• JiTé (Parte fri)

    Le chef-comptable homicidaire à répétition? Il n'était pas loin, il le retrouva dans son bureau, il boudait le cache-col serré et le nez dans les livres de compte de la boîte de Prod' de JiTé.
    -Excusez-moi je n'ai pas pu m'en empêcher, la comptabilité, vous savez c'est un vice et à propos de vice le votre de comptable en manque un peu. Il déclare de trop, on se croirait à confesse, c'est indécent.
    -Je ne veux pas avoir d'ennuis avec le fisc.
    -Alors le meilleur moyen c'est de leur en faire un maximum. C'est quand ils trouvent plus charognes qu'eux qu'ils se découragent. Ils détestent la concurrence sans quoi ils ne se seraient pas faits fonctionnaires mais chercheurs d'or ou pêcheurs de requins.
    -Vous n'avez pas l'intention de passer à travers le mur dans l'immédiat?
    -Pas le matin, rarement le matin, pourquoi vous me demandez ça ?
    -Vous pourriez peut-être m'expliquer ?
    -La comptabilité, vous voulez apprendre, ah ça ça me fait plaisir, je savais bien que vous y viendriez, un garçon intelligent et rangé comme vous... eh bien commençons par...
    -Je me fous de la comptabilité ! Qu'est-ce que ça signifie? Cette femme pendue ?
    -Oh ça... c'est un jeu entre nous, je me suis déjà retrouvé trois fois dans la chaudière... et je me plains pas...c'est rapport au fait que ... enfin quand elle est morte en 46 c'est moi qui conduisait la bagnole, c'était ma maîtresse de l'époque, j'étais passé la chercher elle faisait dans les bobinards un numéro de danse burlesque et réaliste, c'est h'une artisse, mais elle couchait avec son partenaire pas seulement pendant le travail, un noir américain monté comme un âne, alors on s'est engueulée, elle est descendue de la voiture s'est engouffrée dans une bouche de métro, je l'ai rejointe sur le quai, et au moment où la rame arrivait, je l'ai poussée sur la voie, elle a eu les deux jambes sectionnées, je la revois encore l'imperméable ouvert, dessous elle était en tutu, elle avait pas le temps de se rhabiller entre deux passages, elle est décédée dans l'ambulance...
    -Mais je ne comprends pas comment vous vous êtes retrouvés ici ?
    -Vous voyez le grand noir là-bas qui rigole tout le temps, c'est lui son ricain, elle lui avait dit de m'attendre pour me buter dés que je rentrerai, je suis rentré que le lendemain matin vu que j'avais passé la nuit au bob histoire de me changer les idées et entre-temps ce grand con avait dessoudé monsieur Pasquelet Léon mon voisin de palier que vous apercevez là-bas... mais si le petit vieux à barbiche... lui s'il est là c'est à cause des petites filles, en 37 il en avait même enterrées deux sous la fosse à charbons ce cachottier...
    -Et alors tous ces gens sont... je veux dire ils sont comme lui... ce sont des....
    Il parlait de la foule fantôme de tout à l'heure mais quand il se retourna, il la vit, le nez contre les vitres du bureau, assemblée, patiente, paisiblement féroce comme n'importe quelle foule badaude.
    Le comptable s'approcha de la vitre, la tapota, souriant aux ouvriers comme il aurait fait devant les singes, en visitant une ménagerie.
    -Ce qu'ils sont et bien comme moi... des damnés, une bonne part des damnés du département de la Seine et Oise promotion 1837-1912. Et oui mon petit bonhomme vous avez acheté une manière de caserne avec toute la garnison qui va avec, entre nous on s'appelle le dépôt 115, ah vous avez fait une bonne affaire, elles vous ont bien eu les Bramaloux's sisters ! Oh c'est pas qu'elles y croient tellement d'ailleurs à tout ça, elles sont venus trois fois ici depuis vingt ans, on leur a fait avec les camarades un ramdam terrible, le spectacle complet, elles se tenaient en alerte mais  ça ne les impressionnait pas plus que ça, la dernière fois elles étaient avec Méstérétoth, mais si leur notaire, vous connaissez, c'est un gradé chez nous, lui qui s'occupe de plusieurs dépôts et bien il était plus effrayé qu'elles et il lui en faut à lui.
    Ouais ce sont de drôles de fumelles, femelles de quoi on sait pas dire au juste, des insectes, nuisibles et nécessaires, elles ne croient pas plus au Diable qu'au... enfin à la hiérarchie mais quand même il faut croire qu'arrivé à un certain âge, il y a  des souvenirs encombrants dont elles préfèrent se débarrasser. Alors elles vous les ont refilés simplement pour ne plus les avoir sous le nez dans les livres comptables. Ah elles ne veulent plus de nous... elles ne le savent pas ces deux salopes mais leur places sont déjà retenues ici.  
    -Mais pourquoi qu'est-ce qui s'est passé ici ?
    -Vous êtes vraiment sûr de pas préférer la comptabilité aux souvenirs ?... ça sent quand même meilleur... parfois...
    -Cela s'est déroulé pendant l'occupation c'est cela ? Cela a à voir avec la déportation des juifs n'est ce pas ?
    Il imaginait déjà l'émission qu'il allait monter pour dénoncer cette nouvelle « compromission de Vichy »... il y aurait des lycéens, beaucoup de lycéens et du... 
    -Ah non pas du tout, ça s'est passé entre chrétiens, enfin chrétiens, il y avaient aussi pas mal de cocos dans l'histoire, ‘tendez que je vous raconte :
    Les frères Bramaloux travaillaient pour les rosbifs, ils avaient montés une réseau de résistance dés 1940, Jules Piter qu'il s'appelait, voyez l'ironie, ils se prenaient jamais trop au sérieux les frangins, ils aimaient la bonne vie et la rigolade et puis c'était pas que du patriotisme, ils faisaient aussi ça pour le fric, les angliches payaient bien et avec l'imprimerie, ça ne leur avait pas été trop difficile de faire de la fausse-monnaie pour eux et payer leurs agents, ils en prenaient leur part, bref c'était une affaire qui marchait bien, on tournait que la nuit dans les caves fermées, avec une équipe réduite mais les meilleurs qui venaient de l'extérieur et repartaient avant l'embauche, le matin, malgré le ménage, les gars quelques fois se rendaient compte qu'on avait touché à leur bécane mais enfin, on a tenu comme ça pendant deux ans, jusqu'en 43. Un jour Toinard... tiens c'est çui-là, le grand con qui se marre jamais, avec les mauvais yeux et la moustache noire, le sus-dit Toinard vient voir Monsieur Raymond, l'aîné des Bramaloux et il lui met le marché en main, comme quoi il est au courant des travaux nocturnes et du réseau Jupiter et qu'il en veut sa part au nom du Parti, c'était l'époque où les cocos essayaient de rattraper le temps perdu et de faire oublier leur lune de miel avec l'occupant, alors comme il y avait déjà du monde sur le marché en gros de la résistance, ils avaient trouvé plus simple de reprendre les petite affaires de la place de Paris qui marchaient au besoin ils dénonçaient aux allemands les chefs, paraît qu'ils mettaient même un timbre pour la réponse, puis ils gardaient l'enseigne et reprenaient la gérance, ils voulaient Jules Piter, mais les frères Bramaloux il fallait se lever matin pour leur faire un deuxième trou au cul, ils s'étaient déjà gardés des gaullistes ils allaient pas se faire mettre aussi sec par les cocos.
