• Dimanche en famille chez L'Enfumé. par G.M.Néoletto.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>

    C'était un dimanche, Pervenche ma compagne n'avait pas envie de faire la cuisine: décongeler un gigot, des flageolets, une tarte aux pommes, un Pommard et deux espressos était au dessus de ses forces alors je lui ai proposé d'aller déjeuner au bistrôt en bas de chez nous : chez l'Enfumé.

    C'est un établissement modeste tenu par deux frères corses Ange et Toussaint Dupontcelli, il fait aussi bar-tabac-PMU, jusqu'à présent nous évitions plutôt de nous y rendre, il méritait bien son nom et il était constamment enfumé mais aujourd'hui grâce au progrès des esprits c'est différent et une famille comme la nôtre peut maintenant se rendre dans de tels établissements sans crainte de l'être : « enfumée ».

    C'est d'autant plus important cette histoire de tabagisme passif (157896 morts les années non venteuses selon les derniers chiffres publiés par L'INFEE : Institut National de Falsification d'Etudes Economiques) que depuis six mois nous accueillons chez nous les sœurs Stopanoviç, Ebriéta et Ethilica, les mères porteuse de nos  futurs enfants ( un garçon, une fille !) ce sont des filles charmantes, des prukhménes très saines, qui contre le versement de 15000 teuros (elles nous ont consenti un prix de gros) et quelques défraiements ont bien voulu nous rendre ce service, Pervenche avec son travail au journal ne pouvant pas supporter nerveusement et physiquement en ce moment une grossesse, certes après il faudra les élever, mais si Pervenche ne s'en sent pas tout de suite la force, nous aurons toujours la possibilité de les congeler, il faudra que je pense à ranger le congélateur d'ailleurs.

    Nous descendons donc tous les quatre et nous nous attablons dans la salle du fond. L'endroit est assez peu fréquenté, quelques turfistes attardés au comptoir, la cigarette non allumée au bec, qu'ils noient dans l'apéritif à chaque gorgée. C'est un spectacle assez désolant.

    L'un des frères vient prendre notre commande sans trop d'amabilité:

    -Aujourd'hui c'est gigot-flageolets-tarte aux pommes avec un demi pommard ?

    -Euh très bien... et vous ajouterez deux expressos !

    -Je prendrre un aussi ! Insiste l'une des sœurs Stopanoviç. Je ne saurais dire laquelle, elles se ressemblent tellement.

    -Non, non pas de café après le septième mois de grossesse. Rectifie Pervenche en mettant sur la table le contrat de bail de mère porteuse.

    L'autre sœur Stopanoviç se lève, un peu en colère

    -Pisser je pouvoir oui ?

    Elle part aux toilettes pendant que je contemple la salle, elle s'est soudain remplie pour le déjeuner: des hommes en costard sport, élégance tweedée à l'italienne avec Rolex et grosses gourmettes en or et des femmes en vison et perles.

    Une presse étonnante pour un bistrôt de quartier.

    Ange Dupontcelli s'empresse à la table à côté de la nôtre, il  baise la main d'un homme d'une cinquantaine d'années en s'inclinant comme devant un évêque.

    -Don Vito Mayonnésé c'est un grand honneur qu'est-ce que je vous sers ? Je vous mets un chevreau à la broche...

    -Ne te dérange pas Ange, donne-nous le plat du jour, j'attends des amis.

     Le plat du jour il nous arrive justement :

    -Pour que ce soit plus commode, j'ai tout mis dans la même assiette. Nous explique le frère de l'Ange en alignant devant nous des assiettes débordantes où une tarte aux pommes encore gelée cousine avec un gigot flageolet qui perd les eaux.

    -J'ai plus faim avoir !

    Pervenche se permet un nouveau rappel au règlement :

    -... art 24b de la convention : vous devez vous nourrir correctement !

    -Oui mais ça pas korrek nourriture !

    -Mais cela m'a l'air délicieux au contraire! Dis-je pour calmer les esprits en commandant un autre demi pommard, Pervenche très remontée vient de siffler le premier.

    A côté de nous Don Vito Mayonnésé a renoncé prudemment au plat du jour et tourne son café avec sa cuiller en regardant la porte fixement.

