• Cinq Septembre

     

    C'est la rentrée, les vacances sont finies, je prépare mes affaires. Ma Poupetkë m'a fait une jolie surprise, pendant notre absence elle a commandé la remise en état du pavillon au fond du Parc du palais d'Hubertsbörg.

    Je lui en suis gré quoique je me m'interroge sur ses motivations réelles, ne serait-ce point un moyen de m'éloigner de la vie quotidienne du pouvoir, l'on parle d'une intervention qu'aurait fait auprès d'elle ce salopard de premier ministre afin de me caserner en dehors de toute influence politique, en quelque sorte des arrêts de réserve, moi qui me suis toujours cantônné à ce rôle ingrât de prince consort tout cela  ne fait que me renforcer dans mes projets que je céle à tous pour le moment, tout ce que je peux en dire c'est que le cher Eriktkë le Mauve vient d'acheter pour quatre tonnes d'armements divers au Bravmekistan Antérieur, mais chut! J'en ai déjà trop dit.

    J'y prends donc mes quartiers avec le fidéle Pezzolino qui m'a suivi dans mon exil non sans m'avoir distrait quelques objets en prenant le prétexte du déménagement, je m'en ouvre à lui lorsque je ne trouve plus mon second mocassin en peau de parlementaire, un cadeau du cher Eriktkë (c'est très agréable à porter le cuir de parlementaire et je ne comprends pas que l'on ne l'utilise pas plus dans l'industrie des accessoires de mode?):

    -Au moins quand tu me voles des chaussures, vole-moi la paire sans quoi cela ne satisfait personne.

    -Oh je vous remercie Monseigneur! Me répondit-il en raflant le second mocassin.

    Ce garçon a décidément toutes les audaces mais il m'est utile, le cher Eritkë le mauve m'a appris qu'il était correspondant de plus d'une soixantaine de services secret étrangers, je ne vois pas où il prend le temps pour les renseigner tous utilement et dans le même temps brosser mes vêtements, il faut dire aussi que mes costûmes sont si mal brossés qu'il me faut parfois m'en occuper moi-mâme.   

    Second indice qui prouverait assez bien une volonté de la Reine de parfaire mon éloignement, l'ignoble Urinald Fun Froeben vient me prévenir dans un sourire que l'on m'expédie au Brumenland comme Lieutenant Général, représentant de la Reine. Le Brümenland comme on le sait est notre dernière possession ultra-marine, terre large et glacée peuplé de 40000 esquimaux (tous parfums !) tous plus ou moins alcooliques et qui jouxte la partie septentrionale de l'amérique. Cette amérique qui guigne notre possession de longtemps avec son bel appétit de vautour nouveau-né. Le Brumnland tient son nom de cette particularité qu'elle recéle en toutes saisons au dessus de sa tête d'épaisses brumes, qu'il y neige perpétuellement et que l'on s'y géle d'abondance

    Voilà donc la vie d'un prince consort que l'on nous veut faire accroire insouciante et sans contraintes à force de presse. Un jour envoyé sur l'équateur à se rôtir la couenne sous un soleil inhumain parmi des sauvages et le lendemain ou presque propulsée en quelque contrées caverneuses ou iglootesques parmi des peuplades mêmement primitives, c'est bien simple j'ai dans mon carnet d'adresses tous les emplumés, chefs tribaux et autres primitifs antediluviens de la planête... avec leurs numéros de téléphone portable et celui de leur agent artistique aux Nations Unies.   

     

    Cette promotion me trouble, je vais voir le cher Baron Eritkë le Mauve,  dans sa circonscription du Thöf, je le trouve dans le parc de son chateau des Kingoöfzethöf s'entraînant avec ses camarades, tous en unifôrmes

    -Regardez Monseigneur les grenades "def "chinoises que j'ai eu en solde...

    Il s'amuse comme un enfant pendant que le clairon résonne toutes les cinq minutes, il n'y a que lui qui raisonne d'ailleurs ici d'où ma question:.

    -N'y aurait-il pas eu des fuites concernant nos préparatifs. 

    -Vous rigolez Monseigneur nous sommes des professionnels! Dit-il en balançant une grenade chinoise qui explose en délivrant beaucoup de fumée, nous suffoquons tous un bon moment:

    -Vous vous êtes fait refilé un lôt de fumigênes mon cher baron.

    -Salauds de gniaks!

    -Vous les avez achetées où?

    -Dans un magasin Bomborama de Beyrouth je vais me les faire rembourser, c'est remboursé ou satisfait sur leur pub. S'exalte-t-il en me montrant un dépliant publicitaire en anglais, en arabe et en couleurs

    -Votre avis mon cher baron consens-je ou ne consens-je point? D'autant que le Brumenland ça n'a quand même rien de très attrayant.

    -Ah je ne crois pas, c'est très agréable au contraire, c'est comme le Thöf... avec les brumes en plus.

    Je regarde autour de moi la plaine rase, boueuse et emmoustiquées car nous sômmes en été, ce n'est guère un encouragement à accepter dolemment mon exil.

    -Voyez moi à votre place Monseigneur j'accepterais mais à vos conditions et surtout je demanderais que sa Majesté vous accorde le tître de Vice-Roi du Brumnland, cela ... comment dire? Oui cela habituerait les gens si vous voyez ce que je veux dire....

    Ce garçon est un fin politique sous ses emportements de brûte expéditive.

    Je me rapatrie donc à Upschloüt et dicte mes conditions, il faut croire que l'on a tant envie de se débarasser de moi car elles sont toutes acceptées, quand même j'ai quelque regrets de découvrir que ma Poupetkë se sépare de moi sans réticence ni regrets, car enfin même si le Brumnland est desservi par l'avion, c'est un éloignement quand même, c'est le cher John Branke, rentré lui aussi dans la capitale qui me livre les raisons de ma disgrâce: les américains ont communiqué au Palais des photos infrarouges de notre expédition punitive contre le relais de télévision du Mont Pipard, de vraies pipelettes ces gens-là, mentalité de bonnîches ils surveillent la planéte entière, on ne peut même plus pisser contre un mur sans être géolocalisé, photographié et dénoncé sinon emprisonné. De plus c'est ce cher Petcho Larigaïe qui m'en informe, la Reine aurait appris le mariage catholique de notre douce Klopilde et s'en serait formalisé, c'est d'autant plus ridicule que l'on n'a jamais trop de bénédictions formées sur le bonheur d'un couple, enfin je pars en exil vice-roi d'un pays brumeux et en espérant en revenir un peu mieux que cela mais chuuut!

    (à suivre...)
    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It





    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires