• Mouloud l'Afghan par Lofti Benayak (suite 7)

    4.

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    Après un bout de temps les corses nous ont cédé avec un pas de porte à des mecs du Front de Libération de la Bretagne qu'ils avaient connus lors d'universités d'été au temps de leur jeunesse militante au FLNC-Café des sports.
    Le Hezbholla de Quimper leur sous-traitait du travail à façon et c'est comme ça qu'on s'est retrouvés en Bosnie avec l'ex-Inspecteur Jean-Jean.
    Là qu'il s'est converti à l'Islam et qu'il s'est fait circoncire, moi c'était déjà fait, mais lui il s'est mis à y croire serré, et très vite il a pris du grade, il s'est inscrit aux cours par correspondance de l'Ecole Universelle de Mogadiscio, il a longtemps hésité entre : bourreau assermenté, (il avait même trouvé sur place un stage en entreprise auprés de croâtes trafiquants d'organes ), et vendeur de vierges en succursâle, mais là il avait pas trouvé de stage.
    A force d'étude, le soir à la bougie, et surtout le matin dans la boue, il a réussi brillamment tous ses examens, urine, vue, tension artérielle, et il est devenu le mollah Jean-Pierre à l'issue d'une formation accélérée.
     

    Au début il faisait encore la semaine anglaise et ramassait pas un rond dans ses prêches et puis il s'est douté que là-bas le véquende commençait le jeudi soir et là il a trouvé l'inspiration, ce qu'il faisait de mieux c'était de raconter la paradis qui était promis à nos p'tits gars, aux fidéles combattants de l'islam, l'êre du nougat il appellait ça, sûr ça vous avait un côté dame Tartine mais ça plaisait aux rudes combattants qui avaient besoin de jolies histoires comme ça avant d'aller se coucher après avoir pillé, tué et violé toute la journée.
    Quand il était vraiment en forme il entonnait Montagne-Pyrénées et très vite on l'a surnommé le Mollah dansant, « the swinging mollah » en onusien dans le texte. 
    Notre chef Oliverhardiç, rude compagnon s'il en était, en mouillait sa moustache de contentement.
    Et il me refilait des coups de coude, sa manière d'applaudir, faut dire que j'étais au premier rang des officiels, j'étais devenu son secrétaire au mollah Jean-Pierre, son manageure, moi qui recomptait la monnaie, et organisait ses galas, à travers les lignes de front. C'était une autre vie, la France était loin, on se fait à tout, népa, même à la guerre d'autrui. Je me sentais pas vraiment concerné, d'abord ils se ressemblaient tous, serbes, croâtes ou bosniaques, blonds, blancs, cultivés, ils avaient tous faits des études supérieures d'histoire de l'art, de marketing, de mathématiques spéciales et ça les avait pas empêché de retourner barbares, l'un des nos meilleurs snipers Stanloreliç était diplômé de Stanford, et ben il fallait voir le plaisir qu'il prenait à dézinguer du haut de sa tour des braves ménagères, des mères de famille héroïques revenant du ravito.

    Et puis ils s'entendaient comme larrons en foire pour monter ensemble des coups pas possibles et braquer l'aide humanitaire, d'abord les chefs se connaissaient tous, ils avaient été aux jeunesses communisses et au bordel d'état ensemble.  <o:p> </o:p>

    *

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    Le seul bon souvenir que je garde de ce temps ça a été la visite de bon papa.
    Il était dans sa période héroïque, seul devant l'histoire et il s'était pointé, sûr qu'il penchait un peu de l'avant à cause de son Damart surblindé.
    Il a visité les officiels du coin et c'était pas ce qui manquait, dans les temps de guerre civile, il y en a toujours une recrudescence de l'officiel, il en sort de partout, s'en crée tous les jours, l'officiel est la furonculose, la métastase de la guerre civile.
    Il a visité les caves du gouvernement provisoire de la république temporaire, il y avait avec lui une section d'intellectuels de gauche.
    On leur a fait bouffer de l'intellectuel de gauche serbo-croâte, en goulash, ‘pas mauvais d'ailleurs, farce diplomatique et qui portait pas à conséquence puisqu'il était frais du jour, on venait de l'égorger dans la cave d'à côté.
    J'en parle en connaissance, puisque j'en étais, du festin et des beuveries à la suite, mais moi j'en ai pas repris de l'intellectuel, il était trop cuit, c'est comme le bureaucrâte s'il marine pas un minimum on arrive jamais à l'attendrir.<o:p> </o:p>

    Si j'en étais c'était pasque-que la veille, un motard était arrivé dans le patelin où je préparais un grand gala du Mollah Jean-Pierre, attention pas un motard bosniaque, non un vrai motard de la Police Nationale,  motard crôtté, motard empoussiéré, motard frotté par le voyage mais motard... arrivé, vrai je l'aurais bien embrassé le parisien, il a demandé après moi et m'a tendu un pli et puis il est reparti vers son destin autoroutier.

