•    Au milieu de toute cette agitation, je remarquai dans la foule inaugurale, un quadragénaire joufflu, enneigé sur le sommet mais encore roux par endroit, quand il prit mon papa par l'épaule et lui dit sur un ton tutoyeur que mon papa d'habitude n'appréciait pas trop d'ordinaire venant d'un subalterne.
    -Bon Régis tu nous vires tes pédés maintenant et on va faire la comptée au sec !
    Il causait rudement bien français l'américain !
    -Normal c'est un parisien pur sucre : Jackie Rouquette dit la Mouillette ! Me renseigna la Excellencia.
    -Vous... vous le connaissez ?
    -Peut-être, il me semble, il y a longtemps, un camarade de jeunesse, nous avons fait les quatre cents coups ensemble...
    -Et quelques agences bancaires... Précisa le chef ‘von le Gueuzec  attendri et railleur
    -Allons chef si vous commencez à donner dans toutes les mythologies et épopées de comptoir... oh la Mouillette !
    Le rayé se retourna et sortit de dessous son costume rayé un objet métallique qui pouvait aussi bien être un pistolet automatique Beretta 95 S calibre 9mm para qu'un étui à cigares 15 coups :
    -Quoi ? Qu'est-ce que... Oh putain... putain la Gaufrette ! La Gaufrette ! Ah ça si je m'attendais ! Mais qu'est-ce tu fous là toi !
    -Ben tu vois comme toi j'inaugure !
    C'était l'évidence La Mouillette et La Gaufrette cela avait dû être un numéro connue à l'époque de leur jeunesse.
    A voir le bonheur qu'ils avaient à se retrouver dans leur âge  presque mûr.
    Le rayé rangea l'objet métallique dans son étui ad-hoc.
    -On m'a dit que tu avais quitté pour l'Argentine après... ton histoire cannoise...
    -Ouais... ouais j'ai vu du pays...
    Ils parlaient à demi-mots mais la fréquentation de Chéchignac m'avait enseigné sinon le Merlotin ou le Gallosylvien au moins à entendre le « Demimot » presque aussi bien qu'une langue natale, et je compris vite qu'il était question d'une héritière de casino séduite et abandonnée quinze années auparavant par le sus nommé Jacky dit la Mouillette en baie de Cannes avec des semelles en béton compensé aux pieds, sans doute la mode de l'époque.
    -... ‘pas comment elle a pu remonter... j'aurais dû forcer sur la granulométrie... murmura-t-il avec comme un regret de compagnon du devoir dans la voix.
    -Bah y faut plus y penser, le métier qui rentrait. Et alors toujours dans les casinos ?
    -L'entertainement y z'appellent ça, ah y savent utiliser les compétences, ‘pas à me plaindre.
    -Et au juste tu bosses pour qui, la calabro-new-yorkaise ?
    -Penses-tu l'albano-prukhmen, on a fait une jouinte-ventchure le produit qui monte, on arrête pas de prendre des parts de marché à ces enculés de ritals et à ces pédés de cubains, si je te sortais les chiffres du mois dernier, rien qu'avec les produits dérivés... enfin... et toi t'es toujours dans...
    -Non, non je n'y suis plus... s'empressa son excellence... mais alors plus du tout, import-export c'est ma seule devise maintenant.
    -Intéressant on pourrait monter un turb' ensemble si t'as un peu de surface je te présenterais à mes boss, c'est des jeunes, des types ouverts, entreprenants et qui en veulent, tu savais toi que les prukhmen avaient inventé le moulin à légumes deux milles ans avant le reste du monde ?
    -Ah ben non ça !
    -Vrai je te dis, des mecs étonnants, y a que question mentalité c'est des fois limite mauvais goût, ah y pleurent pas la roquette mais enfin ça évite de s'encroûter s'pas... bon dis on se voit tout à l'heure.
    -Ce soir si tu veux quand tu auras couché les petits.      
    -Charges pas ils sont polyglottes ces cons-là !
    -‘paraît-y même qu'y'z'auraient inventé la méthode assimil cinq mille ans avant que ça paraisse en kiosque, allez à ce soir ... La Mouillette.
    -Adieu ma Gaufrette, ‘ce soir.
    Le rayé regagna les premiers rangs avec les autres rayés.
    -Décidément mon cher Walter vos relations sont d'un pittoresque ! Remarquai-je avec quelque causticité.
    -Bah pour ce qui me concerne c'est du passé mais pour monsieur votre père elles sont hélas bien présentes et même un peu trop à mon goût.
    Il avait raison, je n'y avais point réfléchi, comment Diable Père pouvait-il frayer avec de tels gens.
    -Vous jugez qu'il se compromet trop avant avec eux ?
    -Je pense qu'il est préférable de ne pas être la mule de ces gens-là. Vous savez ma petite querelle parisienne c'est avec les collègues de bureau de Jacky la Mouillette que nous l'avons vidée, et leur goût immodérée pour les artifices et leurs manières vulgaires m'ont coûté quelques costumes et ... enfin elles m'ont coûté assez cher pour vouloir les épargner à votre papa si cela est encore possible.
    -Vous pensez que La Ponche sur Conche est pour eux une sorte de tête de pont ?
    -Je ne vous en avais pas parlé pour ne pas vous inquiéter mais j'avais été étonné de découvrir que votre papa, du moins la société holding qu'il préside et les capitaux qu'il gère sont pour une part importante le soutien de ces gens dans leurs entreprises parisiennes... et maintenant concho-ponchaines.
    Je tombais de haut . Comment imaginer que le Président Régis Cardemeule put être au départ de tous les ennuis à quoi ce cher Walter et moi-mâmes avions été confrontés depuis trois mois, tous ces assassinats et menées sordides.
    Sans doute avaient-ils voulu éliminer en la personne de ce cher Walter leur seul concurrent sérieux sur la place et pareillement n'avais-je dû ma nomination calamiteuse de candidat qu'à leur désir de tenir le père par le fils. Le monde civilisé et moquetté glissait sous mes pieds, la terre accélérait sensiblement sa rotation.
    Je regardais mon père, encore très grand, très droit, très maigre,  il était en smoking mauve de soie sauvage de leader de groupe de rock anglais années soixante-dix, entourée de jeunes filles ouvrières dans la pop‘ dont quelques unes fraîchement diplômées de diverses académies de la Tévé réalité et pas tellement plus réelles dans la vie. Devant les caméras de tévé du monde entier il venait de se sacrer d'une gâpette à l'envers et s'essayait à l'imitation des artistes maison.
    Il était ridicule.
    Au vrai il réalisait là tous ses rêves de jeunesse. Il avait eu vingt ans dans les années soixante, fait le voyage initiatique aux Indes mais pendant ses congés, il préparait l'Ecole ça ne l'avait pas empêché au retour de se marier dans son milieu, mieux dans son quartier. Durant sa scolarité à l'Ecole il avait milité pour et défilé contre, mais pendant les heures de travaux dirigés, après il avait travaillé dur dans les cabinets... ministériels certes, les cabinets, mais enfin cela restait des cabinets, ‘pas ce qu'il y a de plus agréable n'est-ce pas quand on connaît la mentalité et les manières de parvenu de ces cochons-là !
    Il avait présidé des trucs et dirigé des machins qui la plupart du temps étaient sans utilité et ne servaient à rien qu'à permettre à des types comme lui de présider sans avoir eu à entreprendre et de diriger sans nécessité de réussite. Bref il avait du temps à rattraper, il vivait là une seconde jeunesse, plus canaille et délurée que la précédente, tellement plus abondante aussi. Car il y avait le sexe pris en compagnie nombreuse et shampouinée, autre chose que les étudiantes en psycho crasseuses de son jeune temps et l'argent dépensé sans remords aucun  puisque ce n'était pas le sien mais celui de vieilles femmes réactionnaires, quelque part, pas très loin, et même juste à côté il faisait œuvre révolutionnaire.