    -Jé pas sentir bien moi ! S'exclame soudain la seconde Stopanoviç en repartant vers les lavatories.

    -Jé aider elle pour  sé sentir mieux ! Nous crie l'autre sœur Stopanoviç en rejoignant sa sœur.

    -Elles commencent à m'emmerder les prukhménes ! Lâche Pervenche en se resservant en Pommard,.

    Quand même notre dimanche en famille est mal parti pensai-je tout en commandant cette fois une caisse de Pommard, c'est vrai quoi. je l'ai même pas encore goûté.

    -Je vais aller voir ce qu'elles font ces deux folles ! Décrète Pervenche en titubant vers les toilettes son contrat de location de ventre à la main.

    C'est alors que la porte de L'Enfumé s'ouvre en grand et trois types entrent fusil d'assaut à la hanche :

    -PamPamPaooooum !

    Cela se met à tirer de tous les côtés, enfin plutôt du côté de chez moi, mais ce n'est pas moi que l'on vise mais Don Vito Mayonnésé qui se planque derrière sa blonde envisonnée en balançant de temps en temps un coup de Colt 45 à destination de ses agresseurs de plus en plus agressifs.

    Les frères Dupontcelli ont sorti les fusils de chasse et les vitrines explosent.

    -Merde je m'ai tâché ! M'exclamé-je à mon tour en voyant une grosse tâche de Pommard sur ma chemisette... mais c'est pas du Pommard c'est du sang.

    Je m'évanouis à peu prés, cela ne sent pas bon, je crois bien que je m'ai fait dessus, j'aperçois Pervenche qui revient dans la salle de l'Enfumé, elle est très colère et à peu prés saoule, elle m'aperçoit et se met à gueuler :

    -Ces deux petites salopes ont accouchés dans les chiottes et elles se sont taillées avec nos mômes !

    -Vous parlez d'un dimanche en famille ! Murmurai-je avant de m'évanouir tout à fait.

    <o:p> </o:p>

    Je me réveille dans la soirée couché, bandé, perfusé dans un lit d'hôpital, un type rigolard attend que je me réveille :

    -HouHou... vous pouvez causer ? Coucou c'est la police !

    -Jé avoir rien fait... jé être innocent tout à fait... Merdouillai-je.

    Voilà que je me mets à causer Prukhméne, sans doute le choc

    -Mais on sait bien mon gars mais expliquez-moi ce qui vous a pris d'aller bouffer en grande banlieue un dimanche dans un bar à proxos et interdits de séjour où même la dame pipi émarge au fichier du grand banditisme! Enfin vous un père de famille ?

    -Même pas...

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  • 29.
    Election
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Merry insista pour que nous ayons un mariage religieux en sus de notre union civile qui me semblait bien suffisante:
    -Et pourquoi pas un vin d'honneur tant qu'on y est ! Tes singeries municipales je m'en fiche bien mais je ne monterai pas sur un bateau qui n'a pas été béni par monsieur le curé.
    Il demeurait chez elle je ne sais quel fond de superstition chalutière.
    <o:p> </o:p>Ce fut donc, et sur la proposition de Bédoncle, cet étrange et imposant bonhomme aux cheveux en brosse, son oncle des Espiasses que tous appelaient Patrate qui nous unit à Sainte Trahoudulde.
    Fort peu concerné par la cérémonie désuète et pour tout dire hors de propos, qui tentait d'imiter nos si belles traditions républicaines mais il y manquait quelque chose, je ne sais pas, une présence, peut-être celle du pompier de service, pour être tout à fait vérifiable, j'en profitais pour prendre les dimensions de l'édifice et imaginer le parti qu'en pourrait tirer un créateur contemporain tel Jean-Marcel Vilchiotte, vrai nous pouvions avoir là l'une des plus modernes vélothéques d'Europe accompli dans une geste architecturale d'importance...
    -... oh hé garçon...je te cause : tu veux ou tu veux pas prendre pour épouse la belle Merry ? M'houspilla l'oncle des Espiasses en me réveillant de ma rêverie d'une robuste bourrade qui m'envoya rebondir contre un pilier.
    -Euh... oui monsieur.Répondis-je en me massant l'épaule.
    Je ne savais pas que dans l'église catholique qui est en France, depuis quelque temps déjà, m'a t-on dit, les barmen avaient vocation à bénir les unions.
    <o:p> </o:p>Au matin bien entendu nous étions passés devant monsieur le maire ou plutôt car ne pouvant pas me marier moi-mâme, cela serait allé contre une certaine tradition républicaine, après avoir présidé à l'union fort émouvante du fils Chotard avec son berger belge Rinquinquin avec lequelle il vivait maritalement depuis quinze ans, je cédais mon écharpe à gland à mon premier adjoint qui s'en acquit fort bien sous les aboiements de la belle famille du fils Chotard venue tout exprès de Bruxelles. 
    Heureux présage, que notre nuit de noces passé comme en pèlerinage à l'Hôtel de la Chaudasse ne démentit pas, hors cette manie qu'avait Merry de me compter tous les suppléments, il est vrai que j'en étais friand, et de vider le mini-bar.
     
    *
    <o:p> </o:p>La pluie avait repris sur La Conche, comme souvent, mais cette pluie-là tombait telle une bénédiction pour la destinée qu'il me restait à courir, je commençais d'aimer le terrain lourd.
    Chéchignac lui s'occupait les mains, il avait fomenté grève sur grève au La Conche's Taartagle Resort and Entertainment, la derniére revendication portant sur le trop grand nombre de numéros à la roulette et les conditions de travail déplorables des croupiers qui en découlaient, monsieur le consul général organisait en sous-main le désordre local et... international.
    Il avait même mis sur pieds un comité d'intellectuels qu'il avait logé tous frais payés pendant un mois aux grand Hôtel des Belges de La Ponche avant d'en envoyer un régiment monté à La Bravade.
    Conscrits de la raison impure qui depuis les plages Bravadiennes climatisées (au Prukhménistan, les champs de betteraves étaient chauffés même en été malgré tout la destination était moins courue) et en toute indépendance d'esprit pondaient pétitions et appels au génocide propret, dénonçant le racisme viscéral, héréditaire, de ces salauds de Prukhmen et dont la conclusion humanisse et toute empreinte de l'esprit des lumières était : « ...on n'y peut rien y  sont pas comme nous ! ‘y comprennent que la trique ces animaux-là ! ‘faut les bomber sévères ! »
    Il lança même un grand mouvement nationale avec l'aide d'Edgar Letrouble, épicemard compulsif et désintéressé, qui sommait les ci-devants tévo-consommateurs de venir apporter des rouleaux de papier toilette et des préservatifs de préférence non usagés ainsi que des boîtes de sardines (avec le double des clefs dans la boîte à gants) pour les réfugiés bravadiens qui manquaient de tout (et d'abord de libertés) et les tévéspetateurs avaient réagi magnifiquement en apportant dans les centres Letrouble des rouleaux de papier toilettes et des préservatifs de préférence usagés ainsi que des boîtes de sardines dont ils avaient paumés les clefs.  
    <o:p> </o:p>   Car le conflit Bravado-Prukhmen faisait la une des journaux parlés. La haine et le ressentiment montaient dans les deux camps, à Prukhmout-city l'antique capitale Prukhmen dont le métro avait été inauguré dix neuf siècles avant tous les autres l'on brûlait des cigares bravadiens et à La Bravade de la betterave à nœuds prukhmen.
    L'intercession de Monaco en faveur de son ancienne colonie, qui lui proposa un leasing sur une flotte de pédalos de combat furtifs, n'arrangea pas les choses.
    La Russie se rangea du côté de son voisin et vassal en proposant au gouvernement prukhmen douze ogives thermonucléaires pour le prix de onze port compris et payable en trois fois sans frais avec la carte boum-boum.
    En réaction les Etats-Unis apportèrent leur soutien à leurs voisins bravadiens et levèrent  discrètement l'embargo qu'ils leur imposaient depuis trente-cinq ans.
    In fine les Nationzunies intervinrent et pour mettre tout le monde d'accord décidèrent de bombarder avec une parfaite équanimité les deux parties mais ils se trompèrent largement et bombardèrent, dans l'ordre :
    La Barbade, le Turkménistan ornemental, le Baloutchistan occiputal, lesgrandsmagasinsduprintan et Prunel Tristan habitant du Val de Marne, secrétaire perpétuel de l'Union Bouliste locale.
    Protestations de tout le monde et remerciements de la veuve Prunel qui envoya une grosse boîte de chocolats au secrétaire général de l'organisation lequel convoqua, derechef,  une conférence internationale dans un pays froid et neutre et surtout pas membre des Nationszunis.
    <o:p> </o:p>   Le colonel Doubinskoï qui était retenu en otage à La Bravade fut enfin libéré et put prendre le bateau du retour, à son arrivée à La Conche, bon joueur, il félicita chaudement ce cher walter toujours farceur qui lui remit un cadeau pour se faire pardonner sans doute.
    -Troudli ! Troudla ! Troudlo ! Papa a pas coulo ! ‘tain le couteau suisse il est chouetto !
