• Souscription nationale pour le transfert immédiat des cendres de Jacques Chirac au Panthéon.

    Ensemble et avec tous les autres (et même leurs cousins) Souscriptons!!!

     

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  • Performance

    C'était un mardi et je pensais déjà au ouiquinde à venir. Je m'appelle Jean-Pierre Rolin-Gueustone et je suis chercheur titulaire à l'Observatoire de Cognition Sociale en Pédalologie et Vélocipédologie Urbaine de la Mairie de Paris. Mes travaux personnels, mais j'en parlerai peu, tournent autour d'une renouvelée pratique citoyenne du pédalo, dans une perspective transgenre bien entendu. Afin de limiter ce qu'il peut y avoirde petit bourgeois et de déviant socialement dans un usage égotiste et personnel du vélocipéde et pour encourager au développement du transport en commun dans sa définition minimale soit le co-pédalage à Paris, nous avons fait acheter sur le budget de l'Institut: des tandems, et nous avons formé des binômes comme au temps de nos études urniversitaires.

    Lors du tirage au sort le hasard ne m'a guère favorisé et j'ai hérité d'un collégue obése flatulozoïde et boulimique: Jean Gaétan Pinnequeux-Floïdeux dont la quête scientifique se résume à une comparaison des divers big-cheese en vente sur la place de Paris, il faut dire qu'il a une hérédité chargée: son père est conseiller de Paris, de droite bien entendu.

    Quand je pense que nous avons adopté cette solution du co-pédalage pour polluer le moins possible et qu'il me faut promener ce personnage qui, partout où il est, pollue, la vue, le paysage, l'athmosphère, il faudrait songer à mettre un nouveau bac pour le tri sélectif: un bac à obése dont on veut se débarasser, après tout il y a bien un bac à foetus, une proposition qui a été votée par la majorité municipale avec le succés que l'on sait (bleu pâle pour les foetus mâle, rose clair pour les filles) et malgré l'opposition du père Pinnequeux-Floïdeux bien entendu dont l'éthique écologique est simplement inexistante.

    Bref je suis obligé de balader partout ce type paresseux qui ne pédale jamais et ne sait pas même écrire son nom au complet.

    Ce mardi je... nous quittâmes donc l'Observatoire vers les trois heures de l'après-midi après une rude journée de travail consacrée à la recherche... des clefs de la cafétéria que Patrick Zedoursse de l'unité de recherche "Grand Bi et monocycle" avait égarées. J'avais rendez-vous avec Pivvoine Charençon une amie qui est attachée de presse au Musée d'Art Contemporain du Plessis-Bouchard, une fille attachante et très ouverte, enfin elle ne s'était pas encore pleinement ouverte à moi mais je ne désespérais pas, elle préparait une thése sur le général Horatz von Shmutz du haut état major allemand qui avait fini dame pipi à la gare de l'Est en 1927, la très belle histoire de quelqu'un qui avait assumé sa différence jusqu'au bout et avait fini par s'asseoir sur son casque à pointe.

    Pour ma part j'avais quelques soucis personnels, afin de lutter contre la montée de l'extrémitude, je m'étais en effet inscrit au Parti Socialiste pendant la pause déjeuner entre onze heures et treize heures mais la touche de l'ordinateur s'était bloquée (le manque de moyens dans l'administration parisienne est scandaleux!) et le mail de confirmation m'indiquait que je m'étais bien inscrit quatorze fois au PS, j'avais donné mon numéro de carte bleue et je calculais tout en pédalant:

    -14 fois 20... 280 teuros!

    J'arrivais au Plessis-Bouchard après deux heures d'effort intense, c'est plein de faux plats ce coin, et l'autre obése derrière moi ne faisait aucun effort  et quand j'avais tenté de m'en débarasser en le raccompagnant chez lui ou en le jetant au premier Mc Do, il n'avait rien voulu entendre:

    -Non, non je viens-t-avec toi , ce doit être être plein chouette le Plessis-Bouchard.

