• Le clochard dans le bac à sable de Lofti Benayak 3/3

    Le clochard dans le bac à sable de Lofti Benayak 3/3
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    Le malheur c'est qu'au matin leurs foutues animations reprennent. Le clochard d'à côté lui continue de ronfler bruyamment dans la tente qu'il a installée nuitamment.

    Je donne une tape sur les fesses chaudes de Godelaine:

    -Allez debout là-dehors! C'est l'heure du jus!

    C'est aussi ce que j'aime bien chez ma Poupinette, son côté sans façons, elle fait pas de manières, c'est pas le genre pétassouillard qui vous crame votre blé à toutes rames, elle peut dormir n'importe où, bouffer des sandwichs et fait jamais de caprices, chouette poupée, je lui ferais bien des mômes, toute une flopé.

    On est en train de s'enlever mutuellement  le sable qui nous est rentré partout quand nous arrivent dessus deux types, dans le genre gentils monos sympathiques, je me méfie de cette engeance, souriante, bienveillante, qui articule bien pour se faire comprendre et vous écoute bonasse en cherchant le motif.

    -Vous êtes avec le monsieur là? Me dit le pas moins con dans le grade le plus moyen.

    -Pourquoi?

    S'ils veulent voir mes papiers, ils vont attendre quelque temps les gentils monos, j'aime pas ces façons de venir vous renifler le cul sans en avoir l'air.

    -C'est h-interdit de camper sur le plage

    -Ben c'est pas une plage de toutes les façons! La plage elle est là-bas, vous lui tournez le dos à la plage, vous êtes pas du pays vous on dirait?

    Avant en France et surtout à Paris quand on dépotait un peu le mec embrayait direct, maintenant il vous regarde sans comprendre et neuf fois sur dix il vous fout un rappel au règlement, le règlement intérieur, le règlement extérieur, c'est pas les règlements qui manquent. J'étais déjà pas intégré dans le pays de mes pères, je vois pas pourquoi je m'intégrerais mieux dans le pays de mes fils. Et puis s'intégrer ça veut dire quoi? J'ai pas envie de finir en pendule murale!

    Eux ils se regardent sans comprendre, ça a pas l'air d'être dans le manuel de plage du gentil mono répressif. Pas le moins con, pour les départager il vaudrait mieux tirer au sort, ajoute:

    -Ouais mais nous on a reçu un signalement, comme quoi il y aurait un clochard qui se serait installé avec une tente et qui ferait ses besoins dans le coin.

    -Ah non nous on fait caca dans l'eau, pas vrai ma Poupinette.

    -Dans la mer aussi c'est h-interdit, alors vous le connaissez le monsieur qui est dans la tente?

    -C'est mon oncle, c'est tonton Raymond.

    -Bon allez présentez-moi vos papiers?

    Nous y voilà.

    -Le passeur qui nous a déposés là cette nuit qui les a gardés.

    -Tu fais chier Lofti on va encore se retrouver au poste avec tes conneries. Me murmure ma Poupinette dans un sourire, mais elle se formalise pas, elle me prend comme je suis.

    Ils appellent sur leur téléphone, et v'là les vrais pandores qui rameutent, je savais bien qu'ils chassaient au fermé ces salauds-là!

    -Il y a le monsieur-là qui ne veut pas décliner son identité, il dit que l'autre c'est son oncle.

    A ce moment, j'entends le ziiiiip! de la fermeture éclair de la tente et ce con de clodo qui en sort en slip noir et se met à chanter en russe d'une voix de basse hallucinante.

    -Il est russe votre oncle! Ouais c'est bien le signalement qu'on nous a-t-été- fait...

    Ils s'échangent des papiers d'un air très renseigné comme des mômes des Pokemon dans une cour de récré.

    Bref on se retrouve tous à la gendarmerie, même le clodo russe avec son sac à dos et sa tente pliée, il s'appelle Léonid Léonidovitch Tarpov il est poète et ancien nageur de combat, dans la Baltique, ça classe son homme, ils auraient du mouron à se faire les gentils monos s'il se mettait en rogne et même les pandores, regardez-les ces cons-là qui plastronnent derrière leurs ordinateurs en tapant à deux doigts et demi:

    -Le véhicule afférent est pas à vot' nom?

    -Il est à mon tonton Rachid.

    -Encore un oncle vous en avez combien? Bon on appelle le propriétaire, tu me fais une 18/24 .