    <o:p> </o:p>   Pour ma part, témoin privilégié de cette affrontement artificiel qui avait menacé la paix du monde, je ne pus retenir plus longtemps mon indignation et livré le fonds de ma pensée à Walter Chéchignac.
    -C'était bien là tout ce que vous vouliez pour ce foutu casino et arranger vos petites affaires personnelles  vous étiez prêt espèce de salopard à créer un conflit thermo-nucléaire !
    -Je n'ai eu mon cher depuis le début de toute cette malheureuse histoire qu'un but: restaurer les intérêts du pays que j'ai l'honneur et la charge de représenter, il me fallait lever l'embargo, c'était la mission que m'avait secrètement et personnellement confié Adamsen Pinocevic notre Maréchal-président urinoir à vie, nous l'avons fait, pour le reste mes intérêts personnels comptent peu ... mais ils comptent.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Il avait réussi au delà de ses espérances, le département d'état américain ayant ouvert une enquête sur les actionnaires de Taartagle Corp., les autorités boursières américaines, la même chose mais en double exemplaire, pas mieux avait dit le département du Trésor . 
    Tant et si bien que les méchants réactionnaires belges avaient jugé préférable de débarquer mon père le visionnaire, avec toutes les indemnités et les excuses d'usage en le remerciant d'avoir en moins de dix mois réussi à mettre sur la jante une compagnie trois fois séculaires. Les sœurs Van Der Konf repassèrent avec soulagement leur habits de chauffe.
    <o:p> </o:p>   Avec ses indemnités plantureuses et défiscalisées le Président Régis Cardemeule, papa pour le non-intime que j'étais, se lança dans l'industrie de la variété, il avait toujours rêvé de faire starlette et même à ses débuts au conseil d'état il avait monté avec quelques collègues maîtres des requêtes un groupe de rock : « Zi indoumptabeuleuss ».
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Walter Chéchignac put donc mettre la main sur le casino de La Conche, que j'inaugurais une deuxième fois mais cette fois au premier rang et en tenant les ciseaux sacrificateurs en ma qualité de maire de La Conche.
    Chéchignac avait bien fait les choses, il y eut Yvette Horner, Mireille Mathieu, les petits chanteurs à la croix de bois, et un bal musette monstre avec des accordéonisses, plein de types bourrés et des filles en jupes, en seins et en fesses et un feu d'artifice qui mit le feu à la caserne des pompiers, en bouquet final on a rossé les gendarmes quand ils ont débarqué et on a tous fini noirs comme des loirs et sacrément d'humeur au 10/18.
    <o:p> </o:p>-Ce pourrait être un bel établissement ! ‘ça ce qui manque une taule de classe dans ce bled  tu trouves pas Walter ? Constata la jeune mariée, ma douce Merry avec des intonations que je ne lui connaissais pas et en reprenant une quatrième fine à l'eau sans eau.
    Cela tombait bien Tintin voulait céder le fond et ses dames songeaient à prendre leur retraite proportionnelle.
    L'affaire fut vite conclue, malgré mes réticences, je m'imaginais mal en taulier d'établissement échangiste, tranchons le mot : de boîtes à partouzes, dans la ville mâme dont j'étais l'édile.
    -On mettra l'affaire au nom de la marquise.
    -La marquise ? Quelle marquise ?
    -La Marquise de La Gaspérine.
    -Qu'est-ce que vous racontez là ?
    -Oh c'est vrai j'tai pas dit mon bouchonnet... le cadeau de mariage de Walter... il m'a offert un titre de marquise tout ce qu'il y a d'officiel, avec le diplôme et comment la marque de fabrique, l'écusson tu vois...
    -Les armoiries !
    -C'est ça. Oh mais il ne t'a pas oublié, toi il il t'a fait camérier secret du Pape.
    -Le Pape ? Mais quel Pape ?
    Qu'est-ce que c'était encore ces histoires, je n'avais pas épousé une marquise mais une put... enfin une femme moderne et convenablement libérée, je ne lui avais rien demandé à cet imbécile de Chéchignac.
    -Je suppose qu'il faut que je vous remercie ? Et peut-être mâme vous dois-je quelque chose ?
    -Bah je mets ça sur votre ardoise avec le reste, vous me réglerez tout en même temps.
    En prononçant ces mots il avait l'un de ces sourires clinquants et affûtés qu'il n'exhibait qu'en de certaines et cruelles occasions et qui m'impressionna, malgré tout je balbutiais :
    -Mon... mon ardoise ?
    -Sur votre compte si vous préférez, le compte de notre amitié,  je vous aime bien moi mon petit vieux. Allez je vais me coucher, demain j'ai deuil.
    Il s'alluma l'un de ses énormes cigares bravadiens torsadés, noirauds et puants le suint et l'étable, respira le petit matin sur le seuil, rangea ses lunettes noires dans la pochette de son veston, et d'un geste de fonctionnaire du répertoire de boulevard s'arracha sa moustache, qui n'était donc qu'un postiche et s'en fut à son pas, solitaire et sonneur.
    <o:p> </o:p>   J'interrogeais ma jeune épousée qui dessinait du bout des doigts dans le sucre ses armes de marquise rêveuse et encore naïve.
    -Vous... vous avez vu sa moustache... pffuuuit ! Mais enfin j'y croyais depuis le début moi à sa moustache ! En voilà des manières ! Et son deuil qu'est-ce que c'est que ça son deuil ?
    -A ce moment de l'année Walter quitte toujours La Conche, c'est en Octobre que son père est mort, alors il se décrète quarante-cinq jours de deuil et s'en va dans La Creuse, il a une boulangerie-buvette-bureau de tabac qu'il a mise en gérance la-bas dans un coin paumé, il y fait les tournées et il aide au fournil, il fait d'ailleurs un très bon pain, tu sais. Je crois que c'est par là qu'il a débuté...
    -Par les tournées ?
    -Non par le bon pain.  
    Après tout cet homme-là était peut-être bien mon ami, le seul que j'aurais jamais, quel dommage que je n'y comprenne rien, à lui autant qu'à notre amitié. (à suivre...)
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  • 28.
    Nomination.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Mais pour l'heure l'important n'était point la situation internationale mais bien les combinaisons locales, je n'aurais su dire comment mais Chéchignac me communiqua les résultats juste avant l'ouverture des bureaux de vote :
    -Vous passez dés les premier tour, cela m'a coûté assez cher mais je me suis dit que cela vous ferait plaisir.
    Bien entendu je n'en croyais rien, cru à une saillie et passais une très mauvaise journée dans l'attente et l'angoisse des résultats certifiés, je retrouvais l'anxiété et la constipation fidèle compagne des grands jours des concours.
    Force me fut de reconnaître que les chiffres définitifs ne différaient pas des siens et que la municipalité m'était adjugée à 62,56 % plus les frais soit à peu prés la côte Boitel.
    Pendant l'interviouve que je donnais au Conchois Libéré je me libérais avec tant de bruits sonores que le journaliste dut regretter de ne point travailler à la radio.
    -Excusez-moi... l'émotion.
    -La preuve que vous êtes en train de devenir un vrai conchois. Et puis j'ai l'habitude les soirs d'élection Letroncheur reçoit les journalistes assis sur la lunette. Vraiment une très belle élection.
    -J'espère que votre article sera bon ?
    -Oh mais c'est juste pour les archives, il ne paraîtra pas, ordre de Paris.
    Ce fut l'avis unanime, le silence.
    Je regrettais seulement que monsieur mon père n'eut point jugé bon de prolonger son séjour conchoponchain d'un jour afin de voir triompher son fils unique.
    Très sportivement le candidat de Paris reconnut là sa défaite et s'inclina devant le choix des... des conchieurs et conchieuses (il n'avait pas pris le temps de se mettre au courant des usages toponymiques et appellations d'origine contrôlé) avant que de sauter dans le premier train blindé en partance pour Paris en compagnie du sous-préfet qui préférait faire son rapport de vive voix à ses supérieurs.