      Je m'ai pointé le lendemain, encore en treillis, la Kalach au côté, pas tant en vrai combattant de la foi qu'en uniforme d'imprésario prudent, on perd facilement son scalp dans le chauve-bizeness, faut dire qu'à l'époque on faisait un vrai tabac avec l'ex-inspecteur Jean-Pierre, the swinging mollah, on était demandé pour toutes les fêtes, inaugurations de bordels de campagne, partouzes d'état-major, happening militaro-industriels, et notre réussite agaçait nos quelques conccurents dont les Imam's brothers qui venaient de Beyrouth.
    Quant à la petite sauterie Bosniaco-Françouaise c'était pas férocement mondain, ça se passait dans les sous-sols du gouvernement et en fait de smoking, chacun portait le gilet-pare-balles, la petite laine réglementaire.
    J'étais en avance mais bon papa m'a tout de suite reçu dans la buanderie prés de la chaufferie, les types qui tenaient la porte n'ont même pas eu l'idée de me prendre mon flingue et quand je suis entré il a visiblement été impressionné par mon allure, et il a serré les fesses. Et là ça a été plus fort que moi l'émotion comment dire ?... l'émotion m'a submergé, m'a mouillé le treillis, mon papa à moi ! Car c'était bien mon papa à moi ce gros pétochard qui serrait les fesses devant l'histoire, il y avait pas à ce tromper c'était encore plus indubitable qu'une tâche de vin sur la fesse gauche ou qu'un sixiéme doigt au pied droit.
    -Papa ! J'ai gueulé.
    -Vo'yons... vo'yons pas ici.
    On est resté comme ça quelque temps, réciproquement impressionnés.
    -Eh bien il paraît que vous faîtes encore parler de vous ! Décidément c'est à croire qu'une seule vie ne vous suffira pas !
    Et là j'ai compris la méprise, il me prenait pour un autre, pour un Pontdezig, un Chef-Dudu ou un Jeandoumé, bref pour un mordeur, et c'était ce que lui le caleçonneur de province, le bourgeois de vaudeville admirait en moi: le braqueur, le viandard de grande banlieue, le flingueur, le beau mec quoi, oui il était fier de moi, mais fier de ce que je n'étais pas et de ce qu'il aurait peut-être voulu être.
    J'avais pensé lui placer ma grâce mais à mesure qu'il m'interrogeait comme une midinette aurait fait avec Mimile Buisson, j'ai pigé qu'en fait de grâce ce serait mon arrêt de mort qu'il me signerait si je le décevais, alors j'en rajoutais dans la gouaille babelouedo-parigote, d'ailleurs il suffisait de raconter ce que j'avais sous les yeux tous les jours de cette saloperie de guerre civile pour édifier un cave comme lui, parce que c'était bien ça ce qu'il était, ce qu'il avait toujours été : un cave.
    On s'est quitté pour plus se revoir et c'était aussi bien.
    Au fond je crois que s'il engendrait c'était pas tellement pour faire des mômes dont il se foutait bien mais pour laisser des orphelins comme un mec oublie sur son siége après la représentation le programme qu'on lui a dédicacé pour prouver qu'il est au mieux avec l'auteur mais qu'il en a personnellement  rien à brosser. <o:p> </o:p>
    Le seul truc qui m'ait mis en rogne c'est quand dans le hall du Novotel dévasté ce con de Stanloreliç qui était complétement bourré m'a annoncé qu'il l'avait eu dans sa ligne de mire presque tout le temps de son embarquement de retour et qu'il aurait pu le buter sans même décoiffer un garde du corps.
    -Quel con pourquoi t'as pas tiré ! J'ai dit furax. (à suivre...)
    « 280 000 + 3Con... con... condidat! »
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