• La question franchouillarde

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    Voir l'intellectuel

    Extrait du Journal de Bertrand Henri Sfinckelmerd dit BHS.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p> Intellectuel parisien. (e.r)



    Aujourd'hui 11 heures nous sommes allés à Roissy recevoir Soupalodong Ragoualodong qui lutte dans son pays contre la junte militaire au pouvoir. Elle est la petite fille de Soupogazodong qui proclama l'indépendance de son pays et le dirigea démocratiquement (il était marxiste et mis en œuvre notamment cinq réformes agraires d'importance s'étant marié cinq fois) jusqu'à sa mort 49 années plus tard. Ce nous semble être une personne intelligente et raisonnable, elle parle un anglais convenable mais avec un fort accent valaisan, ses parents ayant des attaches là-bas. Au naturel c'est une petite boulotte assez autoritaire.


    L'une de ses servantes ayant égaré une dizaine de paires de chaussures elle a demandé au douanier de la faire fouetter. Le fonctionnaire franchouillard a eu du mal à lui faire comprendre qu'il n'était pas équipé pour cela. Puis lors de la conférence de presse elle demandera par deux fois de faire bastonner le journaliste du Figaro qu'elle qualifiera de fassiste après qu'il l'eut interrogé sur de prétendus avoirs bancaires suisses, ce qui fut fait, le centre de presse de Roissy venant d'être heureusement modernisé selon les normes de la Mosquée de Paris.
    Pour ce que j'en ai compris l'essentiel de son programme politique tourne autour de l'émasculation promise au Général Goulashalodong le chef de la junte qui serait son cousin et bien sûr du respect des droits de l'homme... et du secret bancaire.
    Je la salue au nom des intellectuels français en lui disant que nous serons toujours à ses côtés contre,  je la baise... aux joues et je ne sais quelle mouche la pique... elle me saute dessus, déchire ma chemise blanche, me prend la bouche et me met la langue et tout ça devant les photographes.
    Il faut que Jean-Thaule intervienne pour la faire lâcher prise : 
    -Putain la braise ! Me dit-il avec son accent pied-noir.
     


    Que ferais-je sans ce cher Jean-Thaule Empauven, mon plus sûr ami, que d'aucuns veulent absolument faire passer pour  mon éminence grise ou plus triste encore: mon manageure, certes il m'est indispensable car il possède toutes les qualités que je n'ai pas : il est... il est ponctuel. Il n'y a que son prénom ridicule qui me gêne, quand je l'ai interrogé là-dessus, il m'a répondu que Saint Thaule était connu pour guérir les rages de dents.
      Il me rappelle que je dois donner avant mon départ une conférence de presse afin d'annoncer ma conférence de presse de retour, en effet j'embarque pour le Povmekistan où les événements se précipitent et réclament ma présence, il me faut savoir si mon engagement dans ce conflit aux côtés des gentils Gromeks musulmans à cols sport  qui ne demandent qu'à vivre pacifiquement chez leurs voisins les méchants Povmeks à nuque raides catholiques et fassistoïdes est réel et complet, j'ai a vivre, à écrire, à penser là-bas auprès d'eux, pour eux et... et puis Marielle Tombale, ma compagne et même... et oui, mon épouse, avec elle ça chiffre tout de suite, répète à longueurs de journée, à la maison, elle doit donner à l'Olympia une série de récitals à la rentrée et à la longue la vie avec une cantatrice très... comment dire ?... Oui très aiguisée n'est pas de tout repos et peut même se révéler assez éprouvante.
    Et puis il y a ces touristes japonais qui défilent sans cesse devant mes fenêtres du boulevard Saint Germain dans leur car à étage, j'habite un duplex au premier, et encore à ceux là je peux encore pardonner, la civilisation japonaise a des côtés admirables, non le pire ce sont  tous ces franchouillards qui viennent sonner avec leur petit papier pour avoir un autographe et « voir l'intellectuel » ceux là  je les vomis!