    J'aurais aimé voir leurs têtes d'ailleurs en ce moment aux sus-dits supérieurs.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Je passais la semaine qui suivit mon élection comme sur un nuage, en une manière de voyages de noces électoral et sentimental quoique sédentaire dans la compagnie de mes nouveaux administrés, je les aimais déjà et leur trouvais des qualités que je ne leur soupçonnais pas mâme la veille au soir, et surtout j'étais auprès de la belle Merry qui nous avait rejointe, à la demande de Walter, j'avais deviné qu'il entretenait avec elle des rapports plus amicaux  et tendres que passionnels et que notre liaison non seulement ne lui portait point ombrage mais qu'il l'avait même encouragée dés le début, s'il ne l'avait pas provoquée.
    D'apprendre cela, aurait pu m'éloigner de cette femme souvent incompréhensible mais dés notre première nuit je compris que mes sentiments à son endroit étaient intacts, ma concupiscence à son envers toujours aiguisée et l'amble de notre désir tacitement reconduite.
    <o:p> </o:p>Au début d'Octobre je demandais donc à Walter à quel guichet m'adresser pour demander sa main, avait-elle de la famille ?
    -En France non personne de joignable dans l'immédiat, même avec les remises de peine, mais plus loin oui c'est possible... en Amérique latine il me semble... Alors vous voulez l'épouser pour de bon ?
    -Pour de bon ? Bien entendu qu'est-ce que vous imaginez ? Vous y voyez quelque inconvénient ?
    -Au contraire c'est ce qu'il peut vous arriver de mieux une fille comme ça, elle a les pieds sur terre la belle Merry et vous enlèvera peut-être des abstrusions de votre logique absurde de directeur comptable de stalag.
    -Je ne vois pas à quoi vous faites allusion dis-je en recomptant  les fenêtres par où risquait de se clore notre conversation car depuis quelque temps Walter cultivait la manie, au demeurant assez malsaine, de vouloir et quelques fois mâme de tenter de me passer par la fenêtre, sans se soucier de l'étage où nous nous trouvions.
    Il est vrai que nous nous opposions sur quantité de sujets et mâme sur une certaine vision de l'humain, mais malgré quoi  cela me semblait de sa part l'aveu d'une réelle faiblesse dialectique que de n'envisager pour terme de nos contradictions et controverses que ma preste défenestration.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Pour le reste j'effectuais une rentrée fort satisfaisante et même je me découvrais lors des séances du conseil municipal une autorité que je ne me soupçonnais pas
    Mes seuls soucis venant de ma majorité et d'abord de mon premier adjoint. Il faut dire que le poste était occupé par ce Jean-Tonio Pericolosi, proxénète aussi corse que notoire que Chéchignac m'avait collé quand il s'était agi de former ma liste, bien entendu j'avais été aise de le trouver alors mais  lors des séances du conseil municipaux et prés des survivants de la municipalité Lucien boitel que j'avais peu à peu incorporés à mon équipe, il faisait tâche, d'abord il était honnête le  Pericolosi, j'entends bien : à sa façon, mais enfin de fait il ne touchait sur rien et cela gênait tout le monde, et puis il était fort économe et alors que n'importe quel élu y compris de l'opposition vous votait sans regimber et avec tous les suppléments, les investissements importants nécessaires à l'érection du parc d'éoliennes souterraines (P.E.O.S) ou du métro aérien conurbain (M.A.C), lui refaisait laborieusement les additions quand il ne s'opposait pas tout à fait :
    -C'est de la folie pure !
    Car j'avais décidé qu'il y aurait un métro aérien à La Conche, après tout à La Ponche ils avaient bien un tramway, et puis ce n'est pas aussi cher qu'on le pense un métro aérien, il était d'ailleurs prévu de le rembourser en moins de six siècles grâce à une surtaxe payée sur la  redevance additionnelle à la  majoration annuelle de la contribution exceptionnelle des impôts locaux, sans compter que cela dynamiserait le tissu urbain et c'était bien là tout ce que je voulais, en quelque façon ma mission en ce pays obscurantiste encore trop bridé par des traditions d'un autre âge, le dynamiser, le confronter à la modernitude soit pour le principal à l'irruption du vélocipède dans nos pratiques réitératives urbaines.
