• (Gros) Lard Premier

    (Gros)Lard premier par G.M.Neoletto
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Pour tous ceux qui l'ont côtoyé Marcel Choupard demeure un mythe, cet anthropologue compagnon des jeunes années de Claude Lévi-Strauss fut en effet le découvreur de la civilisation Chochotptimec, je me permets de citer ici quelques lignes inédites de son journal intime que m'a confiée Germaine Choupard-Boistard sa veuve :
    « ...Avec Claude nous nous donnions rendez-vous dans divers établissements parisiens, c'était les années 46/48, nous prenions le métro séparément, Claude arrivait toujours en retard ou il n'arrivait pas, jamais je n'ai vu quelqu'un se perdre avec un si bel entrain et une telle régularité. Il marchait dans les rues de Paris en short anglais serrant entre les dents un invraisemblable calumet de 50 cm de long qu'il avait rapporté d'une expédition aux Puces de Saint Ouen et qu'il pensait avec sérieux être un authentique calumet amérindien alors que j'vais découvert sur le culot un « souvenir de Gérardmer «  qui laissait peu de place au doute quant à ses origines. Ce jour-là j'allais le repêcher devant une cahute de la Loterie Nationale qu'il avait prise à la grande fureur de la tenancière pour une pissotière. Il était de belle humeur ce qui était rare chez lui car il venait de boucler le budget de l'expédition qu'il avait proposé au comité du Muséum et tout en se rebraguettant il m'entretint des dernières nouvelles.
    -... et bien sûr tu viens avec moi !
    Il voulait explorer les bouches de l'Escaut en remontant par les estaminets  jusqu'à Anvers... on connaît la suite.
    Par prudence je déclinais l'invitation et décidais de partir à l'opposé parce que ce serait plus court et que j'aurais ainsi quelque chance de ne point le croiser.
    -On a pas idée un dégueulasse comme ça ! Fut la conclusion de la dame de la Loterie.
    Et c'est ainsi que par défiance envers un collègue, au demeurant fort estimable je fis la découverte de la grandiose civilisation Chochotptimeque.
    <o:p> </o:p>Tout Choupard, homme rare fait de modestie et d'humanité tient dans ces lignes, aussi n'est-ce pas sans une certaine émotion que nous avons accueilli au printemps dernier la proposition de l'un de nos jeunes chercheurs : J.J. Beursec de partir à la recherche de la quatrième Expédition Choupard-Brimoux, qui comme on le sait a disparu en 1958. En effet la civilisation Chochotptimeque demeure pour nous en grande part et malgré les efforts de nos collègues disparus un mystère et lors de l'inauguration du Musée qui branlait... quai Branly nous n'avons pu exposer que deux pése-couilles d'époque tardive et un appareil à battre le mou (circa 13° siècle) rapporté par Marcel Choupard, qui fut d'ailleurs très longuement admiré par le président Chirac, fin connaisseur, et qui est certes très emblématique de la culture chochotptimec mais qui ne saurait la définir toute entière.
    Voici donc le Journal de bord de J-J.Beursec Anthropologue tel qu'il nous est parvenu:
     
    <o:p> </o:p>Arrivé à 11 heures du matin GMT : relevé topographique après 26 jours de marche à travers la jungle la plus hostile, mon guide Jésuilto a les fièvres et délire depuis dix jours, mes porteurs ont fuit sauf trois qui guignent mon équipement, mon guide n'arrive à articuler que :
    -Bre-te-lla ! Bre-te-lla !
    La place du village est déserte, toutefois après un instant d'observation, je perçois des ronflements, un indien sort enfin de sa case, il se gratte les testicules en baillant, je l'aborde :
    -Tepé guchu guchu?
    Il me regarde un peu étonné avant de murmurer dans une langue chochotptimeque mal accentuée très dégradée et presque incompréhensible :
    -Guchu guchu àtoiaussimonp'titpôte.
    Et de se rendre dans un édicule au milieu de la place du village où il soulage sa vessie à grand bruits avant que ne retentisse un bruit de trombe d'eau.
    Tout de suite d'autres habitants l'imitent et vont à leur tour se livrer au même exercice libératoire. J'en livre en annexe une transcription et un dessin. (a.323b)
    Puis des attroupements se forment et enfin la population mâle se retrouve presque au complet devant quelques  huttes, ils s'assoient sur des sortes de chaises en paille et une homme sans doute un esclave vient leur servir un liquide caramel qu'ils allongent d'eau :
    Je pense avec une certaine émotion qu'il y a de cela exactement 50 ans Marcel Choupard abordait pour la première fois la grandiose civilisation Chochotptimeque et nous livrait son ouvrage inoubliable: Chochotptimec : la civilisation matricielle. La disparition toujours inexpliquée de ce grand scientifique causa un grand vide dans l'ethnologie parisienne, depuis le peuple Chochoptimec et ses cultes initiatiques magiques n'a plus jamais pu être abordé et encore moins étudié, il demeure une énigme vivante, je suis donc le deuxième parisien  qui touche à ces merveilleux rivages.  
    L'indien qui m'avait parlé vient à moi son verre à la main, ils savent donc souffler le verre, j'observe une inscription effacée sur le verre à offrande cela ressemble un peu à nos lettres : R-I-C-A-R... mais liées en une graphie savante et sans doute ésotérique, non seulement ils savent souffler le verre mais ils le gravent et l'ornent d'une manière originale, c'est magnifique.
    -L'apasl'aird'allerbienfortvot'p'titpôtelà ? Me dit-il en désignant mon guide qui continue de murmurer dans son délire :
    -... la bré-té-la...
    Je sors mon dictionnaire Chochoptimec-Français établi par Walter Brimoux et Marcel Choupard (le fameux Choupard & Brimoux), mais sa prononciation est tellement défectueuse que je finis par l'interroger par signes :
    -Folameneràlosto ... me répond-il.
    Je crois qu'il veut le conduire au sorcier de la tribu, après tout pourquoi non, c'est une expérience à tenter, d'autant qu'il a l'air bien mal en point et que cela pourrait me permettre d'observer au plus prés leurs rîtes de socialisation de la maladie et qui sait si j'ai un peu de chance leurs cérémonial funéraire.
    Le sorcier est dans une grande case fermée, une femme derrière une sorte de table haute grillagée semble comme en prière, je tousse :
    -Cépourquoa ?
    Je m'avance, elle se récrie :
    -Onpassepasdérriéreleguiché !
    Sans doute viens-je de violer quelque tabou vénérable car multiséculaire, j'en suis honteux comme je voudrais posséder leur merveilleuse langue, le plus étonnant est que tous parlent entre leurs dents sans ouvrir trop les lèvres, je désigne ce pauvre Jésuilto qui n'a vraiment pas l'air bien.
    Elle me fait signe de garer un peu mieux la civière pour pas encombrer le passage je pense et je comprends aux signes qu'elle fait à destination d'un grand barbu un peu voûté que le sorcier vient d'arriver :
    « Putainmêmeàlacantîneonpeutpasàboireuncafépeinard !Qu'estceyaencore ! » (à suivre...)
    « La bonne dame en blancCommuniqué de la Halde »
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