    Je suis d'ailleurs en train d'écrire un livre: "La question franchouillarde" où je révèle que si les français ont été battus en 1940 c'est parce qu'ils l'ont fait exprès à fins de pouvoir collaborer tout leur soûl avec le régime national-socialiste qu'ils avaient eux-mêmes fomenté par transmutation  idéologique; le cher Robert Paxtonne avec toute la rigueur et l'honnêteté intellectuelles qui l'animent a d'ailleurs écrit de très belles pages dans son prochain livre (Froggies and others assholes!) sur des essais de télétransportation des panzers allemands par le deuxiéme bureau français dès 1938, je l'ai lu sur épreuves c'est confondant. <o:p> </o:p>
      Je croise dans le salon d'honneur ce cher Bernard qui revient d'Afghanistan, il est assez dépité car les Baloutches du nord, lui ont retourné ses 65 tonnes de riz Unkeule Bintz (il a un contrat d'exclusivité avec la marque) et de pâtes Lustucru (je sais ça fait assez franchouillard mais le pauvre a pris ce qu'il a trouvé au Franprix de la rue du Bac) sous le prétexte que la marchandise s'était en partie avariée à la suite de trop nombreuses manipulations :
    -Tu ne sais pas à qui je pourrais refiler ça? Six mois que je les trimballe, j'en ai marre... sans compter les frais... et les sacs plein la baignoire... Christine commence à me faire des remarques...
    Je lui demande des nouvelles de notre chère Christine qui a signé un magnifique éditorial dans Tricot Magazine sur le massacre des Gromeks et l'engagement citoyen qu'il réclame de la part de tous et même des autres, elle a aussi proposé une taxation du point de croix, c'est bien le minimum.
    -Alors pour mes nouilles ?
    -Viens avec moi tu les livreras aux réfugiés. Ils seront contents après trente six heures de tracteur d'avoir de quoi bouffer.
    -Bonne idée... je vais leur mettre aussi mes 18 tonnes de sauce carbonara, elle est un peu hors délais mais... Ah oui mais... c'est ennuyeux on avait prévu un week end en amoureux avec Christine en Tasmanie orientale.
    -Tu sais je crois que la situation est grave là-bas... et même quasi génocidogêne...
    -Ouais j'ai entendu aux infos : les Etats-Unis parlent de charniers itinérants et d'un demi-million de morts rien que pour la journée de samedi, qui était certes un véquende de départ d'épuration ethnique et donc classé rouge, mais ces chiffres me semblent quand même quelque peu exagérés, les américains en font toujours trop !
    -Bon va-t'occuper des formalités de douane. Lui dis-je assez paternaliste.<o:p> </o:p>
    Quant à moi je téléphone au Dalaï-lama pour faire retarder le vol, le temps que Bernard puisse embarquer sa marchandise, nous en profitons pour discuter un peu de l'avenir du monde et tout ce genre de choses, il me dit qu'il pleut en ce moment dans le Valais et que cela lui rappelle un peu son... Tyrol, il a une dilection particulière pour le Tyrol où il a fait des études de Philologie Germanique, précieux ami. Nous nous promettons de nous revoir cet hiver à Gstaad. C'est un très bon descendeur.<o:p> </o:p>
     Ma surprise est grande lorsque je découvre que nous allons voyager en charter sur Povmek's Airways, j'attrape Jean-Thaule :
    -Mais tu n'as pas téléphoné à la Présidence pour avoir un avion ?
    -Sûr que j'ai téléphoné mais ils étaient tous réservés pour un séminaire gouvernemental de trois jours en Tasmanie orientale.
    -Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à me faire chier avec leur putain de Tasmanie !
    -L'office de tourisme Tasmanien qui arrose à tout va en ce moment, ils balancent nuits d'hôtel et safaris gratis aux pipoles alors tout le monde en profite. Si ça te dit t'as reçu des invites je les ai refilés au concierge mais je peux...
    -Mais je me fous de la Tasmanie ! Et toi tu pouvais pas prendre une compagnie américaine en classe affaire !
    -Tout était complet je te dis !
    Je suis bien certain qu'il ne me livre que la moitié de la vérité, cet imbécile de Jean-Thaule veut absolument me faire faire des économies. Enfin je suis à l'heure actuel le plus gros actionnaire personnel des conserves Saupiquet, je monte en puissance chez William Saurin sur les conseils de notre cher Alinminque et cet imbécile me fait voyager dans un bouic ! 