    -Comment ont-ils réagi ?
    -Oh ils ont fait au plus simple...
    Le Chef-Comp' s'était levé il alla jusqu'à la porte :
    -Eh Toinard arrive un peu, on cause de toi.
    L'autre obtempéra, il avait sans doute fait ça toute sa vie de clébard, tirant sur sa chaîne trop courte, gueulant aux fesses du chemineau libre en se cherchant un maître cruel.
    -Raconte un peu ce qu'ils t'on fait les Bramaloux's Brothers.
    Sa moustache  tombante se redressa un peu:
    -Ils m'ont fait venir un soir ici, soi disant pour s'expliquer, et ils m'ont arrangé, c'était le Raymond qui me tenait et le Charles me saignait avec un serpette, ce que ça a été long, mais ça leur a pas suffit à ces salauds-là et sans doute même que ça les avait mis en appétit...
    Il était fier de raconter sa mise à mort tellement rutilante et grand-guignolesque, mais quand même là il eut un hoquet :
    -Ces deux ordures m'ont posé sur le plateau du massicot et ils m'ont découpé aussi sec, et encore vivant, au massicot comme on aurait coupé du pain... et puis y m'ont déposé chez Alfred Depeux mon chef de cellule... 77 morceaux dans trois gros sacs à encre en moleskine, c'est le camarade Depeux qui me l‘a raconté il est au dépôt 123 en ce moment... et le pire c'est que ce con-là pour se débarrasser de moi a rien trouvé de mieux que de faire porter la barbaque aux bonnes sœurs de l'hospice Charlebourg, moi un chef communisse boulotté par les bonnes sœurs et les petits vieux édentés de l'hospice ! Ah les charognes y me le paieront !
    -Montres-lui Toinard !
    Le Toinard baissa les bretelles de son bleu, retira son tricot, il était en effet grossièrement raccommodé, les chairs baillaient même encore un peu.
    -‘voyez que je vous mens pas !
    JiTé recula devant ce corps disjoint et pourrissant. Il se reprit quand même pour avoir la fin du feuilleton :
    -Eh alors qu'ont fait les cocos...  je veux dire les communistes?
    -Ils ont pas insisté, sans doute que le Camarade Depeux était végétarien mais les Bramaloux étaient pas sauvés pour autant, z'avaient paré le coup des cocos, écartés les gaullards de leur bizness mais y ‘z'ont sentis leur douleur because leurs légitimes, sans doute qu'ils s'étaient un peu vantés sur l'oreiller, ils avaient du leur donner la recette du connard sauce au sang et ça les avait mise en appétit les deux poufiasses ...
    -J'te remercie pour le connard...
    -Te formalise pas Toinard, on en est tous là maintenant. Et puis elles savaient y faire les deux salopes et elles avaient aucune envie d'aller prendre leur retraite à Clermond-Ferrand comme ils en rêvaient les frangins pour après la guerre et elles les ont donnés aux chleux. Comme de juste les anglais n'ont rien fait pour les sauver... ils ont été envoyés en Allemagne...
    -En Allemagne mais... mais alors ils sont ici ?
    -Ah non, pas eux.
    -Mais pourquoi ? Enfin ils n'ont pas été affectés ici ? Pourtant c'était des assassins, ils avaient commis des... des crimes et...
    -On sait pas dire vous savez ici ça marche tout pareil que la sécurité sociale s'ils vous manquent un formulaire... ils sont morts là-haut en Poméranie y me semb' dan' h'un camp de travail et nous on les a plus jamais revus...
    Il y eut un temps de silence, JiTé regardait tous ces damnés à gueule de brave bougre, lui il en aurait eu pitié, maintenant tout cela lui paraissait médiocrement normal, organisé, peut-être efficace et... il sentit la fiche de carton dans sa poche de chemise, il la sortit, la montra au chef comptable :
    -Cela veut-il dire que... que je fais partie de l'effectif moi aussi ?
    -Montrez voir... ouais, non, remarquez là, votre nom est écrit au crayon, le jour où vous le verrez inscrit à l'encre alors oui, d'ailleurs c'est moi qui suis chargé des écritures, vous avez pas oublié ? Alors ce jour-là c'est moi qui ferait votre inscription.
    -Je crois qu'on a frappé à la porte. Fit remarquer Toinard avec modestie en remontant les bretelles de sa cotte.
    La lourde porte de métal s'entrebâilla dans un grincement et la vieille folle de la pharmacie de l'autre jour qui avait poursuivi JiTé jusqu'ici, apparut, elle ne gueulait plus, elle était étrangement timide et en combinaison elle s'avançait à petits pas comme une collégienne punie vers cette assemblée d'hommes, à mesure qu'elle s'approchait l'on découvrait son visage et son maquillage défait, sa peinture fraîche avait coulé.
    -Messieurs...
    Elle les voyait, elle se tourna vers son mari, le chef-comptable qui ressemblait à son fils, ils avaient comme un air de famille inaltérable maintenant, peut-être seulement le côté médiocre.
    -Bonjour mon chéri... j'ai... morte tout à l'heure... toute seule ... dans l'appartement... on m'a dit de venir ici...
    -Ah ben ma pauvre vieille d'un peu je t'aurais pas reconnue, et comme de juste y z'ont pas voulu de toi là-haut... ah ça c'était couru avec tous les bâtards que tu t'es fait passer... sans parler de...
    -Pas devant le monde, pas devant le monde Lucien...
    -Ce monde-là tu sais y te verra à poils... et pas plus tard que tout de suite d'ailleurs !
    Le chef-comptable avait encore de la rancune ou bien ne savait-il pas pardonner, il déchira la combinaison de la vieille femme, elle criait, mais beaucoup moins fort que l'autre fois dans la rue, elle n'était plus au monde et pas à pas la foule de maudits se referma sur elle.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>JiTé quitta l'usine avec tact, cela ressemblait un peu trop aux programmes télévisés de l'autre... comment déjà ? Son inéfragable moitié... Zé, c'est ça... quand même il avait du mal à voir son visage, trois jours qu'elle était partie et il lui fallait déjà l'imaginer, il fit un effort et se réveilla...
    Il avait bien dormi, tant qu'il en avait bavé d'aise comme un nourrisson, mais il n'était pas dans son lit mais couché sur le béton poussiéreux de l'atelier cathédrale, il y avait encore un peu de jour alentours, il avait mal à la tempe, il avait dû heurter l'un des poteaux... il avait rêvé, pas de danseuse au plafond ni d'ouvrier rapiécé.