    Il avait son langage à lui il aurait du faire de la littérature comparée. 

    Et puis j'étais fatigué, je suis dégonfliste, de nature dit la chére Pivoine, enfin bref je fais partie d'une brigade de dégonflistes qui opére à la nuit dans les rues de Paris et nous avions justement procédé à une opération la nuit dernière, au moment où je dégonflais l'ultime pneu d'un énorme 4X4 américain immatriculé dans le Texas, le propriétaire tout aussi énorme et américain avait surgi, j'avais bien tenté de regagner mon tandem mais ce salaud d'obése avait retrouvé pour l'occasion toutes ses jambes et il était parti sans m'attendre, pédalant comme il ne l'avait sans doute jamais fait de sa vie et il m'avait fallu regonfler, seul et à la bouche les trois pneus, heureusement le texan avait une roue de secours toute neuve.

    On peut m'appeler un activiste mais enfin quoi il faut bien faire bouger les choses, par exemple je ne comprends pas comment l'on peut prendre sa bagnole pour aller travailler, cela me semble appartenir à ces pratiques compulsives qu'il faut proscrire si l'on veut laisser une terre décente à nos enfants... à nos neveux... oui enfin aux enfants du gardien de l'Observatoire, un sri lankais charmant quoique un peu trop travailleur d'après ses collégues.

    Pour ça aussi que je me suis inscrit au PS... quand même 280 teuros! Il faudra que je leur téléphone pour me faire rembourser, au moins une dizaine d'adhésions.

    Cela me rappelle une aventure récente, j'étais à la montagne, dans les alpages, j'arrive en haut d'une côte, le désert bienvenu, quand j'aperçois un gros boeuf qui fumait son cigare, seul au milieu de la nature, je ne sais pas si l'on voit combien une telle pratique est simplement de nature profanatoire, sans compter les risques d'incendie, certes nous étions dans les Vosges au mois de Novembre mais enfin pour le principe je me suis approché et je lui en ai fait la remarque en ajoutant que que nous n'avions qu'une terre et qu'il nous fallait y vivre ensemble, il m'a répondu que je n'avais qu'à ouvrir la fenêtre, on voit le niveau, alors là je me suis énervé, je ne l'ai peut être pas dit mais je pratique un art martial helvético-thaïlandais le Taïïï-Ku dans une salle du deuxiéme  arrondissement et je suis premier lotus, je l'ai agrippé par le col et je lui ai fait un septiéme de hanche, il est tombé sur le cul, étonné il a regardé son cigare tout écrasé et il a gueulé:

    -Mon Trinidad! Cet espéce de connard de foutriquet à pédales m'a bousillé mon Trinidad à 150 balles!

    Il est revenu sur moi tout soufflant et je lui ai fait une huitiéme de coude... et il m'a foutu son poing dans la gueule. J'ai perdu deux dents. Il faudra que je retravaille mon huitiéme de coude. 

    Quand nous arrivâmes Pivoine était débordée, elle préparait les cartons d'invitation pour l'installation qui allait être inaugurée le lendemain. Elle avait trouvé un truc original  pour attirer l'attention de la critique, elle leur envoyait des lettres piégées qui explosaient quand on les ouvrait, ils en raffolaient, bien entendu elle dosait la charge mais enfin le critique de Télérama avait quand même perdu un oeil, depuis les autres faisaient ouvrir leur courrier par leur concierge.

    -Ah tiens t'es là toi! Me dit-elle... je n'ai pas beaucoup de temps à te consacrer on est en pleine bourre, on a la performance de Napoléone Chapoutaud demain... tiens je ne t'ai pas montré ma petite Sabrina le nouveau sex-toy que j'ai trouvé à Monoprix...

    Elle me fit une petite bise juste tutoyante avant de sortir de son sac un énorme godemiché rose et tremblotant:

    -... 't'en penses Sabi? Cinq vitesses plus la marche arrière...