     J'entre dans l'avion, un vieil Iliouchine, je sens tous ces visages hostiles qui se portent vers moi, c'est plein de marmaille et de vieilles femmes, de travailleurs calleux et moustachus qui retournent au pays, ce pays avec lequel je suis personnellement en guerre, je calme prudemment ma haine pour ce peuple tellement coupable qu'il en devient presque... oui presque  franchouillard, j'arrache son imperméable, ses lunettes noires, son écharpe et son bouquin de Bellemare à ce crétin de Jean-Thaule, qui au fond vit à mes crochets depuis des années et je vais me réfugier dans les lavabos, très vite j'y suis rejoins par le cher Bernard en loden et cache-nez :
    -Non mais tu réalises, on va voyager dans un zinc de la compagnie nationale de ces fassistes de Povmeks, s'ils nous reconnaissent on va se faire lyncher, ah je le retiens ce connard d'Empauven, mais qu'est-ce que tu fiches avec un type comme ça c'est vrai on se demandait l'autre fois avec Christine, ses souvenirs de petit blanc oranais, c'est proprement insupportable. Ah si j'avais pas chargé la marchandise et si les Gromeks n'avaient pas besoin de mes nouilles, tu peux me croire...T'aurais pas des lunettes noires en trop ?
    -Demande à l'hôtesse.
    Malgré nos craintes le voyage se passe à peu près normalement, s'il faut compter pour normal le grill qu'ils installent dans l'allée avec l'assentiment de l'hôtesse et sur quoi ils font griller saucisses et côtelettes, qu'ils arrosent abondamment, équipage compris, de lampées d'alcool détaxé.
    Tenons aussi pour « traditionnel » le détour que fait le commandant de bord vers son village natal, et la nostalgie bruyante qui prend tous ces gens : faux sentimentaux, slaves ignobles et pogromesques, à l'évocation qu'il entonne de ses souvenirs d'enfance à la radio de bord, avec Bernard nous sommes obligés de partager saucisses et souvenirs mais je profite très vite de leurs ronflements pour écrire mon éditorial de la semaine prochaine,  qui tient plus de l'ordre de mobilisation contre cette race punissable et maudite que de la chronique familière.  <o:p> </o:p>
     Quand nous arrivons à l'Aéroport Mikhaïl Platinov de Povmekograd et alors que je me précipite vers la coupée, l'hôtesse qui vient d'ouvrir la porte et s'apprête à saluer les passagers et rendre les poules égarées à qui de droit, s'incline devant ce cher Bernard qui est pourtant parvenu à acheter des lunettes de soleil détaxée pendant le vol et lui dit en un français hétéroclite et roucoulé :
    -Le commandant Besenik et son équipage se tiennent fiers d'avoir transporté à leur utile destination des français aussi pondéreusement célèbres et renommés que vous-mêmes messieurs et nous vous souhaitons la bonne venue dans notre pays aimé.
    Maintenant il nous faut rejoindre Pinovica (prononcez Pinovitcha) puis Pennecu (prononcer Peigne... non prononcez rien.) Bernard est comme moi toujours aussi remonté contre tous ces gens :
    -Ils n'auront pas mes nouilles murmure-t-il orgueilleusement entre ses dents.
    Il parvient à louer des camions dont deux citernes pour la sauce carbonara et nous voilà partis... en car.
    -Tout ce que tu as trouvé Jean-Thaule tu pouvais pas louer des 4x4 ?
    -Purée t'es fou t'as vu ce que ça consomme ! Dit-il en sortant sa carte orange et en commençant de négocier auprès du contrôleur des réductions pour Intellectuels assis.
    Je... déteste ce type... je... je hais ce petit blanc mal blanchi, ce... ce métèque !<o:p> </o:p>
     Un peu avant d'arriver sur la ligne de front un nouvel incident a lieu, coups de feu, explosions violentes, j'ai tout juste le temps de me coucher dans l'allée centrale, lorsque je relève la tête, le contrôleur et les voyageurs me regardent en souriant et m'expliquent que c'est juste des mômes qui fêtent le nouvel an local, ils démarrent l'année le 26 Août ces crétins-là ! Comment peut-on tolérer des gens comme ça, des gens qui sont simplement pas comme nous.
