• (Gros) Lard Premier Suite et Fin

    (Gros)Lard Premier 2/2 par G.M.Néoletto 

    Le sorcier se penche sur mon camarade, lui tâte le ventre, lui ouvre la gueule et dit :
    -Distrentetroisjetepleasemonpote !
    -La-bré-té-lla ! Murmure faiblement Jésuilto.
    Le sorcier s'agenouille prés de lui et approche son oreille du visage, rutilant et comme énervé et presque en colère, de l'indien qui lui murmure encore quelques mots avant de défunter très sobrement.
    Vraiment quelle dignité chez ces indiens !
    -Pauvre garçon? Constaté-je
    -Putain mais vous êtes français ? S'exclame le sorcier dans un parisien très pur.
    -Euh oui... en effet... Jean-Jacques Beursec je suis chercheur associé au CNRS
    -CNRS-SS ! Non rien c'est une saillie. Choupard Marcel du Muséum... enfin maintenant je dois être rayé des rôles... longtemps que j'ai pas eu de nouvelles des collègues...
    Je demeure, stupéfait, sans quoi je crois bien que je crierais de joie mais ma rigueur scientifique me commande de recouvrer mon sang froid, je regarde ma montre il est 19 heures zéro quatre heure GMT nous sommes le premier Avril 2008...
    Choupard, lui, ajoute en contemplant mon porteur hors d'usage.
    -Ses derniers mots ont été pour vous, il a dit :  « Ce con-là a raté la bretelle de sortie le troisième jour ! C'est vrai que c'est couillon ça vous aurait évité cinquante-trois jours de marche et votre collé que aurait pas claboté...
    -Ce n'était pas un collègue mais seulement un porteur.
    -... vous voyez l'échangeur en béton sur l'autre versant c'est moi qui l'ait fait bâtir, c'est mon côté vieux scout il faut que je m'occupe les mains et que j'aide le monde avec ça on est direct.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Je me re-stupéfie sur place (il faudra que je surveille cela, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude pouvant entraver mes observations du milieu et tout ce genre de choses.)
    -Vous voulez dire que vous avez désenclavé l'une des dernières tribus indiennes originelles !
    -Eh ouais on s'est donné bien du mal. Et des fois on se demande si ça a servi à quéque chose... regardez ces types de « l'équipamenté » ! Ça fait des années que je leur dis de te me foutre un panneau ! Ah on est bien con de se donner du mal pour tous ces cons-là !
    Du mal il s'en était donné, il tenait absolument à me faire visiter le village et « ses installations ».
     

    A la stupéfaction succéda la plus complète désolation, Marcel Choupard avait fait des derniers représentants de la grandiose civilisation Chochoptiméque des beloteurs en marcel, cirrhotiques, boulistes et franchouillards, vrai on se serait cru dans un reportage en Gévacolor sur la France des années cinquante avec l'épicerie-buvette, la station-service Azur, le bar-tabac, le charbonnier en noir et le crémier en blanc, la boucherie chevaline qui débitait du lama à la strogonoff et la boulangerie, et les concierges à spécialités... et les ménagères au milieu de leur marmaille et les odeurs de soupe aux choux et...  
    -Mais c'est délirant il manque qu'un PMU et ce sera complet! Me stupéfiai-je une troisième fois dans la journée (oui je sais cela devenait inquiétant et pas tellement éthique.)
    -Mais on l'a le PMU, on parie sur les courses de lama, c'est la grosse poilade y vont jamais droit ces bestiaux là, y a pas plus con qu'un lama. Attendez que je vous raconte. Le sorcier quand je suis arrivé un vrai sâle con çui-là, il pensait qu'à une chose c'était sacrifier le monde, vrai incroyab', son truc c'était les belles-mères, il disait qu'elles avaient le mauvais œil, bien simple il en restait que deux et elles se planquaient dans des grottes vous imaginez l'effet sur la natalité béh dame elles réfléchissaient avant de marier leur fille et de virer ennemi du peuple ou bétail à sacrifice. Il a ouvert un bar-tabac-PMU à la sortie du village, c'est son fils Jacky qui le tient. Gentil le Jacky, bien brave, un peu lunaire... comme son père mais brave.
    -Mais... mais ils portent tous des prénoms... européens ?
    -Au début je m'y retrouvais pas dans les Thésualpalmal et les Chlomosapchopec... alors j'ai fait venir un brave curé parisien le père Laviole et il te les a baptisés à tour de bras, c'est pas que j'y crois , à titre personnel je suis libre penseur mais c'est quand même plus commode pour s'y retrouver, tu trouves pas ? On se tutoie entre collègues. Sinon tu peux m'appeler l'ancien ou le père Choupard c'est comme ça qu'on m'appelle ici, allez viens on va se prendre l'apéro... tiens chez Jacky tu feras connaissance. 
     