    -Vous... vous croyez qu'il est au courant ?
    -Je ne sais pas. Le mieux serait de le lui demander et vous êtes le mieux placé pour cela il me semble.
    -Vous avez raison je vais essayer de m'entretenir avec lui.
    A ce moment de notre conversation les trois sœurs Van Der Konf passèrent devant nous, à la file indienne comme une colonne de trappeurs belges quittant en grande hâte le pays iroquois,  en bon ordre et avec encore leur scalp, mais  quelque peu traumatisées par ce à quoi elles venaient d'assister.
    -Peut-être faudrait-il songer à protéger les trois vieilles dames.
    -Elles sont elles aussi en danger ?
    -« Périmètre de sécurité » pour parler gendarme,  mon petit vieux autour de monsieur votre père, je vais demander à notre ami Bédoncle de veiller sur elles.
    Je pris place dans le rang des notabilités locales et Papa nous passa en revue, même le commandant des pompiers, avec un mot pour chacun, toujours le même et en anglais encore, il ne parlait plus qu'anglais et il souriait avec un drôle d'accent aussi et des dents qui étaient pas à lui :
    -... geulade tou mite iou !
    Vrai il m'était passé devant sans même me reconnaître, moi son seul fils unique.
    Je me tournais vers Chéchignac qui sembla gêné, lui dont le père faisait l'enfer buissonnier pour revoir son fils bien aimé:
    -Mais vous avez vu ça c'est mon papa à moi et il m'a même pas reconnu.
    -Il est occupé, vous pensez bien une inauguration comme celle-là !
    Occupé à tripoter de la nymphette pop star, à répéter des niaiseries dans un mauvais anglais d'occupation et à contempler son œuvre visionnaire exaltant le divertissement industriel, les vertus maffieuses et le n'importe quoi pourvu qu'il fut exactement contemporain du n'importe comment.
    Mais le rayé en chef me prit par le bras, avec quelque énergie, il  me sortit du rang et me présenta gentiment ... à mon père.
    -... the next mayor of La Conche !
    -Gueulade tou mite iou!
    -But... but it's your son!
    -Maï sonne? Are iou chaoére direste Timeo?
    -Oh fucking you frogie that's your fucking son !
    The fucking family était presque au complet.
    -Oh yéa ? Bute...Yéa innedide iou are raïght maï dire, zat is aouére sonne! Et mais  qu'est-ce que vous fichez là toi... maï boï ?
    -Footing électoral ! Lui expliqua Chéchignac.
    -Mais enfin l'on nous avait dit que tu ne vous présentais plus !
    Peut-être à la suite de trop de conseils d'administration transnationaux avait-il perdu l'usage de sa langue natale en même temps que celui de ses affections tutoyantes dans tous les cas ses vousoiements et nousoiements de majesté me compliquaient un peu plus l'abord d'un homme qui me demeurait un parfait inconnu.
    Nous étions côté à côte tels deux vaisseaux cousinant sur la vague, nous éloignant, nous rapprochant selon l'humeur de la houle, nous parlant depuis nos bords en même temps que nous ordonnions de charger à mitraille pour faire le plus de bruits ou de dégâts possibles, le moment venu, s'impressionner l'un l'autre et fuir le peu de souvenir que nous avions en commun.
    Chéchignac restait perplexe devant cette relation compliquée.
    -Je peux vous parler père, seul à seul.
    -Et pourquoi non, allons don' nous asseoir... tenez devant cet océan-là. 
    Il y avait un banc et l'océan qu'il regarda comme en prend la mesure d'un subordonné rétif.
    En quelques phrases je le mis au courant... de ce qu'il savait déjà :
    -Décidément vous autres... français...vous êtes resté très provincial, vous ne vous ouvrez pas à l'avenir, leurs pratiques transactionnelles sont au contraire très modernes et parfaitement éthiques, sans compter qu'ils ont du goût pour l'exercice et le culte de la performance, vous raisonnez avec une étroitesse d'esprit de gendre provincial, tout cela est révolu, il faut penser global...
    Penser global mais dans les clous, manger global mais allégé, baiser global mais avec une capote su'le bout, je n'aurais su dire pourquoi mais son discours de fonctionnaire défroqué, d'ex-français passé international à l'ancienneté me désolait, peut-être parce qu'il disait assez bien le monstre, sans attachement, tradition, ni honneur qu'était Régis Louis le quatorzième... de meule.
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    <o:p> </o:p>Je ne racontais pas tout de notre conversation à Chéchignac mais il comprit très vite que l'on n'en sortirait pas du moins par ce bout-là :
    -Pour les virer d'ici il n'y a qu'un moyen. Il faut mettre la pression sur le gouvernement Prukhmen.
    -Quoi vous voulez donc que la Fran... enfin la future ex-France déclare la guerre au Prukh...
    -Qué la France mais non je parle du gouvernement bravadien que je représente ici... et ailleurs.
    -Mais il n'y a pas de frontières communes. Il y a 4800 kilomètres de distance entre les deux pays. Ils ne donnent même pas sur le même océan. Il n'y a pas de frictions, pas de conflit possible.
    -Que vous dîtes. Le Colonel Doubinskoï n'est-il point ressortissant prukhmen, un espion donc, du moins c'est ce que j'ai indiqué dans les télégrammes chiffrés que j'ai envoyé à l'occasion de son embarquement, ils vont donc le retenir en otage... dés qu'ils auront déchiffré les sus-dits télégrammes, cela prendra un peu de temps... Mademoiselle de Plombelec est une chiffreuse hors-pair mais très... personnelle et très à cheval sur l'orthographe et la syntaxe codées.
    -Et cela ne vous gêne pas d'envoyer en prison un ami.
    -Qué ami ? Le cher Doubi n'est pas un ami  mais une ex-relation de travail qui m'a arraché lui-même avec son couteau suisse tous les ongles de mon pied droit au Tchad en 79 où il était conseiller culturel à l'ambassade soviétique et ce lors d'un interrogatoire d'ailleurs fort divertissant, je me souviens qu'en lever de rideau il y avait un numéro très amusant du chef des services de renseignements libyen, sur la personne de son sous-chef du personnel qui était parti avec la caisse vous n'imaginez pas tout ce que l'on peut faire avec un simple cure-dent.
    Non et je ne cherchais pas même à l'imaginer.
    Cet homme était d'un machiavélisme sans doute prohibé par toutes les conventions internationales. (à suivre...)
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  • Vacances actives !
    1/1 par H.T.Fumiganza
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      L'autre jour nous regardions les offres de destination vacances sur EasyCattle.com avec Pervenche rien ne nous tentait vraiment, on avait déjà tout fait : le Bengladéche en ski nautique, le Yémen en parapente furtif aussi bien que l'Afghanistan en  char T.92 hybride. Le plus important dans les vacances pour nous, et pour tout le monde aujourd'hui, je crois, c'est les activités, c'est vrai quoi sinon on s'ennuie tout de suite en vacances, comment s'occuper ?