    Je me relève mais le répit est de courte durée, Jean-Thaule s'exclamant presque aussitôt :
    -Putain le con de fils de sa mère j'ai oublié le dossier avec les noms pour passer la ligne et prendre contact avec les Gromeks.
    Je suis sur le point de l'étrangler lorsque le moustachu assis à côté de nous qui a une cage à poules sur les genoux nous dit :
    -Le commandant de secteur Gromek est un cousin je vais l'appeler pour lui dire que vous arrivez.<o:p> </o:p>
      De fait cela cousine pas mal dans le coin et le passage se déroule au mieux, il n'y a que les citernes de sauce carbonara de ce cher Bernard qui inquiètent un peu les autorités des deux côtés, il faut dire qu'avec le soleil, elle commence à puer terriblement, il explique au nouveau ministre des exactions rituels qui vient nous accueillir que c'est une nouvel arme défoliante, une manière d'agent orange... mais rouge.
     

    Les autorités Gromeks ont fier allure dans leurs costumes rayés, arborant lunettes noires et Montres Rolex et le nouveau ministre de la culture me propose deux de ses nombreuses nièces afin de m'accompagner au mieux dans les formalités administratives, cet imbécile de Jean-Thaule n'en obtient qu'une, des filles charmantes et modernes au demeurant qui ne demandent qu'à s'employer pour nous être agréable. Quand je vois les Porsche et les Béhemvés qui sillonnent les rues de Pennecu je ne peux m'empêcher de sourire à l'évocation des propos de nos adversaires qui soutiennent que les Gromeks sont des fanatiques rétrogrades ? Ils me semblent au contraire extrêmement ouverts à la modernitude.
    Je passe l'après-midi à visiter les charniers qu'ont laissé ces salauds de Povmeks, c'est très éprouvant, je téléphone à Tony Blair en direct de l'un d'eux, il est aussi ému que moi et me dit de faire attention où je mets le pied et qu'il ira à Gstaad dés que son épouse aura accouché. C'est un excellent grimpeur.
    Jean-Thaule plus fouille-m... que jamais à l'issue de la photo-souvenir et du reportage me tend une pancarte qu'il a déterrée :
    -Ce qui est écrit là dans leur foutue langue : c'est Cimetière des Chiens de Pennecu.
    -Et tu en déduis ?
    -Qu'on se fout de nous !
    -C'est peut-être un peu plus compliqué que cela.
    -Sans doute... sans doute après tout c'est toi l'intellectuel en chef me dit-il en me tendant un collier pour chien marqué Medorov qu'il vient de retirer d'un tas d'os sur quoi les vaillants combattants Gromeks posent hilares.
    Après quoi l'on nous présente des femmes violées, c'est très émouvant la journaliste de Rustica pleure et jure qu'elle va faire un éditorial vengeur, l'une de ces pauvres filles expliquent que ces ordures de soldat Povmeks sont partis sans même payer les consommations, le ministre de la Kultur lui met une baffe :
    -Tagole salopovna riturnir al bordellito !
    Je téléphone à Gisèle Halimi mais son répondeur m'indique qu'elle est en Tasmanie Orientale pour le véquende.
    Je murmure entre les dents :
    -Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Jean-Thaule arrive triomphant :
    -Bon j'ai tout arrangé, tu vas être content l'Elysée t'attend demain matin à dix heures pour une entretien sur la situation au Povmekistan et il t'envoie un avion cette nuit.
    -Demain à dix heures c'est peut-être un peu tôt ?
    -C'est la bonne heure. Le président n'a plus qu'une heure de lucidité par jour.
    -Il est en progrès pendant son premier mandat je ne me souviens pas de l'avoir vu lucide une minute.
    -Ouais hein. Il paraît qu'il a un nouveau kiné qui lui fait travailler les ischios-jambiers, c'est là que tout se tient chez l'homme !
    -Jean-Thaule arrête tes conneries.
    -Mais c'est pas des conneries je l'ai lu dans un livre de Jean-Michel Larqué.
    Il va vraiment falloir que je m'en sépare, je vais essayer de le faire élire à l'Académie Française.
     

    Nous passons la soirée avec un détachement de l'ONU, dans l'ancienne MJC du coin, ce sont des Zambiens, ils sont venus avec leurs sœurs et les sous-louent à un autre détachement composé de jamaïcains. Très vite le local est enfumé et nous sortons pour respirer un peu:
    Bernard ému, me pousse du coude :
    -Et jamais malgré leurs souffrances ils ne perdent la foi non plus que leur esprit de tolérance. Me dit-il en désignant les ouvriers qui bâtissent à la nuit la mosquée avec les pierres de l'église.
    -C'est émouvant.
    Je téléphone à Zapateros, je le réveille mais nous parlons longuement de cette admirable civilisation andalou.
    En raccrochant je pense : quel dommage qu'il ne sache pas skier. <o:p> </o:p>
     Le lendemain en sortant de l'Elysée, après l'entretien et la remise de mon rapport où je recommande l'envoi de forces de l'Otan et des frappes sur le Povmekistan et sur sa capitale Povmekograd, je n'ai qu'une hâte: retrouver le calme de mon appartement du boulevard Saint Germain.
    Mais quand Meklouf, mon maître d'hôtel m'ouvre la porte ce sont les aigus de Marielle Tombale ma compagne qui m'accueille et j'ai bien envie de battre en retraite et de me trouver une petit hôtel tranquille :
    -Bonjour Meklouf. Madame répète de plus en plus tôt le matin.
    Il enlève ses boules Quiés et approuve avec ce fatalisme oriental qui souvent me trouble.
    -Dîtes au cuisinier de me préparer une collation légère... ah et puis que le nouveau chauffeur aille me chercher les journaux.
    -Le courrier personnel , Monsieur.
    Je reçois énormément de courrier les gens me lisent surtout à la télé et après ils regardent mes livres dans les transports en commun, ce cher Alinminque me dit que c'est la même chose pour lui. Aussi ma secrétaire fait-elle le tri et répond personnellement à ces gens en joignant une photo dédicacée, une photo de moi s'entend... mais dédicacée par elle.
    -Bon je vais voir les chevaux.
    Marielle Tombale a fait aménager une écurie et un terrain de polo sur les toits de l'immeuble, elle aime à monter le matin . Pour ma part je ne pratique pas, je ne sais jamais par quel bout les prendre.
    Dans l'épais paquet je découvre une lettre de Maman, elle m'écrit de ... Tasmanie, elle me dit qu'elle y a rencontré mon concierge et qu'elle n'y retournera pas, je lis en caressant distraitement les chevaux... mais pas par le bon bout, il faut croire et je me prends un coup de sabot : quelle saloperie ces bestiaux là !Je me relève avec peine et boîte jusqu'à l'ascenseur, la lettre de maman se termine par un notabéné qui me foudroie sur place, enfin juste à côté : «... mon grand tant que te tiens je dois te confier un petit secret : ton papa n'était pas ton vrai papa, mais je te rassure tu es le fruit d'une superbe histoire d'amour quand même, quand j'ai connu Jean-Claude il faisait son service militaire en Algérie dans la gendarmerie, malheureusement nous venions de milieux trop différents son père était tôlier-chaudronnier, tu imagines ? Et puis hier à Hobart en faisant du shopping qui je rencontre ce cher Jean-Pierre, nous avons un peu parlé, non décidément je n'y retournerai pas, il m'a laissé son adresse, je te l'écris si cela peut t'intéresser... »
    <o:p> </o:p>
    Je n'ai pas pu dormir de la nuit, non pas seulement à cause des vocalises de Marielle, elle travaille trop il faudra que je le lui dise. Ce matin j'ai voulu rencontrer cet homme, il habite un pavillon modeste à La Garenne-Bezons, une femme avec des bigoudis sur la tête et en peignoir m'a ouvert :
    -... vous voulez voir Jean-Claude, il est pas trop en état, hier il avait un match au Parc... c'est important... vous voulez vraiment que je le réveille.
    -Oui c'est important.
    -Bon, après tout je m'en fiche, je vais h-aux courses, moi.