       Il se leva, s'épousseta, passa la porte, le vieux vélo Mercier était toujours dans la cour, il referma le portail, sa voiture était au coin de la rue, en passant devant la pharmacie, il vit qu'il y avait du mouvement dans l'immeuble, un car de police était stationné devant, la pharmacienne était sur le seuil avec quelques commères, elles commentaient l'arrivée de l'étape du jour, c'était la vieille folle de l'autre jour, la veuve du chef-comptable qui était arrivée détachée, elle reposait sur une civière même pas recouverte d'une couverture, séchée, creuse comme une peau de serpent abandonnée au bord d'une route.
    JiTé sentit la fiche de carton dans la poche, il la sortit, son nom était encore inscrit au crayon, il fut rassuré.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>« ...l'émission de ce soir sera toute entière consacrée à une affaire qui s'est déroulée l'année dernière et dont vous vous souvenez sans doute, l'affaire Cabressoles du nom de la principale victime : le chef Cabressoles qui s'est suicidé après une infâme  manipulation suivie d'une campagne de presse qui ne l'était pas moins et dont la conclusion fut un jugement partial. Vous vous souvenez aussi que j'avais été l'un des artisans de tout cela et sans doute l'un des coupables de cette mort, nous allons si vous le voulez bien y revenir ce soir... »
    Zé était dans la régie et à mesure que l'enquête serrée se déroulait dénonçant les sœurs Bramaloux aussi bien que le notaire marron elle se découvrait de la fierté pour « son fiancé ».
    Jité lui aussi avait l'impression d'accomplir une manière de mission et jamais il ne s'était montré aussi professionnel jusqu'au moment où il découvrit sur l'un des bords du plateau Monsieur Jonquet, le chef-comptable qui lui souriait.
    Heureusement l'émission se terminait, il courut dans sa loge, retourna sa veste mais le carton de pointage n'y était plus, en revanche monsieur Jonquet était là.
    -Vous cherchez votre ticson, cherchez plus c'est moi qui l'ai, je vous avais dit que c'était moi qui m'occupait des inscriptions. 
    -Mais... mais je ne comprends pas j'ai été honnête, j'ai ruiné ma carrière pour dénoncer les coupables, je ne me suis pas épargné, j'ai...
    -Vous avez dit le mot: dénoncer, tant que vous marcherez à ça: la haine il ne vous arrivera rien de bon, pour vous les méchants sont devenus les gentils et vice-versa, mais les méthodes sont demeurées les mêmes, vous ne jugez même plus, vous condamnez, regardez l'autre là, votre fiancée si elle est fière de vous, elle fonctionne comme vous, et c'est pas réglementaire...  mais va vous inquiétez pas moi aussi je trouve ça grotesque et inutile surtout mais c'est ce qu'ils veulent là-haut : une vraie réforme et avec de la sincérité en plus... alors... tenez je vous rends votre fiche, la date est inscrite dessus, Printemps 2016, si je me souviens bien, vous avez encore du temps, il y a que l'affectation qui soit pas sûre mais si tout va bien vous devriez venir chez nous... alors à se revoir... me raccompagnez pas je vais un peu muser, la comptabilité c'est par où ?
    -La... cinquième étage... mais non attendez monsieur Jonquet...
    Le comptable avait disparu.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>JiTé mit en vente son usine des cerisiers, le jour où les sœurs Bramaloux  y débarquèrent, elles étaient mortes quelque temps après la diffusion de l'émission, Raymonde la première, sans doute parce que pour une pute de haute tradition la réputation cela compte encore puis Josette la nuit d'après en avalant de l'eau de javel pour rejoindre sa sœur, elles arrivèrent au dépôt en se tenant par la main comme les deux sœurs irréductibles qu'elles avaient été, seules face au monde depuis l'enfance, elles furent violées 1196 jours de suite par l'effectif au complet et sous les yeux de Mesthérétoth qui fit venir des renforts d'autres dépôts, établissant une véritable noria tant le spectacle lui plaisait, il faut comprendre, il les avait connues toutes gamines.    
    <o:p> </o:p>Le 1197° jour et alors que chacun reprenait son souffle et que les deux sœurs cherchaient leur slip, il vint un promoteur, très sympathique qui fit l'affaire rapidement, monta un clapier à salariés en fausse pierre de taille véritable et vendit sur plan malfaçons et murs obliques.
    Le plus étonnant était l'assemblée générale annuelle des co-propriétaires qui tombait malheureusement le jour de la fête  de Mesthérétoth et des damnées du dépôt 115.
    Les co-propriétaires se crurent victimes d'hallucinations, cris et visions,  bacchanales et tueries se succédant entre les murs de la résidence en cette nuit anniversaire. Ils appelèrent... les journalistes, mais l'apparatchik qui avait succédé à JiTé préféra ne pas se déplacer, l'endroit avait sinistre réputation dans la profession.
    JiTé travailla quelque temps sur des chaînes du câble: Bestiality TV la chaîne de ceux qui aiment vraiment les animaux où il animait un talc-chaud avec chaque soir un animaux différent ; bête ou homme.
    Zé qui avait si bien réussi dans sa tranche horaire ingrate rêvait de Naumachies en Prâme-Taïmeux sponsorisées par Petit Navire aussi le quitta-t-elle par hygiène de carrière.
    Il passa sur Pédophilos où il faisait son émission chaque soir en direct d'une maternelle différente, il avait conservé ses grandes qualités professionnelles et éthiques, jamais il ne serait allé deux fois dans la même école, sans compter que c'était plus prudent, en province ils étaient encore tellement arriérés, il fit aussi quelques animations commerciales pour Petit-Bateau. 
    Il vieillit en même temps que les autres tenta quelques retours mais les Bécasson télévisuels avaient été supplantés par les Plombzecs une vieille famille de speakerines bretonnes qui avait retrouvé, grâce à la vitalité de la nouvelle génération et à un directeur général natif de Quimperlé, toute son influence et quelques magistratures curules dont la météo, les émissions de contrôle social de seconde partie de soirée et le patinage artistique.
    Une boîte de prod' cinghalo-maltaise qu'il ne connaissait pas lui proposa de faire une série de reportages sur des guerres locales en cours, il avait envie de changer de répertoire et il se retrouva sans même l'avoir tout à fait décidé à la frontière du Prukmenistan et du Haut-Tchatcharnik.
    La limite frontalière passait au travers d'un hyper-marché Auchiotte que les français avaient réussi à placer au dictateur-résident-samovar à vie juste avant le début du conflit si bien que quelques Prukmens tenaient encore courageusement le rayon lingerie-confection femmes tandis que la contre-offensive Tchatchark s'articulait en un mouvement tournant depuis l'espace parapharmacie jusqu'aux confins petit-déjeuner-biscottiens, c'était encore du classique, de l'artisanal, travail à l'ancienne à l'A.K 47 et couteau de chasse pour les éventrations rapprochées et les finitions.
    Le porte-parole Tchatchark qui était le seul parmi les combattants à se balader en costard trois pièces et lunettes d'écailles, il était diplômé de la Londonne Buzinesse Scoul, lança à l'adresse de l'adversaire retranché :
    -Shmout, shmout gerobachnik nicklobésonon !
    Qui voulait dire à peu prés :
    -Rendez-vous chiens prukmens, ou nous vous remettrons  sans grandes précautions dont le ventre infécond de vos ânesses de mères!
    Lyrisme paradoxal car oriental et puis il avait fait des études d'économétrie point de zoologie.   
    Ce à quoi le chef Prukmen répondit en brandissant pour seul étendard un Wonderbra crevé encore rouge du sang de... la démonstratrice:
    -Vas-te faire mettre eh connard je travaille moi !
    Il avait fait lui ses humanités à Pantin mais il était bien décidé à mettre la semelle et à n'en rien lâcher.
    Sur ce les tac-tac mêmes pas crédibles des fusils d'assaut repartirent. 
    Ce que ces humanistes ne voyaient pas et que Jité venait d'apercevoir c'était les deux mômes planqués au rayon jouets c'est à dire entre les deux lignes de feu. Sans doute deux gamins qui n'avaient pu résister à l'envie de réaliser le hold-up du siècle en mettant la main sur deux figurines articulées Baston Man. Ils les avaient encore à la main et se baissait un peu plus à chaque départ de coup, ils n'étaient pas grands, sept ou huit ans tout au plus mais maintenant tellement resserrés qu'ils ne prenaient presque plus de place sur le carrelage.
    JiTé en informa le porte-parole qui répondit qu'il saurait se montrer généreux et dédommagerait les familles.
    -Je donnerai à chacune deux milliards de Teuros.
    C'était la monnaie trans-caucasienne et cela faisait exactement 67 francs et quarante centimes, il payait tout en dollars sauf les dédommagements.
    -Il est hors question de retarder l'assaut pour deux petits voleurs.
    Je passe sur CNN chez Larry Kong dans deux heures il faut que je rentre à mon hôtel et que je me travaille à la vidéo.
    Alors Jean-Thierry Bécasson ressentit l'un de ses frissons d'absolu je m'en foutisme, mélange d'orgueil devant le destin et de puissance intime, tonitruance subite du cocu par quoi s'annonce et se révèle le coupable caractère français et dont on lui avait pourtant appris à se méfier dés sa petite enfance.
    Il se leva, dit bouleversé:
    -Tous ces gens n'en voulaient donc qu'à mes couilles ! Ah nom de Dieu de bordel de merde ! Pour la France, pour le Roy, Dieu  devant je tâche !
    Et il prit un extincteur qui lui tombait sous la main mais cela aurait pu être tout aussi bien un camion 15 tonnes ou une ombrelle fin de siècle et il chargea l'extincteur au clair.
    Il enfonça les lignes Tchatcharks et Prukmen cueillit les mômes et traversa le magasin sans même prêter d'attention à la vente flash qui se déroulait au rayon des lance-grenades.  
    Ses dernières paroles furent sur le seuil du magasin devant le parking dévasté, semé de trous d'obus et de caddys les roulettes en l'air:
    -Voyons les enfants ou est-ce que papa a garé la voiture ?
    Et il tomba de tout le poids de son existence sur le carrelage et les deux gamins en furent gênés.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>   Il se réveilla devant le portail du dépôt 115, l'avenue des Cerisiers était déserte, mais l'usine éclairée, habitée et tournante comme au meilleur des années quarante, ce n'était pas un rêve mais une vision exacte et détaillée, bruyante même, attestée, d'ailleurs il se sentait assez bien dans cette nouvelle réalité, aussi vérifiable mais sensiblement plus commode car il pouvait faire le tour de son slip sans même faire vibrer ses bretelles de grand reporter.
    Il frappa à la porte, mais personne ne vint lui ouvrir, au loin dans la rue, il vit venir une petite troupe de mômes conduites par deux hommes et ils chantaient, en allemand, Jité se rendit compte alors qu'il comprenait l'allemand qu'il n'avait pourtant jamais appris, ils s'arrêtèrent à sa hauteur :
    -Vous tenez vraiment à rentrer là-dedans, chez ces cannibales !
    L'homme parlait parisien avec l'accent parigot :
    -Ben... ben non... mais je...
    Et il sortit le ticket de pointeuse.
    Le parisien le lui prit et le déchira :
    -Plus valable. Je suis Joseph Bramaloux et voilà mon frère Raymond, on a fait comme une sorte de pèlerinage, allez mon gars viens plutôt avec nous on a promis aux mômes de les emmener au cirque et il y en a toujours un qui fait relâche dans le coin sur les bords de Seine.    
    -Vous... vous venez de... de longtemps ?
    -De Dresde... il y avait un orphelinat... on a pas p'us tous les sauver avec le frangin... soixante ans qu'on marche mais va t'inquiètes pas on est bientôt arrivé mon petit pôte! 
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  • JiTé  (Parte tou)  

    Le lendemain il prit la décision d'arrêter... la cigarette.
    D'abord parce que ça ferait plaisir à... l'autre là... comment déjà ? Mais si la fille qu'il aimait ? Zé voilà ! Et puis parce que la cigarette c'était mal et le tabac une offense à notre sainte mère l'Hygiène.
    Il alla chez le pharmacien du bout de la rue des Cerisiers acheter un truc contre, il n'osait pas retourner tout de suite à l'usine.
    La pharmacie était moderne, la titulaire, quoique quinquagénaire, souriante, elle discutait avec une vieille dame finement détaillée, un vraie modèle réduit de ce qu'elle avait été, une sorte de chef d'œuvre Jivaro: jeune fille au 1/10° après la cuisson d'une vie.
    Elle habitait dans l'immeuble dont la pharmacie occupait le rez-de-chaussée et racontait les malheurs qu'elle venait de rentrer et la pharmacienne écoutait en remettant quelques fois du poivre, enfin elle vit une ouverture avec l'arrivée de JiTé et la raccompagna à la porte.
    -... et bien alors bonne journée madame Jonquet.
    Ce nom éveilla JiTé qui laissa tomber la contemplation de la gamme des vermifuges Girardin :
    -Pardonnez-moi madame vous ne connaissez pas... enfin j'ai racheté l'usine Bramaloux et votre nom... dans un registre quelqu'un de votre famille n'a-t-il pas travaillé là-bas pendant...
    -Chez Bramaloux, et comment donc, mon mari y a été employé  trente années de rang, il était chef-comptable.  
    -Pourrais-je le voir ?
    -Ah ça risque pas le bonhomme est mort en 64 il s'est pendu, le con.
    -Oh...  il s'est... pendu... je...  croyez bien que je regrette ...
    -Pas moi... la queue et le bec voilà tout ce qui l'occupait celui-là !
    Elle prenait à témoin deux sociétaires de son immeuble qui venait d'entrer dans la pharmacie.
    Elle était vulgaire et sans doute assez bête et quand JiTé lui demanda :
    -Et... depuis... je veux dire... vous ne l'avez pas revu depuis ?
    Elle ne lui répondit pas tout de suite, réfléchit un grand coup derrière les oreilles du côté du reptilien puis lâcha comme pour  susciter l'émeute:
    -Y me demande si je l'ai vu depuis ! Mais qu'est-ce c'est ce type-là qui se fout du malheur du monde!
    Elle n'aurait sans doute pas protesté aussi fort s'il l'avait tringlé direct sur la caisse et elle marchait sur lui en balançant son cabas en avant, pour blesser, la pharmacienne qui ne voulait pas s'aliéner la clientèle de son immeuble ne protestait pas et JiTé se retrouva repoussé sur la frontière puis tout à fait sur le trottoir.
    L'autre continuait de l'insulter, son visage blanc de poudre, rechampi de bleu et de rouge, articulé de haine avançait sur lui et il s'en alla à reculons jusqu'à la porte de l'usine qu'il ouvrit dans la précipitation et referma avec soulagement.
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Curieusement il n'entendit bientôt plus les insultes de la vieille femme, mais un grondement qui venait de derrière la porte en bois de l'atelier, quelqu'un lui tapa sur l'épaule, un type en blouse grise qu'il reconnut pour l'un des peintres de Jean-Cé Martignoles, il lui tendait une fiche en carton.
    -Oui, oui merci...
    Il l'empocha, comme une débutante sa première robe de bal, il craignait par dessus tout de froisser l'ouvrier.
    Il essayait de savoir si la vieille folle était toujours là mais le peintre lui désignait une pointeuse accrochée au mur, JiTé lui sourit, l'autre passa une fiche dans la machine, elle délivra un « Schdong ! » tout à fait réglementaire après quoi il planta son carton à côté d'autres dans un tableau à encoches en métal.
    JiTé avait entrouvert le portail ce dont profita un collègue du peintre. Un gros bonhomme moustachu, casquetté, essoufflé, portant musette au côté était arrivé à vélo, il sourit à JiTé le salua d'un doigt porté à la casquette descendit de sa bécane la posa contre un mur de la petite cour, enleva ses pinces à vélo puis rejoignit son collègue devant la pointeuse.
    La vieille folle était partie c'était bien tout ce qui l'occupait mais quand il se retourna il vit aussi que les peintres étaient rentrés.
    Il s'approcha de la pointeuse. Sacré JiCé Martignoles il n'avait pas perdu de temps pour organiser son chantier c'était son côté  social, ne jamais laisser traîner un ouvrier ou égarer un double-mètre, le bénéfice commençait là .
    JiTé retira la fiche de sa poche, il allait la jeter quand il vit le numéro d'ordre et en dessous son nom en caractères bâtons, sur la pointeuse aussi il figurait en bonne place, il était maintenant de l'effectif. Il n'eut pas le temps de s'interroger, son téléphone portable le sonna c'était Jicé qui le prévenait que le démarrage du chantier était reporté en début de semaine pour « cause de retard dans les dépassements  sur un autre chantier », JiTé avait poussé la porte, l'atelier était dans le même état que la veille, désert, vacant et désaffecté.
    Il retourna dans la cour, le vieux vélo était toujours là, il le veilla jusqu'au soir, assis à même les pavés, la main serrant le garde-boue jusqu'à se blesser, il sentait que quelque chose de sa vie était en train de lui échapper que son destin était la mise mais il ignorait quelle carte jouer non plus que les règles du jeu et si l'on avait le droit de s'aider des mains et quand bien même de tricher...
    Non jamais il n'aurait du signer ces papiers chez le vieux notaire.
    Voyons comment tout cela avait-il commencé ?
    Pas même en répondant à une petite annonce et en laissant faire le hasard.
    Non chez les Bécasson on vivait comme des rats toujours à l'affût d'un pot de confiture resté ouvert, d'un couvercle desserré, place de parking aussi bien qu'emploi statutaire tout leur était bon, or le cousin Jean-François après une décevante carrière sportive de branleur nautique et de navigateur épave dans les bars de Saint Pol de Léon, avait été remarqué et vigoureusement introduit par Jean-Thierry Bertaut journaliste sportif puis éphémère présentateur du journal parlé que la majorité parlementaire d'alors avait amené dans ses fourgons mais que le bon peuple avait découvert un soir avec stupéfaction bégayant à l'antenne:
    -... po-po-po-poli-ti-ti-tique ét-té-té-trangère...
    Malgré quelques lettres de soutien de téléspectateurs zen-zen-zen-thousiastes: « ... fin-fin un pré-pré-zaaaaaaaan-‘tateur qui-qui nous-nous ressemble... » après un interminable trimestre, il avait obtenu un poste de chargé de la communication puis de co-inculpé d'un secrétaire d'état camarade de régiment.
    Il était parti mais le premier Bécasson télévisuel lui était resté, il s'était incrusté, beloteur et revendicatif, se faisant élire délégué du personnel et se conduisant depuis comme un représentant aux armées, intrigant, prévaricateur et détestateur, bref un emplumé de première. Surtout il avait ouvert la porte à tous les autres Bécasson, nièces, neveux et cousins et après cinq ans il y en avaient partout même à la météo.
    JiTé lui s'était tout de suite senti une vocation sociale, pédagogue et engagé il montait tous les mardi soir sur une chaîne d'état son petit chapiteau forain, émission où il dénonçait en gros plan ce qui n'allait pas, alternant avec un savoir faire de « guépéiste » chevronné reportage consensuel sur la pêche des éponges en baie de somme et dénonciation partisane, photos de vacances et appel au lynchage.
    Un jour ces dames Bramaloux l'avaient appelé à « son bureau » pour se plaindre des agissements de l'un de leurs voisins, le chef Cabréssoles un ancien légionnaire devenu historien militaire du premier REP, propagandiste d'idées extrémistes, qui  s'exhibait mi-faune, mi-sapeur dans son jardin luxuriant les soirs de grande inspiration.
    -Vous comprenez pour nous qui avons fait la résistance c'est tellement insupportable de penser que cela puisse encore exister le... comment déjà Josette ?...
    -Les estrémisses quoi !
    JiTé les avait trouvé dignes, admirables, héroïques, encore engagées malgré leur grand âge et il avait accompli aussitôt son devoir citoyen, appelant à manifester contre, et interdire pour, pétitionnant en préfecture bref préparant les fagots, Cabréssoles, passé ci-devant au mérite, avait comparu devant un tribunal populaire de la presse parisienne puis un autre moins administratif qui au vu de ses titres militaires conclut à la préméditation et déchut le médaillé multirécidiviste de sa nationalité... soviétique ainsi que des quelques droits... de timbres qui y étaient attachés.
    N'était demeuré dans le jardin touffu, qu'une petite fille, cachée, sa nièce qu'il avait recueillie et élevée sans contraintes et que dans sa grande sagesse le tribunal sus-nommé, débusqua, confia à des éducateurs sociaux qui, par souci de resociabilisation, la mirent sur le trottoir.
    Cabréssoles qui avait décidément vocation de cocu se suicida enveloppé dans ses langes républicains, patriote au torchon et les sœurs Bramaloux purent tout à loisir acheter son pavillon et en réunissant les lots engager l'opération immobilière qu'elles avaient en tête et que Maître Jaurigué...bèrégui au meilleur de son vice mena à juste terme.