    Mes observations se ressentent, je le crains, de cette déambulation guidée à travers les commerces de la ville, le Jacky en question nous sert une vieille prune qu'il tient de monsieur son père, pour lequel il semble garder un réel attachement, et qui est faite de cancrelats écrasés et... d'autre chose, partout le Père Choupard est fêté et les consommations ne sont jamais pour lui. Quelle déchéance ! Quand je l'interroge sur la civilisation Chochotptiméque dont il demeure malgré tout le meilleur observateur et historien il me répond par des calembours ou des aperçus de chauffeur de taxi rassis :
    -Quoi le mou tu m'emmerdes avec ces histoires de mou ?
    -Je disais que de fait et d'après vos ouvrages dans la civilisation Chochotptiméque tout tourne autour du mou, le Guchu ! Guchu ! Le questionnement du mou est primordial, fondateur et quelque peu castrateur.
    -Oui quelque peu ! Tu l'as dit mon pote Guchu ! Guchu ! Et puis le mou tous les jours ça va bien, on est pas des greffiers non plus ! Un steack-frites de lama ça ouais d'accord !
    -Mais enfin qu'est-ce qui a bien pu pousser un scientifique tel que vous à leur faire sacrifier leurs si magnifiques traditions ?
    -Magnifiques, non mais vous rigolez, des sauvages voilà ce qu'ils étaient ! Ils en foutaient pas une rame, passaient leur temps à se mesurer la bite et à se livrer à des jeux de cons : leur Foutbolec manière de foutebale néolithique c'était avec une tête de belle doche qu'ils le pratiquaient... des vicelards et des bons à foutre. Avec ça un flicage permanent et bien entendu ils se choisissaient le plus dégueulasse comme chef. Et le sorcier chauve de huit heures qui tous les soirs faisait son allocution présentait les nouvelles du jour, en trafiquant les choses pour faire monter la pression sur tel ou tel pauvre type ou le village voisin.
    La civilisation Chochotptimeque une belle saloperie oui ! Un pays de cannibales, ils bouffaient leurs nouveau nés, butaient les vieux.  Leurs dames  passaient la matinée à raconter des saloperies devant la machine à café... ouais je veux dire la machine à battre le mou elles se tenaient comme des putes prétentiardes et n'élevaient pas leurs mômes, les hommes ne foutaient rien, z'étaient tous devenus moitié tarlouzes, moitié gendarmes, se réunissaient tous les samedis soir pour mater le spectacle des sacrifices humains, mangeaient de la merde et passaient leurs soirées le nez dans les ordures à trier leurs poubelles... leurs fistons... enfin ceux qu'ils avaient pas butés à la naissance, fumaient des plantes hallucinogènes et bouffaient des champignons qui l'étaient pas moins en se trémoussant comme des sauvages tout le véquende alors qu'ils avaient des hectares d'un magnifique tabac meilleur que du Havane qui poussaient tout seul mais que les sorciers avaient déclarés tabous ! 
    Non rien de respectable là-dedans !
    Moi pour les faire changer je leur ai préparé la rouste du siècle j'ai fait monter la pression avec une tribu des bords du lac : les indiens Braouzec c'est des marins de la montagne, c'est dire s'ils ont du poil aux dents, mes bonshommes ils ont voulu jouer les caïds et ils se sont fait torcher dans la largeur, il a fallu se calter recto et j'ai établi le village ici, mais les règles c'était moi qui les donnait, le culte du mou finito...
    -Et alors ?
    -Alors ils se sont mis à chier dur !

     


    Je compris alors qu'il me fallait pour sauver la civilisation Chochotptiméque la débarrasser de la funeste influence de cet apôtre de la franchouillardise la plus repoussante.
    -Mais vous n'avez pas envie de revoir votre épouse ?
    -Ah tiens elle vit toujours cette conne ?
    -Elle a milité toute sa vie, c'est une femme remarquable, une combattante, une...
    -Une emmerdeuse ! Quelle chieuse ! Pour ça que je suis pas revenu en 58 ? A l‘époque elle était stalinienne plein temps ! Qu'est-ce qu'elle a pu m'emmerder avec sa conscience de classe celle-là !