    Quand je m'en étais entretenu avec ce cher Walter j'avais lu dans ses yeux une certaine incompréhension et puis très vite autre chose comme de la colère, aussi n'avais-je point insisté, les explications viendraient après, pour le moment j'avançais, et  proposais, à l'initiative de l'évêque (de rite catholique il me semble) de La Conche, un sexagénaire très ouvert, un certain Jean-Pierre Edébrouettes qui voulait qu'on l'appelle Jean-Claude et que personne n'appelait plus, de transformer la cathédrale de la ci-devante Trahoudulde en un fort utile et même nécessaire garage à vélos qui s'insérerait idéalement dans le visionnaire Plan Unifié de Développement Urbain Concerté (PUDUC) que je préparais dans une solitude laborieuse et après m'être longuement et démocratiquement concerté avec diverses associations de grands mutilés de l'âme (GMA) et moi-mâme .
    Car, je puis en témoigner, la démarche de ... de Machin, l'évêque supposément catholique était authentiquement moderne :
    -C'est des superstitions d'un autre âge comme leurs saloperies de calvaire je comprends pas que l'état fasse rien contre ça quand on pense au nombre d'accidents que ça cause encore chaque année, et encore il y a peu notre regretté frère Lucien Boitel, surtout que pour se situer correctement maintenant, j'entends moral... éthiquement, on a le G.P.S. et le J.T c'est bien simple on peut plus se perdre ou alors il faut vraiment y mett'du sien, croyez pas.
    De fait Jean-Truc outre une solide et originale personnalité humaniste à base de tolérance sectaire et d'imbécillité allégée en matière grasses parlait souvent utilement, sa proposition de raser tous ces édicules inutiles était de bon sens et j'en aurais volontiers fait la promotion auprès de la Répression Routière ou de tout autre organisme gouvernemental via le Cercons si j'en avais encore eu la possibilité, hélas je n'avais plus aucune influence parisienne, j'avais la nostalgie de cette époque où je n'étais point un proscrit et goûtait le bonheur simple d'être dans la moyenne du théorème de Manganec, base de notre république sociale selon lui: la somme des possibles par la moyenne plafonnée des ressentis. 
    -Bon ouais je vous disais pour le « hangar » Je vais demander à l'état de le désaffecter 'en ai plus le besoin alors si vous en avez l'usage ?... Ouais pour ce que ça sert, c'est tellement grand, on le remplit trois fois l'an, et puis vrai je me sens pas chez moi là-dedans, c'est inchauffable, le soir quand c'est tout à fait vide et que je baisse le rideau, je suis pas rassuré, j'ai toujours peur de faire une mauvaise rencontre derrière un pilier !
    Oui je disais don' que lorsque je m'étais ouvert de ce projet à Walter Chéchignac, sa réaction fut des plus... réactives: il avait tenté de m'étrangler proprement et c'était grâce à toute l'énergie du capitaine Kelbonbec et de son équipage qui s'était fort utilement interposé que je n'avais pas suffoqué, depuis passée une aphonie de quelques jours, une certaine froideur s'était installée entre nous.
    E puis cette manie qu'il avait de me défenestrer pour un oui ou un non m'inclinait à éviter sa compagnie.
    Il est notable qu'à la suite ma trottinette électrique de fonction connut quelques avaries et sabotages divers mais bien entendu je n'accuse personne.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Un autre incident eut lieu en séance au moment du vote des subventions pour les associations culturelles. J'étais bien décidé à mettre en œuvre une politique culturelle d'importance à La Conche et d'encourager toutes les formes de création contemporaine et de métissage intellectuel malgré une sensible disette financière que certains, mal intentionnés ou peu informés, qualifiaient un peu vite de banqueroute, aussi proposais-je de revendre le cimetière municipale au complet à une usine d'engrais bio et avec l'argent recueilli de  doubler les subventions allouées aux différentes associations.
    Ce me semblait une mesure hardie mais nécessaire et privilégiant l'avenir plutôt qu'une nostalgie et des pratiques d'un passéisme pour tout dire assez incompréhensible.
     