    JiTé, plein d'admiration, voulut les revoir, faire un émission sur leur vie durant « les années les plus sombres de ... » mais soudain elles changèrent de braquet, se firent modestes: cela n'intéressait plus personne et puis elles partaient en vacances, il en appela au devoir de mémoire mais décidément non elles n'étaient pas trop partantes non plus pour les devoirs de vacances, chez elles le supplément ça avait toujours été payant, et puis la mémoire à leur âge, elle était trouée comme un fromage d'alpage disaient-elles ce qui était faux car elles possédaient au contraire une mémoire circonstanciée de taulière, bref il commençait à les emmerder le fonctionnaire de la télé, alors pour s'en débarrasser, elles l'achetèrent, en toute simplicité.
    Il ne s'en rendait pas compte mais elles le traitèrent exactement comme elles auraient fait avec un officier d'armée d'occupation, n'importe laquelle, elles n'étaient pas « racisses », muni d'un bon de logement chez l'habitant, et elles avaient une expérience certaine dans le maniement du soldat.
    Alors qu'est-ce qui lui ferait plaisir au petit jeune homme ? ‘pas les spécialités qui manquaient à la carte.
    Cela n'avait pas été difficile de le savoir, il se déboutonnait facilement  et se confia à ces femmes si maternelles, peut-être même chiala-t-il sur les napperons, au grand désarroi de Josette Bramaloux, elles lui épongèrent l'âme vite fait, il cherchait un « loft »
    -Un quoi ? demanda Josette.
    -Mais si tu sais bien, un entrepôt.
    -Ah ouais comme pour les clandestins turcos de l'autre fois ? Pourquoi il veut se lancer dans la confection lui aussi ?
    -Mais non c'est pour en faire un appartement... il y aurait bien... Oui, l'usine des Cerisiers... on lui ferait bon prix.
    Une usine de cerisiers à bas prix, JiTé était partant c'était tellement romantique cela plairait à ... comment déjà ? Son inoubliable amour ? L‘autre quoi... à Zé, voilà, merci.
    <o:p> </o:p>*
    <o:p> </o:p>Il s'agissait de prendre sur soi, ainsi que le lui avait répété Zé, avant de partir en repérages à Rungis, son projet avançait bien, il plaisait car fédérateur, toute la famille décomposée pouvait se retrouver devant de telles scènes d'égorgements et d'orgie.
    Alors un dimanche après-midi  JiTé se força à aller à l'usine des Cerisiers. Les derniers mètres furent les plus difficiles mais quand il passa les portes il  vit le vélo oublié toujours enchaîné, il y avait bien attaché une dizaine de cadenas et il sentit cette odeur d'huile de coupe et de graisse brûlée qui étaient les parfums certifiés de l'abandon, il marcha à travers l'atelier, se retrouva dans l'espèce d'appentis cathédrale où étaient resserrés dans d'innombrables casiers travaux en attente et bons de commandes oubliés, il leva les yeux vers la verrière, la danseuse cul de jatte était pendue par le cou à la charpente, elle tirait une langue violacée, énorme et spectaculaire comme une pièce de boucherie à l'étal et d'en dessous l'on voyait sa petite culotte blanche et la corolle du tutu et deux moignons sanguinolents qui gouttaient sur le nez de JiTé.
    Il cria, il gueula, il vomit, il fit des bruits qu'il n'imaginait pas avoir en magasin, protestant de la tripe, des boyaux et de la gueule, se pissant, se chiant dessus comme un condamné sur le point de mettre la tête dans la lunette et se découvrant tout comptes faits bien assez innocent et donc hors sujet, et quand il voulut fuir, il entendit un énorme éclat de rire et découvrit autour de lui tout l'effectif de l'usine réuni là, ouvriers en bleu attelés à leur travaux, contremaître en blouse grise, tous hilares, malgré le bruit des machines et enfin tombant du ciel la demi-ballerîne vint lui choir dans les bras avec une grâce de feuille morte des troupes parachutistes.
    -Excusez-le c'est encore cet imbécile de chef-comptable qui m'a tuée ! Voulez-vous me lâcher et me poser par terre maintenant grand coquin !   
    Voilà JiTé était devenu fou, il en était convaincu : abus d'opiacés ou hérédité parisienne, dans tout les cas ce qui se passait ici sous ses yeux ou dans son imagination n'était point habituel ou normal. Et puis ce qu'étaient tous ces gens, fantômes clignotants, réalistes et musettes, si peu modernes, démodés et malgré tout... oui malgré tout contemporains de lui JiTé Bécasson quatorzième du nom.
    Il ferma les yeux, il sentit qu'ils se rapprochaient, leur presse, une forte odeur et puis plus rien, quand il les réouvrit il n'y avait plus personne, l'odeur aussi avait disparu. (à suivre...)
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  • <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p> JiTé by H.T. Fumiganza  (part ouane)    

     

    Maître Jauriguiberiguéry reprit à JiTé son vieux stylographe à pompe, c'était un notaire de l'ancienne école, un qui ne se faisait pas prendre, il avait passé quatre-vingt dix années délictueuses depuis ses premiers vols de berlingots jusqu'à ses derniers détournements de mineures sans jamais avoir eu à subir une réprimande paternelle ou un blâme confraternel et continuait de prendre le temps, dans l'âge il semblait s'aiguiser encore.
    Et puis il avait tant aimé son siècle, ah il en avait besogné du petit épargnant et de la veuve méritante et refilé de la rente et de l'obligation d'état comme autant de véroles à tous ces braves gens. Rien ne l'inspirait mieux que l'honnête et le médiocre.
    -Maître Jo je signe pour ma sœur...
    -Ah non Ma petite Josette... Raymonde doit signer elle-même... sauf à quoi monsieur Bécasson... Jean-Thierry né le premier avril 1977 à Neuilly sur Seine Hauts de Seine serait fondé le cas échéant et il échoit plus souvent qu'on ne le voudrait... Monsieur Bécasson pourrait en prendre prétexte pour faire annuler la vente.
    Bécasson... Jean-Thierry voulut protester de sa parfaite innocuité, mais il n'était pas à son aise dans cette étude sombre, entassée et décrépite et se tut, il n'aimait point trop la promiscuité d'avec les souvenirs d'autrui, et puis tout cet âge accumulé, mis de côté, pour plus tard, pour ailleurs !
    Ah l'antique religion de la jeunesse ! Pensa maître Jauriguibériguéry. Il revoyait les petites Josette et Raymonde à dix-huit ans, émancipées, quand montées de Clermont pour entrer en maison chez madame Berthe avec toutes les recommandations nécessaires de leur tuteur et oncle, il avait rédigé, car il était joueur autant que madame Berthe était formaliste, dans les salons de l'impasse Méricourt l'acte de cession de leur fleur à un gros mandataire des Halles qui avait eu les yeux plus gros que le bas-ventre et avait du remettre à quinzaine l'inauguration de la seconde sœur, était-ce Raymonde ou Josette ? Par le jeu d'une clause subrogatoire, sa spécialité, l'abstinence forcée avait produit un gros intérêt dont les deux sœurs lui avaient été reconnaissantes, depuis elles lui étaient demeurées fidèles et elles en avaient fait du chemin ces bestiasses là !