    -Et revoir votre village natal ? Vous avez encore de la famille...
    --Ah je dis pas revoir Saint Gonfflant c'est tout à côté de Ploermel ! De là que je viens. J'y ai encore ma sœur, le beau-frère... Mais d'un autre côté il paraît que ça a bien changé le pays, le père Gondelec qui vient le dimanche pour la messe, lui qui a succédé au père Laviole... ouais je te disais y me rapporte des Paris-Macheux, ça me fait plus tant envie la France ! Cela ressemble plus trop à rien hein ?
    -Le progrès des esprits et la modernitude.
    -Si je comprends bien ici y faut pas toucher aux traditions mais là-bas y faudrait les piétiner et chier dessus ! Pas logique ton truc mon p'tit pôte... Jacky remets-nous ça c'est le CNRS qui paye !
     
     


    A force d'intrigues administratives et par des moyens aussi détournés que compliqués (Jacky le fils du sorcier me prêta son téléphone portable) je parvins à éloigner Choupard du village et à le faire rentrer en France.
    Si tous les habitants vécurent son départ comme un déchirement je compris très vite que je possédais en Jacky un allié fidèle et tout dévoué à mes desseins qu'il partageait d'enthousiasme : remettre la civilisation Chochotptiméque sur les rails millénaires qu'elles n'aurait jamais dû quitter, lui faire retrouver ses usages, sa fierté, ses traditions.
    Jacky me montra les dépôts clandestins de son père où le vieillard nostalgique avait remisé appareils à battre le mou, pése-couilles ornés, tronquezobs sculptés et couteaux à égorgement, des objets magnifiques et qui témoignaient encore de la... oui de la vitalité de la civilisation Chochotptiméque.
    Après quoi il reprit son véritable nom : Pédzoltec ce qui en Chochotptimec veut dire : le fils de celui qui nous casse les bonbecs.
     


    Puis peu à peu après nous être débarrassés des zélateurs les plus bruyants du père Choupard par quelques sacrifices humains bien spectaculaires en praïme taïme  de soirée nous imposâmes le retour aux traditions les plus remarquables de la civilisation Chocotptiméque et en particulier le tri des poubelles, rite initiatique s'il en est et qui marque le passage de l'homme adulte au con manipulable.
     



    Après quoi et afin de faire taire les dernières réticences nous décidâmes avec Jack... pardon Pedzoltec d'attaquer une tribu voisine, les Guilvinecs du haut plateau. Malheureusement ils étaient en train de regarder le foot à la tévé quand nous arrivâmes à poils tout repeints en guerre et la lance à la main et rendus furieux par notre intervention, peut-être un peu précipitée, je le concède, à tout le moins intempestive,  ils se mirent en colère et nous repoussèrent avec leurs fusils de chasse Blazer full chokes.
    -La prochaine fois on regardera le programme tévé avant ! Concéda Pédzoltec qui parlait  et saignait du nez maintenant comme un vrai chef.
     

    A la suite il y eut des plaintes et il nous fallut fuir la policia en s'enfonçant dans la jungle, les vivres manquèrent, nous bouffâmes les nouveaux-nés et nous allions entamer nos provisions de belles-mères, mais alertées sans doute elle aussi par la tradition orale elles s'enfuirent dans des grottes dans la montagne.
    Nous nous réunîmes avec Pedzoltec et deux  guerriers :
    -Ce qu'il faudrait maintenant pour redonner le goût de se battre aux guerriers Chochotptimecs ce serait...
    Mais j'avais deviné sa pensée et je l'approuvais :
    -... un bon plat de mou !
    Et il m'assomma trés proprement avec sa hache en pierre.
    <o:p> </o:p>
    Quand je me réveillais les femmes avaient sortis les appareils à battre le mou et je barbotais dans une marinade très épicée et odorante, une certaine exaltation me gagnait et me réchauffait le coeur, à moins que ce ne fut le bouillon que l'on avait allumé sous ma marmite en terre foulée, je parvins néanmoins à murmurer encore à Pédzoltec venu recueillir mes dernières paroles car telle était la tradition :
    -Surtout... surtout pas de bouquet garni dans le plat de mou... c'est une invention de missionnaire !
    <o:p> </o:p>
    Fin des observations.
    « Communiqué de la HaldeWalter Chéchignac 1 par H.T.Fumiganza »
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It