    J'ai abandonné un instant l'écran pour descendre les poubelles et l'enfant, on lui a pas encore donné de nom, on l'a fait il y a trois ans quand on parlait des bébés médicaments, le concept nous a tout de suite plu, on s'était dit avec Pervenche que ce serait peut-être pas bête d'en faire un pour les piéces détachées et un pour la route, on a commencé par la remonte et puis finalement on en est resté là, on le gardera peut-être même si on prend un chien plutôt qu'un enfant.

      Josy qui tient l'agence de voyages Emergency Tour sur la place Lolo Ferrari (18°) où nous habitons était en train de fermer, je lui ai demandé des nouvelles de Jacky son époux, un merveilleux tour opérator avec lequel j'ai fait dans le temps pendant un congé-maladie les sept plus grands sommets de l'Hymalaya en patins à roulettes (nous étions jeunes, le plus physique c'est la descente !) et qui est actuellement détenu  comme otage remplaçant  par les FARC (et attrapes) en Colombie septentrionale où il était allé reconnaître de possibles parcours de trek :

    -Jacky ? Oui j'ai eu de ses nouvelles par Internet, il devrait passer otage titulaire au Printemps, si tout va bien.

    -Ah chouette.

    -Il dit que c'est dur d'avoir de l'avancement, ils sont tellement nombreux là-bas, et puis tu sais comment ça marche ? Comme partout il y a les pistonnés, les pipeules qui passent avant tout le monde. Tu prends un café, j'allais fermer, on a le temps.

    Nous avons un peu discuté, je lui ai dit notre embarras, nous avions regroupé nos RTT pour pouvoir partir trois semaines avec Pervenche, en laissant le môme en consîgne (mais non pas à la Gare de Lyon ! Dans un parking à bébémédicament, un établissement très bien, très propre, très moderne où on leur fait les niveaux tous les jours.). Je suis sous-directeur-Adjoint du Centre d'Information, d'Orientation et de Documentation sur l'Autosexualité et les Altersexualités  (Cinfodaa.) de la Ville de Paris  (Numéro vert 0 800 000 001 ) où Pervenche est archiviste, c'est pas un travail facile avec toutes ces pages collées, aussi avions-nous bien besoin de vacances, mais pas des vacances genre Flôts bleus, non des vacances, modernes actives .

    -Et pourquoi pas le Prukhménistan !

    -On connaît, on l'a fait il y a cinq ans quand on s'est pacsés.

    Nous étions allés à Prukhmout-City avec Pervenche peu de temps après notre rencontre elle revenait d' un stage de Inch Climbing au Tibet et moi d'un parcours de réoxygénation spirituelle et mentale dans une lamasserie autant dire qu'on avait les chaussures encore fumantes et tout de suite sexuellement on s'est trouvé, cela va faire cinq ans le mois prochain, à l'époque la destination était peu connue, nous en gardions un souvenir délicieux, c'était le printemps et les champs de betteraves étaient en fleur.

    -Il parait que ça a bien changé depuis, j'ai un séjour SocialWaves de trois semaines...

    -SocialWaves c'est what ?

    -C'est un nouveau concept de vacances actives et equitabeule trade que l'Office de Tourisme Prukhméne a développé. ils sont très réactifs, très compétitifs tu sais, il y a plein d'activités dirigées et vous traversez tout le pays en raquettes de tennis ! Le côté athlétique je sais que ça compte pour toi.

    -Ouais, pourquoi pas.

    -Et puis c'est un pays merveilleux, la population est tellement accueillante... et en ce moment c'est pour rien, en hôtel international **** avec vue sur la mer, il me reste deux places et pas en low costs sur la compagnie nationale: Prukhmen Airways.

    A la vérité ce n'était pas un charter mais nous voyageâmes en Worker Class, c'est-à-dire qu'à l'arrivée, nous avons perdu une bonne heure à vider et ranger les plateaux-repas, passer l'aspirateur et repasser les rideaux.

    Quant à l'hôtel à nom de matelas : The Imperial Confort  il donnait certes sur les plages mais il était niché entre les hauts-fourneaux et l'usine d'incinération d'ordures ménagères.

    De fait Prukhmout-City avait pris un développement étonnant, ce n'était plus la petite capitale provinciale entourée d'immenses champs de betteraves et ses marchés à tout le moins bigarrés et parcourue d'innombrables Tire-Tire (l'ancêtre du pousse-pousse mais pratiqué à l'inverse de la croyance la plus répandue dans le reste de l'Asie et dans lequel le conducteur moteur vous fait face et vous prévient des dangers qu'il ne peut éviter et qu'il vous faut alors prendre à votre compte, une manière de brouette kamikazée si l'on veut!) que nous avions connue, mais une métropole incalculable, ressemée en buildings babéliens, ponts suspendus, bretelles et ceintures autoroutières. Ils venaient d'ailleurs d'inaugurer leur neuvième périphérique souterrain. Incroyable le trafic et donc la pollution, à côté Paris ressemblait à une sous-préfecture de garnison.

    C'était un mouvement incroyable, les prukhménes ont toujours été d'énergiques travailleurs mais là ils se surpassaient, tout le monde courrait en regardant la montre du voisin et en lui marchant sur les pompes.

    Quand nous sommes sortis de l'hôtel après avoir défait nos bagages, passé une tenue d'expédition urbaine et mis nos raquettes de tennis aux pieds, nous avons interrogé  notre guide-interprète:

    -Tire-Tire ?

    -No more trop métier de con ! Nous a-t-il expliqué sans que nous comprenions tout ce qu'il expliquait, il avait fait français seizième langue au lycée et tout en se foutant de notre gueule à cause des raquettes.  

     Plus de Tire-Tire, c'était dommage car cela participait pour une bonne part du pittoresque des lieux.

    -Louer un vélo est-ce possible ? Avons-nous demandé bien décidés à lâcher nos raquettes au profit d'un moyen de transport moderne et éthique.

    -Ding-ding. Biçaïkeule in Prukhmout-City, you die in few minutes.

    Bon nous décidâmes d'aller sur la plage, cette plage où nous nous étions aimés avec Pervenche à de multiples et satisfaisantes reprises.

    Les plages brillaient au soleil... pourtant faiblard de ce début d'après-midi :

    -Ferro-nickels bioutifoule !

    Ces imbéciles avaient répandu sur les plages de sable porphyroïde les scories de ferro-nickel venant de l'usine sidérurgiques voisine.

    On s'était mis pieds nus avec Pervenche et forcément on s'est blessé les pieds et on a remis nos raquettes soudain une musique a retenti, diffusée tout le long de la plage, et tous ceux qui s'y trouvaient se sont raidis instantanément :

    -Casquettes ! Enlevez casquettes pendant hymne saligoo ! Nous a intimé notre guide.

    C'est devenu assez vite lassant cette histoire d'hymne et de saligoo. Il retentissait toutes les heures et même les touristes étaient tenus de se mettre au garde à vous pendant l'exécution.

    Sans nous en rendre compte à la suite de notre guide, nous nous sommes retrouvés dans une banlieue de Prukhmout-City devant l'entrée d'une usine immense qui fabriquait de tout en très grandes séries: International Prukhmen Company of Engineering and Industrials for Equitabeule Trade Corporation ça s'appelait. Notre guide a absolument tenu à nous faire visiter, c'était immense, ils fabriquaient de tout: des réveils aussi bien que des presses purées électroniques, des extincteurs ou des fours à pain, des brouettes et des pompes à main et même des ouvriers pour leurs propres chaînes: il entrait des paysans et elle vous sortait des travailleurs parfaitement calibrés.

    Le guide nous a désigné deux places en milieu de chaîne, il voulait absolument qu'on essaye, il y avait plus de trois milles ouvriers dans l'immense halle, nous nous y sommes mis avec Pervenche, un contremaître est venu a regardé notre travail et nous a dit en le jetant dans une corbeille en plastique:

    -Not good ! Frenchies bad ! Belgians good !

     Et en même temps il nous désignait un couple très appliqué sur la ligne de production devant nous.

    -Brigitte et Jean-Luc Van Der Berk ! Se sont-il aussitôt présentés sans quitter leur travail. Nous sommes de Liége, vous aussi vous vous êtes fait avoir avec le séjour actif SocialWaves de ces salauds de l'Office de Tourisme Prukhméne. Quand je pense qu'on pourrait être bien tranquilles en pull marin sur une plage ventée de chez nous à ne rien faire que de combattre le vent et de faire des mots fléchés en écoutant le transistor!

    Nous avions le droit de revenir le soir à l'hôtel à pied sans supplément mais c'était loin (19 Kms !) et les taxis sont chers là-bas, et puis on était fatigués, les cadences étaient très élevées, ils montaient un scooter en 3‘27‘' il faut suivre, surtout quand on a pas l'habitude de travailler, alors avec les Flohic' de Perros-Guirec, les Martin-Besnard de Livry-Gargan et les Van Der Berk de Liége le soir nous restions couchés au dortoir 116W et nous prenions nos repas dans la grande salle commune 23 B. Et puis comme ça on se faisait des souvenirs en même temps que l'on avait un vrai contact avec la population... bâillante et somnolente. Avant de monter on allait s'en fumer une, j'avais recommencé, je sais c'est mal mais ça détend aussi quand on est crevé comme ça, devant le grand dégueuloir du collecteur central des égouts de Prukhmout-City, on en profitait pour écrire des cartes postales avec plein de couchers de soleil aux amis restés à Paris:

    -Gros bisous de Prukhmout-City !

    L'écriture était un peu tremblée, à cause des cadences de la journée. On nous avait changé de chaînes on était au rechapage des brouettes. C'était intéressant.

    On a traversé tout le Prukhménistan comme ça en raquettes de tennis au gré de nos différentes affectations, d'activités dirigées en activités obligées on a fini dans une taule sordide, un bob pour mineurs au plus profond du pays profond. Pervenche se faisait jusqu'à 50 passes par nuit, moi pas plus d'une vingtaine, je suis très étroit (enfin beaucoup moins maintenant.).

    On comptait les jours jusqu'à notre départ et le moment où on pourrait retrouver le boulot à Paris  pour enfin se reposer... et peut-être même s'asseoir.

    <o:p> </o:p>

    Au retour, après avoir retiré l'enfant  de la consigne (en l'accrochant sur le vélib, je me suis rendu compte d'ailleurs qu'il m'avaient donné le N° 5468 alors que j'avais le ticket N° 5467, mais je n'avais aucune envie de refaire la queue pour réclamer, et puis à un chiffre prés, ça ne valait vraiment pas le coup d'y retourner!) je suis allé voir Josy pour lui faire un scandale, vrai j'étais indigné, au moins très colère, enfin assez remonté :

    -Ouais je sais c'est limite arnaque comme plan mais tu voulais des activités t'en as eu !

    -Ah ça c'est sûr.

    -C'était éthique ? T'as exploité personne ?

    -Ce sont eux qui nous ont exploités. Tu te rends compte qu'on a payé pour travailler à la chaîne... et je te raconte pas tout...

    -Forcément t'avais jamais travaillé de tes mains...

    -Oh s'il n'y avait eu que ça...

    -Ouais... ça t'a fait une expérience humaine. Et puis qu'est-ce que tu veux, la com' est bonne, je suis bien obligé d'en placer un max pour payer la rançon de ce connard de Jacky !

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  • Avec les policiers de la Brigade Anti-chouquettes.
    Réveillon chez les régressifs
    Chroniques de la France de pendant.

    par François F. soumis.

     

    Avec Roselyne, on avait décidé de frapper un grand coup pour le réveillon du nouvel an. Roselyne c'est ma copine, elle est ministreuse de quoi déjà ? Mais si comment ça s'appelle ? L'avortement, l'euthanasie ? La santé voilà ! C'est de ça qu'elle s'occupe: de notre bonne santé, physique, morale et intellectuelle. Avec Roselyne on est pays, je la connais de tout môme, c'est elle qui m'a dépucelée dans la salle paroissiale de Pathétique sur Navrant où je suis né, ça s'est passé  après une causerie débat organisée par la JEC sur la « libération de la femme et ses conséquences sur la traite laitière», elle s'y est reprise même à trois fois  avec moi tellement j'étais pressée.

    A l'époque, à la campagne c'était pas facile de trouver des partenaires euh... qualifiées, alors quand il passait une conférencière, on en profitait, un peu comme avec les boulangers ambulants si vous voulez : c'est pas toujours fameux, c'est plutôt cher, ça rend malade quelques fois mais ça dépanne, la Roselyne question dépucelage elle dépannait sur trois cantons au moins.

    Elle a toujours été une dominante elle aussi, comme mon maître pipeulisé, pour ça que je l'admire, rien que sa manière de s'habiller en pute provinciale à l'ancienne : cuir noir et jupette rose vous fait de l'effet, ajoutez-y sa voix rauque et épicière de sous maquerelle elle en impose, convenons-en.

    Roselyne, quand elle débarque chez l'électeur il faut voir comment elle te vous le secoue, c'est pas des campagnes électorales qu'elle  organise mais des rafles.

    Bon où en étais-je don' ? Oui je vous disais cette année nous avions décidé à fins de leur rendre hommage d'accompagner dans leurs périples en ce soir du Nouvel An les policiers de la toute nouvelle Brigade anti-chouquettes en charge de l'application sur le terrain de la nouvelle "loi gaufrette" visant à la répression du gaufrettisme passif et des déviances sociales agglomérantes.  (Une anecdote en passant... Il faut savoir qu'au départ après consultations de spécialistes reconnus mondialement...du doigt mouillé dans le vent et à l'issue d'une réunion interministérielle nous nous étions entendus  sur un chiffre   (départ d'usine/franco de port) de 800 morts annuels du fait du gaufrettisme passif, bien heureusement l'un des membres du cabinet du premier ministre de l'époque eut l'idée ingénieuse d'indexer le bilan annuel communiquée à la presse sur les prix du pétrole ce qui nous donne aujourd'hui plus de 5000 morts annuels et c'est pas fini avec le baril à bientôt 150 $ vous imaginez!)

    De toutes les façons il est bien admis aujourd'hui que la gaufrette tue, par atteinte des voies zaériennes et bronchiques et pollution sonore, mais la chouquette aussi !
    Car, quoique plus silencieuse et donc mieux tolérée par le corps social (corps social qui tolère aussi d'ailleurs beaucoup mieux dans le métro la bande de jeunes banlieusards en débordement que le sexagénaire fumeur solitaire, allez savoir pourquoi ?), la chouquette par de subtiles menées sub-enzymatiques et autres exaltations glucidiques, sans oublier la pollution énorme crée par les grains de sucre inhalables abandonnés en fond de sac, sac le plus souvent utilisé, une fois gonflé avec la bouche et écrasé d'un coup sec, pour faire peur au copain, sans s'apercevoir que l'on peut  causer ainsi de multiples défaillances cardiaques dans le voisinage (347,12 décés l'année dernière dus à de tels agissements !), la chouquette dis-je n'est pas moins dangereuse sur le plan de la santé publique, c'est pourquoi dans le même temps nous avons lancé une grande campagne d'affichage et d'information sur le thème : « votre voisin a du cholestérol dénoncez-le !
    (www.monvoisinaducholesteroljeledenoncependantlespubsalatv.gouv.enc)

       Roselyne m'avait donné rendez-vous à la mairie du 2° arrondissement où elle devait m'attendre à la tête de sa demi-brigade de képis mous (c'est d'un bien meilleur rapport  que le képi dur, qui s'enfonce au premier coup de tuyau en plomb, le képi mou lui il est réutilisable, il n'y a qu'à changer le fonctionnaire en dessous !).

    Tous, je peux en témoigner, tous ces fonctionnaires sont animés par le même idéal sublime... de garde-champêtre fanatisé : verbaliser le contrevenant à la modernitude.  

    Malheureusement en face le contrevenant manque tragiquement. L'assujetti, il ne demande qu'une chose : obtempérer ! Circuler, ne rien avoir à voir, à entendre ni à critiquer, bref il se planque devant le grotesque .

    J'arrive en retard, j'espère que Roselyne va être colère et me punir sévèrement mais je suis déçu, elle est entrée dans un magasin de jouets tenus par un couple de jeunes gens de ses amis : Jean Fernand et Jean Marcel, le magasin de jouets qui s'appelle : « Pumpini » (23, rue Charly Gaul (2°)) est bien entendu interdit aux enfants et ils sont une bonne quinzaine d'adultes baveurs à faire: prout ! prout ! tuuut ! tuuut ! bang ! bang ! en jouant avec des petites voitures de pompiers et des poupons pisseurs.

    -Ah te v'la toi tu sais que tu es en retard ! Tu as un mot de tes parents ?

    Heureusement j'y ai pensé, j'en ai apporté un de Pineulope.

    -Bon on verra plus tard, allez en avant !

    Je la regarde, je la contemple, je l'admire: on dirait Jeanne d'Arc s'en allant inaugurer un sex-shop.

     

       Pour commencer nous  débarquons dans un salon de thé, les policiers de la Brigade Anti-Chouquettes que nous accompagnons ont un peu... les chouquettes quand même, mais comme l'a dit mon maître enrhumé : « Il ne doit pas exister de zone de bon droit dans botre république ! », bien sûr c'est dangereux, s'attaquer à un salon de thé, comme ça en plein jour: surtout vers les cinq heures, parmi les petites vieilles il peut y en avoir une plus affamée que les autres, ou en état de manque. Aussi tout de suite et sans faiblir ils utilisent les grands moyens, on fait ranger la clientèle contre le mur et doigt devant fouille au corps intégrale, on ouvre et renverse les sacs à main des fois qu'il y en aurait une qui y planquerait un paquet de gaufrettes. Bon il y a rien... une petite vieille essaie bien de ramasser un truc sur une table pour le planquer et se l'enfouir, aussi vite, on la plaque au sol, on se met à une dizaine dessus, au bout de deux minutes elle bouge plus rien la septuagénaire, même pas les oreilles :

    -Un macaron ! Gueule triomphante la cheffe Josiane Chopinot en relevant ses grosses fesses du visage de la petite vieille cyanosée.