    Sabrina son assistante, une petite beurette était toute rougissante, mais Pivoine s'amusait de son embarras et mit en marche l'engin. C'est à ce moment que l'autre obése entra, il avait encore ses pinces à vélo.

    -Bonjour m'sieurs-dames.

    Il tendait à la ronde sa main toute flasque.

    -Un ami à toi?

    -Une... une relation de travail.

    -T'avoueras qu'il est pas très décoratif... ton ami, je savais pas que tu fréquentais des obéses, tu devrais te méfier, ils sont sournois et voleurs... tiens je vais te montrer l'installation, c'est une première mondiale!

    Elle me gâtait.

    Dans la première salle on avait pendu des barbelées et des merguezs au plafond et si Pivoine avec agilité la traversa sans dommage, je laissais pour ma part dans la traversée une partie de mon sac à dos et de mon maillot cycliste en soie naturelle.

    -C'est un parcours tu comprends: de l'arrière au front, Napoléone Chapoutaud a fait ça en hommage aux femmes violées d'Irak et pour dénoncer la persécution machiste et toutes les appressions... il y a quelques mines antipersonnels à droite fais attention où tu mets les pieds ou tu me mettrais en l'air mon installation, un travail de deux ans!

    Je redoublais de prudence et d'attention, tout en omettant de prévenir l'autre obése qui nous suivait comme un toutou et de temps en temps boulottait une merguez.

    J'essayais de le raisonner en lui expliquant qu'il blasphémait sans même s'en rendre compte.

    -Ben quoi c'est des saucisses et j'ai faim.

    Enfin je dois reconnaître que cette chronique de l'ordre périssable selon une historicité déportée par rapport à un lieu construit/déconstruit était très bien rendue.

    Dans la seconde salle on avait mis en broche des mouettes repeintes en rouge Coca-Cola ailes déployées, une bonne cinquantaine au moins.

    -La contextualisation du moi dans un refus de l'altérité...

    -Pas du tout un questionnement sur l'oeuvrabilité du mal en une simultanéité isotopique!

    Merde j'aurais du y penser, je me retournais mais l'obése n'était pas tenté par les volatiles.

    -Pas assez cuites! Ce fut là sa sentence.

    Au moment d'entrer dans la troisiéme salle, Pivoine nous tendit des casques lourds, et une fiche à remplir:

    -C'est une décharge, l'artiste veut un réel confrontement à la réalité pour le visiteur/acteur.

    -Ah oui je... je comprends, je remplis ma fiche puis celle de l'autre obése qui s'approcha pour demander:

    -La caféte où qu'est qu'elle est la caféte?

    -On ira tout à l'heure. Signe là.

    Les formalités artistico-administratives réglées nous pénétrâmes dans la salle.

    -Attention c'est du lourd! Murmura la chère Pivoine en me poussant.

    De fait on nous tirait dessus à balles réelles.

    -C'est de la 12.7 murmura connaisseur et rampant l'autre obése.

    J'atteignais la première rangée de barbelées quand je l'entendis hurler:

    -'utain chuis-t-été touché les copains!

    Mais Pivoine me fit signe que nous devions suivre le parcours muséal jusqu'au bout et ne pas revenir en arrière.

    -Les agents techniques viendront le ramasser avant de finir leur service.

    Il y avait maintenant des explosions et des cris de femme tout autour de nous, je pris une cisaille, gracieusement mise à la disposition des visiteurs, et découpais les barbelés un peu ému malgré tout, je réussis enfin à passer tous les obstacles et je gagnais l'entrée de la dernière salle quand une grenade explosa à côté de moi.