    -Mais ce garçon est honnête et respectueux de la parole donnée, cela se voit, nous ne lui aurions pas vendu l'usine sinon... vous pensez bien maître Jo...
    Elle l'appelait le vieux basque maître Jo, par paresse pensa JiTé, au vrai elles auraient détesté ne point prononcer correctement son nom et puis ce diminutif le faisait accéder à leur familiarité.   
    Maître Jaurigué...ry en regardant les chaussures de Bécasson Jean-Thierry remarqua que selon sa table des compétences celui-là était un imbécile, mais sans solidité, des pieds d'adjudant dans des mocassins italiens.
    Un crétin des villes, grégaire et tatillon, sans instinct ni jugement. Il était jeune et la jeunesse était pour lui une vertu et l'âge une endémie, un obscurantisme contre quoi la science saurait un jour vacciner sa génération, cette génération qui était sa seule patrie, nation barbare et cannibale mais puissance débile et sans postérité, trop d'énergie sans élan et d'émotions sans sentiments. Peut-être avait-il raison de s'en méfier de l'âge, il n'en était pas et n'en serait jamais de cette intimité-là ni n'en recevrait la confidence et mourrait à trente sept ans et sept mois avec 774 compagnons d'infortune dans le naufrage de la sanisette H.M.S Mousse Loïc le Nigaudec lors d'une Guaipraïde en 2015 ou 16... un destin de voisin de palier, une vie de complément... voyons mais il lui restait... Maître Jo compta sur ses doigts :12, 13, 14 années à vivre. Diable il n'irait pas au bout de son crédit sur 15 ans et c'était lui qui l'avait recommandé à Jules Bois du Comptoir Immobilier Parisien.
    -Avez-vous pensé à prendre une garantie décès pour le remboursement de votre crédit Monsieur Bécasson?
    -Cela me semble un peu superflu maître...
    -Il est des superfluités nécessaires. Malgré tout pensez-y.
    Tant pis pour Jules Bois, il en avait vu d'autres.
    <o:p> </o:p>JiTé se laissa happer par le regard gris et baigné comme un huître du vieux maquignon et sentit un frisson lui naître entre les épaules. 
    Il n'avait qu'une envie, signer ces papiers qui le rendraient propriétaire de la petite usine d'imprimerie et de façonnage sise Avenue des Cerisiers au numéro 19, et s'en aller boire un crème à la terrasse d'un café au milieu de jeunes gens de son âge .
    Il regarda les deux vieilles femmes, elles aussi avaient passé les quatre-vingts ans, étonnant d'ailleurs le bégaiement de l'âge chez ces jumelles, peut-être avaient-elles montrées quelques différences dans leur jeune temps mais aujourd'hui elles étaient redevenues à l'identique, deux sister-ships exactement rouillés.
    Leur seule coquetterie était leur deuil tournant.   
    Les sœurs Bramaloux étaient toutes deux veuves mais pas du même bonhomme, chacune de l'un des frères Bramaloux, ils avaient disparu en même temps, et c'était déjà Maître Jo qui s'était occupé de la succession, à la satisfaction générale et pourtant l'époque ne s'y prêtait guère, à la satisfaction.
    Depuis chacune leur tour, l'une d'entre elles portait pour les deux, une semaine durant le deuil des Bramaloux Bros.
    Aujourd'hui c'était le tour de Raymonde, Josette était en coton printanier d'avant-guerre.
    L'affaire était réglée et ce fut Maître Jo... qui donna l'ordre de la retraite en reprenant ses cannes anglaises posées de chaque côté de son  imposant fauteuil de cuir crevé d'où s'échappait le crin, Josette s'empressa de l'inviter ainsi que leur vendeur :
    -Allons chez le Père Viguier pour arroser l'affaire.
    « Arroser l'affaire » elle retrouvait pour dire ça des accents parigots de tenancière modèle la chère Josette.
    *
    <o:p> </o:p>Quand ils arrivèrent devant le bougnat, Raymonde s'exclama :
    -Mais ils ont tout changé !
    -C'est le petit-fils qui a voulu faire un bar branché comme il dit. Expliqua le notaire en charge aussi des intérêts Viguier.
    C'était gris tombal et vastement moderne, sobre et vacant comme une morgue inaugurée de la veille, il traînait une cacahuète sur le comptoir, on aurait cru une dent en or et le café coûtait une heure de métallo.
    JiTé trouva l'endroit tout à fait charmant.
    -... une... deux... trois fines à l'eau... et pour vous jeune homme ?
    -Pardon ?...moi je... un Diet Coke.
    JiTé ne pouvait s'enlever de la contemplation des jambes découvertes de Josette Bramaloux, qui prenait le soleil, longues, galbées à la perfection, sans une varice, des jambes de jeune fille encore en viande.
    JiTé bandait pour une antique pute et les deux sœurs octogénaires auxquelles rien de ces choses n'échappait s'échangèrent une œillade connaisseuse, car dans leur tour de rôle celle qui n'était pas en deuil était en charge de porter haut les couleurs de leur jeunesse coupable.
    *
    <o:p> </o:p>-... quelque chose de sobre surtout... et moderne, tu vois ?
    -Gris granit et très scénique?
    -Parfait.
    C'était ce qu'il y avait de bien avec JiCé Martignoles il comprenait tout de suite ce que voulait JiTé, ils avaient les mêmes goûts, c'était l'architecte qui avait refait dans de jolis tons de gris printanier l'agence de com' du père de JiTé.
    -Et surtout tu ouvres l'espace en grand !
    -Tu me fais confiance... bon je t'envoie les peintres demain pour le gras.
    Il le raccompagna jusqu'à sa grosse bavaroise grise métallisée, le crépuscule estival retentissait de chants d'oiseaux, il referma le lourd portail en métal rouillé et entra dans l'usine éclairée.
    <o:p> </o:p>Elle n'avait pas beaucoup changé depuis les années 70, les machines Heidelberg noiraudes, les casiers, les outils, et les meubles, lampes et classeurs d'avant-guerre étaient regarnis en graisse et poussière comme des soldats au bivouac empesés de la crasse et de la fatigue de leur route mais encore sur le qui vive, tout aurait pu reprendre dans l'instant et la vie se retendre, repartir, comme elle s'était détendue, arrêtée une trentaine d'années  auparavant.
    JiTé remontait l'enfilade de bureaux vitrés pour atteindre l'interrupteur général qui se trouvait dans la pièce du fond, en passant il flânait, heureux de son acquisition malgré tout, découvrant, dans ces vitrines d'un passé quotidien, un vieux ticket de Pari Mutuel Urbain dans un sous-main, décrochant du mur une carte postale de vacances :
    « Arcachon 22 Août 1969, le retour approche alors on en profite, ici on respire le bon air de la mer et des forêts de pin, il y a plein de balades à faire et on s'en prive pas avec la 404 toute neuve, salut aux collègues restés parisiens et à bientôt. Jeanjean Teulade. »
    Il allait atteindre la pièce du fond qui était la comptabilité comme indiqué sur la porte : Gilet Chef-Comptable quand il sentit une présence, il vit la veste posée sur le dossier de la chaise et un type en gilet de laine bordeaux assis à un bureau, il avait tombé la veste et posé son écharpe à carreaux, il devait avoir dans les soixante ans, mais c'était du sexagénaire ancien modèle, très las et essoufflé et il lisait en rigolant un gros livre comptable.