    -Allez on l'emmène au poste. Décrète le commissaire, une jeune con éthique, souriant, sympathique qui ferait sans grand effort un parfait directeur de stalag  souriant, sympathique, éthique, tout barbelés de préjugés lâches et de slogans commodes.

    -Vous savez pas que c'est interdit aussi les macarons ! On vous enverra la convoc' devant le tribunal.

       Car le macaron est assimilé, à juste titre, dans la loi, à la gaufrette, il est certes moins offensif, la pollution sonore est moindre que pour la gaufrette mais des études ont montré qu'une consommation régulière de 97.3 macarons/jour pendant  84 ans réduit l'espérance de vie de 4 ‘'27 par trimestre ouvrable, déductions faites des congés compensatoires.

    Et que l'on ne me parle pas du macaron mou, lancé et vanté par quelques artisans et industriels peu scrupuleux, c'est loin d'être la panacée espérée.

     

       La petite équipe repart, sur un passage clouté des vélibeurs sur le sentier de la guerre sont en train de tourner autour et de crever les pneus et de casser les vitres d'un retraité barricadé dans sa voiture immobilisée, il vient de refuser une priorité à gauche à des  réformateurs du code de la route, très vite grâce à la cheffe Chopinot le dialogue s'établit avec les emplumés à vélo et l'on emmène le retraité à moitié scalpé au commissariat pour le mettre en garde à vue.

     

       Soudain la cheffe Chopinot s'immobilise, sort son 9 mm para H. und K. et entre en trombe dans une laverie automatique, les mômes se couchent à terre comme dans les séries tévé et les mères « sans papiers » montent à l'étage pour se jeter par la fenêtre comme dans les articles de journaux.

    Nous suivons la Cheffe Chopinot toute à son inspiration et l'on découvre dans l'un des tambours un mangeur de chouquettes planqué, on arrête le tambour, on essore le contrevenant  dans le séche-linge attenant et hop en route !

     

    -Tiens on s'arrête là, je les connais c'est des amis ! S'écrit Roselyne rosissante :

    C'est un café délicieux que je vous conseille: L'Intromis rue Roger Pingeon. Les serveurs sont des jeunes gens charmants en slips kangourous. Le concept est original: boissons froides ou chaudes à la demande et slips kangourous. On peut acheter une quantité incroyable de slips kangourous tous différents tout en buvant un thé à la menthe. Il y a aussi un coin « antiques » où l'on peut chiner des vieux slips d'occasion. C'est rafraîchissant ! 

    Seule fausse note : mon officier de sécurité qui demande un demi pression !

    Nous repartons, quittant à regrets ce havre du bon goût.

     

    Après quelques minutes de marche souriante, le commissaire reçoit un appel, c'est un signalement (en allemand : Ein Dénonciation !!!) dans une maison de retraite :

    -Un mangeur de gaufrettes, fumeur de pipe, déprédateur d'arbres à la Résidence des Aubépines ! Articule-t-il avec quelque angoisse. Chacun des fonctionnaires de vérifier que son arme, son gilet pare-balles et son tampax sont bien accrochés.

    -Il faut y aller ! Murmure magnifique la Cheffe Chopinot, avec Roselyne nous sommes émus, vrai ils en deviennent émouvants !

    Bien sûr des renforts sont aussitôt demandés et très vite la maison de retraite est cernée par deux escadrons de gendarmerie.

    Le contrevenant qui a été signalé est un dangereux récidiviste, un fumeur de pipe bien connu des services de police, ancien officier d'Indochine et d'Algérie aussi héroïque qu'une miss France découronnée.

    C'est un couple de retraités des Pets et Têts qui l'a dénoncé.

    -Il arrête pas de nous bouffer des gaufrettes sous le nez, c'est bien simple l'été, à cause de ç't engeance, on arrive plus-z-à écouter la tévé et puis il fume aussi tout le temps, sa fenêtre ouverte, d'ailleurs sentez, c'est à cause de lui que le parc pue ! Alors on s'est dit : il faut faire quelque chose contre le réchauffement qui monte à la tévé... ah aussi on vous a fait une liste de tous ceux qui ont du cholestérol dans le quartier. C'est pas seulement pour la prime c'est aussi pour aider.  

    Ach les praves gens !

       Les policiers de a brigade anti-chouquettes  tentent bien d'engager des négociations avec le multi délinquant, mais il ne veut rien entendre, et continue de multi-délinquer de plus belle, la pipe au bec, le paquet de gaufrettes dans une main, son couteau suisse dans l'autre il s'obstine sur l'écorce de ce pauvre arbre.

    Le spectacle est insoutenable, scandé par le craquement des gaufrettes.

    Finalement après une demi-heure de tractations stériles autant que dangereuses, il est armé, ne l'oublions pas ( ben tiens et le couteau suisse !), le commissaire se résout à faire intervenir les tireurs d'élite syndiqués qui dégomment la concierge et son chat avant de casser la pipe au fumeur de pipe .