    Il est arrivé, il était grand et lourd malgré son âge avancé, il portait un maillot du PSG, il m'a offert une bière. Tout de suite il m'a appelé « fiston » et parlé de sa carrière. Après son service il s'est engagé dans les troupes parachutistes coloniales puis dans la police, il y a fait toute sa carrière, il est devenu brigadier-chef  de CRS... et il en est fier.
    -Si tu veux fiston cette après-midi on sort ensemble, avec les copains.
    Je ne sais pas pourquoi, j'ai accepté et je suis allé vomir sa bière dans le jardin.
    L'après-midi nous sommes allés avec « ses copains »aux BBR c'est la fête du Flan National, il en est membre, j'ai vomi plusieurs bières. Ce fut un moment effroyable au milieu de tous ces franchouillards fiers de l'être. Et puis soudain dans l'allée principale mon... mon « père »  s'est exclamé, je crois qu'il était assez saoul, ses amis aussi :
    -Putain les mecs on s'est encore gouré c'est la fête de l'Huma ! Chaque année on fait pareil tu vois fiston, faut dire que quand on a vendu des vignettes pendant trente ans, difficile de pas avoir encore le réflexe.
    Il a salué d'anciens copains à lui ouvriers chez Michelin et on est tous allés vomir des bières aux BBR.<o:p> </o:p>
    Voilà maintenant ils sont tous dans mon salon et ils regardent un match de danse classique sur Arte depuis l'Opéra Bastille à la tévé en buvant de la bière.
    -Bébert encore de la bière... c'est chouette chez le fiston hein ! Et alors ce couscous il arrive !
    Je vais à la cuisine Razul mon cuisinier est en train de pisser dans la semoule :
    -Ne vous dérangez pas Razul je prends juste de la bière dans le frigo.
    Pour me donner une contenance j'ouvre la radio, Conserves Saupiquet a encore perdu 15 points. Quel con cet Aliminque !
    Je vais pour refermer la porte quand une explosion secoue tout l'arrondissement et Jean-Thaule fait son entrée, assez exalté.
    -Oh putain fils tu vas encore m'engueuler, j'ai fait une belle connerie, hier à l'Elysée j'ai échangé les dossiers, et à la place de ton rapport d'envoyé spécial de la Présidence au Povmekistan, je leur ai refilé ton plan média avec ton planning... Dis c'est normal que ton cuisinier pisse dans la semoule ?
    -Oui, oui... c'est normal... tout va bien.
    A ce moment un car de touristes japonais passe juste à hauteur de la fenêtre de la cuisine, nous sommes pourtant au second étage, Jean-Thaule se penche à la fenêtre et commente :
    -Ah les salauds ils ont rajouté un étage à leur car !
    Un missile Tomahawk file au ras de l'immeuble suivi d'une seconde explosion :
    -Tu veux dire que...
    -Ouais c'est exactement ça : l'OTAN est en train de bomber sévère le 5°, le 6° et le 8° arrondissements de Paris, Europe 1 est en feu. Maintenant ils devraient taper le petit restau japonais en bas de chez toi que tu aimes bien : Okokdorychu et après c'est Téhéfhun... ouais remarque ça aura au moins servi à quelque chose.
    -Mais tu ne peux pas arrêter ça, téléphone à l'Elysée !
    -Tu penses bien que c'est ce que j'ai fait en premier mais le président est sur le pot et on peut pas le déranger.
    Soudain Marielle recommence à chanter, c'est... c'est  simplement insupportable, je prends un couteau en gueulant :
    -Je vais la buter, putain je la bute si elle la ferme pas cette conne !
    Jean-Thaule essaye bien de me ceinturer mais je le bouscule et court jusqu'à sa chambre, j'ouvre la porte et je découvre ma femme sous Raffit le nouveau chauffeur.-C'était pour ça... pour ça qu'elle gueulait tout le temps ! 
    Je réfléchis un instant, j'ai recouvré mon calme :
    -Continuez ! Continuez ! Vous dérangez pas pour moi ! Bon ça c'est réglé ? Plus à la baiser c'est déjà un souci de moins.
    Dans les tribunes... je veux dire dans mon salon ils gueulent :
    -Bébert avec nous ! Bébert avec nous !
    Ainsi j'étais de cette race immonde et collaborateuse, je leur appartenais. J'en étais z'un.
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