    Je ne sais comment mais je me retrouvais dans une salle d'opération très bien imitée avec un chirurgien et deux infirmiers: une re-création de la réalité la moins récréative, je sentais bien combien la carcéralité de cet univers formaliste dénonçait  dans une sensible affirmation l'enfermement contemporain et comment le désordre voulu et agi des successivitées m'avait conduit ici, vrai je ne regrettais pas mon mardi. Mais c'était quoi déjà le théme de l'expo? Ah oui la persécution machiste... l'un des infirmiers me mit un masque sur la bouche et je m'endormis en pensant à Napoléone Chapoutaud, une créateuse importante, c'était indéniable, je fis mieux que d'y penser, je la vis pencher au dessus de moi un scalpel à la main...

    Quand je me réveillais, assez longtemps après je crois, j'étais allongé sur un brancard dans le hall du Musée et plein de gens que je ne connaissais pas, me regardaient, me contemplaient, me félicitaient, je notais néanmoins que j'avais une certaine gêne en partie basse et que l'on m'avait abondamment bandé.

    Seul couac dans ce concert d'éloges que je ne méritais sans doute pas, un borgne ricanant me contempla longuement avant de dire:

    -Ah le con!

    Et il s'en alla.  

    -Ce n'est rien mon Poupounet, c'est le critique de Télérama, il est un peu aigri depuis... mais moi je suis très fière de toi et Napoléone Chapoutaud te remercie tu as été très bien.

    Mes actions étaient au plus haut chez la chère Pivoine, elle m'appelait son "Poupounet".

    Napoléone Chapoutaud entra, elle tenait un bocal dans ses mains gantées de latex, elle le leva très haut, et l'assistance applaudit, dans le bocal il y avait deux testicules, c'était les miens.

    Depuis ce jour mes rapports avec Pivoine sont très... satisfaisants, enfin surtout pour elle, je crois que nous allons nous pacser, un jour quand même j'ai hasardé un début de reproche:

    -Tu aurais quand même pu me prévénir avant ma poupounette !

    -Mais mon Poupounet tu me répétais tout le temps qu'elles te gênaient quand tu faisais du vélo!

    -Oui... oui sans doute mais enfin quand même...

    -Papa depuis sa prostate est très bien à la maison, il dérange plus maman la nuit. et puis tu as la chorale maintenant!

    J'étais en effet dans une chorale où je tenais à la satisfaction de tous un registre de haute contre très apprécié. Ma voix avait mué d'une manière étonnante.

    J'avais quand même téléphoné un peu partout et même au ministère de la Culture pour essayer de récupérer le bocal et tenter une opération, mais le décés accidentel de Napoléone Chapoutaud lors d'un happening à Maubeuge, le type qui devait lui tirer dessus n'avait pu venir et s'était malencontreusement fait remplacer par un sien ami champion de ball trap, les avait incités à classer le bocal.

    Pivoine avait réalisé un superbe catalogue, d'ailleurs je le regarde souvent non sans quelque nostalgie, je le confesse.

    Je suis revenu plusieurs fois voir l'expo, vraiment une très belle dénonciation du pouvoir et en même temps du totalitarisme latent et castrateur de tout créateur contemporain.

    Une fois devant le bocal une femme disait à son compagnon qu'elle ressentait comme si elle les touchait la mollesse de mes couilles mais je ne me souviens pas qu'elles fussent si molles que ça.

    Je fais de plus en plus de politique, au PS mon adhésion multiple m'a fait remarquer, et puis j'ai parait-il toutes les qualités du candidat socialiste idéal: je ne suis plus du tout machiste, je fais du vélo, je ne fume pas, je milite contre où on me dit de militer contre et je suis très propre, d'ailleurs on m'a désigné comme candidat dans le 5 °, l'arrondissement de maman, le seul vrai probléme c'est que j'engraisse comme un chapon et que j'ai du mal à suivre mon régîme sans graisse, sans sucre, sans emballage avec juste des édulcorants de synthése et de la créme de tartre allégée, 'manquerait plus que je devienne obése, quelle horreur! Autant me mettre à cloper!  

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