    -Monsieur? Je peux vous demander ce que vous faîtes là... et d'abord comment êtes-vous entré ?
    -Entré ? Eh bien par la porte, je crois bien cette fois comme tout le monde, j'ai les clefs.
    -Vous... vous êtes un ancien de la maison Bramaloux?
    -Ah ça oui, on peut le dire, Alfred Jonquet... jusqu'en 1964, j'ai travaillé là-dedans... trente années de maison, la comptabilité ça a toujours été une passion, ah va ils ont fait des progrès, aujourd'hui c'est plus tout à fait pareil même si l'on s'y fait quand même, il faudrait que je m'y remette ...
    Ce qui lui semblait du dernier cri en matière de comptabilité Grand Tourisme était le livre-journal de 1973.
    -...bah c'est comme le vélo ça s'oublie pas. Trente années... oui vous me direz à côté de... c'est rien du tout... mais quand même.
    -Vous étiez entré très jeune ici ?
    -A vingt-deux ans, au retour de l'armée.
    Vingt-deux ans en 34, JiTé fit le calcul... Non ce type ne pouvait  avoir quatre-vingt-dix ans passés.
    -Ah te voilà toi, je te cherche depuis une heure, partout dans cette foutue taule !
    JiTé avait d'abord remarqué la voix de la personne qui venait d'entrer dans le bureau et en baissant les yeux il put observer un étonnant spectacle: une danseuse étoile en bandeau et tutu blancs monté sur un petit chariot de cul de jatte municipal, et se propulsant à l'aide de deux fers à repasser en fonte.
    Elle n'avait plus de jambes donc et son tutu ressemblait à un œillet blanc passé à la boutonnière d'un cantonnier. 
    Et ils sortirent sans même prendre la peine d'ouvrir la porte, ils passèrent très simplement à travers le mur du fond et s'éloignèrent, le vieux comptable tenant conjugalement la main de la moitié de danseuse.
    *
    <o:p> </o:p>JiTé avait quitté l'usine en emportant avec son volumineux 4X4 une partie de son portail, se promettant de ne plus jamais  remettre les pieds chez lui,  enfin « chez eux ».
    Il était pourtant amateur de films d'épouvante et de science-fiction, il se sentait moderne c'est à dire, normal, américanoïde, mais peut-être croyait-il à l'épouvante mais non aux rêves.
    Et puis tout cela était tellement... tellement « franchouillard », et Dieu sait qu'il se méfiait de sa nature coupable.
    Comme un curé rationaliste qui découvrirait que le type qui lui sert son petit noir chaque matin est bien l'archange Gabriel en personne et qu'il sait aussi bien rendre la monnaie que n'importe lequel de ses collègues garçons de café, il eut peur jusqu'au  tréfonds de l'âme, non mettons qu'il eut peur jusqu'à la semelle incluse, une vieille peur paysanne, tellurique qui lui redressa les vertèbres.
    <o:p> </o:p>-C'est toi JiTé ?
    Il mit un peu de temps à retrouver un réflexe quotidien, la voix venait de la cuisine ouverte, c'était Marie-Laurence dite Zé, « sa fiancée » qui s'affairait au comptoir et à ce moment il aurait voulu être tout à fait homosexuel, il hésitait encore il sentait que son sens du devoir autant que le souci du progrès qu'ils avaient dans la famille depuis des générations le poussait vers la pédérastie mais quand même avec les filles ça faisait moins mal.
    -Qui veux-tu que ce soit ?
    -Oh là là il est encore de mauvaise humeur le JiTé ! Allez tu vas être content je t'ai fait une tarte au citron !
    -J'espère que tu l'as bien décongelée, j'ai pas envie d'y laisser un plombage comme l'autre fois.
    Marie-Laurence dite Zé vint à lui, elle n'avait trop rien de maternelle, les cheveux plats et courts, la silhouette longue et sans reliefs remarquables ni monuments érigés, peu de points de vue étonnants ou haltes apaisantes, une campagne rase mal distribuée pour les embusqués, rien de consolant donc, sinon une autorité qui pouvait être bienveillante et grand-fraternelle. Oui quelque chose d'amicale mais encore fallait-il ne pas oublier de la décongeler tout à fait.
    Il avait lu, on lui avait répété que rien n'était plus émouvant qu'un homme qui pleure, alors il se laissait aller à l'occasion devant son chef de corps, depuis quelque temps, étaient-ce les soucis professionnels, il en avait abusé et Zé s'en était lassée de  ce grand type lourd qui se chialait dessus mais elle était ce jour-là d'une particulière bonne humeur ayant obtenu l'imprimatur d'une chaîne de télévision nationale pour la production le dimanche matin en complément du « jour du Saigneur » d'un nouveau jeu dont elle avait elle-même défini le concept: une grande arène,  du côté de Rungis, partenariat à définir, ouverte et télévisée, des spectateurs triés sur le volet et autant que possible consentants, armés de tartes à la crème lâchés au milieu de quelques fauves très exercés, elle avait mis du temps à parfaire son projet car sur le plan de « l'éthique » un problème l'avait longtemps troublé: soumettre les bêtes à un régime trop riche: chrétien plus crème au beurre était-ce éthiquement correct ?
    Son assistante avait trouvé la solution: un diététicien allégé, un traiteur aux édulcorants intenses et un psychochose breveté d'état-major seraient en charge de veiller au bien être des fauves.   
    Bref l'avenir s'annonçait radieux, au moins pour les fauves et pour elle, mais elle n'avait pas décidé si dans cet avenir-là il y aurait encore place pour JiTé. 
    Si seulement il arrêtait de renifler ce corniaud-là !
    -Mais qu'est-ce que tu racontes, j'y comprends rien à tes histoires de comptabilité !
    Il raconta mieux, il raconta tout, elle écouta à peu prés en pensant à ses futurs tarifs annonceurs et rendit son verdict sans délibéré :
    -Tu auras trop fumé de pétards, je t'ai dit que tu exagérais la semaine dernière.
    -Tu... tu crois ?
    Il n'y avait pas pensé :
    -Mais oui, mais c'est bien sûr!
    -Ben tiens c'est comme pour tout, c'est naturel mais il ne faut pas en abuser !
    Il voulut s'allumer une cigarette.
    -Ah non pas de ces saloperies! Embrasses-moi plutôt.
    Elle avait envie d'être aimée, il en profita mais quand il voulut la prendre comme un garçon elle refusa :
    -C'est bien un truc de mec ça !
    Au matin il s'endormit, il garderait toujours un regret au cœur: il ne serait jamais un enculeur. (à suivre...)
    <o:p> </o:p>
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