    Sur l'arbre odieusement mutilé il a gravé : 

    « Vive la France ... d'avant ! »

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  • 27.
    Inauguration.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Le complexe Transcontemporain Andréï Gromiko était sans complexe, haut de prés de trente mètres bâti dans un style stalinoïde amphibie mélange de totémisme kulturel et d'idolâtrie  productiviste.
    Les associés de papa portaient des costumes à rayures, des lunettes aux verres fumés et blindés et des chapeaux en kevlar sur-taupés pour se protéger du soleil hautain de cet fin d'été sans doute, ils fumaient d'énormes cigares en lutinant les artistes et les trois demoiselles Van Der Konf suivaient le train des officiels en serrant fort leur lourd sac à mains noirauds et en se demandant combien toute cette... cette chose avait pu leur coûter et ce qu'en aurait pensé leur papa.
    Outre le musée d'art Contemporain le 1287 ° du département il y avait un lieu muséal fort intéressant sur le Bletznec, sa vie son œuvre.
    On allait lui attribuer un statut protégé international de non proie qui lui permettrait à l'instar des rennes septentrionaux d'émarger aux assedics, les indigènes avaient eu beau protesté comme quoi le Bletznec c'était rien que ‘h'une belle saloperie qu'il avait fallu en bouffer pendant des siècles quand il n'y avait que ça, que maintenant et même au jour d'aujourd'hui avec les zypermarchés ils préféraient s'empiffrer d'agglomérats de résidus de poissons, panés à la sciure, mais que quand même c'était une tradition et une coutume que la pêche au Bletznec et « ...que rien que pour que, ç'la méritait le respect quoi merde ! »
       Mais les protestations indigènes n'y avaient rien fait et l'officier de l'indigénat dépêché par les instances bruxelloises, un jeune allemand, charmant d'ailleurs, enfin au moins très « korreck », avait pris toutes les mesures nécessaires, un satellite espion et deux hélicoptères surveillaient en permanence les lieux de pêche et un régiment de bavarois campait en ville.
    On pourrait s'étonner de cette sollicitude soudaine à l'endroit d'une telle poiscaille pestilentielle et quasi inutile mais des chercheurs suédois de l'université Gretagarbique de Malmoe l'avaient étudié pendant cinq ans avec force moyens humains, scientifiques et financiers,  détaillant ses mœurs, ses habitudes et ses humeurs.
    Et ils en étaient arrivés à la conclusion que cet être infumable, immangeable, élastique, sans caractère ni moralité, cannibale, mangeant ses petits, violentant ses nièces et se mordant la queue en permanence, haineux, sectaire, grégaire, déshonnête intellectuellement, désolant de préjugés et de conformisme social, vivant en meute, feignasse et scolaire, s'attaquant toujours en nombre au plus faible, aux isolés ou aux seuls caractères, oui ces scientifiques exercés  en étaient arrivés à la conclusion, à force de kilomètres d'observations millimétriques, que le Bletznec était un authentique poisson rouge... non point  l'un de ces êtres purement décoratifs que l'on promène de bocaux en plateaux de tévévision, mais un poisson de gauche, et oui un être éthiquement pur au même titre que la hyène putridophone des Balkans et le tigre boulimique du Bengale et qu'en conséquence il méritait respect, protection, hommages et commémoraisons.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>   Il y avait aussi et ce me fut une consolation un espace de création contemporaine avec en cours un accrochage posture/imposture d'un plasticien franco-prukhmen où des caniches morts avaient été accrochés au mur comme autant de Christ en croix. C'était courageux.
    Et questionnant aussi.
    Oui tous ces caniches morts, il y en avait cinquante-quatre même s'ils puaient un peu, d'ailleurs le plus réflexif était ces vers qui grouillaient dessus, le vivant naissant du mort dans un comploiement incessant. Le créateur (en second) Kurt Zmlamay nous expliqua que devant se battre, tous les après-midis avec le pompier de service et la femme de ménage qui mettaient un coup d'insecticide le matin sur « ces saloperies », il en eut vite assez et pour les empêcher de censurer son œuvre auto productible car c'était bien de censure dont il fallait parler : censure prolétarienne mais censure quand même, et prolonger l'œuvre, il les avait exposés tous deux dans une cage qu'il avait intitulé « Répression ! » et fermés à cadenas et toute la bonne bourgeoisie conchoise tournait autour de la cage avec ravissement en se demandant lequel allait bouffer l'autre, la femme de peu ou l'homme de rien.
    <o:p> </o:p>   Quand ils en eurent terminés de leur ronde d'avant-garde ils se dirigèrent vers le buffet.
    Surprise ! Il était allégé on y servait du champagne light et du caviar d'algues c'était une adroite initiative de l'incomparable Le Radégoual, qui en avait la charge, malgré tout très vite il y eu un commencement d'émeute, une mutinerie de mondains, les plus terribles.
    C'est qu'en province arriérée l'on bouffe encore ! Et notre cher Le Radégoual fut à deux doigts d'être dévoré tout cru et sans garniture, pour plus d'authenticité sans doute, quand le chef de meute l'ober-hauptman füerherin régionale aux droits de la femme se rendit compte après lui avoir mordu dans la fesse droite que question vérité du produit il n'était pas plus comestible que ses « élaborations grotesques d'affameur prétentiard » dixit Chéchignac.
    Les amis de papa qui commençaient à la sauter appelèrent leurs chauffeurs-garde du corps, des types énormes, enjoués comme des incinérateurs industriels à fœtus.
    Ils remirent une bétonnière en marche, laissée là par les ouvriers et le cimentèrent sur place Le Radégoual, avec l'ordre de préparer « good food ‘nd hurry up asshole! » sans quoi ils te le balançaient dans la mer et même un peu plus loin jusque dans l'océan. (à suivre...)
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