    Malgré cet effort louable, j'eus la surprise de voir débarquer en plein conseil municipal le collectif des animateurs socio-culturels emmené par Prxo Tartoukich le directeur-fondateur du Théâtre du 13 Septembre (c'était son anniversaire) et sa compagne Josiane Poupinot qui dirigeait l'ensemble Josiane Poupinot de transe contemporaine.
    Deux figures emblématiques de la vie culturelle à La Ponche et j'ajoute tout à fait sympathiques.
    Tartoukich était l'un de ces garçons attachants comme il y en a tant dans ce milieu, en catogan et jean rebelles malgré ses bientôt soixante ans et son statut de fonctionnaire culturel, directeur de centre traumatique national il n'avait point abdiqué son idéal de jeunesse: diriger un théâtre authentiquement subventionné en bas de chez lui. Je l'admirais pour cela aussi.
    Quant à la chère Josiane, sexagénaire péremptée, elle n'avait point encore tout à fait raccroché les chaussons et chacune de ses créations dont les dernières en date : « Varices II » et « Phlébite IV » lui valaient des critiques élogieuses et des hospitalisations prolongées.   
    Afin d'appuyer leurs revendications légitimes ils avaient organisé une sorte de happeningue, manifestation pleine d'imagination et de couleurs, vrai l'on aurait dit une... un...
    -Un spectacle de fin d'année d'une école maternelle de république démocratique de province. Constata cet imbécile de Kelbonbec, qui ne comprenait décidément rien à la transe contemporaine.
    A la fin de la prise d'otages... je veux dire de l'impromptu scénographié et alors que la chère Josiane Poupineau très en forme se proposait de « me passer par le trou des chiottes » si je ne faisais point droit à leurs exigences, je pris la parole et avec quelque énergie je me ralliais à leur point de vue, annonçais un doublement du doublement des subventions et proposais d'organiser ensemble une « grande manifestation contre » sur le Boulevard des Belges.
    Mais la chère Josiane me gardait quelques rancune et après avoir annoncé qu'avec la nouvelle subvention elle allait faire un spectak contre la montée du fassisme à La Conche en une relecture de l'opéra de quat'sous qui passerait pour l'occasion à quat'euros, elle rappela son compagnon qui sirotait un baby devant la table où était dressée la collation d'après conseil.
    -Allez aménes toi grand con t'as assez picolé comme ça.
    Le calme était revenu et en même temps, je l'espérais, une renouvelée connivence avec les milieux intellectuels de La Conche.
    -Mais c'est vous le fassiste en question, il me semble ? Irrupta dans la sérénité retrouvée mon premier adjoint indigné que l'on put s'en prendre ainsi en séance à un élu en chef.
    -Moi ? Ah bon, vous croyez... oooh !
    Je rougissais, sincèrement, mais je me reprenais aussi vite.
    -Il y a un malentendu entre nous et je le regrette car j'ai de l'estime pour ces gens et tout ce qu'ils représentent de valeurs humanistes, tolérantes et progressistes, mais malgré tout le combat contre l'estrémisme et l'intolérance est un combat tellement nécessaire que je propose au conseil de re-re-doubler la subvention que je-nous...
    Je-nous n'alla pas plus loin car, Walter n'assistant pas à la séance, le Capitaine Kelbonbec, mon adjoint aux sports, tenta alors de me passer par la fenêtre close, c'était à croire qu'il y avait quelque permanence ou tour de rôle d'organisée entre eux, mais Mademoiselle de Plombelec qui servait de secrétaire de mairie, rappela tout le monde à l'ordre.
    -Assoyez-vous tous et plus un bruit ou vous restez en retenue pendant la récréation !
    Pour quoi je l'avais maintenue à son poste, elle avait une autorité étonnante sur les populations défenestratogénes du coin.
    Quand même je risquais de devenir l'élu le plus défenestré de France si les choses continuaient ainsi. (à suivre...)
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