    -Si vous voulez je vous la fais la 18/24 et sans suppléments encore? Je leur propose aimablement.

    -Vous voulez que je vous colle une "rébellion à autorité" ?

    -Une "rébellion à autorité" c'est une combien ? Une 48/71?

    Dans le temps à la fin des manifs on se faisait un flic histoire de pas être venu pour rien, maintenant à la fin de la manif on leur demande le chemin? Le chemin de quoi? De l'abattoir bande de veaux!

    Pendant que les emplumés conciliabulent sec pour savoir ce qu'ils doivent faire de ma modeste personne, moi je rigole avec ma Godelaine et le clodof russkof.

    La Godelaine je la redécouvre, c'est peut-être ça la bonne éducation, le quant à soi qui survit à tout, je la croyais marchant au mot d'ordre, formatée par ses études à la con, mais non elle y croit pas à leur système de merde, de bande mou qui veut jouer au dur, n'importe quelle pétasse renauderait, elle, elle défend son homme, se marre avec lui des cons d'importance et en plus elle me murmure que dans sa famille on aime pas trop ça les gendarmes:

    -C'est des militaires pourtant, ça devrait plaire au colon?

    -C'est tous des francs macs ! Elle me répond.

    Merde va falloir que je pense à aller enfouir dans les dunes ma carte de membre de la Salutaire Fraternité du XIX°.

    -Bon on va vous mettre en garde à vue!

    C'est le menu du jour, depuis qu'ils ont trouvé ça dans leur panoplie de Noël de défenseurs des droits de l'homme (des cavernes) ils débandent plus, c'est le grand pied, et pour un rien, un bout de clope mal éteint ou une lueur d'ironie devant le spectacle navrant de tous ces flicaillons merdaillons factionnaires d'un état poltron, amoral et donneur de leçons, ils vous mettent en chaussettes quand c'est pas à poils et les mecs acceptent ça.

    -Ils sont trop cons, je vais prévenir papa! Fais pas trop de dégâts quand même! Elle me dit ma Godelaine, en me caressant de son foulard en me passant devant et en s'esbignant discrètement.

    Quand ils veulent m'alpaguer je me lève en gueulant :

    -Bande de tantes mais il y a plus un seul homme dans ce pays de lopes!

    Et le Léonid Léonidovitch Tarpov me prend la roue aussi sec, putain on va te les faire courir ces culs de plomb, ah ils croyaient que la province et les bains de mer c'était la bonne planque eh ben ils vont voir de quoi est capable l'estivant en débordement.

    Moi j'écrase quelques képis, surtout que maintenant ils sont mous du képi, alors c'est moins marrant, mais le Leonid lui il te les travaille au corps, il te leur fait des prises qui leur font sortir les yeux des orbites, vrai il est beau, il est grand dans l'effort, ils sont une demie douzaine à essayer de seulement le tenir le russkof ancien des troupes spéciales... vraiment très spéciales mais ils y arrivent pas, on dirait des gamins aggripés à un géant. 

    -Colonel Moulinot! Repos!

    Je suis quand même un peu soulagé par l'arrivée du papa. Histoire de pas verser tout de suite dans "l'homicide sur autorité" la fameuse 89/93. Il est pourtant seulement en short mais l'autorité naturelle, on l'a ou on l'a pas, lui, je peux en témoigner il l'a.

    La récréation est terminée, chacun rajuste sa tenue, c'est la grande explication dans l'arrière-boutique, je sais pas ce qu'il leur dit le colon mais c'est convaincant, on ressort libre avec juste quelques prunes que le Léonid met dans son sac à souvenirs de Port Glandault Plage.

    -Vous avez raison mon  cher, Lofti: le doux, le résigné, ça ne vous irait pas tellement, me dit le colon en me donnant une tape dans le dos qui me décroche une bonne partie de l'appareil broncho-pulmonaire.

    Il m'a adopté le papa.

    Le Leonid Leonidovitch Tarpov, il l'a aussi à la bonne, il parle le russe le colon et il a en réserve quelques souvenirs de la Baltique du temps où il faisait des ménages pour les services français quand la boutique était pas ouverte et qu'il y avait encore le rideau de fer, ils plaisantent, ils se marrent et notre clodof va planter sa tente prés des celles des mômes.

    Quand même le soir on est tous allés chier dans leur putain de bac à sable, et ça faisait du monde, avec les scouts marins et tous les cousins, et on lui a montré nos fesses à la mer, la vraie.

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