailleurs plus qu'il ne tenait, puis s'étant exilée aux amériques où elle avait joliment réussi comme taulière  à succursales multiples, la Ginette s'intéressant entre deux comptées aux mots croisés et aux choses de l'esprit ayant appris qu'un Mauriac réussissait gentiment dans la littérature, avait déduit que c'était son Raymond à elle, dont elle avait gardé un souvenir z'ému.
    Pour dire si elle communiait dans le souvenir de « son premier » elle avait baptisé toutes ses taules du nom de l'élu, et au Paraguay en Uruguay, en Colombie méridionale bref dans toute l'américa del sul  où elle officiait, on ne disait plus aller au bob mais « al casa Mauriaco »
    Il faut dire aussi que je voyais mal le Raymond décrocher le Nobel de littérature... ou alors à la pointe de l'épée.  
    -Viens qu'on se calte y me fatiguent ces cons-là ! A lâché sobrement le Raymond.
    -Ben ... ben et ma piscine qu'il a dit Etienne d'O. qui c'est qui va me l'inaugurer maintenant ?
    A ce moment y a le scaphandrier que les chleux nous avaient prêtés au nom de l'amitié franco-allemande ect..., un camarade de promotion de Herr Woolfhardt qui était calé au fond depuis deux heures et qui était chargé de lâcher des fleurs en plastique multicolores qui seraient venues flotter en surface au moment de l'inauguration, ouais le scaphandrier est remonté, il était bien crevé, pendant l'incident on avait tout bêtement oublié de lui pomper l'air, c'était le genre obéissant, il avait patienté en s'abstenant de respirer tant qu'il avait pu et puis dans un ultime effort il avait réussi à se dégager de ses semelles de plomb mais maintenant il avait le ventre en l'air et sous le hublôt  le visage violacé.
    Pour faire diversion on a demandé à Oualtère Choupard notre vice-champion de France de plongeon militaire (il saluait toujours impeccablement avant de s'envoler et il portait un slip à cocarde tricolore de l'Aéronavale) d'éxécuter son fameux saut de l'ange mais il a dû s'emméler dans son plan de vol le plongeur émérite et en fait de saut de l'ange il nous a régalé d'un tombée de bouse du plus bel effet et il est venu s'écraser comme une grosse merde sur le carrelage en éclaboussant les personnalités invitées.
    Sans doute qu'il y avait eu des malfaçons de perpétrées, parce que le plongeoir il était pas tout à fait en surplomb du grand bassin on a–t-on fait remarqué à monsieur le Maire.
    -Je ferai faire toute la lumière sur de tels agissements ! Il a dit Etienne d'O. pendant que la fanfâre municipale déroutée entônnait :« Veillons au salut de l'empire ! » .



    Mais la vérité c'était qu'Etienne d'O. il avait rétréci le grand bain pour toucher un peu plus sur le joint de carrelage et que le plongeoir olympique était maintenant au milieu des terres, sacré farceur.

     *<o:p> </o:p>
    Quand même Oualtère Choupard il a eu droit à des funérailles municipales et dans son discours Etienne d'O. il a condamné le rachisme et la montée du facisme, personne a trop bien compris pourquoi, ça aurait été plutôt la descente du fachiste qu'y fallait causer vu qu'il était militaire le Oualtère et sur la fin pas tellement en phase ascentionnelle et pour ce qui était du racisme anti-plongeur j'en avais jamais entendu parler.
    Mauriac Raymond, lui,  il est bien parti pour les Amériques, au Chili, pasque là-bas au moins il y avait de l'ordre selon Ginette Mourrisseau qui l'avait embarqué, sur le coup, j'ai pas compris qu'il abandonne tout, son petit pavillon, sa petite pension d'invalidité ( en tant qu'ancien mac déclaré en Préfecture il touchait quelque chose vu qu'il bandait plus qu'à 63°), pour s'en aller là-bas, s'installer chez l'ignob'Pinochet qu'y cause tout le temps à l'école et à la télé, lui, il m'a juste dit :
    -Salut môme tu m'excuses mais je les supporte plus tous ces cons-là avec leur sociale en bocal! Et pourtant je suis un homme de gauche, mais un homme bordel de Dieu pas un gardien de stalag !

    Il y a vingt ans de ça maintenant mais on continue à s'écrire et à  témoigner l'un pour l'autre comme il dit qu'on est encore vivant et de parole, les connaisseurs auront remarqué que j'ai pris un peu de son style. (à suivre)

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    « Mouloud l'AfghanVente flash »
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